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lundi 21 août 2017

Crédit à la con, sot!

Aujourd'hui, j'ai envie d'aborder un sujet que certains d'entre toi, cher lecteur, a peut-être vu passer brièvement dans la presse. Oui, alors bon déjà, tu sais que quand je commence à te tutoyer, c'est qu'en général je suis un chouïa chafouin. Et là, en effet, chafouin je le suis, il faut bien l'admettre. Car lorsque j'ai lu ceci, mon sang n'a fait qu'un tour :
J'te raconte pas quand les huissiers vont débarquer... on va prendre cher.
Alors bien sur, on ne parle pas d'un crédit à la banque hein, c'est un "crédit" sur les ressources naturelles disponibles (matières premières, ressources végétales, eau, nourriture, etc...). Si vous êtes un minimum anglophone, cette vidéo vous expliquera plus précisément de quoi il retourne :


Et sinon je vous résume l'idée : en 8 mois, l'espèce humaine a consommé les ressources que la planète met un an à constituer. Donc, depuis le 2 août, tout ce que nous consommons dépasse les capacités de renouvellement de la Terre et on vit à crédit sur les ressources que la planète va constituer l'année suivante. Mais  comme on parle d'un calcul annuel, que ça fait des années que ça dure, et que la date butoir avance sans arrêt, on peut considérer que ce sont déjà des années voire des décennies de crédit que nous nous trainons. Voilà voilà...

Bon alors évidemment, c'est assez abstrait : ce genre de crédit ça ne se visualise pas sur le relevé de banque à la fin du mois (encore que... mais je vais y revenir), et aucun huissier ne va venir toquer à la porte pour saisir votre écran plasma trouzmille pouces et votre Touingo® dans les jours qui viennent...
*knock knock*
"–Bonjour, maître Xl@rghµh$$%, huissier de justice inscrit au greffe de Zeta de la Reticule, je viens pour le recouvrement du crédit..."
Et pourtant, d'une façon ou d'une autre, vous avez déjà commencé de payer. Vous ne l'aviez pas remarqué? Pourtant... vous payez bien vos factures d'eau? C'est-à-dire que vous payez pour le traitement et le retraitement des eaux, afin de pouvoir disposer d'eau potable pour boire, et accessoirement faire votre vaisselle, laver votre voiture, ainsi que votre petit pipi et votre gros caca (puisqu'il n'y a qu'un seul réseau d'eau courante, tout ça c'est avec de l'eau potable, et oui...). Enfin, quand je dis pour boire, ça dépend puisque nombreux sont ceux qui préfèrent payer l'eau à boire sous forme de bouteilles plastiques, bien plus chère, et joyeusement infusée de matière plastique puisque les bouteilles sont thermoformées et remplies dans la foulée avant même leur refroidissement...


Mais ce n'est pas tout : logiquement vous payez aussi une taxe sur les ordures (directement si vous êtes propriétaires, ou indirectement dans vos charges si vous êtes locataire). En attendant peut-être de payer une taxe sur l'air que vous respirez (parce que bon, voilà quoi, à ce rythme, il va bientôt falloir le filtrer pour le respirer hein...). Lorsque vous achetez votre voiture, vous payez une taxe pollution sur la carte grise, plus tout un tas de taxes sur l'essence consommée par la suite. Vous visualisez ces villes de science-fiction (Blade Runner ou autre) qui ressemblent a des mégalopoles tentaculaires sans verdure, pleines d'immeubles immenses et dans lesquelles les habitants se baladent avec des masques à gaz? Ne rêvez plus, ça n'est plus de la science-fiction, ça existe déjà à Mexico, Tokyo, Hong Kong,Shanghaï et tant d'autres. Seules les voitures volantes sont encore du domaine de la fiction. Le prix nous le payons aussi déjà sur le plan géopolitique : de nombreux observateurs s'accordent à dire que la crise en Syrie (pour ne citer qu'elle) trouve une large part de ses fondements dans le changement climatique lié à l'activité humaine.

Pour les ressources à proprement parler : le pétrole augmente de plus en plus, tout comme les métaux, ou la nourriture saine... Donc, techniquement, même si c'est presque invisible parce que vous y êtes accoutumé : c'est comme la fable de la grenouille... Oui, vous avez déjà commencé de payer ce crédit. De le payer certes, mais la dette elle-même ne pourra jamais être soldée : elle n'est pas sous forme monétaire...

Et ça ne semble pas parti pour s'arranger, vos descendants risquent de douiller encore plus sévère, et pas que financièrement : plus d'eau potable, plus de métaux, plus de nourriture saine et abondante, plus de bois, d'air pur à respirer, plus de plages de sable fin...

–De sable? Sans rire...

Sans rire. Ça ressemble au vieux sketch de Coluche sur les technocrates à qui tu files le désert et qui finissent par acheter du sable ailleurs, et pourtant... Le sable coquillier est un composant essentiel du béton. Béton qui sert à construire plein de trucs moches, et en particulier à bétonner les littoraux pour enrichir les promoteurs immobiliers. Sauf qu'on ne peut pas utiliser n'importe quel sable : celui du Sahara ne conviendrait pas par exemple, il est trop rond et n'a pas la bonne composition : il faut du sable "coquillier", c'est à dire en partie issue de la dégradation des coquillages. Donc du sable de mer ou de plage. D'où l'exploitation sans vergogne de ce sable : il faut environ 200t pour construire une maison, 30 000t pour un km d'autoroute, et pour le mur de Trump je vous laisse imaginer...

Rien qu'au cours de quatres dernières années, la Chine a consommé autant de sable que les Etats-Unis en 1 siècle, et la tendance ne semble pas à s'inverser. Résultat? Des littoraux sont petit à petit rongés par cette surexploitation. Inutile de vous dire que l'écosystème qui vit sur ces littoraux n'est pas à la fête.


–Ah ouaih, à ce point.

Et oui. Donc profitez bien de la plage avec vos enfants, il est possible que cela ne dure pas. Ah, et puis il y a aussi les forêts primaires comme celles de la Malaisie ou de l'Indonésie que l'on détruit, souvent par le feu tant qu'à faire n'importe quoi, pour planter à la place des palmiers à huile afin de fabriquer (entre autres) du Nutebwaaah®, et tant pis pour les orang-outans qui y vivent. Ou encore les écosystèmes détruits pour l'exploitation du gaz de schiste par la fracturation hydraulique... Y en a un peu plus, je vous le mets avec?

Donc quand on parle de "crédit", c'est plus une dette que vous collez sur le dos de vos enfants/petits enfants, et qu'ils ne pourront jamais solder. Pour prendre une analogie, c'est un peu comme si vous fracassiez la tirelire-cochon de Jean-Kevin, 5 ans, pour lui chaparder ses quelques euros afin de vous offrir le dernier iphoune8X-mega-HD-de-la-mort® (qui tombera en panne dans 6 mois ou aura son écran pété dans 15 jours) : certes vous avez le dernier iphoune8X-mega-HD-de-la-mort®, mais vous venez de faire les poches d'un mioche de 5 ans, ce qui fait de vous un gros rabouin sans scrupules. Sauf qu'en plus après avoir fracassé la tirelire cochon, vous avez aussi uriné sur les murs, et vidé les poubelles du quartier dans sa chambre. Car au-delà la consommation des ressources, il y a aussi un problème de déchets.

–Ah oui, j'ai vu ça... il parait que chaque français produit en moyenne dans les 350 kg de déchets par an...

350kg? Presque. Mais en fait non. Nous sommes plus proches de 14 tonnes par français (et j'imagine que le score d'un américain n'a rien à lui envier). 354kg, c'est juste le poids de nos ordures ménagères. C'est en quelque sorte la partie visible de l'iceberg. Mais bien avant que la boite de raviolis que vous venez de vous enfiler n'arrive dans votre poubelle, sa fabrication a déjà produit une bonne quantité de déchets, aussi bien pour fabriquer le contenu que le contenant. La partie cachée de l'iceberg, ce sont donc tous les déchets produits EN AMONT, générés par l'industrie. Afin de fabriquer, par exemple, ce merveilleux iphoune8X-mega-HD-de-la-mort® qui fait moins de 500g, l'industrie a produit 75kg de déchet en amont.
L'emmerdant dans tout cela, c'est que le Titanic c'est notre planète...

Bien sûr, sur ces 14t, certains déchets ont un impact limité (vos épluchures de carottes ne vont guère porter tort à la planète), mais d'autres ont un impact plus... durable : les déchets radioactifs produits par les centrales nucléaires qui vont servir à recharger votre iphoune8X-mega-HD-de-la-mort® ont pour certains une activité nocive pendant des centaines de milliers d'années... c'est sympa hein?

Pour que vous visualisiez bien le truc, 14t, c'est la masse d'une pelleteuse de belle taille. Par an. Par français. Sachant que nous sommes environ 67 millions. Donc, 67 millions de pelleteuses. Si vous avez une quarantaine d'années (âge médian en France) : il suffit de multiplier pour imaginer la masse de déchets accumulés (ok, je dois exagérer un peu car le volume de déchet n'est pas forcément stable depuis 40 ans hein...). Mais je ne parle que de la France. Alors certes, l'Ethiopien moyen doit être plus proche de la brouette que de la pelleteuse, mais l'américain moyen (ils sont environ 300 millions je le rappelle) est sans doute plus proche du semi-remorque...

Oui. Une pelleteuse par an.
Ce qui est extraordinaire, c'est que même en le sachant (je rappelle que plusieurs articles de presse ont évoqué cette histoire de "crédit" sur les ressources de la planète hein!) on continue comme ça. Même dans les films on en parle, comme par exemple Hugh Laurie dans le film "A la poursuite de demain"... dommage, il y a incarne le méchant...


Au contraire, tout le monde nous rebat les oreilles du PIB, de la production industrielle et de cette fameuse "croissance" (supposément infinie visiblement, la planète Terre doit être connectée à d'autres dimensions je suppose) qui doit mettre sa misère au chômage, sauver le pays et faire revenir l'être aimé en moins de 48h : la presse, les dirigeants représentants politiques (oui : on n'élit pas des gens qui nous dirigent, mais des gens qui nous représentent. En théorie... si si, c'est écrit dans la constitution. Ça peut sembler être de l'enculage de mouche la sodomie de diptères, mais les mots ont leur importance, et à nous balancer sans arrêt du "dirigeant" à toutes les sauces, les médias accréditent l'idée que nous leur devons obéissance, alors qu'en fait... non pas trop), et tout un tas de gens très intelligents. Et vous êtes priés de les croire puisqu'ils sont plus intelligents que vous. Eux-mêmes vous le disent, c'est bien la preuve.
Ou si vous préférez : vous êtes trop cons pour comprendre, alors laissez faire les gens intelligents sans vous poser de questions. Merci. Bisous. Ah, au fait, on va ouvrir les magasins le dimanche pour augmenter la croissance.

Et tous en mode "TINA" ("There Is No Alternative" = Il n'y a Pas d'Alternative, célèbre formule thatchérienne qui nous explique gentiment que t'es bien gentil avec tes gros sabots d'écolo-bobo-gaucho-socialo-humaniste, mais que, en gros, tu vas pouvoir t'asseoir sur tes jolies convictions et tourner) s'il vous plait, pour bien nous faire comprendre que l'économie de marché libérale qui pollue et consomme des ressources en mode RAF ("Rien A Foutre")  est la seule fucking solution. Ou comment foncer droit dans le mur en klaxonnant. Quelque chose me dit que certains ont dû louper quelques barreaux en gravissant l'échelle de l'évolution...
"–Bon, demi-tour les mecs, on s'est planté..."

Evolution au sommet de laquelle nous sommes censés être parvenus justement... Je vous mets une photo d'Hanouna ou d'Eric Zemmour ou ça ira?

Juste pour rappel, l'espèce humaine existe depuis environ 15 millions d'années si on considère l'apparition des tous premiers hominidés. Et si l'on s'en tient à l'Homo Sapiens, c'est tout juste 315 000 ans environ. Et durant cette période, nous avons réussi à... euh... fabriquer des iphoune8X-mega-HD-de-la-mort®? A titre de comparaison, les fourmis (vous visualisez bien hein : les petits machins avec des antennes qui vivent dans des fourmilières et que vous essayez de zigouiller à grands coups d'insecticides quand vous en avez trop près de votre garde-manger...) existent depuis 100 millions d'années environ, et ont survécu à 4 ou 5 extinctions massives dont la Grande Extinction de la fin du Crétacé (mais siiii, vous savez, la disparition des dinosaures!). Et vous savez quoi? Je suis presque certain qu'elles survivront également à la prochaine Grande Extinction... celle que nous sommes en train de déclencher. Par contre, quelque chose me dit qu'il n'est pas certain que l'espèce qui se trouve "au sommet de la pyramide de l'évolution" y survive à celle-ci...

A ce stade, je pense que les crânes d’œufs experts du Global Footprint Network (l'institut de recherches international établi à Oakland,Californie, et qui réalise le calcul du fameux indicateur de la date du crédit sur les ressources naturelles du début de cet article) s'arrachent tellement les cheveux que la plupart d'entre eux pourraient postuler à un job de mascotte chez Matines.
Image de la dernière réunion des experts du Global Footprint Network

–Bon, ok, mais au pire si on salope trop la planète, on ira s'installer ailleurs, non?

Hum. Il n'y a aucune autre planète habitable en l'état dans le système solaire. Et ailleurs bin... on n'en sait trop rien, mais d'façon on s'en cogne : dans le meilleur des cas il nous faudrait minimum 20 000 ans pour atteindre la plus proche en supposant qu'elle soit en orbite de l'étoile voisine. Sinon ça serait encore plus long. 20 000 ans de voyage. VINGT. MILLE. FUCKING. ANNEES!!!! Pas de planète "B", pas de plan B. TINA. There Is No Alternative. Nada. Macache bono. Que dalle. Niente. Nothing. Rien.

–Et Mars alors? J'ai entendu dire que le milliardaire sud africain là... Elon Musk, il voulait coloniser Mars.

Je reprends pour les deux du fond : aucune. Autre. Planète. Habitable. Dans. Le. Système. Solaire. Mars ne fait pas exception. En l'état, Mars, c'est ça :
Ça envoie du rêve...

Du sable et des cailloux. De l'eau : c'est pas sûr. Pas beaucoup dans le meilleur des cas. Mars fait un tiers du diamètre de la Terre et n'a aucune végétation ni  cours d'eau. La température en surface oscille joyeusement entre -133°c et -3°c (avec une moyenne à -63°c), et la pression de l'air est d'environ un centième de celle de la terre. Moins qu'au sommet de l'Everest. Et bien sûr il n'y a pas d'oxygène dans l'atmosphère. Autant dire que la tenue de plage des touristes sera plus proche de ça :
"–Pinaise! Et dire qu'on nous chié une pendule pour quelques burkinis..."

que de ça :
"–Pinaise... et dire qu'on nous a chié une pendule pour quelques claquettes-chaussettes..."

Et la maison sur Mars plus proche de ceci :
"–Pinaise! Quel est le porc qui a encore oublié de fermer la porte des cabinets?"
que de cela :
"–Pinaise! Qui a laissé le robinet de la baignoire ouvert?"

Si vous avez déjà du mal à supporter Franck Dubosc dans "Camping", imaginez la même chose en vase clos pendant 20 ans...

–Oui bon bah, on la rendra habitable Mars hein!

La terraformation? Bah pourquoi pas hein... Sauf que le processus a de bonne chance de s'échelonner sur des siècles voire des millénaires et qu'en attendant, les colonies martiennes seront tributaires des ressources de la Terre. Et j'ajouterais que tenter de rendre une planète inhabitable habitable alors même que nous sommes en train de faire l'inverse, c'est à dire rendre une planète habitable inhabitable, ça s'apparente quand même vaguement à du foutage de gueule. Avant de tenter de transformer un Kart à pédales en Traban, ça serait sans doute pas mal d'apprendre à faire au moins la vidange de la Rolls Royce...

–Misère... et on fait quoi alors puisque tout le monde s'en fout?

On fait blit. Et on essaye, à son échelle, de diminuer son impact autant que possible :
  • réduire ses déchets : en sélectionnant les produits avec le moins d'emballage possible par exemple. Idéalement, pas d'emballage du tout. L'emballage, c'est une triple arnaque : tu payes le déchet qu'il constitue dans ta taxe ordure ménagère, tu pollues, et la fabrication de l'emballage lui-même génère des déchets et de la pollution en amont (raffinage des produits pétroliers pour les plastiques, abattage des arbres, etc...). Privilégier les emballages réutilisables (verre par exemple) et/ou recyclable facilement (carton). De plus en plus d'épiceries (bio ou non) et même des grandes surfaces proposent des produits "en vrac" (faut juste prévoir des récipients ou des sacs).
  • éviter de succomber aux sirènes du marketing : le dernier iphoune8X-mega-HD-de-la-mort® est sûrement très joli, mais celui que vous avez fonctionne encore très bien, et vous n'en aviez déjà pas super besoin... et si vraiment vous ne pouvez pas résister, voir le point qui suit.
  • le marché de l'occaz existe, se porte bien et est facile d'accès à l'ère d'internet. Il présente un double avantage : c'est moins cher, et cela évite de générer de la surconsommation nuisible à l'environnement et à l'éthique (songez aux chtites nenfants qui travaillent dans les mines de coltan au mépris de leur santé pour y extraire le précieux minerai permettant la fabrication de ce fameux iphoune8X-mega-HD-de-la-mort®...
  • ne gaspillez pas l'eau : ne la laissez pas couler inutilement, utilisez des bassines pour la récupérer et arroser vos plantes avec par exemple. Il existe aussi des embouts de robinet permettant de réduire votre consommation d'eau. La douche quotidienne n'est peut-être pas nécessaire : de nombreux dermatologues estiment que l'excès d'hygiène est mauvais pour notre santé. En plus, vous diminuerez votre facture d'eau.
  • réduisez votre consommation d'électricité : combien d'appareils n'auraient pas besoin de fonctionner en permanence chez vous? N'oubliez pas qu'un appareil en veille consomme aussi de l'électricité! De la même façon, tout bloc d'alimentation (transfo) branché sur une prise consomme aussi de l'électricité même si aucun appareil n'y est raccordé!!! Oui, car un transfo contient un système avec des bobines qui permet de "transformer", d'où le nom, la tension électrique en l'abaissant pour les appareils qui ont besoin d'une faible tension. Le problème, c'est que ce transfo fonctionne dès lors qu'il est branché, et cela qu'un appareil soit connecté de l'autre côté ou pas. On débranchera donc les transfo non raccordé, ou on utilisera des prises avec interrupteur pour stopper totalement l'alimentation. Encore une fois, outre l'avantage écologique de réduire sa consommation, vous y trouverez un avantage financier...
  • sachez aussi qu'il existe des fournisseurs d'électricité qui garantissent que leur production vient de sources renouvelables (solaire, éolien, etc...) : Enercoop, Lampiris, et d'autres. Attention cependant, certains sont des filiales de groupes plus... discutables, tels que Total.
  • dans vos achats, essayez de privilégier les produits locaux autant que possible : rien à voir avec un quelconque patriotisme économique à l'heure où l'usine voisine peut très bien appartenir à un groupe du Qatar ou de la Chine, c'est juste pour minimiser les transport et donc l'impact écologique de ce produit. Au delà de ça, un achat local tend à favoriser l'économie locale hein...
  • arrêtez de faire des gosses, on est déjà trop nombreux. Faites des crêpes plutôt, c'est bon les crêpes.
  • Recyclez, réparez, rafistolez, récupérez. Ainsi l'a dit Mac Gyver dans le psaume... euh... De façon générale, évitez de gaspiller : aussi bien en matière alimentaire que pour les biens dits de consommation.
Et surtout : arrêtez d'être des moutons. Utilisez votre fucking cerveau : réfléchissez à ce que vous faites! Documentez-vous! Des solutions existent... Le futur ne sera sans doute pas radieux, mais on peut encore faire qu'il y en ait un... peut-être.

vendredi 13 janvier 2017

L'an jeux de 2017

Avertissement liminaire : cet article pourrait probablement être considéré comme "sponsorisé" dans la mesure où le jeu "Sauve moutons" m'a été fourni gracieusement par l'éditeur Bioviva à titre de test. Bioviva ne m'a toutefois donné rigoureusement aucune consigne concernant la rédaction de mon article, et l'avis que je donne sur leur jeu s'efforce d'être impartial et objectif. Sachez donc que si vous êtes éditeur de jeux, fabricant d'articles pour enfants ou pour la famille ou encore concessionnaire Porsche (liste non exhaustive) et que vous souhaitez me voir écrire un article dithyrambique sur votre produit :
  1. je n'accepte que rarement les partenariats, beaucoup s'y sont cassés les dents
  2. je tiens à conserver mon indépendance éditoriale (d'façon, mon blog ne me rapporte rien alors je n'ai rien à perdre)
  3. je suis corruptible si on y met le prix, à vos chéquiers!
    Don totalement désintéressé à la Fondation Papa Hérisson pour le bien-être des papas qui piquent un peu.

Oyez, oyez, c'est l'heure du traditionnel (bin quoi? Deux fois c'est une tradition non?) article du nouvel an sur les jeux de société sympas en famille ou entre amis. Nous avons eu l'occasion de tester plusieurs jeux au cours des dernières semaines, et ce dans les conditions les plus rigoureuses et les plus sévères, avec des critères tels que :
  • résistance physique à la manipulation par des gnomes et/où le diable de Tasmanie qui me sert de chienne (venue à bout de bien des objets dans la maison)
    Ma Boulette en phase joueuse.
  • résilience face à la tricherie par des joueurs chevronnés ("Je ne triche pas, je prends juste mes aises par rapport à une application trop stricte et bornée des règles. Je suis créatif.")
    Ceci est une gravure montrant l'utilisation de goudron et de plumes.
  • engouement qu'ils suscitent ("Ça tente quelqu'un un p'tit "Pix"?" "..." "Ok, j'ai compris... Uno?")
    "–Formule Dé! Formule Dé! Formule Dé!"
  • l'originalité de leur concept ("Non mais ok, c'est comme le morpion... Mais les pions sont à l'effigie des héros de Star Wars tu te rends compte!!!? Et ça ne coûte qu'un rein!!!")
  • la minimisation des emballages, en mode #zérodéchet, parce que chez moi le passage des éboueurs se paie, que souvent les industriels abusent un peu, et que je n'ai pas encore détourné de caisse noire venue de Russie dans le cadre de l'élection présidentielle gagné au loto
  • le prix, parce que cf. ci dessus
Voici donc la petite sélection du moment, avec, à tout seigneur tout honneur, celui qui est plébiscité par les gnomes depuis qu'on l'a reçu...

Sauve Moutons, de chez Bioviva : un jeu à perdre la laine!

Un jeu qu'il est en 3D!
Bioviva, ça n'est pas la première fois que je vous en parle. J'aime bien cet éditeur de jeux, car il est engagé écologiquement :
  • leurs jeux sont à thématique nature/écologie (comme celui-ci, ou celui-là)
  • leurs jeux sont éco-conçus pour minimiser l'impact environnemental de leur fabrication
  • leurs jeux contiennent uniquement des matériaux recyclable (carton, bois, etc...)
  • ils minimisent les emballages autant que possible (et lors d'envois postaux, ils calent leurs colis avec des flocons de maïs au lieu des classiques flocons de polystyrène, ce qui permet en outre de s'amuser avec (les flocons de maïs se vendent d'ailleurs comme jeu de construction écolo)
    Exemple de la production gnomesque avec les flocons de maïs en question
Principe du jeu
Le "plateau" de jeu (en 3 dimensions, et facile à monter même pour des petits de 5-6 ans) représente la montagne, divisé en 3 étages comportant chacun 4 cases (un quart de chaque étage). Vous disposez d'un troupeau de 10 moutons se trouvant au début à l'étage du bas, et dont l'objectif est d'atteindre le pâturage situé à l'étage du haut de l'autre côté sans se faire bouffer par le loup. Il faut aussi éviter les cartes spéciales "foudre" et "aigle". Le jeu se joue en mode coopératif : les joueurs jouent tous ensemble pour sauver le maximum de mouton. Le loup joue en mode "automatique", mais un mode de jeu alternatif permet à un joueur de choisir d'incarner le loup et de jouer contre les autres joueurs.
♫ Elle m'a dit d'aller siffler là-haut sur la colline... de l'attendre avec un petit bouquet d'églantines...♪

Concrètement : pour gagner il faut qu'il ne reste plus de moutons sur la montagne, et qu'il y en ai plus au pâturage que dans le garde-manger du loup. Les déplacements des moutons se font à l'aide de cartes (face visible), défaussées après usage, ce qui permet d'établir une forme de stratégie. Les déplacement du loup se font en piochant des cartes dans le tas des cartes "loup" (faces cachées) : les actions du loup s'appliquent automatiquement : s'il croise des moutons en l'absence du berger, les moutons se font bouffer.

Bonméducoucésympa?
Bon mais du coup oui c'est très sympa! Le jeu est suffisamment simple pour être rapidement pris en mains par des gnomes de 5 ans (seules quelques cartes doivent être explicitées auparavant par quelqu'un sachant lire), et suffisamment stratégique pour intéresser même des adultes, et ça, c'est pas forcément courant! En plus, les parties sont courtes :  comptez un gros quart d'heure. Et le plateau en 3D rend le concept très original.

Yadédéfauts?
Franchement? Pas de défaut rédhibitoire. Je ne note que deux bémols :
  1. la boite elle-même était emballée dans du plastique (mais à l'intérieur, aucun sachet ou barquette plastique) ce qui est dommage tant on voit que le reste de la boite tend à minimiser les déchets. Bon, j'imagine que les distributeurs préfèrent, pour éviter que des pièces se fassent chaparder en rayon... Edité : Bioviva me signale que c'est une réglementation obligatoire pour les grosses boites. Dont acte : on peut au moins dire que du coup, c'est le seul plastique utilisé  ^^
  2. il y a 10 moutons, ce qui signifie qu'il peut y avoir des parties nulles (5 partout). Ce défaut est facile à corriger, s'il cela vous ennuie, en ajoutant un pion mouton (ou en en retirant un)
  3. le fait que le loup puisse parfois gagner, et donc bouffer des moutons, traumatise ma princesse guerrière. Je sens qu'un jour, le loup va voler...
Bilan
Un excellent jeu que je vous recommande vivement. Son prix conseillé (29,99€) est aussi assez raisonnable pour un jeu éco-conçu et fabriqué en France, d'autant que ce jeu plaira vraiment à tous...

–Ouaih, alors ça, je demande à voir... le coup du loup et des moutons c'est un peu gnangnan non?

Qu'à cela ne tienne : le jeu est adaptable à vos goûts et préférences.

–Ah oui? Vraiment?

Démonstration par l'exemple : voici quelques clients dubitatifs.
Patrick B. de Levallois-Perret est d'accord.
Facile : remplacez les moutons par des pions de Monopoly, rebaptisez le jeu "Sauve Biftons" et considérez que le but est de permettre à votre troupeau d'évadés fiscaux d'arriver au sommet de la montagne Suisse pour y déposer un sac de pognon dans une banque helvétique sans se faire gauler par le fisc, et en évitant les cartes "wikileaks" et "juge d'instruction". Et hop, le jeu devient beaucoup plus adulte. Et immoral aussi. Suivant.


"–Oh non! Ils ont encore tué Kenny Ikki!
–Les enfoirés!"
Hyper simple : allez chaparder les lego knight de vos gnomes ou vos petits cousins pour les utiliser en guise de pions, rebaptisez le jeu "Sauve Baston" et considérez que le but est de permettre à votre troupeau de chevalier de bronze d'arriver au sommet du sanctuaire pour défoncer la margoulette du Grand Pope sans se faire gauler par les chevaliers d'or, et en évitant les cartes "Bernard Minet" et "Animation à 4 images/seconde". Et hop, le tour est joué. Par contre, à raison de 12h par partie, ça risque de s'éterniser un peu. Suivant.


♫Et j'irai voir les p'tites femmes de Pigalle♪
Petit canaillou : ouvrez un boite de capotes pour les utiliser en guise de pions, rebaptiser le jeu "Sauve Micheton" et considérez que le but est de permettre à votre troupeau de pervers d'arriver au sommet du Carlton de Lille pour y retrouver Ramona Vulvaskaïa sans se faire gauler par la mondaine, et évitant les cartes "Nafissatou" et "Dédé la Saumure". Et hop l'affaire Carlton est dans le tribunal sac. Suivant.


Je vous trouve bien primaire monsieur...
Ohla, pas de prise de tête Manu, ça va bien se passer : prenez une boite d'attaches parisiennes en guise de pions, rebaptisez le jeu "Sauve Elections" et considérez que le but est de permettre à votre troupeau d'électeurs d'atteindre le bureau de vote sans se faire gauler par les candidats contestataires, et en évitant les cartes "hackers russes" et "effet Balladur". Et hop c'est plié.


Et on appellerait ça "Sauve Thyrion"
Il fait froid d'un coup, on sent que l'hiver arrive : prenez des glaçons au congélateur en guise de pions, rebaptisez le jeu "Sauv-ageons" et considérez que le but est de permettre à votre troupeau de sauvageons d'arriver au sommet du Mur pour se sauver les miches, sans se faire gauler par la Garde de Nuit, et en évitant les cartes "Marcheur blanc" et "maladie vénérienne". Et hop c'est fantastique.


Préhisto-nonos, de chez Haba : le jeu de l'âge de Pierre.

Un jeu où tout le monde s'appelle Pierre.
Haba, société allemande, ne fabrique pas que des jeux et jouets, mais aussi des articles de puériculture, le tout avec un crédo éducatif et respectueux de l'environnement. Bref, Haba, c'est du made in Germany, et ça rigole pas.
"–Chut, sage Rommel..."
Principe du jeu
On dispose en cercle une série de cases cartonnées représentant le "territoire de chasse" des hommes de l'âge de pierre. Chaque case représente une proie potentielle, rapportant plus ou moins de nourriture. Au centre du "plateau" ainsi formé, l'on dispose les cartes figurant les grosses proies. L'on dispose de deux figurines représentant Pierre et Pierre Dinodenis et Ospierrot (ces figurines ne sont pas attribuées, chaque joueur peut les bouger à son tour de jeu). Les deux chasseurs partent du même point, chacun dans un sens sur la "piste de chasse".
Des cartes chatoyantes!

Pour jouer, on lance cinq dés spéciaux dont les faces représentent :
  • soit Dinodenis
  • soit Ospierrot
  • soit l'une des proies majeures du centre du plateau
C'est alors un système de "pari", un peu comme au Yams : on lance les dés, et on conserve ceux qui nous intéressent avant de relancer les autres (il faut conserver au minimum un dé à chaque nouveau lancé). Chaque face "Dinodenis" ou "Ospierrot" permet de faire avancer le personnage concerné d'une case. Stratégiquement, le but est de positionner la figurine sur la proie rapportant le plus de "miams" (chaque proie ayant une valeur différente). Les faces "proie majeure" permettent de collecter la carte correspondante (qui rapporte plein de miams d'un coup) au centre du plateau si l'on arrive à obtenir trois fois la même face (sachant que l'on peut chaparder une proie déjà collectée par un autre joueur).

La partie se termine lorsque les chasseurs se croisent. Le gagnant est celui qui a le plus de "miams".

Bonméducoucésympa?
Oui, clairement ça se laisse jouer, mais passé la phase de découverte, mon gnome garçon pourtant fan de trucs préhistoriques s'est assez vite lassé. Après... il se lasse vite de beaucoup de choses hein... Il a besoin de bouger, et du coup, assis pour un jeu de société, c'est rude.
"–Et un 'ptit 'Jurassic formule dé'? non?"

Yadédéfauts?
Pas vraiment, mais les plus jeunes auront du mal à établir une stratégie efficace dans le lancer de dé (quoi garder, quoi relancer). On ne peut jouer à ce jeu que jusqu'à la tombée de la nuit.
Après, on n'y voit plus rien.

Bilan
Un bon jeu malgré tout, et peu coûteux, puisque le prix conseillé et de 9,95€ seulement sur le site de Haba. Un jeu qui est donc recommandé pour toutes les bourses...

lundi 14 mars 2016

Les Rayons X filent...

Prologue

La lumière émise par la maglite de ma partenaire tentait vainement de repousser les ténèbres.
Bon sang, mais qu'est-ce qu'on foutait là, dans l'obscurité?
♪ Tou tou tou tou tou tou... tibidibi dibidi... tou tou tou tou tou tou... ♫

–Pfff... Y'a quelqu'un? demandai-je. Heho? Vous nous avez donné rendez-vous ici...
–Je crois qu'on s'est foutu de nous. Ton mystérieux informateur nous a posé un lapin.
–Mystérieux, mystérieux... je me doute un peu de qui...


*crac*
Je me retournai.  Personne. Nous étions seuls, au milieu de la nuit, dans un entrepôt désaffecté sinistre et...
*crac*

Je me retournai de nouveau, brusquement, braquant le faisceau de ma lampe torche en direction du bruit. Désabusé, je m'exclamai :

–Paul Bismuth? Encore vous? Remarquez, je m'en doutais, ça ressemblait fort à un de vos délires. Et c'est quoi cette perruque rousse que vous vous êtes agrafé sur la cafetière?
–C'est... pour passer incognito. Je me suis déguisé, je crois que je suis suivi.
–Incognito... Vous voulez donc passer incognito en vous déguisant en...
–En Dana Scully.
–...en Yvette Horner et en nous faisant venir Maman Koala et moi nuitamment dans un entrepôt désaffecté? Faut vraiment vous faire soigner mon vieux...
Vous savez Paul, toutes les rousses ne ressemblent pas à Scully...

–Non, vous ne comprenez pas, dit Paul, ça n'est pas un banal entrepôt, c'est...

A ce moment, le faisceau de ma lampe éclaira un symbole que je connaissais : le symbole d'un danger nucléaire... et l'entrepôt s'illumina d'un coup fortement. Je cru entrevoir des petites silhouettes trapues durant un fugace instant...
–Oh mais qu'est-ce donc? Le village des schtroumpfs?
... avant de voir se planter dans ma poitrine deux aiguillons reliés à des fils métalliques. La violente décharge électrique qui suivit m'assomma pour le compte. J'eus seulement le temps d'apercevoir Paul et Maman Koala se faire taser également.

J'ignore combien de temps je restai inconscient, mais lorsque j'ouvris les yeux, j'étais enchaîné à un mur de pierre. À côté de moi, Maman Koala et Paul Bismuth avec sa perruque de travers émergeaient à leur tour. J'étais ébloui par le violent halo d'une lampe halogène braquée dans notre direction. Plongé dans l'ombre, un homme nous faisait face, fumant tranquillement sa cigarette. Je distinguais encore les petites silhouettes trapues en arrière-plan.
♫ Le tabac, c'est tabou, on en viendra tous à bout! ♪

–Bon retour parmi nous, dit-il.
–Dites, ça vous prend souvent de taser les gens comme ça?
–Seulement les petits curieux qui en ont trop vu.

Paul commença à s'affoler :
–C'est une abduction! On a vu des cuves avec des extraterrestres et...
–Paul, c'était des caisses contenant du matériel radioactif! Et ce ne sont pas des extraterrestres, ce sont...
–... Ah... merde! Vous avez vraiment vu alors?
–Je... oui... mais... Qu'est-ce que vous foutiez avec ça dans cet entrepôt soit-disant désaffecté déjà?
–C'était juste en attente d'un stockage définitif... Sur ce site où vous vous trouvez à présent.
–Sans déconner... vous ne savez pas que c'est dangereux ces machins?

L'homme s'énerva.

–Ah non c'est bon! Vous n'allez pas nous sortir vos vieilles rengaines d'écolo à la con sur le retour... "Gna gna gna le nucléaire c'est dangereux gna gna". C'est bon quoi! Vous êtes un scientifique merde! Le nucléaire, c'est le fleuron de la technologie française, c'est la clé de notre indépendance énergétique.
–Ah mais... en plus, vous avez l'air d'y croire à ces conneries!
–Ouaih, bin , c'est ça ou le retour à la bougie pour s'éclairer, et puis c'est sans danger : nos centrales sont parfaitement sûres!
–Ouaih, alors déjà, non. Je vais vous expliquer deux-trois trucs...



1. La critique est fissile...

Les centrales nucléaires, ce sont des centrales à fission uniquement, car la fusion, on ne sait pas encore faire, à part dans une bombe. C'est d'ailleurs l'idée du projet ITER, qui va nous coûter une blinde et ne marchera probablement pas, les russes ayant déjà essayé sans succès de faire fonctionner un tokamak pendant moult années.

La fission, on en a parlé y a pas longtemps, vous vous rappelez? Je ne vais pas re-détailler, z'avez qu'à relire l'article. Bon. Tous les éléments sont potentiellement capables de fissionner, soit tous seuls comme des grands, soit en les forçant un peu.

Mais pour que ça soit intéressant dans un réacteur ou une bombe, il faut que ça dépote un minimum. La fission à papy qui se produit dans la nature et qui désintègre un atome tous les ouatmille ans, c'est la loose. L'idéal, c'est d'avoir un truc qui fissionne vite et fort. Et pour ça, il faut disposer d'une matière dite fissile, c'est à dire capable de fissionner peinard. Et pour cela, il faut un isotope :
  1. assez instable pour que la fission survienne
  2. assez abondant pour que ça dure un peu, car plus c'est long, plus c'est bon
  3. bon dealer
–Euh... "bon dealer"?

Bon dealer de neutrons dits thermiques. Ça veut dire que lorsque cet isotope fait une overdose, il va aussi produire les conditions pour que ses copains fassent pareil en leur collant des neutrons dans le museau. Dit autrement : si notre isotope se shoote au neutron, il va apporter son pack de neutrons Kontärbour® et le filer aux copains pour qu'ils se murgent aussi. Sinon aucun intérêt : la fête s'arrête avant même d'avoir commencé.

Du coup, après étude de plusieurs matériaux, le choix des savants atomistes du projet Manhattan s'est porté sur l'Uranium 235, car c'est le seul isotope fissile naturel.

–235... c'est son chiffre fétiche là? Le... truc à machin-mique... le Numéro à Monique?
Le numéro à Monique... quelque part sur le mur.

Bin non, ça serait trop simple. Son Numéro Atomique, c'est 92, le chiffre fétiche de l'Uranium. Là, on l'appelle "235" parce qu'il contient 92 protons (le Numéro Atomique de l'Uranium donc) et 143 neutrons, soit un total de 235 nucléides. Mais il a aussi des frangins : l'Uranium 238, et l'Uranium 234 par exemple (toujours 92 protons, mais un nombre de neutrons différent). Ce sont des isotopes (on en a parlé la dernière fois).

L'Uranium 235 a donc un gros noyau plutôt instable. Bon il a sûrement des excuses hein, enfance difficile, toussa... mais toujours est-il que de temps à autre quand il se prend une cuite au neutron, il se transforme carrément en... Super Uranium : l'Uranium 236 (toujours 92 protons, sinon ça n'est plus de l'Uranium, mais 144 neutrons au lieu des 143 précédents).
Oui, l'Uranium aime bien se la péter un peu lors de sa transformation en Sailor Uranium 236...

Sauf que l'Uranium 236 a le neutron mauvais : il est très instable. Genre un peu bipolaire, et il faut que ça pète. Et du coup notre noyau d'Uranium se divise en deux autres noyaux : souvent un noyau de Krypton et un noyau de Barium... et lâche aussi quelques neutrons au passage! C'est magique : il s'en met un derrière la cravate et en recrache trois! C'est un peu comme Gérard Depardieu : tu lui mets un verre de vodka dans le museau, il s'énerve un peu, se pète la gueule en scooter, et quand le toubib appuie sur son foie à l'hosto il en récoltes trois. Et de la polonaise en plus : c'est comme de l'antigel, mais en plus fort.
Bon, c'est une représentation hein, c'est pas tout à fait comme ça en réalité...

Et là ou c'est encore plus magique, c'est que dans de bonnes conditions, ces trois nouveaux neutrons vont pouvoir murger à leur tour trois nouveaux noyaux d'Uranium 235, qui vont ainsi pouvoir faire la teuf aussi avant de vomir trois nouveaux neutrons en étant complètement pétés, et ainsi de suite. C'est le principe du Binge Drinking de la Réaction en Chaîne.
Same player shoot again.

–Donc il suffit de les mettre ensemble et boum?

En gros oui.

Sauf que non.

C'est pas aussi simple que sur l'image...


Dans la réalité, chaque neutron ne se morfle pas un noyau à tous les coups : ça tire un peu n'importe comment, comme les troupes de choc de l'Empire.
Non mais franchement, là ça y était presque... allez, vas-y, essaie encore!
Et ça loupe souvent la cible... car on n'a pas l'impression comme ça, mais la matière, c'est plein de vide : à l'échelle atomique, les atomes sont super loin les uns des autres. Donc, pour que ça marche, c'est un peu les mêmes conditions que pour qu'un djihadiste réussisse à faire un carton, il faut donc des cibles :
  • assez nombreuses et rapprochées, de préférence dans un espace confiné où les tirs peuvent ricocher (comme une salle de spectacle un réacteur par exemple) : on parle de la Masse Critique à atteindre, ou de Conditions de Criticité
  • qui ne résistent pas aux balles à un bombardement de neutrons
Quand ces conditions sont réunies, BFMTV déboule et Jawad raconte ses conneries à la télé ça réactionne en chaîne. Et quand on obtient ce résultat dans un réacteur nucléaire, les physiciens qui sont de gros déconneurs disent qu'il diverge.
"–Pardon? Il dit quoi?"
Et donc, pour que ça marche, il faut une densité suffisante d'Uranium fissile, c'est à dire le 235.

Le principal problème, c'est qu'à l'état naturel, l'Uranium 235 est rare. C'est surtout de l'Uranium 238 qu'on trouve. À plus 99%. Le 235 représente donc moins de 1% dans un minerai d'Uranium (car oui, en plus, c'est tout mélangé, sinon ça serait trop simple).

Or l'Uranium 238 n'est pas fissile : il est donc plutôt difficile (oui, j'assume parfaitement ce calembour moisi) en revanche dit fertile. Je vais y revenir.

Si vous préférez : l'Uranium 238 est un gros rabat-joie que la cuite au neutron rend plutôt mélancolique, et qui refuse donc de s'éclater et de faire la teuf avec ses potes  (à moins de lui coller du neutron rapide, c'est à dire bien costaud du genre qui te décalamine le pot d'échappement, mais ça coûte une blinde et c'est plus compliqué à mettre en œuvre). Avec des neutrons lents, l'Uranium 238, il somnole, préfère aller se coucher, et lorsque le djihadiste se pointe, il est bien feinté : il a l'impression d'être au bal-musette de Pelouaille-les-Tartines car il y juste trois pelés et un tondu.

Donc pour que la fission fonctionne, il faut augmenter la proportion de l'Uranium 235 par rapport à l'Uranium 238. Pour y parvenir, on utilise des centrifugeuses spéciales (mais siiiii, souvenez-vous : celles dont les américains étaient tout chafouins à l'idée que l'Iran en avait), puisque les isotopes n'ont pas la même masse :  quand on centrifuge, le plus lourd se met au fond, et donc on les sépare comme ça, sauf que ça reste quand même assez compliqué à faire en pratique hein...

Ces centrifugeuses vont permettre d'augmenter la proportion de teufeurs d'Uranium 235 jusqu'à 5% environ pour une utilisation civile voire jusqu'à 90% pour de l'Uranium militaire (plus c'est élevé, plus ça dépote quand la réaction se déclenche). On appelle ce processus enrichissement de l'Uranium. Notons  que ce processus donne naissance à deux sous produits :
À gauche, l'uranium appauvri, à droite l'uranium enrichi.
  • l'uranium enrichi, donc, utilisé dans les centrales et les bombes nucléaires
  • l'uranium appauvri (forcément, pour enrichir d'un côté, on est obligé d'appauvrir de l'autre), un métal très lourd, dont la proportion d'Uranium 238 est encore plus importante, et qui est aussi utilisé par l'armée, pour fabriquer des munitions à haute pénétration
    Non mais... c'est bon, c'est un blog sérieux ici! Tu te casses maintenant!
Dans une bombe : le but est que ça pète. Donc on enrichit l'uranium autant qu'on peut, on colle tout ça dans le bouzin, et au moment voulu, on se met en situation de criticité.

–Et on fait ça comment?

Bin, toute la matière fissile nécessaire est déjà dans le bordel : juste séparée en p'tits paquets...
Je ne t'avais pas dit de te barrer toi?
... pour que la réaction de fission ne se déclenche pas à la débottée pendant qu'un brave technicien fixe le pétard sous le gros navion . Au moment où ça doit faire boum, on rassemble les charges. Mais attention : il faut faire très vite, car dès qu'on les rapproche, ça commence à devenir chaud et à s'agiter. Du coup, sous l'effet de la chaleur produite, ça se dilate et....

NON DÉDÉ, TU N'Y PENSES MÊME PAS!

Hum. Donc ça se dilate et ça s'éparpille un peu trop vite, ce qui peux stopper la réaction : effet pétard mouillé.
"–C'est pas moi qui l'ai dit...
–Et merde..."

Pour éviter ça, les charges de matière fissile sont mises en contact à l'aide d'explosifs classiques disposés tout autour. Ça rassemble tout ce petit monde au milieu, et ça permet de critiquer en un temps très court : la réaction en chaîne s'amorce, s'emballe direct, et pouf pastèque.


"–Oui, je sais c'est un peu décousu, mais je vous retranscris ça pèle-mêle aussi..."


2. ... mais la pratique est difficile.

Mais dans une centrale, ça tombe bien, on veut éviter que ça pouf-pastèque justement. Du coup, le but est d'approcher de la criticité (la masse critique à partir de laquelle pouf-pastèque), pour que l'uranium commence à faire la teuf tout seul, mais pas trop quand même pour que ça ne parte pas en cacahuète.

Pour arriver à ce résultat, on utilise déjà de l'uranium pas trop enrichi, éventuellement de l'eau lourde,  et des barres de contrôle destinées à calmer les neutrons et donc à modérer, voir stopper la réaction pour éviter que tout parte en couille. En gros, les barres de contrôle, c'est un peu le SAM de la réaction nucléaire.
Un neutron, ça va, trois neutrons, bonjour les dégâts!

–De l'eau de Lourdes? Il faut donc un miracle pour que les réacteurs n'explosent pas?

Non, de l'eau lourde. Rien à voir avec Bernadette Soubirou. Le genre d'eau qui fait des vannes foireuses ou qui a bouffé trop de Macdal.
L'eau lourde subit un entraînement intensif auprès de Kev Adams pour parvenir à ce résultat.

–Sérieusement?

En fait on dit qu'elle est lourde, car elle effectivement un peu plus lourde que de l'eau ordinaire. L'eau, c'est une molécule, composée de trois atomes : deux atomes d'Hydrogène (H), et un atome d'Oxygène (O) (le fameux H2O). Dans l'eau lourde, on remplace l'hydrogène classique dont le noyau contient juste un proton, par son isotope, baptisé Deutérium, qui contient un proton + un neutron. Le deutérium est donc de l'Hydrogène (un seul proton), mais environ deux fois plus lourd puisque il a bouffé un neutron en plus. Ça permet d'avoir une eau plus lourde, plus dense, qui laisse donc moins facilement passer les radiations, et permet donc de mieux ralentir les neutrons dans un réacteur nucléaire, et éviter que la réaction s'emballe.

Les barres de contrôle jouent le même rôle : on les intercale plus ou moins entre les barres d'uranium du réacteur pour ralentir ou accélérer la réaction.
Ça rentre et ça ressort, ça va et ça vient...
Le but est que ça chauffe : assez pour faire bouillir de l'eau, mais pas trop fort pour que ça ne risque pas de faire pouf.
"–Oh zut, je crois que les barres de contrôle nous ont lâché..."

–Et si ça chauffe trop quand même?

Dans ce cas, pour interrompre la réaction, on insère complètement les barres de contrôle, et on prie pour que le coup ne parte pas tout seul quand même ça ne chauffe pas trop pour ne pas qu'elles fondent. Car l'insertion complète des barres de contrôle ne stoppe pas net la réaction, ça prend un peu de temps...

–Ok, donc si ça ne fonctionne pas, ça explose? Comme une bombe nucléaire?

En fait non : contrairement à une bombe A, une centrale ne peut pas provoquer une explosion nucléaire.

–Ah bon? Pourquoi, l'Uranium n'est pas assez fortuné?

Riche. Pas fortuné. Non, l'enrichissement affecte surtout l'intensité de la réaction (gros boum ou petit boum). En fait, ça n'explose pas parce que le cœur du réacteur, serait vite éparpillé par une réaction en chaîne commençante, ce qui arrêterait derechef la dite réaction. Coïtus interruptus. C'est pour ça que dans une bombe, des explosifs classiques sont utilisés pour garder tout ce p'tit monde rassemblé au centre le temps que ça pète, un peu comme dans un congrès Europe Écologie Les Verts.

–Mouaih... à Tchernobyl et Fukushima ça a fait "pouf" quand même...

Oui, mais ça n'était pas une explosion nucléaire : juste un prout une petite explosion de gaz. En effet, dans le cœur du réacteur, ça chauffait. Ça chauffait tellement que les barres de contrôles ont fondu (et perdu ainsi toute efficacité), de même que les barres d'Uranium, pour former une grosse flaque au fond du réacteur, ce qu'on appelle en termes techniques une Grosse Bouse Radioactive un Corium, à très haute température dans lequel les réactions nucléaires se poursuivaient tranquillou-billou. Ces réactions produisent de la chaleur (beaucoup), des radiations (plein) et toute une foultitude d'isotopes divers et variés très radioactifs. Comme c'est très très chaud, ça fait fondre le fond de la cuve du réacteur, la dalle de béton qui est en dessous, et ça s'enfonce dans le sol. Jadis, on craignait même qu'une centrale qui se situerait en amérique du nord et dont le réacteur fondrait produise un corium qui poursuivrait sa route jusque de l'autre côté de la terre et que ça déboule en Chine, d'où le terme de "Syndrome Chinois".

Quand on parle de fusion du cœur, ça peut prêter à confusion, car ça n'est pas une réaction de fusion nucléaire, mais une fusion au sens physique du terme : ça fond, ça se liquéfie. Comme un eskimo dans les mains de ton gnome sur la plage.
–J'sens comme un coup de mou là...
Parmi les sous-produits de la fission dans le corium, il y a de l'Hydrogène : c'est son explosion qui souffle le bâtiment en général et qui balance dans la nature toutes les saloperies radioactives qui sont produites en dessous.

–C'est ça le fameux nuage?Les "retombées"?

Oui. Mais rassurez-vous, il parait qu'il ne passe pas les frontières de notre pays contrairement aux réfugiés syriens et aux terroristes belges.

–Bon ok mais... Tchernobyl c'était une vieille centrale mal entretenue, et Fukushima était sur une zone sismique. En France, c'est pas aussi dangereux...

Croyez-vous?


3. ♫ Je vais bien, tout va bien! ♪

Nos zélites pronucléaires aiment proclamer à qui veut l'entendre que les centrales nucléaires françaises sont beaucoup plus sures. Notons que ce discours pouvait encore s'entendre lors de Tchernobyl compte tenu de la déliquescence de la machine industrielle soviétique de l'époque, mais qu'il passe plus mal lors de Fukushima, le Japon étant plutôt réputé pour sa haute technologie.

Cette affirmation est, du reste, franchement fantaisiste, puisqu'un accident de type Fukushima a déjà failli se produire chez nous, près de Bordeaux, à la centrale du Blayais... Suite à la violente tempête de 1999, la centrale s'est retrouvée inondée, au point de mettre en péril le système de refroidissement, alors particulièrement exposé. Ce jour là, on frôle la catastrophe : si l'inondation s'était poursuivie, c'était l'accident majeur. A tel point que le maire de Bordeaux de l'époque, un inconnu nommé Alain Juppé, envisage l'évacuation de la ville.
"–C'est bon, tout est sous contrôle. Jusqu'ici, tout va bien. Jusqu'ici, tout va bien..."

Inutile de vous dire que l'état de vétusté du parc nucléaire français n'arrange rien, ces derniers temps, de nombreux médias se chargent de vous le rappeler. N'oublions pas que la majeure partie des centrales nucléaires françaises ont plus de 30 ans...

Reste l'idée que c'est un fleuron technologique. le savoir-faire français-toussa. Ou pas. Il suffit de voir l'accumulation de retards et de surcoûts sur les différents chantiers d'EPR de par le monde. Mais siiiii : l'EPR! Le renouveau du nucléaire français! Le fleuron de notre... hem. Oui. Bon. Visiblement, le fleuron est un peu terni. D'autant que la technologie EPR n'a rien de réellement révolutionnaire : elle change juste les conditions de fonctionnement de la centrale, mais ça reste au final une centrale à fission classique, qui utilise le combustible classique.

Quant à l'indépendance énergétique de la France, franchement, presque. Enfin sauf que la dernière mine d'uranium du pays a fermé en 2001. La quasi totalité de notre uranium vient donc du Niger, ce pays proche et paisible.

Et puis cette technologie "d'avenir" date des années 50. Et oui, les centrales nucléaires les plus récentes, EPR inclu, fonctionnent sur le même principe de base que les générateurs des premiers sous-marins à propulsion nucléaire. Tout au plus, on a amélioré le rendement, augmenté la taille, et ajouté quelques sécurités. Autant dire que le risque d'un incident en France tôt ou tard est réel. Et nombreux sont ceux qui s'en inquiètent.

La seule innovation concrète de ces trente dernières années : le surgénérateur Superphénix!


4. Tel le Phénix, le nucléaire français renaît de ses cendres! Ou pas.

Le Phénix, gracieux oiseau de feu de la mythologie qui... heu...
On l'a dit, historiquement le choix de l'uranium comme "carburant" nucléaire, est principalement lié au fait qu'il s'agisse du seul isotope fissile naturel, même si techniquement, d'autres matériaux comme le Thorium pourraient faire l'affaire moyennant quelques aménagements technologiques.

Principalement, mais pas que. Ce choix est aussi lié aux propriétés de l'isotope majoritaire : l'uranium 238. En effet, l'Uranium 238, majoritaire donc, est non fissile. Ce qui est bien ballot quand on veux faire de la fission me direz-vous...

Sauf qu'il est en revanche fertile. C'est à dire qu'en capturant un neutron, il va se métamorphoser en un autre isotope, l'Uranium 239, instable, qui va se transmuter (cf article précédent), et donner naissance à un nouvel élément qui lui peut fissionner, en l'occurrence : le Plutonium 239 (qui n'existe pas à l'état naturel sur Terre ou juste à l'état de traces). Du coup, dans une centrale classique, comme il y a de l'uranium 238 dans les barres de combustible, l'un des "déchets" produits est du Plutonium : très radioactif, extrêmement toxique, et dont la période (cf articles précédents) dure 25.000 ans.

–Bon, et alors? En quoi ça motive le choix de l'uranium? C'est plutôt chiant ça...

Bin je viens de le dire, le plutonium, lui, est fissile.

–Euh... du coup, c'est pas vraiment un déchet non? Pourquoi s'emmerder à continuer d'enrichir l'Uranium plutôt que de réutiliser ce Plutonium?

Justement, ce plutonium est en partie réutilisé. Dans l'armement. Les bombes nucléaires pouvant parfaitement fonctionner avec du plutonium, et dépotant même un peu plus au passage. D'où l'intérêt de la filière Uranium pour les militaires d'ailleurs. Le choix de cette filière est avant tout stratégique.

–D'accord, donc c'est un choix militaire... super.

A la base oui. Mais les ingénieurs du nucléaire français espéraient aussi pouvoir l'utiliser dans le nucléaire civil, compte tenu des stocks détenus par la France grâce au retraitement des déchets à la Hague. Un nouveau combustible, né des cendres de l'ancien. Comme le Phénix. Et en plus, ça consommerait les déchets.
"–Un instant Marty, je fais le plein de le DeLorean..."

–Ah bin c'est super ça! Il est où le problème alors?

Et bien, dans une centrale, c'est plus compliqué que dans une bombe, parce que le Plutonium a besoin de neutrons rapides pour fissionner correctement. Or les centrales classiques sont à neutrons lents.

–Euh... ok... bin, il suffit de re-régler les radars automatiques pour qu'ils ne se prennent plus de prunes, c'est tout...
C'est en faisant n'importe quoi qu'on devient ingénieur dans le nucléaire.


En fait, c'est un problème structurel : on est obligé de refroidir les réacteurs pour qu'ils ne nous pètent pas à la gueule trop souvent. Du coup, on utilise un circuit de refroidissement avec de l'eau. Mais l'eau ralentit les neutrons.

–Ah merde...

Du coup, il faut trouver un fluide qui permette le refroidissement sans ralentir les neutrons.
–J'ai bien un truc à proposer...
–ENCORE TOI???

–Et ça existe?

Ah oui, carrément : le sodium liquide.

–Ah bin c'est cool, il suffit de faire des centrales avec un circuit au sodome liquide alors...

Sodium. Et c'est fait : ce sont les surgénérateurs de type Superphénix.

–Hum. De mémoire, il était pas arrêté ce bouzin là?

Ah bin si, carrément. Il n'arrêtait pas de subir des pannes et des incidents plus ou moins graves. Il faut dire que le sodium a un gros défaut. Il s'enflamme au contact de l'eau, et peut même provoquer une explosion. Et du coup, pas question d'utiliser de l'eau pour éteindre l'incendie voyez... Et le soucis, c'est que de l'eau, on en trouve un peu partout. Ne serait-ce que l'humidité de l'air.

–Ah. Oui. Mince...

N'est-ce pas. C'est d'ailleurs la raison qui fait qu'aucun pays n'a pu fabriquer à ce jour de surgénérateur réellement fonctionnel dans la durée. Du coup, une fois les bombes atomiques fabriquées, on ne sait plus trop quoi faire des stocks de Plutonium. On en met un peu dans le combustible des centrales classiques, pour former ce qu'on appelle le MOX. Et le reste, bin, on le stocke en attendant.

–En attendant quoi?

Je ne sais pas. Une hypothétique et improbable révolution technologique. Ou que ça disparaisse tout seul, comme les chaussettes dans le lave-linge peut-être... A défaut, on finira par enterrer tout ce merdier histoire de faire des blagues aux archéologues du futur.
–Venez voir professeur! J'ai trouvé une poterie antique!

Epilogue

L'homme à la cigarette ne disait rien après cet exposé. Il semblait pensif. Soudain, il étouffa un juron : la flamme de sa cigarette venait d'atteindre ses doigts.

–Le tabac est mauvais pour la santé, dis-je... Notez, vu les bidons de déchets radioactifs que vous entreposez ici, ça ne changera pas grand chose.

L'homme paraissait contrarié.

–Vous en savez beaucoup. Beaucoup trop...
–Que comptez-vous faire de ces déchets nucléaires? intervint Paul, guère rassuré.
–Oh, rassurez-vous, ils ne sont ici qu'en transit. Vous comprenez, ça commence à se voir qu'on ne sait plus où les mettre. Et les écolos font chier à pointer du doigt tous les manquements aux règles de sécurité. Alors, il a été décidé de les entreposer à un endroit où il sera difficile d'aller les chercher...
–Et où ça? demande maman Koala. Et où sommes-nous d'ailleurs?
–Ça, vous n'allez pas tarder à le savoir, dit l'homme en s'avançant dans la lumière.

Nous le reconnûmes immédiatement. Il se tourna vers une des petites silhouettes trapues qui se trouvait derrière.

–Passe-Partout, va avertir Felindra que ses tigres vont avoir un supplément de ration ce soir. Et va chercher La Boule pour les emmener.
Vous ne pensiez quand même pas que c'étaient des extraterrestres non?

–Vous ne vous en tirerez pas comme ça Père Fourras, dis-je.
–Que vous croyez... Mouhahaha! Profitez bien du temps qui vous reste! fit-il en retournant une clepsydre et en sortant.

Notre situation était délicate. Nous étions enchaînés, et nous allions bientôt finir dans l'estomac d'un tigre.

–Il faut qu'on sorte!!!! s'affola Paul.
–Il faut qu'on se détache, dit maman Koala. Est-ce que tu vois la clé?

C'est alors qu'un puissant bruit de moteur se fit entendre, suivit d'une explosion qui nous projeta au sol. Nous relevâmes en toussant, couverts de poussière... mais libres, nos chaînes pendaient lamentablement, plus rattachées à rien. Par l'ouverture dans le mur, j'apercevais une partie du Fort Boyard, puisque c'est bien là que nous étions retenus prisonniers. Et face à nous, un hélicoptère de combat soviétique customisé se maintenait en position. Au poste de pilotage, Youri, mon garagiste.

–Papa Hérisson. Toi scientifique. Toi venir. Je problème avec grille-pain de moi : cœur réacteur en train fondre. Lui s'enfoncer dans sol.
–Ton grille-p... celui que tu as rafistolé avec un bout du réacteur nucléaire du Koursk?
–Da.
–Ah. C'est emmerdant.
–Da. Je craindre explosion atomique.
–Ah pour ça mon p'tit Youri, je te rassure, ça ne risque pas. Par contre... le syndrome chinois... ça peut...
–Syndrome chinois?
–Je vais t'expliquer...

Youri nous hélitreuilla sans tarder hors de ce lieu mortifère devenu l'entrepôt secret d'Areva, sous les regards dépités du Père Fourras, de La Boule et surtout des tigres.