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dimanche 26 mars 2017

La journée de l'infâme

–Papa?
–Oui ma princesse guerrière?
–C'est quoi la "journée de la femme"? Les filles ont une journée à elles? pourquoi une seule? Ça sert à quoi?
–Hum, comment t'expliquer...

Donc, le 8 mars dernier (comme tous les 8 mars depuis 1977 du reste) avait lieu la Journée Internationale Des Droits des Femmes, calée bien tranquillou-billou entre la Journée Internationale du Tennis et la Journée Internationale du Tibet. Si si. Là, franchement, vous êtes en bonne compagnie les filles.
En même, à quelques jours près c'est aussi pile entre la Journée Mondiale de l'Audition et la Journée mondiale de la Plomberie.

Cette journée de commémoration, officialisée par l'ONU en 1977 a principalement pour but de promouvoir l'égalité des droits hommes-femmes (droits tels que l'égalité salariale, le droit de vote, le droit de se gratter aussi les testiboules en buvant une kro devant un match de foutballe, le droit des femmes à disposer de leur corps comme elles l'entendent, etc...). Donc, tout naturellement on voit ce genre de commémoration bien sentie fleurir à cette période :

La capture d'écran est authentique à part nom de la marque a été trafiqué. Et encore...
Oui, les femmes ont des droits :
  1. le droit de porter une culotte propre
  2. et si possible sexy parce que bon hein ho c'est pas tout ça, mais faudrait pas négliger le droit des hommes à reluquer votre gracieux popotin gainé de dentelle
Car oui, grâce à un glissement sémantique audacieux, propre à faire pâlir Sean Spicer de jalousie...
"–Hein? Ah non, je ne suis pas troublé par les demoiselles peu vêtues au dessus de moi là, mais juste par le nombre d'américains venus célébrer l'investiture de Donald Trump. Point barre."


... nous sommes passé de :
Quand on veut vendre de la merde, ça passe mieux si on dit que c'est du crottin de licorne avec des paillettes.

J'imagine qu'en poursuivant ce glissement sémantique dans les années qui viennent, la "journée de la femme" deviendra "journée de la meuf", puis "journée de la meuf bonne", puis plus prosaïquement "journée du nichon".

Mais en attendant ce merveilleux moment, c'est donc l'occasion bien naturelle pour les médias de rendre hommage à des figures majeures de la féminité telles que :
  • Les femmes célèbres (pionnières, scientifiques, etc...) épouses d'hommes célèbres : de grandes dames telles que Olga Picasso, Jackie Kennedy, Pénélope Fillon...
  • Les femmes reconnues pour leur intelligence brillante plastique avantageuse (et leurs amants célèbres) : Maryline Monroe, Zahia, Kim Kardashian...

Bon, certes, on pourrait aussi parler de femmes qui ont fait des trucs important par elles-mêmes, telles que Amelia Earhart, Beryl Markham, Marie Marvingt, Nakano Takeko, et tant d'autres, mais bon, une seule journée du nichon de la meuf dans l'année, c'est court pour ça, alors restons sur des basiques.

Bon d'accord, je suis un peu mauvaise langue : les médias évoquent souvent des scientifiques telles que Marie Curie ou... euh...
"–Irène Joliot-Curie? J'ai bon?"

Bin oui, c'est marrant ça, je suis sûr que si je vous demande de citer une femme scientifique, la première (et probablement la seule) qui vous viendra sera Marie Curie. Faut-il en déduire qu'elle fut la seule femme scientifique de l'histoire? Ou du moins la seule à avoir fait une découverte majeure? Que nenni! C'est juste que les innombrables autres, on n'en parle jamais. Ainsi peut-on évoquer :

  • Katherine Johnson : une physicienne, mathématicienne et ingénieure afro-américaine qui fut celle qui calcula la trajectoire d'Appollo 11 entre autres (notons tout de même qu'un récent film, "Les figures de l'ombre", lui rend hommage à elle et ses consœurs qui participèrent aux programmes de la Nasa).
  • Mary Anning : pionnière de la datation géologique dans le cadre de la paléontologie, et découvreuse de nombreux fossiles remarquables.
  • Ada Lovelace : pionnière de l'informatique, première programmeuse au monde.
  • Lise Meitner : première physicienne a fournir une explication théorique au phénomène de la fission nucléaire et pourtant superbement oubliée par le prix Nobel.
  • Henrietta Swan Leavitt : astronome dont les travaux permirent de mesurer la distance entre la terre et les étoiles et galaxies loitaines, et donc d'estimer les dimensions de l'univers.
  • Rosalind Franklin : auteure des clichés au rayon X ayant permis de démontrer la structure en double hélice de l'ADN... découverte que se sont probablement attribués Watson et Cricks qui en retireront un prix Nobel sans même citer la pauvre Rosalind.

Vous étiez incapable de citer ces femmes? Rassurez-vous, moi aussi. Les classes de science n'en parlent jamais, alors pourquoi s'emmerder à le faire juste pour la journée de la femme. Marie Curie ça suffira bien hein...

Bon. La journée de la femme ça n'est pas seulement l'évocation de grandes figures féminines, c'est aussi et surtout l'occasion de célébrer les droits des femmes. Par exemple le droit des employées d'une entreprise à recevoir une rose de la part de leur patron. Ou encore des cours de zumba gratuits... Si si, ça célèbre le droit des femmes : les femmes ça aime les fleurs et la zumba. Non ça n'est pas du tout un fucking stéréotype. Chut.

D'ailleurs, je propose dans le même esprit que le 10 décembre, pour la Journée Internationale des Droits de l'Homme, toutes les entreprises offrent une clé à molette (symbole masculin et viril s'il en est) ou un pack de Krö à leurs employés masculins ainsi que des cours gratuits de Football Américain. On pourrait aussi envisager des petits concours sympa du genre de celui qui fait pipi le plus loin. Si tout va bien, on devrait en arriver à :
Il y a une certaine logique...

Mettez-vous biens dans la tête que la femme est l'égale de l'homme.

Elle est juste un petit peu moins égale, c'est tout.

La journée des détentrices de double chromosome X (d'ailleurs découverts par une femme : Nettie Stevens) est aussi un bon moment pour évoquer les faiblesses naturelles des femmes. Comme par exemple leur incapacité à enfanter sans se faire découper la choupinette au scalpel afin de laisser passer la tête d'un gnome. Oui, l'épisio. Quoi? Qu'est-ce qu'il y a? Attendez, vous ne me ferez pas croire que sans cet acte médical essentiel, l'être humain serait capable de se reproduire! En tout cas, c'est ce que le taux d'épisio pratiquées par la plupart des maternité laisse entendre hein...

Et puis il y a cette fâcheuse manie qu'ont les femmes de se retrouver en cloque suite à une très brève partie de jambes en l'air pas mémorable avec un type croisé sur Tindeec® ou Meeter® et dont elles ont déjà oublié le nom. Les cochonnes. Heureusement que les hommes savent se tenir, eux. Mais heureusement pour elles, là encore la médecine est d'un grand secours, puisque la prise préventive d'hormones de synthèse, ce qui est totalement anodin et sans effet secondaire, permet d'éviter une telle mésaventure de façon préventive. Voilà qui est bien commode, tant ces histoires d'avortement mettent tout le monde mal à l'aise... on ne va pas laisser les nanas décider elles-mêmes de ce qui est bon pour elles, franchement? Hein?
Le droit des femmes à disposer de leur corps? Pfff...

C'est aussi la journée idéale pour diffuser des films et séries mettant des femmes en vedette (mais ne passant pas le test de Bechdel parce qu'il ne faut pas déconner non plus) tels que Grey's Anatomy ou Hanouna et son perroquet-teub. Heu... attendez...
Si si, ça passe le test de Bechdel. Super large même. Hem. Pouf pouf...

Bon, je vais arrêter là, sinon on va m'accuser de faire du "mansplaining" sur la question. Bref, je veux juste dire à ma fille qu'elle peut devenir pompier, secrétaire, astronaute, coiffeuse, docteur en physique quantique, infirmière ou ce qu'elle voudra sans devoir se conformer à un stéréotype qui aura été choisi pour elle par la "société" ou je ne sais quel service marketing à la noix...
"–Ok, mais n'espère pas trop un Nobel hein... pour ça, faut avoir une quéquette."

–Et présidente de la République? C'est possible pour une femme ça présidente de la République?
–Et bien... statistiquement ça pourrait sembler difficile vu qu'il n'y a que deux femmes parmi les onze candidats, mais en fait, oui. Objectivement vu comment c'est barré, l'une d'elle a même toutes ses chances...
–Ah bin c'est chouette ça! Ça sera encore la journée de la femme alors.
–Bof, moi je dirais plutôt la journée de l'infâme dans le cas présent...
Ça fait partie du droit de femmes : le droit à nous foutre AUSSI les pétoches...

mercredi 4 mai 2016

Que la Force de l'ordre soit avec vous!

Il ne vous aura pas échappé que nous sommes le 4 mai (May the 4th), journée mondiale du geek de Starwars en raison du jeu de mot pourri en anglais :
"May the Force be with you!" (Que la Force soit avec vous!)
"May the 4th" (prononcez 'maizefourse', soit le 4 mai)

♪I've got the powa!♫

Mais en fait, ça n'est pas trop de cela que je voulais parler, mais plutôt de ces vidéos qui font polémique depuis plusieurs jours...
Je sais, c'est horrible.

... je veux bien évidemment parler des ces vidéos tournées avec un portable et qui montrent des "violences policières" durant les manifestations de ces derniers jours.
–Il a glissé chef...


Oui, polémique car on voit s'opposer deux trois camps :
-ceux qui soutiennent les policiers, avec l'argument péremptoire que quand même merde, #onestcharlie et qu'on étaient bien content de les avoir lors des attentats
-ceux qui dénoncent l'Etat Policier-CRS-SS-impunité-dictature-patin-couffin
-ceux qui s'en tamponnent et/ou n'étaient pas au courant

Alors juste pour apporter mon modeste gravillon à l'édifice instable de ceux qui donnent leur avis sans vraiment savoir de quoi il retourne, je pense qu'il convient de préciser que :
  1. Les flics de choc qui sont intervenus pendant les attentats et qu'on a encensé dans la presse et l'opinion publique n'appartiennent pas tout à fait au même corps d'intervention que les unités de contrôle des foules qui interviennent lors des manifs qui dégénèrent. Libre à vous de faire un amalgame corporatiste bien commode (ou simpliste, ça dépend des points de vue), mais ça revient à considérer de façon identique l'assistante de votre dentiste au physique de pinup qui vient de vous faire passer votre radio dentaire en douceur et le proctologue quinquagénaire au physique de camionneur qui s'approche de vous équipé de son gant en latex... Ou même à considérer que TOUTES les assistantes de dentistes sont des pinup, alors que certaines s'appellent Robert et ont la morphologie d'un Hell's Angel moyen. Il y a différents corps de métiers chez les policiers...
  2. On est pas dans la "Guerre des Clones". Chaque flic est un individu propre (ou moins propre, c'est selon), avec sa propre façon de penser et sa propre façon d'agir et sa propre façon de passer des manifestants à tabac. D'ailleurs, il parait même que certains CRS copinent avec les manifestants par moment...
    J'ai dit "clones", pas "clowns"...
  3. On peut penser ce qu'on veut de ceux qui manifestent contre la loi travail, ou de la #nuitdebout : il est probable que les "casseurs" n'aient pas grand chose à voir avec les vrais manifestants : ils viennent pour en découdre. C'est traditionnel. Or, qui sème le vent... Il est surtout regrettable que les organisateurs des manifs ne sachent pas gérer un service d'ordre un tant soit peu efficace. 
  4. Oui, les violences policières existent : il n'est sans doute pas mauvais qu'elles soient filmées... mais gardez à l'esprit qu'un film, surtout court, ne montre qu'un aspect fragmentaire de la vérité. Il est bon de savoir garder une certaine distance vis à vis de la propagande, de quelque côté qu'elle puisse provenir. 
Gardez votre cerveau allumé, et évitez d'avoir un avis trop tranché : la vérité est rarement toute lumineuse ou complètement du côté obscur...
50 nuances de Dark

Et que les Forces de L'Ordre soient avec vous!

A bon entendeur...


lundi 14 mars 2016

Les Rayons X filent...

Prologue

La lumière émise par la maglite de ma partenaire tentait vainement de repousser les ténèbres.
Bon sang, mais qu'est-ce qu'on foutait là, dans l'obscurité?
♪ Tou tou tou tou tou tou... tibidibi dibidi... tou tou tou tou tou tou... ♫

–Pfff... Y'a quelqu'un? demandai-je. Heho? Vous nous avez donné rendez-vous ici...
–Je crois qu'on s'est foutu de nous. Ton mystérieux informateur nous a posé un lapin.
–Mystérieux, mystérieux... je me doute un peu de qui...


*crac*
Je me retournai.  Personne. Nous étions seuls, au milieu de la nuit, dans un entrepôt désaffecté sinistre et...
*crac*

Je me retournai de nouveau, brusquement, braquant le faisceau de ma lampe torche en direction du bruit. Désabusé, je m'exclamai :

–Paul Bismuth? Encore vous? Remarquez, je m'en doutais, ça ressemblait fort à un de vos délires. Et c'est quoi cette perruque rousse que vous vous êtes agrafé sur la cafetière?
–C'est... pour passer incognito. Je me suis déguisé, je crois que je suis suivi.
–Incognito... Vous voulez donc passer incognito en vous déguisant en...
–En Dana Scully.
–...en Yvette Horner et en nous faisant venir Maman Koala et moi nuitamment dans un entrepôt désaffecté? Faut vraiment vous faire soigner mon vieux...
Vous savez Paul, toutes les rousses ne ressemblent pas à Scully...

–Non, vous ne comprenez pas, dit Paul, ça n'est pas un banal entrepôt, c'est...

A ce moment, le faisceau de ma lampe éclaira un symbole que je connaissais : le symbole d'un danger nucléaire... et l'entrepôt s'illumina d'un coup fortement. Je cru entrevoir des petites silhouettes trapues durant un fugace instant...
–Oh mais qu'est-ce donc? Le village des schtroumpfs?
... avant de voir se planter dans ma poitrine deux aiguillons reliés à des fils métalliques. La violente décharge électrique qui suivit m'assomma pour le compte. J'eus seulement le temps d'apercevoir Paul et Maman Koala se faire taser également.

J'ignore combien de temps je restai inconscient, mais lorsque j'ouvris les yeux, j'étais enchaîné à un mur de pierre. À côté de moi, Maman Koala et Paul Bismuth avec sa perruque de travers émergeaient à leur tour. J'étais ébloui par le violent halo d'une lampe halogène braquée dans notre direction. Plongé dans l'ombre, un homme nous faisait face, fumant tranquillement sa cigarette. Je distinguais encore les petites silhouettes trapues en arrière-plan.
♫ Le tabac, c'est tabou, on en viendra tous à bout! ♪

–Bon retour parmi nous, dit-il.
–Dites, ça vous prend souvent de taser les gens comme ça?
–Seulement les petits curieux qui en ont trop vu.

Paul commença à s'affoler :
–C'est une abduction! On a vu des cuves avec des extraterrestres et...
–Paul, c'était des caisses contenant du matériel radioactif! Et ce ne sont pas des extraterrestres, ce sont...
–... Ah... merde! Vous avez vraiment vu alors?
–Je... oui... mais... Qu'est-ce que vous foutiez avec ça dans cet entrepôt soit-disant désaffecté déjà?
–C'était juste en attente d'un stockage définitif... Sur ce site où vous vous trouvez à présent.
–Sans déconner... vous ne savez pas que c'est dangereux ces machins?

L'homme s'énerva.

–Ah non c'est bon! Vous n'allez pas nous sortir vos vieilles rengaines d'écolo à la con sur le retour... "Gna gna gna le nucléaire c'est dangereux gna gna". C'est bon quoi! Vous êtes un scientifique merde! Le nucléaire, c'est le fleuron de la technologie française, c'est la clé de notre indépendance énergétique.
–Ah mais... en plus, vous avez l'air d'y croire à ces conneries!
–Ouaih, bin , c'est ça ou le retour à la bougie pour s'éclairer, et puis c'est sans danger : nos centrales sont parfaitement sûres!
–Ouaih, alors déjà, non. Je vais vous expliquer deux-trois trucs...



1. La critique est fissile...

Les centrales nucléaires, ce sont des centrales à fission uniquement, car la fusion, on ne sait pas encore faire, à part dans une bombe. C'est d'ailleurs l'idée du projet ITER, qui va nous coûter une blinde et ne marchera probablement pas, les russes ayant déjà essayé sans succès de faire fonctionner un tokamak pendant moult années.

La fission, on en a parlé y a pas longtemps, vous vous rappelez? Je ne vais pas re-détailler, z'avez qu'à relire l'article. Bon. Tous les éléments sont potentiellement capables de fissionner, soit tous seuls comme des grands, soit en les forçant un peu.

Mais pour que ça soit intéressant dans un réacteur ou une bombe, il faut que ça dépote un minimum. La fission à papy qui se produit dans la nature et qui désintègre un atome tous les ouatmille ans, c'est la loose. L'idéal, c'est d'avoir un truc qui fissionne vite et fort. Et pour ça, il faut disposer d'une matière dite fissile, c'est à dire capable de fissionner peinard. Et pour cela, il faut un isotope :
  1. assez instable pour que la fission survienne
  2. assez abondant pour que ça dure un peu, car plus c'est long, plus c'est bon
  3. bon dealer
–Euh... "bon dealer"?

Bon dealer de neutrons dits thermiques. Ça veut dire que lorsque cet isotope fait une overdose, il va aussi produire les conditions pour que ses copains fassent pareil en leur collant des neutrons dans le museau. Dit autrement : si notre isotope se shoote au neutron, il va apporter son pack de neutrons Kontärbour® et le filer aux copains pour qu'ils se murgent aussi. Sinon aucun intérêt : la fête s'arrête avant même d'avoir commencé.

Du coup, après étude de plusieurs matériaux, le choix des savants atomistes du projet Manhattan s'est porté sur l'Uranium 235, car c'est le seul isotope fissile naturel.

–235... c'est son chiffre fétiche là? Le... truc à machin-mique... le Numéro à Monique?
Le numéro à Monique... quelque part sur le mur.

Bin non, ça serait trop simple. Son Numéro Atomique, c'est 92, le chiffre fétiche de l'Uranium. Là, on l'appelle "235" parce qu'il contient 92 protons (le Numéro Atomique de l'Uranium donc) et 143 neutrons, soit un total de 235 nucléides. Mais il a aussi des frangins : l'Uranium 238, et l'Uranium 234 par exemple (toujours 92 protons, mais un nombre de neutrons différent). Ce sont des isotopes (on en a parlé la dernière fois).

L'Uranium 235 a donc un gros noyau plutôt instable. Bon il a sûrement des excuses hein, enfance difficile, toussa... mais toujours est-il que de temps à autre quand il se prend une cuite au neutron, il se transforme carrément en... Super Uranium : l'Uranium 236 (toujours 92 protons, sinon ça n'est plus de l'Uranium, mais 144 neutrons au lieu des 143 précédents).
Oui, l'Uranium aime bien se la péter un peu lors de sa transformation en Sailor Uranium 236...

Sauf que l'Uranium 236 a le neutron mauvais : il est très instable. Genre un peu bipolaire, et il faut que ça pète. Et du coup notre noyau d'Uranium se divise en deux autres noyaux : souvent un noyau de Krypton et un noyau de Barium... et lâche aussi quelques neutrons au passage! C'est magique : il s'en met un derrière la cravate et en recrache trois! C'est un peu comme Gérard Depardieu : tu lui mets un verre de vodka dans le museau, il s'énerve un peu, se pète la gueule en scooter, et quand le toubib appuie sur son foie à l'hosto il en récoltes trois. Et de la polonaise en plus : c'est comme de l'antigel, mais en plus fort.
Bon, c'est une représentation hein, c'est pas tout à fait comme ça en réalité...

Et là ou c'est encore plus magique, c'est que dans de bonnes conditions, ces trois nouveaux neutrons vont pouvoir murger à leur tour trois nouveaux noyaux d'Uranium 235, qui vont ainsi pouvoir faire la teuf aussi avant de vomir trois nouveaux neutrons en étant complètement pétés, et ainsi de suite. C'est le principe du Binge Drinking de la Réaction en Chaîne.
Same player shoot again.

–Donc il suffit de les mettre ensemble et boum?

En gros oui.

Sauf que non.

C'est pas aussi simple que sur l'image...


Dans la réalité, chaque neutron ne se morfle pas un noyau à tous les coups : ça tire un peu n'importe comment, comme les troupes de choc de l'Empire.
Non mais franchement, là ça y était presque... allez, vas-y, essaie encore!
Et ça loupe souvent la cible... car on n'a pas l'impression comme ça, mais la matière, c'est plein de vide : à l'échelle atomique, les atomes sont super loin les uns des autres. Donc, pour que ça marche, c'est un peu les mêmes conditions que pour qu'un djihadiste réussisse à faire un carton, il faut donc des cibles :
  • assez nombreuses et rapprochées, de préférence dans un espace confiné où les tirs peuvent ricocher (comme une salle de spectacle un réacteur par exemple) : on parle de la Masse Critique à atteindre, ou de Conditions de Criticité
  • qui ne résistent pas aux balles à un bombardement de neutrons
Quand ces conditions sont réunies, BFMTV déboule et Jawad raconte ses conneries à la télé ça réactionne en chaîne. Et quand on obtient ce résultat dans un réacteur nucléaire, les physiciens qui sont de gros déconneurs disent qu'il diverge.
"–Pardon? Il dit quoi?"
Et donc, pour que ça marche, il faut une densité suffisante d'Uranium fissile, c'est à dire le 235.

Le principal problème, c'est qu'à l'état naturel, l'Uranium 235 est rare. C'est surtout de l'Uranium 238 qu'on trouve. À plus 99%. Le 235 représente donc moins de 1% dans un minerai d'Uranium (car oui, en plus, c'est tout mélangé, sinon ça serait trop simple).

Or l'Uranium 238 n'est pas fissile : il est donc plutôt difficile (oui, j'assume parfaitement ce calembour moisi) en revanche dit fertile. Je vais y revenir.

Si vous préférez : l'Uranium 238 est un gros rabat-joie que la cuite au neutron rend plutôt mélancolique, et qui refuse donc de s'éclater et de faire la teuf avec ses potes  (à moins de lui coller du neutron rapide, c'est à dire bien costaud du genre qui te décalamine le pot d'échappement, mais ça coûte une blinde et c'est plus compliqué à mettre en œuvre). Avec des neutrons lents, l'Uranium 238, il somnole, préfère aller se coucher, et lorsque le djihadiste se pointe, il est bien feinté : il a l'impression d'être au bal-musette de Pelouaille-les-Tartines car il y juste trois pelés et un tondu.

Donc pour que la fission fonctionne, il faut augmenter la proportion de l'Uranium 235 par rapport à l'Uranium 238. Pour y parvenir, on utilise des centrifugeuses spéciales (mais siiiii, souvenez-vous : celles dont les américains étaient tout chafouins à l'idée que l'Iran en avait), puisque les isotopes n'ont pas la même masse :  quand on centrifuge, le plus lourd se met au fond, et donc on les sépare comme ça, sauf que ça reste quand même assez compliqué à faire en pratique hein...

Ces centrifugeuses vont permettre d'augmenter la proportion de teufeurs d'Uranium 235 jusqu'à 5% environ pour une utilisation civile voire jusqu'à 90% pour de l'Uranium militaire (plus c'est élevé, plus ça dépote quand la réaction se déclenche). On appelle ce processus enrichissement de l'Uranium. Notons  que ce processus donne naissance à deux sous produits :
À gauche, l'uranium appauvri, à droite l'uranium enrichi.
  • l'uranium enrichi, donc, utilisé dans les centrales et les bombes nucléaires
  • l'uranium appauvri (forcément, pour enrichir d'un côté, on est obligé d'appauvrir de l'autre), un métal très lourd, dont la proportion d'Uranium 238 est encore plus importante, et qui est aussi utilisé par l'armée, pour fabriquer des munitions à haute pénétration
    Non mais... c'est bon, c'est un blog sérieux ici! Tu te casses maintenant!
Dans une bombe : le but est que ça pète. Donc on enrichit l'uranium autant qu'on peut, on colle tout ça dans le bouzin, et au moment voulu, on se met en situation de criticité.

–Et on fait ça comment?

Bin, toute la matière fissile nécessaire est déjà dans le bordel : juste séparée en p'tits paquets...
Je ne t'avais pas dit de te barrer toi?
... pour que la réaction de fission ne se déclenche pas à la débottée pendant qu'un brave technicien fixe le pétard sous le gros navion . Au moment où ça doit faire boum, on rassemble les charges. Mais attention : il faut faire très vite, car dès qu'on les rapproche, ça commence à devenir chaud et à s'agiter. Du coup, sous l'effet de la chaleur produite, ça se dilate et....

NON DÉDÉ, TU N'Y PENSES MÊME PAS!

Hum. Donc ça se dilate et ça s'éparpille un peu trop vite, ce qui peux stopper la réaction : effet pétard mouillé.
"–C'est pas moi qui l'ai dit...
–Et merde..."

Pour éviter ça, les charges de matière fissile sont mises en contact à l'aide d'explosifs classiques disposés tout autour. Ça rassemble tout ce petit monde au milieu, et ça permet de critiquer en un temps très court : la réaction en chaîne s'amorce, s'emballe direct, et pouf pastèque.


"–Oui, je sais c'est un peu décousu, mais je vous retranscris ça pèle-mêle aussi..."


2. ... mais la pratique est difficile.

Mais dans une centrale, ça tombe bien, on veut éviter que ça pouf-pastèque justement. Du coup, le but est d'approcher de la criticité (la masse critique à partir de laquelle pouf-pastèque), pour que l'uranium commence à faire la teuf tout seul, mais pas trop quand même pour que ça ne parte pas en cacahuète.

Pour arriver à ce résultat, on utilise déjà de l'uranium pas trop enrichi, éventuellement de l'eau lourde,  et des barres de contrôle destinées à calmer les neutrons et donc à modérer, voir stopper la réaction pour éviter que tout parte en couille. En gros, les barres de contrôle, c'est un peu le SAM de la réaction nucléaire.
Un neutron, ça va, trois neutrons, bonjour les dégâts!

–De l'eau de Lourdes? Il faut donc un miracle pour que les réacteurs n'explosent pas?

Non, de l'eau lourde. Rien à voir avec Bernadette Soubirou. Le genre d'eau qui fait des vannes foireuses ou qui a bouffé trop de Macdal.
L'eau lourde subit un entraînement intensif auprès de Kev Adams pour parvenir à ce résultat.

–Sérieusement?

En fait on dit qu'elle est lourde, car elle effectivement un peu plus lourde que de l'eau ordinaire. L'eau, c'est une molécule, composée de trois atomes : deux atomes d'Hydrogène (H), et un atome d'Oxygène (O) (le fameux H2O). Dans l'eau lourde, on remplace l'hydrogène classique dont le noyau contient juste un proton, par son isotope, baptisé Deutérium, qui contient un proton + un neutron. Le deutérium est donc de l'Hydrogène (un seul proton), mais environ deux fois plus lourd puisque il a bouffé un neutron en plus. Ça permet d'avoir une eau plus lourde, plus dense, qui laisse donc moins facilement passer les radiations, et permet donc de mieux ralentir les neutrons dans un réacteur nucléaire, et éviter que la réaction s'emballe.

Les barres de contrôle jouent le même rôle : on les intercale plus ou moins entre les barres d'uranium du réacteur pour ralentir ou accélérer la réaction.
Ça rentre et ça ressort, ça va et ça vient...
Le but est que ça chauffe : assez pour faire bouillir de l'eau, mais pas trop fort pour que ça ne risque pas de faire pouf.
"–Oh zut, je crois que les barres de contrôle nous ont lâché..."

–Et si ça chauffe trop quand même?

Dans ce cas, pour interrompre la réaction, on insère complètement les barres de contrôle, et on prie pour que le coup ne parte pas tout seul quand même ça ne chauffe pas trop pour ne pas qu'elles fondent. Car l'insertion complète des barres de contrôle ne stoppe pas net la réaction, ça prend un peu de temps...

–Ok, donc si ça ne fonctionne pas, ça explose? Comme une bombe nucléaire?

En fait non : contrairement à une bombe A, une centrale ne peut pas provoquer une explosion nucléaire.

–Ah bon? Pourquoi, l'Uranium n'est pas assez fortuné?

Riche. Pas fortuné. Non, l'enrichissement affecte surtout l'intensité de la réaction (gros boum ou petit boum). En fait, ça n'explose pas parce que le cœur du réacteur, serait vite éparpillé par une réaction en chaîne commençante, ce qui arrêterait derechef la dite réaction. Coïtus interruptus. C'est pour ça que dans une bombe, des explosifs classiques sont utilisés pour garder tout ce p'tit monde rassemblé au centre le temps que ça pète, un peu comme dans un congrès Europe Écologie Les Verts.

–Mouaih... à Tchernobyl et Fukushima ça a fait "pouf" quand même...

Oui, mais ça n'était pas une explosion nucléaire : juste un prout une petite explosion de gaz. En effet, dans le cœur du réacteur, ça chauffait. Ça chauffait tellement que les barres de contrôles ont fondu (et perdu ainsi toute efficacité), de même que les barres d'Uranium, pour former une grosse flaque au fond du réacteur, ce qu'on appelle en termes techniques une Grosse Bouse Radioactive un Corium, à très haute température dans lequel les réactions nucléaires se poursuivaient tranquillou-billou. Ces réactions produisent de la chaleur (beaucoup), des radiations (plein) et toute une foultitude d'isotopes divers et variés très radioactifs. Comme c'est très très chaud, ça fait fondre le fond de la cuve du réacteur, la dalle de béton qui est en dessous, et ça s'enfonce dans le sol. Jadis, on craignait même qu'une centrale qui se situerait en amérique du nord et dont le réacteur fondrait produise un corium qui poursuivrait sa route jusque de l'autre côté de la terre et que ça déboule en Chine, d'où le terme de "Syndrome Chinois".

Quand on parle de fusion du cœur, ça peut prêter à confusion, car ça n'est pas une réaction de fusion nucléaire, mais une fusion au sens physique du terme : ça fond, ça se liquéfie. Comme un eskimo dans les mains de ton gnome sur la plage.
–J'sens comme un coup de mou là...
Parmi les sous-produits de la fission dans le corium, il y a de l'Hydrogène : c'est son explosion qui souffle le bâtiment en général et qui balance dans la nature toutes les saloperies radioactives qui sont produites en dessous.

–C'est ça le fameux nuage?Les "retombées"?

Oui. Mais rassurez-vous, il parait qu'il ne passe pas les frontières de notre pays contrairement aux réfugiés syriens et aux terroristes belges.

–Bon ok mais... Tchernobyl c'était une vieille centrale mal entretenue, et Fukushima était sur une zone sismique. En France, c'est pas aussi dangereux...

Croyez-vous?


3. ♫ Je vais bien, tout va bien! ♪

Nos zélites pronucléaires aiment proclamer à qui veut l'entendre que les centrales nucléaires françaises sont beaucoup plus sures. Notons que ce discours pouvait encore s'entendre lors de Tchernobyl compte tenu de la déliquescence de la machine industrielle soviétique de l'époque, mais qu'il passe plus mal lors de Fukushima, le Japon étant plutôt réputé pour sa haute technologie.

Cette affirmation est, du reste, franchement fantaisiste, puisqu'un accident de type Fukushima a déjà failli se produire chez nous, près de Bordeaux, à la centrale du Blayais... Suite à la violente tempête de 1999, la centrale s'est retrouvée inondée, au point de mettre en péril le système de refroidissement, alors particulièrement exposé. Ce jour là, on frôle la catastrophe : si l'inondation s'était poursuivie, c'était l'accident majeur. A tel point que le maire de Bordeaux de l'époque, un inconnu nommé Alain Juppé, envisage l'évacuation de la ville.
"–C'est bon, tout est sous contrôle. Jusqu'ici, tout va bien. Jusqu'ici, tout va bien..."

Inutile de vous dire que l'état de vétusté du parc nucléaire français n'arrange rien, ces derniers temps, de nombreux médias se chargent de vous le rappeler. N'oublions pas que la majeure partie des centrales nucléaires françaises ont plus de 30 ans...

Reste l'idée que c'est un fleuron technologique. le savoir-faire français-toussa. Ou pas. Il suffit de voir l'accumulation de retards et de surcoûts sur les différents chantiers d'EPR de par le monde. Mais siiiii : l'EPR! Le renouveau du nucléaire français! Le fleuron de notre... hem. Oui. Bon. Visiblement, le fleuron est un peu terni. D'autant que la technologie EPR n'a rien de réellement révolutionnaire : elle change juste les conditions de fonctionnement de la centrale, mais ça reste au final une centrale à fission classique, qui utilise le combustible classique.

Quant à l'indépendance énergétique de la France, franchement, presque. Enfin sauf que la dernière mine d'uranium du pays a fermé en 2001. La quasi totalité de notre uranium vient donc du Niger, ce pays proche et paisible.

Et puis cette technologie "d'avenir" date des années 50. Et oui, les centrales nucléaires les plus récentes, EPR inclu, fonctionnent sur le même principe de base que les générateurs des premiers sous-marins à propulsion nucléaire. Tout au plus, on a amélioré le rendement, augmenté la taille, et ajouté quelques sécurités. Autant dire que le risque d'un incident en France tôt ou tard est réel. Et nombreux sont ceux qui s'en inquiètent.

La seule innovation concrète de ces trente dernières années : le surgénérateur Superphénix!


4. Tel le Phénix, le nucléaire français renaît de ses cendres! Ou pas.

Le Phénix, gracieux oiseau de feu de la mythologie qui... heu...
On l'a dit, historiquement le choix de l'uranium comme "carburant" nucléaire, est principalement lié au fait qu'il s'agisse du seul isotope fissile naturel, même si techniquement, d'autres matériaux comme le Thorium pourraient faire l'affaire moyennant quelques aménagements technologiques.

Principalement, mais pas que. Ce choix est aussi lié aux propriétés de l'isotope majoritaire : l'uranium 238. En effet, l'Uranium 238, majoritaire donc, est non fissile. Ce qui est bien ballot quand on veux faire de la fission me direz-vous...

Sauf qu'il est en revanche fertile. C'est à dire qu'en capturant un neutron, il va se métamorphoser en un autre isotope, l'Uranium 239, instable, qui va se transmuter (cf article précédent), et donner naissance à un nouvel élément qui lui peut fissionner, en l'occurrence : le Plutonium 239 (qui n'existe pas à l'état naturel sur Terre ou juste à l'état de traces). Du coup, dans une centrale classique, comme il y a de l'uranium 238 dans les barres de combustible, l'un des "déchets" produits est du Plutonium : très radioactif, extrêmement toxique, et dont la période (cf articles précédents) dure 25.000 ans.

–Bon, et alors? En quoi ça motive le choix de l'uranium? C'est plutôt chiant ça...

Bin je viens de le dire, le plutonium, lui, est fissile.

–Euh... du coup, c'est pas vraiment un déchet non? Pourquoi s'emmerder à continuer d'enrichir l'Uranium plutôt que de réutiliser ce Plutonium?

Justement, ce plutonium est en partie réutilisé. Dans l'armement. Les bombes nucléaires pouvant parfaitement fonctionner avec du plutonium, et dépotant même un peu plus au passage. D'où l'intérêt de la filière Uranium pour les militaires d'ailleurs. Le choix de cette filière est avant tout stratégique.

–D'accord, donc c'est un choix militaire... super.

A la base oui. Mais les ingénieurs du nucléaire français espéraient aussi pouvoir l'utiliser dans le nucléaire civil, compte tenu des stocks détenus par la France grâce au retraitement des déchets à la Hague. Un nouveau combustible, né des cendres de l'ancien. Comme le Phénix. Et en plus, ça consommerait les déchets.
"–Un instant Marty, je fais le plein de le DeLorean..."

–Ah bin c'est super ça! Il est où le problème alors?

Et bien, dans une centrale, c'est plus compliqué que dans une bombe, parce que le Plutonium a besoin de neutrons rapides pour fissionner correctement. Or les centrales classiques sont à neutrons lents.

–Euh... ok... bin, il suffit de re-régler les radars automatiques pour qu'ils ne se prennent plus de prunes, c'est tout...
C'est en faisant n'importe quoi qu'on devient ingénieur dans le nucléaire.


En fait, c'est un problème structurel : on est obligé de refroidir les réacteurs pour qu'ils ne nous pètent pas à la gueule trop souvent. Du coup, on utilise un circuit de refroidissement avec de l'eau. Mais l'eau ralentit les neutrons.

–Ah merde...

Du coup, il faut trouver un fluide qui permette le refroidissement sans ralentir les neutrons.
–J'ai bien un truc à proposer...
–ENCORE TOI???

–Et ça existe?

Ah oui, carrément : le sodium liquide.

–Ah bin c'est cool, il suffit de faire des centrales avec un circuit au sodome liquide alors...

Sodium. Et c'est fait : ce sont les surgénérateurs de type Superphénix.

–Hum. De mémoire, il était pas arrêté ce bouzin là?

Ah bin si, carrément. Il n'arrêtait pas de subir des pannes et des incidents plus ou moins graves. Il faut dire que le sodium a un gros défaut. Il s'enflamme au contact de l'eau, et peut même provoquer une explosion. Et du coup, pas question d'utiliser de l'eau pour éteindre l'incendie voyez... Et le soucis, c'est que de l'eau, on en trouve un peu partout. Ne serait-ce que l'humidité de l'air.

–Ah. Oui. Mince...

N'est-ce pas. C'est d'ailleurs la raison qui fait qu'aucun pays n'a pu fabriquer à ce jour de surgénérateur réellement fonctionnel dans la durée. Du coup, une fois les bombes atomiques fabriquées, on ne sait plus trop quoi faire des stocks de Plutonium. On en met un peu dans le combustible des centrales classiques, pour former ce qu'on appelle le MOX. Et le reste, bin, on le stocke en attendant.

–En attendant quoi?

Je ne sais pas. Une hypothétique et improbable révolution technologique. Ou que ça disparaisse tout seul, comme les chaussettes dans le lave-linge peut-être... A défaut, on finira par enterrer tout ce merdier histoire de faire des blagues aux archéologues du futur.
–Venez voir professeur! J'ai trouvé une poterie antique!

Epilogue

L'homme à la cigarette ne disait rien après cet exposé. Il semblait pensif. Soudain, il étouffa un juron : la flamme de sa cigarette venait d'atteindre ses doigts.

–Le tabac est mauvais pour la santé, dis-je... Notez, vu les bidons de déchets radioactifs que vous entreposez ici, ça ne changera pas grand chose.

L'homme paraissait contrarié.

–Vous en savez beaucoup. Beaucoup trop...
–Que comptez-vous faire de ces déchets nucléaires? intervint Paul, guère rassuré.
–Oh, rassurez-vous, ils ne sont ici qu'en transit. Vous comprenez, ça commence à se voir qu'on ne sait plus où les mettre. Et les écolos font chier à pointer du doigt tous les manquements aux règles de sécurité. Alors, il a été décidé de les entreposer à un endroit où il sera difficile d'aller les chercher...
–Et où ça? demande maman Koala. Et où sommes-nous d'ailleurs?
–Ça, vous n'allez pas tarder à le savoir, dit l'homme en s'avançant dans la lumière.

Nous le reconnûmes immédiatement. Il se tourna vers une des petites silhouettes trapues qui se trouvait derrière.

–Passe-Partout, va avertir Felindra que ses tigres vont avoir un supplément de ration ce soir. Et va chercher La Boule pour les emmener.
Vous ne pensiez quand même pas que c'étaient des extraterrestres non?

–Vous ne vous en tirerez pas comme ça Père Fourras, dis-je.
–Que vous croyez... Mouhahaha! Profitez bien du temps qui vous reste! fit-il en retournant une clepsydre et en sortant.

Notre situation était délicate. Nous étions enchaînés, et nous allions bientôt finir dans l'estomac d'un tigre.

–Il faut qu'on sorte!!!! s'affola Paul.
–Il faut qu'on se détache, dit maman Koala. Est-ce que tu vois la clé?

C'est alors qu'un puissant bruit de moteur se fit entendre, suivit d'une explosion qui nous projeta au sol. Nous relevâmes en toussant, couverts de poussière... mais libres, nos chaînes pendaient lamentablement, plus rattachées à rien. Par l'ouverture dans le mur, j'apercevais une partie du Fort Boyard, puisque c'est bien là que nous étions retenus prisonniers. Et face à nous, un hélicoptère de combat soviétique customisé se maintenait en position. Au poste de pilotage, Youri, mon garagiste.

–Papa Hérisson. Toi scientifique. Toi venir. Je problème avec grille-pain de moi : cœur réacteur en train fondre. Lui s'enfoncer dans sol.
–Ton grille-p... celui que tu as rafistolé avec un bout du réacteur nucléaire du Koursk?
–Da.
–Ah. C'est emmerdant.
–Da. Je craindre explosion atomique.
–Ah pour ça mon p'tit Youri, je te rassure, ça ne risque pas. Par contre... le syndrome chinois... ça peut...
–Syndrome chinois?
–Je vais t'expliquer...

Youri nous hélitreuilla sans tarder hors de ce lieu mortifère devenu l'entrepôt secret d'Areva, sous les regards dépités du Père Fourras, de La Boule et surtout des tigres.

mercredi 12 novembre 2014

Le fantôme de l'Opéra(tion grippe A) – partie 2

Résumé des épisodes précédents

L'ami L'informateur La vague connaissance de papa Hérisson, Paul Bismuth a fait venir notre héros place Vendôme pour lui montrer un gros sextoy objet vert incongru.
Non, il ne s'agissait pas de l'obélisque... (oui, je sais j'ai dû trop lire Le lycra ça colle Sticky Pants)
 Mais il sera retrouvé endormi avec une seringue dans le popotin, non loin d'un artiste agressé, et en présence d'un mystérieux fantôme masqué qui parviendra à s'enfuir. Dans la main de Paul Bismuth, un mystérieux message :
Voilà qui est mystérieux!
Hélas, interrogés par la police, papa Hérisson, maman Koala, les gnomes et le chien n'ont pu avancer dans leur enquête. Pire, Paul Bismuth qui est peut être le seul à savoir ce qui s'est passé, a été vacciné contre la grippe A et souffre à présent de narcolepsie. Il est donc incapable de parler. Nos héros arriveront-ils à élucider ce mystère? Vous le saurez en lisant ce qui suit.


Vous pouvez lire le début ici...

5. Squalène, aluminium, mercure... donc, vous admettez la tentative d'empoisonnement?

Holà! Pas si vite! Reprenons l'exemple des maladies auto-immunes : ok certaines études semblent  montrer des corrélations entre vaccination et prévalence de ces maladies, mais corrélation n'est pas lien de cause à effet ! Attention à l'effet cigogne!

–Mouaih... pour autant, l'absence de preuve n'est pas la preuve de l'absence! Et d'ailleurs, une étude sur les liens entre l'autisme et la vaccination ROR (vaccin trivalent Rougeole-Oreillons-Rubeole) a été évoquée dans la presse il y a quelques années...

Mauvais exemple inspecteur : le Dr. Wakefield qui avait conduit l'étude publiée en 1998 a été accusé d'avoir falsifié les résultats. Il fut même radié par l'ordre des médecins. D'autres études postérieures, brouillent encore les cartes sur la question, puisque si la piste vaccinale n'est pas totalement écartée, il ne serait au mieux qu'un co-facteur lié à d'autres causes environnementales (ondes électromagnétiques, prise d'ibuprofène, etc...). En tout état de cause, le débat est loin d'être tranché, mais il est toujours vif.
Tout est relatif. si si.

Le gros souci en matière de toxicologie, c'est qu'il est très difficile de démontrer avec certitude les effets indirects d'une substance donnée, surtout quand on parle d'effets à long terme, parce qu'une corrélation apparente peut être trompeuse et que d'autres facteurs peuvent entrer en ligne de compte. Dans l'absolu, et pour des raisons sanitaires, il faudrait faire jouer le principe de précaution en cas de doute raisonnable. Mais c'est rarement le cas en pratique.

Ceci étant, si des effets secondaires sont en effet reconnus pour la plupart des vaccins, ils sont généralement considérés comme rares, et la balance bénéfice/risque comme favorable à leur utilisation malgré tout. Objectivement, pour des cochonneries comme la variole, la polio, la diphtérie ou la méningite, il est sans doute préférable qu'un vaccin existe, fut-il imparfait. Disons que c'est un moindre mal.
"–Non parce que tu vois, j'ai un panaris et... Aïe! Ma main!
–Oui bon bah ça va fiston hein... le sabrolaser ça cautérise : pas d'hémorragie!"



6. Donc vous dites que c'était de la légitime défense c'est ça?

Et bien... c'est le discours officiel : les vaccins sauvent des millions de vies chaque année, ils permettent d'enrayer des épidémies, d'éradiquer des maladies, ils sont sans danger, et font revenir l'être aimé en moins de 48h. Les statistiques montrant le taux de prévalence des maladies année par année montrent d'ailleurs un effondrement du nombre de malades, et c'est grâce à la vaccination. Et puis il y a le cas d'école : la variole que le vaccin a permis d'éradiquer en 1977.

–Ah ah! A mon tour de vous prendre en défaut : corrélation n'est pas lien de cause de cause à effet ! Et d'ailleurs pour la plupart des maladies, la baisse avait commencé avant l'introduction du vaccin!

L'interprétation de ces données est discutable, et l'absence de preuve n'est pas la preuve de l'absence d'un effet positif du vaccin. Il est bien évident qu'on a pas attendu l'invention des vaccins pour soigner les gens! Ça ne veut pas dire que les vaccins n'ont pas contribué à la baisse dès lors qu'ils ont été introduits... Toutefois il est vrai que le discours officiel est sans doute un rien trop angélique.
Les vaccins, c'est que de l'amour!
Un virologue, le Dr. Paul Offit a par exemple affirmé qu'un enfant (au système immunitaire immature) pouvait sans risque recevoir jusqu'à 100 000 doses de vaccins (il a réduit par la suite à 10 000). Le controversé (un peu conspirationniste sur les bords, le garçon) Mike Adams, rédacteur du site naturalnews.com a rebondi sur cette affirmation et offert 1 million de dollars à tout membre de la direction d'un laboratoire qui accepterait de recevoir ne serait-ce que 1000 doses de vaccins. Mais étrangement, aucun de ces gens là ne doit avoir besoin d'un million de dollars, car le défi n'a pas encore été relevé.
C'est l'aluminium... ça attaque le cerveau : il doit mélanger ses chiffres.

Bon, concrètement : le déclin de beaucoup de maladies a effectivement commencé bien avant l'arrivé de leur vaccin sur le marché. C'est clairement lié à tout un ensemble de choses : amélioration des conditions d'hygiène, alimentation abondante, maîtrise de l'environnement, utilisation de médicaments (si si, certains ont une réelle efficacité), éventuellement mesures de quarantaines (pour les méningites par exemple)... et il est probable que les vaccins aient joué aussi un rôle dans ce déclin.

Prenons le cas d'école de la variole : il est souvent affirmé que le vaccin a permis d'éradiquer cette maladie. En réalité, et même l'OMS le reconnait (mais pas trop fort), c'est une combinaison de plusieurs méthodes dont la vaccination qui a permis de venir à bout de la variole : la stratégie dite de surveillance et d'endiguement à base de vigilance sanitaire, de soins, de quarantaines ciblées, et de vaccination. Le vaccin était donc un élément de la stratégie, mais pas le seul, et rien de permet d'affirmer qu'il fut plus déterminant que les mesures de quarantaine par exemple. Notons d'ailleurs que dès confirmation de la disparition de la variole, l'OMS a recommandé dans son rapport (p.11) de suspendre la vaccination en raison de ses effets secondaires. Voilà voilà...
"–Bon,on a circonscrit Ebola. On va repasser à des méthodes conventionnelles les gars, ok?"

Et puis les affirmations en termes de taux d'efficacité des vaccins sont aussi assez discutables... D'abord, pour un certain nombre de maladies, on manque de recul pour une évaluation en situation réelle. Tout simplement parce que certains vaccins sont trop récents (ceux contre le papillomavirus par exemple). Du coup, le taux d'efficacité est calculé non sur l'efficacité prouvée (et il conviendrait déjà d'être d'accord sur la preuve), mais sur la seule mesure des anticorps spécifiques sur les sujets test lors des études cliniques (voir ce document, p. 30). Sauf que l'expérience a montré que certains individus dont le taux d'anticorps dépassait la limite considérée comme immunisante, pouvaient quand même contracter la maladie. C'est d'ailleurs un peu le nœud de la polémique : les vaccins ont-ils réellement l'efficacité qu'on leur prête, compte tenu du risque d'effets secondaires qu'ils amènent?

–Bin tient justement, puisque vous en parlez : certains affirment que le mode de calcul de ces taux d'efficacité (contre la grippe saisonnière par exemple) est volontairement biaisé! L'efficacité réelle du vaccin se situerait aux alentours de 1,5% !

Je ne vous suivrai pas sur ce terrain, car je n'ai pas accès à l'intégralité de l'étude sur laquelle se base cet article. En outre le calcul à 1,5% est foireux : on ne peut soustraire ainsi des pourcentage, ça ne repose sur aucun fondement mathématique. D'autant que si on connait le nombre de sujets dans le groupe témoin, il n'est pas précisé pour le groupe test. Il faut comparer ce qui est comparable. Je retiens cependant que l'étude conclue que la protection supposée chez les sujets de plus de 65 ans n'est absolument pas prouvée. Dommage puisque la campagne de vaccination anti-grippe cible surtout ces personnes là...
Ils sont forts ces labos pharmaceutiques quand même...
Et si on prend l'exemple spécifique de la grippe A : on a encouragé les vieux à se faire vacciner... alors même que la plupart d'entre eux étaient naturellement immunisés contre cette souche qu'ils avaient déjà croisée dans les années 50. Bien joué. Et la ministre Bachelot avait même prévu deux injections au cas où, alors même que le vaccin classique contre la grippe saisonnière n'en propose qu'une.
Commercial de chez Sanofeur-Pasti™ à la conclusion du contrat "Grippe A" avec la France

–Et concernant le vaccin contre le cancer du col de l'utérus alors? Son efficacité réelle est remise en cause aussi il me semble?

Alors déjà, rien que cette façon de l'appeler me donner envie de péter des rotules. Il n'existe pas de vaccin contre le cancer : le cancer c'est un développement anarchique des cellules! On vaccine contre un germe ou une toxine, pas contre le cancer. A force de prendre les gens pour des cons avec ce genre de raccourci stupide, pas étonnant qu'ils finissent par le devenir.

Bon : il s'agit en réalité de vaccins (il en existe deux différents) contre certaines souches de papillomavirus humain. Et parmi ces souches ciblées, certaines sont considérées comme responsables de certains cancers du col de l'utérus. Comme on le voit, cette formulation plus précise relativise pas mal les choses. Et en termes d'efficacité, on manque clairement de recul (le vaccin n'a pas encore 10 ans) pour affirmer que ce vaccin aurait un impact quelconque sur l'incidence de ce cancer sur le long terme. Du coup, était-il pertinent de dépenser presque 500 millions d'euros dans le monde pour ces campagnes de vaccination? On peut se poser la question... Autant dire qu'un futur scandale se profile à l'horizon, d'autant que ce vaccin est envisagé de plus en plus jeune, pour les filles comme les garçons, et pourrait même être réalisé en milieu scolaire, ce que contestent à juste titre certaines associations. Rappelons quand même que c'est avant tout une MST (le papillomavirus)... il n'est peut être pas utile de vacciner les nourrissons.



7. Mais alors... c'est une conspiration?!

Oui, mais c'est bon la conspiration! Surtout au chocolat.
A en croire certains, la vaccination (et surtout la vaccination obligatoire dans certains pays dont la France) constitue un complot des Illuminati Rose-Croix de la Synarchie du Bilderberg, destiné en vrac à :
  • contrôler le cerveau des gens/rendre la population docile
  • exercer un contrôle des naissances/de la population
  • rendre la population dépendante à Big Pharma
  • permettre la réélection de François Hollande/Nicolas Sarkozy (au choix)
  • créer des clowns psychopathes
  • créer des zombies-mutants
  • faire du fric
  • décimer la population pour permettre l'émergence d'une nouvelle humanité améliorée
  • Obiwan Kenobi
–Han, mais c'est vrai! J'ai même lu dans "La croix" que des organisations catholiques accusent l'OMS d'utiliser des vaccins antitétaniques contenant de l'hormone hCG dans le but de stériliser des femmes kényanes! Afin de réduire la population!

Bien sur! D'ailleurs ça n'est pas la première fois qu'ils font le coup : dans les années 90, ils firent de même au Mexique, aux Philippines, et au Nicaragua. Et tout ça dans le cadre d'un plan global de David Rockefeller et Bill Gates...

–Non? C'est vrai? Mais... c'est horrible!

Non mais... sans déconner? Vous y croyez vraiment? Je veux dire, vous vous figurez sérieusement que :
  1. Bill Gates (qui n'est déjà pas foutu de faire un Windows sans bugs) et David Rockefeller auraient conspiré dans l'intention de réduire la population contre son gré?
  2. Qu'ils s'adresseraient à l'OMS dans le cadre d'une conspiration secrète ou d'un accord occulte?
  3. Pour faire en sorte que cette dernière débauche des labos privés?
  4. Dans le but de produire un vaccin antitétanique modifié contenant l'hormone hCG ?
  5. Afin que l'organisme des femmes vaccinées s'auto-immunise contre cette hormone, essentielle au déroulement d'une grossesse, les empêchant ainsi de mener une grossesse à terme ?
  6. Ce vaccin étant utilisé lors de campagnes de vaccination dans des pays du tiers-monde, parce que merde quand même, tous ces nègres métèques pauvres sans-dents auvergnats sans le sou qui pullulent partout ça fait désordre ?
Ah ce problème des familles nombreuses...
Vous pouvez juste m'expliquer, sans bafouiller ni rougir, POURQUOI ils se feraient chier à mettre au point un plan aussi foireux, complexe et risqué –vous imaginez le nombre de gens impliqué?– dans le seul but de réduire les naissances dans ces pays? Surtout à l'aide d'un procédé à la fiabilité douteuse, alors même que les perturbateurs endocriniens qui polluent de nombreuses zones du monde, dont ces pays en particulier par le biais des pesticides de Monsantox™, vont faire le même boulot de façon beaucoup plus efficace et systématique et sans risque de se faire chopper comme un vulgaire directeur du FMI qui se ferait prendre la main dans la culotte d'une femme de chambre d'un Sofitel...

–Euh ok... mais les analyses qui montrent la présence de hCG dans le vaccin alors?

Ce rapport de l'OMS (en p.3), indique que l'organisation mexicaine ultra-catho pro life (c'est à dire anti-avortement) qui a demandé l'analyse, s'est adressée au labo d'un hôpital local, qui a utilisé de vulgaires tests de grossesse pour montrer la présence de l'hormone hCG. Tous les tests menés dans d'autres laboratoires ne montrèrent aucun présence de hCG, et un laboratoire Hongrois démontra même que l'eau utilisée dans cet hôpital conduisait à plus de résultats positifs sur les tests de grossesse que le vaccin lui-même. Mais c'était trop tard, la rumeur était partie, et elle revient depuis périodiquement.
"–Félicitation monsi... madame le vaccin! Vous êtes enceinte!"
Plus généralement, ceux d'entre vous qui me lisent depuis quelques temps savent que je n'adhère guère aux théories du complot, en vertu d'un principe simple : Ockham avait son rasoir, moi j'ai ma biscotte. Je vous résume : plus un complot est d'envergure et implique de participants, plus il sera impossible à mettre en œuvre en vertu du principe de la biscotte de papa Hérisson, car la bêtise humaine naturelle, l'appât du gain, et l'égocentrisme feront forcément qu'à un moment ça va partir en couille.
Attention, l'abus de théorie du complot est dangereux pour la santé mentale.

Alors un complot lié aux vaccins impliquant une bonne quinzaine de multinationales, des dizaines  d'agences sanitaires, des centaines de gouvernements et des milliers de chercheurs, vous imaginez bien...
"–Bon les enfants, je crois que notre plan pour transformer les humains en Golgoth-rutabagas géants a été éventé..."
Mais attention : le fait qu'aucun complot ne tienne vraiment la route ne signifie pas que le marché des vaccins soit parfaitement transparent, loin de là. Car ce marché est financièrement juteux : estimé à 20 milliards de dollars en 2012 ! De quoi s'offrir quelques résidences secondaires sur des îles paradisiaques pour les personnes occupant des postes clés dans ce marché. Et du coup encourager ces mêmes personnes à prendre quelques libertés avec le principe de précaution, les études cliniques, et les réglementations. De quoi aussi convaincre les décideurs politiques et les autorités de santé de fermer les yeux sur quelques effets secondaires néfastes ou quelques incidents. Bref, comme le marché du médicament classique finalement.

Le fiasco de cette histoire de vaccination contre la grippe A est là pour le démontrer : des millions de doses de vaccins fabriquées et vendues dans l'urgence, insuffisamment testés, à travers des contrats particulièrement avantageux pour les labos, pour une grippe annoncée comme hautement contagieuse et mortelle, et qui s'est très rapidement avérée bénigne. Ah au fait... saviez-vous que ces contrats dédouanaient totalement les labos en cas de pépin (effet secondaire, maladie iatrogène, forte douleur anale...).

Le problème finalement, c'est qu'on a tendance à vacciner pour un oui ou pour un non : beaucoup de vaccins, même pour des maladies qui ne le justifient pas forcément. Le système immunitaire peut-il gérer sans conséquences néfastes toutes ces fausses alertes? Cela n'a-t-il pas pour effet pervers d'affaiblir le système immunitaire au lieu de le renforcer en le sur-sollicitant? La question est posée. Les laboratoires répondent que non, les naturopathes répondent que oui. Les études se contredisent. A vous de voir.


8. Ok bon. Mais la loi, c'est la loi...

... il y a des vaccins obligatoires en France vous savez!

Pas tant que ça : seulement le DTP. Les autres sont justes recommandées dans le calendrier vaccinal, même si l'entrée d'un enfant en collectivité (crêche, école...) est souvent conditionnée au respect du calendrier vaccinal. Ceci étant, des associations se mobilisent contre cette obligation vaccinale. Au nom de la liberté de choix. Ce à quoi les autorités de santé leur répondent d'aller se faire voir, au nom de la santé publique.

Car oui, en substance, l'argument du ministère de la santé c'est que : "bon, les vaccins sont à 100% sans danger, super efficaces, mais que si des gens ne se font pas vacciner, ils mettent en danger ceux qui le sont."

–Pardon? Je croyais que le but du vaccin était de protéger justement! En quoi les gens vaccinés sont-ils menacés par ceux qui ne le sont pas?

Bon ok, la protection n'est pas efficace à 100%, du coup un certain pourcentage de personnes (disons 10 à 12%) se croyant protégés par le vaccin, ne le sont pas...

–Si 10% des vaccinés ne développent pas d'immunité, en quoi cela fait-il une différence si des gens ne se font pas vacciner? Du coup, pourquoi obliger à vacciner?

Rhaaa, c'est pourtant simple : au plus la couverture vaccinale est large, au moins il y a de gens non immunisés! Ça permet d'équilibrer la balance bénéfice/risque...


–Je croyais que c'était 100% sûr?

Oui, mais bon, y a quand même deux-trois effets secondaires possibles et puis... merde quoi! C'est la loi point barre! Fuck!
"–Nan mais c'est ok j'vous promets! Vous nous faites confiance quand même, non?"
Avec ce genre de discours, on comprend que des gens se disent qu'on les prend pour des cons notez bien.

Du coup, certains parents refusent d'appliquer la loi pour leurs enfants car ils ne veulent pas prendre le risque de ces fameux effets secondaires, parfois graves, pour un bénéfice discutable, non garanti, vis-à-vis d'une maladie que l'enfant ne contractera peut-être jamais. Et forcément, comme c'est la loi, ça se termine au tribunal. Et parfois même, ces parents gagnent le procès. D'autres trichent avec l'aide de médecins complaisants (qui prennent de sérieux risques juridiques d'ailleurs) : les carnets de santé comportent le macaron du vaccin, mais celui-ci n'est pas fait en pratique.

Notons que la France fait partie des rares pays européens (avec la Belgique, l'Italie et le Portugal) à avoir une loi d'obligation vaccinale.

Évidemment,  cette volonté de couverture vaccinale maximum, qu'il s'agisse d'une obligation légale ou juste d'une forte suggestion, ne va pas sans poser certains problèmes. Outre un message un peu biaisé (comme cette histoire de vaccin contre le cancer du col de l'utérus), et fortement moralisateur (Ne pas se faire vacciner, c'est mettre les autres en danger!), cette stratégie du "tout vaccin" peu s'avérer contre-productive.

–Comment ça "contre-productive"? Genre : trop de vaccin tue le vaccin?

A plusieurs niveau oui :
  1. Déjà, à trop insister, cela suscite de la méfiance vis à vis de la vaccination (la preuve ci dessus)
  2. Comme on l'a vu pour la variole, faute d'une stratégie globale, on n'éradique pas la maladie ainsi. Pire, on court le risque de favoriser de nouvelles souches, résistantes au vaccin elles : cela commence à s'observer pour la coqueluche par exemple.

Et puis le législateur est parfois un peu con-con dans ses décisions. Ou mal informé. L'actuel projet de loi visant à permettre aux sages-femmes et pharmaciens de réaliser la vaccination  me semble par exemple légèrement dangereux. Il suffit de lire la notice de la plupart des vaccins : il est généralement recommandé au praticien faisant l'injection de garder le sujet sous surveillance pendant une demi-heure pour pallier aux risques de choc anaphylactique (entre autres), et d'avoir de l'épinéphrine ainsi que l'équipement adapté à disposition pour ce cas de figure. Déjà que les toubibs ne le font pas, alors les pharmaciens vous imaginez... Et je ne vous parle pas des infirmières scolaires qui n'ont déjà théoriquement pas le droit de vous filer un aspirine.


9. Bon, vous plaidez coupable ou pas finalement...

... parce que là honnêtement, je ne sais plus ou j'en suis. Les vaccins c'est une bonne ou une mauvaise chose en fait?

Honnêtement, elle est plutôt con cette question. Et les livres par exemple, c'est bien ou c'est mal?

–Hein? Bah c'est idiot comme comparaison : c'est bien les livres évidemment...

Ah oui? Pourtant Mein Kampf est un livre, partiellement lié à la mort de 38 millions de civils. Le Petit Livre Rouge de Mao n'est pas mal non plus dans le genre. Et je ne parle pas de la Bible au nom de laquelle moult générations se sont étripées joyeusement au cours des 2000 dernières années... Sans compter d'autres ouvrages de sinistre mémoire...
Et puis pour imprimer les livres, il faut couper des arbres, détruire des forêts.Et franchement, pour ÇA...
Le livre c'est un outil. Il n'est pas bon ou mauvais en soi, tout dépend de ce qu'il contient et de l'usage qu'on en fait. Les vaccins c'est pareil. Ils sont bien loin de représenter la panacée promise, même s'ils ne sont sans doute pas non plus le "grand Satan" redouté par certains. Il y en a de bien utiles, et d'autres franchement superflus, voire dangereux.

Le mieux est sans doute de ne pas se jeter sur le dernier best seller, afin de ne pas encombrer sa bibliothèque son système immunitaire.

Je vous invite surtout à vous documenter, en gardant l'esprit critique, et ne pas gober aveuglément ce qu'on vous raconte dans un sens comme dans l'autre. 

Sur cette question des vaccins, vous pouvez lire cet intéressant document en ligne, très bien fourni, et dont les sources documentaires sont référencées en détail dans la bibliographie en annexe. Il est en particulier intéressant pour la description des maladies et les spécificités (contenus, effets secondaires connus, etc...) de chaque vaccin. Vous pouvez aussi regarder ce qu'en dit Anne-Estelle du blog Etre Parent, qui a fait un article très détaillé et bien documenté (même si je ne partage pas totalement sa vision), en partie basé sur le livre de Sylvie Simon (que j'avoue ne pas avoir lu) qui fait référence chez les détracteurs des vaccins.



Épilogue

Le piège avait fonctionné. Bon pas tout à fait comme prévu, il est vrai, le fantôme s'étant lancé à la poursuite de Sammy et Scoubidou du p'tit prince et du chien, mais au final, il s'était quand même retrouvé coincé par la tapette géante.

"–Eh! C'est moi que vous traitez de tapette?
–Mais non commissaire..."
–Je me doutais que cet article allait attirer notre "fantôme de l'opération Grippe A". Il ne restait plus qu'à lui tendre un piège. Bien joué p'tit prince, bien joué le chien. Vous avez bien mérité des scoobiscuits!
–Merci p'pa!
–Bon, et maintenant inspecteur, voyons qui se cache derrière ce masque.

Le masque glissa sans difficulté du visage du fantôme, immobilisé par des policiers.

–Oh! s'exclama l'inspecteur, mais c'est...
–Odile Deray, s'exclama tout le monde en cœur.
–Bon sang, l'attachée de presse de Mac Carthy, dit l'inspecteur, mais alors... tout ça n'était qu'une manœuvre pour créer le buzz autour du plug anal de l'oeuvre de Mac Carthy?
–Pas si vite inspecteur, dis-je. Regardez, mademoiselle Deray porte elle même un masque en latex. Voyons donc voir qui se cache derrière...

Avec un bruit similaire à celui d'un élastique qu'on relâche, le visage de latex factice se détacha, révélant le visage de...
Le fantôme de l'opération grippe A!
–Le directeur du parc d'attractions! s'exclama l'inspecteur. Non, désolé, j'ai toujours rêvé de dire ça...
–...
–Je reprends : Nom de... Roselyne Bachelot! s'exclama l'inspecteur.
–Et oui inspecteur, dit maman Koala. C'est que révélait cet indice que nous avions trouvé : Sub... Ros... Au début  nous avions pensé à une référence conspirationniste : Sub Rosa, le leitmotive des organisations secrètes. Mais il s'agissait en fait de la note griffonnée par Paul Bismuth après sa discussion houleuse avec l'artiste Mac Carthy. Paul voulait savoir qui avait subventionné son travail.
Les amateurs de polar se régalent!
–Mais... pourquoi Mme Bachelot a-t-elle subventionné ce plug anal cette œuvre? Et pourquoi se déguiser en fantôme?
–C'est pourtant simple : il lui reste énormément de vaccins contre la grippe A sur les bras. Il lui fallait un coup publicitaire pour les écouler.Le plug sapin de Noël devait servir de support pour une aiguille géante, afin de symboliser une seringue de vaccin. La couleur verte, porteuse de valeurs positives, devait permettre d'en faire une publicité immense pour les vaccins... Mais Mac Carthy ne l'aurait pas laissée dénaturer son oeuvre. Alors elle s'est déguisée en fantôme pour agir incognito...
Un plan presque sans faille...

–Et ça aurait fonctionné! nous interrompit l'ancienne ministre. Si votre bande de gamins et ce sale chien ne s'en étaient pas mêlés! 
–Wouf! fit le chien en quémandant un scoobiscuit.
–Ah ah ah! 
–Ça n'est pas fini, vous m'entendez? éructa Roselyne Bachelot. Je me vengerai... je me vengerai...

Le reste de sa diatribe se perdit dans le vent lorsque les policiers l'emmenèrent sous bonne garde. 

Fin