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jeudi 15 février 2018

QI ou cru?

"–Moi je crois qu'il hiberne...
–T'es sûr? C'est pas dit... p'têt qu'il fait semblant et que d'un coup, bim! Il va nous sauter dessus! On peut pas être sûr...
–Maiiiis non! Il hiberne j'te dis! C'est la saison après tout! T'as qu'à voir, ça fait combien de temps qu'il a pas moufté? Un mois? Deux? P'têt même qu'il est clamsé, va savoir...
–Remarque... t'as raison... il a pas l'air frais quand même... touche le pour voir?
–Moi? Et pourquoi toi tu le touche pas?
–C'est ça! Et là il me fait le coup du zombie mort vivant, il se relève, et il me bouffe! Merci bien!
–Pfff, tu racontes n'importe quoi! Les zombies c'est que dans les films et les séries!
–Bin dans ce cas, pourquoi t'as peur de le toucher?
–Mais euh j'ai pas peur!
–Ah ouaih? Prouve le alors!
–Mais ouaih, mais carrément...
–Bah vas-y!
–Ouaih ouaih, je vais le faire... d'façon, j'risque rien hein... suffit de le voir, il est tout pâle, c'est clair qu'il est carrément décédé! Allez zou, je le touche!
*tâte* *tâte*
–Greuuuuuuh!
–AAAAAAAAAAAAAAH!
–AAAAAAAAAAAAAAH!
–Teuheu! Teuheu! Purée! Mais... teuheu... ça va pas de me réveiller pendant que je roupille? Bon sang, on peut même pas siester tranquille pour se remettre de sa grippe sans que des p'tit cons viennent vous casser les testiboules! Feriez-mieux d'aller à l'école! Ça vous instruirait! Rhaaaa, fait ch..."
Rhaaa, fichue grippe! Atchoum! Teuheu!

Bon, puisque je suis réveillé, on va en profiter pour causer : comme le titre de l'article ne l'explicite pas très clairement, nous allons papoter à propos d'Intelligence, question polémique s'il en est, ce qui devrait nous permettre de ne pas répondre à des interrogations aussi ardues que :
Vous noterez que j'ai parlé de "polémique" Victor : car la presse s'est récemment fait l'écho d'une baisse inquiétante du QI moyen au cours des 100 dernières années et même plus précisément des 20 dernières années. Certains voulant jouer les Cassandre ont immédiatement évoqué l'effet "Idiocratie": nous deviendrions de plus en plus cons.

Et il est vrai que l'on a parfois le sentiment qu'il y a de plus en plus de cons chaque année. Et parfois même que les cons de l'année prochaine sont déjà là...
F*ck... j'ai l'impression qu'on s'est planté quelque part... mais où?

Mais peut-on dire vraiment que le QI et l'intelligence c'est la même chose? En effet la notion d'intelligence est du genre plutôt subtile, et ne fait pas l'unanimité. Comment en effet définir ce qui est intelligent et ce qui ne l'est pas? D'autant que :
  1. on peut toujours trouver moins intelligent que soit
  2. on est tous le con de quelqu'un
  3. même des gens très intelligents dans certains domaines peuvent se révéler excessivement cons dans des domaines qui ne sont pas les leurs



Alors peut-on quantifier l'intelligence? Faut il se baser sur le test du QI? Du QE? Du QIT? La taille du cerveau? Celle du zgeg? L'âge du capitaine? Le bonnet de soutien-gorge?

1. Commençons par le commencement : d'abord, l'intelligence, qu'est-ce que c'est?

Parler d'intelligence, c'est une chose, mais pour la définir on est tout de suite moins à l'aise. Bin oui, à votre avis, c'est quoi l'intelligence? C'est :
  • l'excellence scolaire?
  • la capacité à s'adapter à son environnement?
  • les aptitudes mathématiques?
  • la faculté d’appréhender le monde sous un angle scientifique, rationnel et logique?
  • la capacité à "traiter" de l'information?
  • le Quotient Intellectuel (QI) ou le Quotient Intellectuel Total (QIT)?
  • le Quotient Emotionnel (QE)?
  • Obiwan Kenobi?

Bon, je vous l'avoue, je suis mal à l'aise pour vous donner une définition claire. Et moi quand je suis mal à l'aise pour définir clairement une notion, mon premier réflexe c'est d'utiliser une bombe de fumée ninja et de me carapater et poussant un rire sardonique un dictionnaire :
Mouahahahaha! Euh...
  intelligence \ɛ̃.te.li.ʒɑ̃s\ ou \ɛ̃.tɛl(l)i.ʒɑ̃s\ féminin
   Nom commun.
   (latin intelligentia, de intelligere, connaître)
  • Ensemble des fonctions mentales ayant pour objet la connaissance conceptuelle et rationnelle : Les mathématiques sont-elles le domaine privilégié de l'intelligence ? Test d'intelligence.
  • Capacité de manipuler un concept par la pensée : Pour l'intelligence de ce qui va suivre, rappelons la démonstration antérieure.
    "–Ok, donc l'intelligence, c'est être un petit Jedi tout vert?"
On n'est pas le cul sorti des ronces. Bon, en voici une autre alors :
  • L'intelligence est l'ensemble des facultés mentales permettant de comprendre les choses et les faits, de découvrir les relations entre elles et d'aboutir à la connaissance conceptuelle et rationnelle (par opposition à la sensation et à l'intuition). Elle permet de comprendre et de s'adapter à des situations nouvelles et peut en ce sens être également définie comme la faculté d'adaptation. L'intelligence peut être également perçue comme la capacité à traiter l'information pour atteindre ses objectifs.
    Le terme est dérivé du latin intelligentĭa, « faculté de comprendre », dont le préfixe ĭnter- (« entre »), et le radical legĕre (« choisir, cueillir ») ou ligāre (« lier ») suggèrent essentiellement l'aptitude à lier des éléments entre eux.
Ok. En gros, si je résume, c'est la capacité à relier ensemble plusieurs informations pour interagir de façon efficace et consciente avec son environnement, et ce dans le but d'optimiser ses chances de survie à court, moyen, et long terme.

Bon, évidemment, à ce compte on peut sans doute considérer que le caillou lambda est plus intelligent que le président des USA lambda mais admettons. Mais... corrigez moi si je me trompe :  la plupart des formes de vie interagissent avec leur environnement non? Et toutes cherchent à maximiser leur survie en adoptant des comportements adaptés. Du coup la plupart des formes de vie sont intelligentes?

–Bin non, les animaux ils sont pas intelligents, c'est l'instinct!

Ah oui. L'instinct. Précisons tout de même que cette notion "d'instinct" ne fait plus l'unanimité au sein de la communauté scientifique. Mais admettons. Et du coup, comment distinguer ce qui relève l'instinct (processus inconscient) de l'intelligence (processus conscient)?
L'intelligence, ça a du bon quand même...
–Oh bin ça c'est facile : les créatures intelligentes fabriquent des trucs, utilisent des outils...

Ok. On doit donc considérer que les castors qui construisent des barrages, ou les fourmis qui construisent des fourmilières sont plus intelligentes que les actionnaires des grands groupes pétroliers qui détruisent l'environnement. Notez, ça se tient. Selon ce principe on doit alors considérer que le plombier moyen est beaucoup plus intelligent que l'expert comptable, ce qui serait vrai selon certains, emmerdant et absurde selon beaucoup d'autres.
Vous aussi vous trouver qu'il n'est pas absolument essentiel de regarder la partie gauche de cette image?

Du coup pour quantifier cela, certains ont imaginé des tests psychométriques standardisés sensés mesurer quantitativement l'intelligence : le test de Quotient Intellectuel, ou QI. Dans les faits, ce dernier mesure principalement la capacité de raisonnement logique, de représentation spatiale, la mobilisation du vocabulaire et la mémoire.

Problème : si ces items sont certainement des aspects de l'intelligence, ce ne sont probablement pas les seuls. D'où l'émergence depuis quelques années du concept de Quotient Émotionnel (ou QE).

Bon, tout ça c'est bien joli, mais allez donc faire passer un test de QI ou de QE à un poulpe ou un dauphin... notez d'ailleurs que la question se poserait tout autant vis à vis d'un hypothétique extraterrestre parlant exclusivement le Zéta-Réticulien (par exemple), issu d'un développement totalement différent, et imprégné d'une culture sans rapport avec la notre...
On appelle aussi ça la langue de bois...
Formulé autrement : "Si vous jugez un poisson par sa capacité à grimper aux arbres, il passera sa vie entière persuadé qu'il est totalement stupide." (Albert einstein)


Bon, on ne s'en sort pas. La définition est floue, la mesure tout autant... Concentrons-nous plutôt sur l'origine de l'intelligence...

2. Où se situe le siège de l'intelligence?

Non pas celui-ci.
Faute de pouvoir définir l'intelligence, sans doute pourra-t-on au moins dire quel organe en est à l'origine. Au moins chez l'homme... Ça, ça devrait être une question facile :
"–Rhaaa, c'est pas facile... euh... le zgeg peut être? Non... enfin quoique... le cerveau?
–C'est votre dernier mot?
–Euuuuuuh... je crois que je vais demander à un ami hein! Google est mon ami."
Hélas, la réponse est loin d'être simple. Pour beaucoup de gens, le siège de l'intelligence est évidemment le cerveau. Ce bel organe constitué principalement de matière grasse et de flotte serait donc l'organe conduisant l'être humain à construire le Taj Mahal ou à faire des blagues homophobes à la télé. Du moins, c'est ce que l'on a longtemps cru. Toutefois, des recherches récentes tendent à démontrer que si l'essentiel des capacités de traitement de l'information se situent bien dans le cerveau, un certains nombre de décisions pourraient bien être prises ailleurs : quelque part dans le système nerveux entérique...

–Gneuh?

... le système nerveux des intestins. Les neurones du prout quoi! On l'appelle parfois le deuxième cerveau.

Pour l'essentiel, ce système nerveux entérique est un groupe de ganglions nerveux dont la fonction est de réguler le délicat mécanisme de la digestion. Ne rigolez pas : rien que lâcher une caisse nécessite l'action conjointe de deux sphincters, dont seul l'un des deux est dirigé de façon consciente...

Là ou ça se complique, c'est que plusieurs neurotransmetteurs...

–Ohla! Tu deviens technique...

Pardon. Je reprends. Le système nerveux et le cerveau fonctionnent à l'aide de tirs de taser p'tites décharges électriques (les impulsions nerveuses) et de drogues signaux chimiques (qui en général régulent les émotions). La pensée est un mix de ces deux types de signaux. Et les signaux chimiques, ce sont des petites molécules appelées neurotransmetteurs (les hormones en sont un exemple).

Bon. Or, plusieurs de ces neurotransmetteurs sont fabriqués dans le système nerveux entérique. Cela dépend donc :
  1. de ce qu'on mange (certains aliments sont plus propices que d'autres à la production de certains neurotransmetteurs, et donc à l'expression de certaines émotions)
  2. de l'action du microbiote intestinal (les micro-organismes alliés qui vivent dans nos intestins et nous aident à digérer nos aliments) : les recherches récentes montrent qu'un mauvais équilibre du microbiote semble associé à certaines pathologies mentales et même à des retards d'apprentissage
Il est même envisagé que certains de nos choix soient plus ou moins directement dictés par... les microbes se trouvant dans nos intestins. En effet, ces organismes ont des préférences alimentaires, et influeraient de façon plus ou moins large sur nos décisions en libérant certains neurotransmetteurs (le bon vieux système punition/récompense) pour nous pousser à consommer ce qui leur plait. Nos préférences gustatives (j'aime les épinards/je n'aime pas les épinards, je préfère le chocolat noir au chocolat blanc, etc...) seraient donc directement liées à la nature précise de notre microbiote , c'est à dire à notre entérotype (les organismes présents, et leur proportions).
"C'est pas ma faute, c'est mon microbiote!"

Il est même envisageable que leur influence s'étende à d'autres aspects de notre vie, pouvant avoir un impact sur leur bien être, ce qui rendrait l'être humain plus proche d'une intelligence collective, ou intelligence de ruche, que d'un être disposant vraiment de libre-arbitre.

Bon tant pis pour le siège de l'intelligence... mais est-ce qu'on peut au moins la mesurer? Établir un classement?

3. Mon QI/QIT est plus gros que le tien... faisons un concours de QE...

Les humains aiment bien quantifier toutes sortes de choses inutiles et plus ou moins abstraites :
  • le montant de leur fortune
  • les points du permis de conduire
  • l'audimat de Cyril Hanouna
  • la taille du bonnet de soutien gorge
  • la longueur de leur zigounette
  • etc...
Cette manie de tout quantifier porte même un nom : le règne de la quantité (ainsi dénommé par René Guénon dans son ouvrage éponyme). Du coup, il paraissait logique de quantifier et classer l'intelligence également. C'est ce que fit le psychologue Charles Spearman au début du XXième siècle avec ce qu'on appela d'abord le "facteur G", puis le test de "Quotient Intellectuel". Spearman se basait sur son observation d'une corrélation entre les performances scolaires dans les différentes disciplines (les élèves bons en anglais étaient significativement meilleurs en maths, etc...). Ou pour schématiser : les premiers de la classe sont comme les asperges, le meilleur est dans la tête et font faire pipi qui sent fort. Dit autrement : si t'es bon en math, t'es intelligent, mais si tu ne sais pas résoudre une équation différentielle à 5 inconnues, t'es con comme un bulot.

Forcément, pas mal de gens ont trouvé ça plutôt injuste (certainement les crétins qui ne savent pas résoudre les équations différentielles à 5 inconnues, les pauvres...), et se sont mis à trouver que cette classification par le QI était par trop restrictive, car trop corrélée à l'apprentissage scolaire. En gros, ça montre qui rentre bien dans le moule scolaire et sait faire 2+2, mais pas forcément qui a du potentiel, ou qui sait se montrer performant dans des domaines plus sociaux par exemple.

Du coup, dans les années 90, le psychologue américain Daniel Goleman propose le concept de Quotient Emotionnel, destiné à quantifier ce que l'on pourrait qualifier d'intelligence émotionnelle -(proche du concept d'intelligence sociale).  Ça vous semble nébuleux? Un exemple alors. Prenons cet individu :
Un individu lambda. Voire un peu con.
Si beaucoup de gens le considèrent comme une forme de génie (si si, je vous rappelle que d'autres gens ont élu Donald Trump), un nombre probablement plus grand encore le considère certainement comme un con. Ce à quoi je vous dirai : un con peut être, mais un con rudement intelligent dans la mesure ou il gagne certainement bien mieux sa vie que la plupart de ceux qui le prennent pour un con, moi le premier.
Et ouaih. Et c'est légal.
Et bien l'intelligence émotionnelle, c'est ça. Ce type n'enverra sans doute jamais une Tesla en orbite martienne, mais il possède une forme d'intelligence lui permettant d'optimiser son influence sociale... et par là même la taille de son portefeuille.

–Bon mais... et l'éducation dans tout ça?

Aaaaah, l'éducation... il y aurait tellement à en dire que ça fera l'objet d'un prochain billet je pense...
Toi aussi t'as baillé, te cache pas, j't'ai vu!
"–Mince, je crois qu'il s'est rendormi...
–C'est bon, tu m'auras pas une deuxième fois. Qu'il roupille donc, moi je me casse.
–Bin quoi, t'es pressé? T'as un rendez-vous p'têt?
–Non, c'est pas ça, mais j'ai vu qu'il y avait une grosse promo sur le Nuletta® à l'Intercharmé®...
–Et depuis quand tu bouffe du Nuletta® toi?
–J'en bouffe pas, mais j'en achète plein en promo, et je les revends sur le Petit Coin après à deux fois plus cher, mais moins cher que le prix normal quand même. Du coup je me fais des testiboules en or.
–Ah ouaih p'tain, t'es intelligent toi...
–Et ouaih... que veux-tu, j'ai un gros QI..."

lundi 20 février 2017

La boite me nuit

–Et tu bosses dans quoi exactement toi?

A cette question qui vous a sans doute déjà été posée, il y a une chance non négligeable que vous fassiez, comme moi, partie de la proportion non négligeable de la population qui fera une réponse du genre :

–Oh, bin, je suis dans une boite qui...
"–To be or not to be a Shrodinger's cat..."


La suite de la phrase est sans réel intérêt : vous bossez dans une boite. Cette seule partie de la réponse en dit déjà long sur votre façon de considérer votre travail. D'autant qu'il y a de fortes chances que pour vous rendre dans cette "boite", vous utilisiez quotidiennement votre caisse, ou éventuellement le tube pour peu que vous viviez dans une ville qui en est équipée, et que le midi vous vous fassiez réchauffer une boite ou une barquette à la cantoche.

Ajoutons que selon toute vraisemblance, vous avez intégré cette boite quelques années après avoir quitté le bahut... et que si vous êtes encore jeune, vous sortez sans doute encore en boite pour vous détendre la samedi soir. Autant vous dire que vous êtes mal barré : vous êtes atteint d'un terrible syndrome, le syndrome de la p'tite boite.
La boite de la honte...

Consolez-vous : d'une certaine façon, vous n'y êtes pas pour grand chose, car le syndrome de la p'tite boite touche la quasi totalité de notre société.

Oui : aussi con que ça puisse paraître, nous passons notre temps à essayer de rentrer dans des boites ou des p'tites cases, et ce, nonobstant le fait que la forme général d'un être humain (que nous qualifieront de patatoïde pour être sympa) ne s'y prête guère...
Ah bin ça, c'est toujours plus facile en théorie hein...
Car oui, si on réfléchit deux minutes, tout est fait pour tenter de nous réduire à un nombre limité de choix binaires...
  • fille ou garçon
  • homo ou hétéro
  • vaginale ou clitoridienne
  • bleu ou rose
  • fromage ou dessert
  • droite ou gauche
  • scientifique ou littéraire
  • madame ou mademoiselle
  • un sucre ou deux
  • etc...
    "...ceux qui ont un flingue chargé, et ceux qui creusent. Toi tu creuses."
... ou de compartiments bien délimités...
  • tranche d'âge
  • très satisfait/satisfait/moyennement satisfait/peu satisfait/pas du tout satisfait
  • style musical
  • catégorie socio-professionnel
  • signe astrologique
  • type de personnalité
  • couleur préférée
  • etc...

Regardez bien autour de vous : ces formulaires qui sont censés vous décrire de la façon la plus précise possible sont innombrables. Et ça commence dès la naissance, lorsque le pédiatre qui vous examine inscrit vos mensurations (taille/poids) dans les p'tits graphiques qui vont bien avec leurs jolies courbes pré-tracées de moyennes standard. Gare à vous si vous vous en écartez : si la nature aime bien la diversité, notre société de consommation en revanche elle, pas trop.

Hélas les enfants n'aiment pas se conformer aux règles, aux normes... heureusement, l'école est là pour les faire rentrer dans le moule. Avec de jolies notes qui montrent si vous êtes bien standardisé ou pas assez.

Pardon? Vous dites? L'école sert à éduquer, instruire et à apprendre à réfléchir? Vous êtes sûrs que nous avons fréquentés la même école?
C'est plutôt ça...
L'école prétend sans doute apprendre à réfléchir, mais dans la pratique son rôle se borne à transmettre une éducation standardisée (les fameux programmes, socles communs et autres connaissances exigibles) tout en essayant de rendre les élèves le plus conformistes possibles (on lève la main avant de parler, on fait sa démonstration mathématique de telle façon et pas telle autre, on fait sa rédaction selon telle structure, etc...).

Ça n'est même pas par incompétence de la part des professeurs : juste par conformisme de leur part. Ils restituent ce qu'on leur a appris, de la façon dont on leur a appris. Et ceux qui voudraient changer ces méthodes traditionnelles sont souvent assez mal vus. De toutes façons, chez nous l'enseignent est sélectionné par concours : on filtre les individus les plus conformes au standard, qui connaissent leur matière sur le bout des doigts, sans se préoccuper de leur capacité à transmettre leur savoir. La pédagogie n'est d'ailleurs vaguement abordée qu'en seconde année de CAPES, donc APRES l'obtention du concours. Et encore, souvent sur le tas dans le meilleur des cas. Et le privé, c'est pareil : le concours (CAFEPS) est d'ailleurs exactement le même. Seul le nom change.

Même les grandes écoles prestigieuses (polytechnique, l'ENA, etc...) n'encouragent rien moins qu'une forme délétère de conformisme : les places étant limitées, seuls les "meilleurs"  sont sélectionnés, c'est à dire ceux qui se conforment le plus à la norme désirée en terme de savoirs mémorisés (et pas nécessairement compris), de respect d'un cadre rigide, et de capacité à marcher sur la gueule de ses collègues (puisque les places sont limitées).
Il ne peut en rester qu'un. Désolé. Hin hin.
Dit autrement : on sélectionne des tueurs méthodiques et robotisés comme le dit Albert Jacquard :


Et malheur à celui ou celle qui prendrait trop de liberté avec les règles de l'école : celui ou celle-là se verrait alors frappé du sceau infamant de "l'élève perturbateur" ou "gêneur"... qualificatif qui risque bien de le/la poursuivre une bonne partie de sa scolarité. Tiens, encore une petite case d'ailleurs...

Ne croyez pas que je plaisante : mes gnomes en maternelle/primaire évoquent régulièrement les élèves "gêneurs" qui se sont fait épinglés en classe. Pas de doute, ces derniers sont catalogués, et cette image leur collera durablement à la peau.

–Oui, bon, m'enfin les maîtres et les maîtresses ne peuvent pas faire cours si c'est le bordel aussi...

Peut être... mais si ces élèves sont dissipés cela tend à démontrer que le cours est inintéressant, ou du moins pas adapté pour focaliser leur attention. Or l'intuition nous le dit, et les recherches en neuroscience le confirment : il est bien plus difficile d'apprendre si l'on n'est pas intéressé. Moralité : pour être efficace, l'apprentissage doit être ludique.

–Et puis quoi encore? Jouer pendant les cours?

Et pourquoi pas? Le jeu mobilise l'attention et les fonctions cérébrales : il a le mérite de mobiliser cette attention que les enseignants réclament dans les apprentissages. Dans la nature, tous les petits apprennent en jouant. Quand des renardeaux jouent à se poursuivre et à se battre, sous l’œil vigilant des parents, c'est une façon de s'exercer pour la chasse dont leur vie dépendra plus tard.
Bon, cet article commence à être chiant, je le sens...

C'est une question d'ergonomie cérébrale...

–De quoi? D'ergonomie cérébrale? Je connais l'ergonomie, mais l'ergonomie cérébrale... késako?

Bon. Pour soulever votre sac de courses qui pèse une tonne-flutain-de-sa-race par exemple, vous utilisez la poignée prévue à cet effet, idéalement à pleine main. Pas le côté du sac en l'attrapant par le petit doigt. La poignée est prévue pour ça et à la dimension idéale pour s'adapter à la taille de la main : c'est de l'ergonomie.
Exemple de mauvaise ergonomie

De même, pour vous saisir d'un concept intellectuel, en particulier s'il est nouveau ou ardu, il est préférable d'utiliser des poignées cognitives : c'est à dire une façon motivante et intéressante de manipuler le concept. J'imagine par exemple, que beaucoup d'entre toi, cher lecteur (ou lecteuse) se souvient moins de ses cours de SVT au collège/lycée, que de ceci :
♪ ♫ La vie, la vie, la vie la vie ♫♪

Ce dessin animé, éducatif, est un bon exemple d'ergonomie cérébrale : la présentation est ludique, et du coup, ça se retient mieux.

C'est un constat général : on apprend mieux en jouant. Tous les jeunes mammifères apprennent de cette façon... enfin, tous sauf les humains, que l'on préfère enfermer en nombre dans des salles closes afin d'y recevoir un savoir peu ludique, et en étant sanctionnés par des notes. Ça marche sans doute, à la marge, mais c'est peu ergonomique pour le cerveau. Donc peu efficace en terme de rendement.
"–Mon garçon, il va falloir bûcher si tu veux un bon job!"

Si vous en avez l'occasion, je vous recommande la lecture de "Libérez votre cerveau" du neuroscientique Idriss Aberkane, il est extrêmement instructif sur la manière aberrante dont notre système éducatif fonctionne, et sur celle beaucoup plus pertinente dont il pourrait fonctionner.

Prenons un exemple simple : jouer à Candy Crush® parait être à la portée de tout le monde, et nombre de joueurs y passeraient des heures et des heures, à réessayer jusqu'à réussir à passer un tableau. Le nombre de joueurs de par le monde est d'ailleurs considérable. En revanche, demandez aux mêmes personnes de suivre un cours de math de haut niveau et de passer des heures à résoudre des matrices mathématiques, et je ne suis pas certain que vous obteniez la même motivation. Et pourtant... un tableau de Candy Crush® n'est guère différent d'une matrice. Seule la présentation et le côté ludique diffèrent.
Bon, on reste dans les p'tites cases hein...

Société schizophrène que la notre : nous ne cessons d'espérer et d'aspirer à des idées novatrices et des "réformes", alors même que tout dans le système éducatif et le monde du travail concourt à brider les façons de penser originales. Notons d'ailleurs que, comme Aberkane le fait remarquer dans son livre, ce sont rarement les bons élèves sortis premiers de leur promo à l'école qui bouleversent le monde, mais plus souvent des individus autodidactes, parfois élèves médiocres à l'école, mais surtout anticonformistes et qui réfléchissent d'une façon différente des autres. Albert Einstein était par exemple considéré comme un élève médiocre.

Hélas, l'école n'est généralement que la première étape d'une société absurde ou tout est fait pour brider l'initiative et l'originalité : le monde du travail déteste les électrons libre. Surtout les boites qui fabriquent ou vendent on ne sait trop quoi sans originalité : leur dogme est la Norme sacro-sainte, et leur credo est la Standardisation, y compris celle de leurs employés. Pas étonnant alors que tant de gens finissent en burnout après avoir sacrifié le temps et gâché leurs capacités dans un quelconque bullshit job...

Si certaines entreprises comme Gogole™ semblent avoir compris que le meilleur moyen d'obtenir des résultats exceptionnels et une motivation sans faille de ses employés est de leur donner un environnement de travail agréable et ludique et de les encourager à développer des projets personnels, nombres de boites en sont encore à mettre en oeuvre des stratégies managériales dignes de Game of Thrones.
"–Bon, je vous laisse, je dois me rendre à mon entretien annuel..."
Tiens d'ailleurs, je me demande si les employés de chez Gogole™ disent travailler dans une boite eux...

–Oui, enfin bon... la plupart des boites encouragent quand même les éléments prometteurs à l'aide de primes et de promotions!

Oui et non : la plupart du temps, ces P&P (primes & promotions) sont surtout liées à l'atteinte ou au dépassement des objectifs.

–Bin justement, le dépassement des objectifs, c'est une preuve d'initiative, non?

Pas vraiment : sauf cas exceptionnel, ça dénote surtout la capacité à appliquer à la lettre les consignes dans un but de productivité (quand bien même cette productivité serait peut être supérieure par d'autres méthodes : l'arrivée ponctuelle d'entreprises ou de technologies dites disruptives le démontre). En gros, l'employé qui dépasse ses objectifs ne bouleverse pas le standard : il établit seulement un nouveau standard quantitatif qui pousse les dirigeants à augmenter leurs attentes vis à vis des autres employés et à pousser encore plus la standardisation... jusqu'à la rupture : burnout des employés et/ou perte de compétitivité face à une autre entreprise qui aura su faire évoluer le concept, avant de se scléroser à son tour en campant sur ce nouveau standard. Et ainsi de suite.
C'est un cercle vicieux.
Le problème de la standardisation des employés, c'est que dès lors, l'humain devient remplaçable : l'arrivée progressive des intelligences artificielles, fussent-elle Faibles (car je ne crois à l'émergence d'IA Fortes dans un proche avenir... coucou Skynet!), rend cela inéluctable. Il y aura certainement de l'opposition : au XIXème siècle, les luddites ont bien tenté de s'opposer à l'arriver des métier à tisser mécaniques qui détruisaient des emplois dans l'industrie textile... et l'on voit où on en est aujourd'hui. Mais est-ce vraiment une mauvaise chose? Doit-on vraiment s'inquiéter de voir des machines faire des métiers... de machines?

Toute la question, c'est de savoir si on pourra donner aux humains... des métiers d'humains. Quelque chose me dit que ça n'en prend pas le chemin...
♫ Antisocial tu perds ton sang froid ♪



Bonus :

jeudi 28 août 2014

La rentrée se tolère

♪♫ Qui a eu cette idée folle, un jour d'inventer l'école?
C'est
ce
sacré Charlema-gne!
sa-cré Cha-rle-magne! ♫♪

Bon, chaque année c'est pareil : quand le mois d'août –et avec lui les vacances d'été, que cet été ait été pourri ou non– se termine, la rentrée des classes se profile à l'horizon.

Alors certes : si vous n'avez pas de gnomes, et que vous n'êtes pas enseignant ni pédophile exhibitionniste en imperméable, il y a des chances que ça vous en touche une sans faire bouger l'autre. Si en revanche vous possédez un ou plusieurs gnomes en âge d'être scolarisé (voire même avant d'ailleurs), il est au contraire assez probable que cet évènement constitue un tournant dans l'organisation de votre quotidien, à plus forte raison si c'est leur première rentrée scolaire. Et oui, à vous bientôt les petits bonheurs tels que :
  • les listes de fournitures scolaires
    Liste de fournitures d'une école américaine moyenne.
  • les maladies infantiles ramenées de l'école (varicelle, oreillons, MST, clips de Justin Bieber, selfies, ...)
  • les poux
  • les goûters d'anniversaire
    "J'espère que tu ne tenais pas trop à tes genoux, car je ne vise pas le truc rose..."
  • les collections Panini (ou Pokemoche, je ne sais plus)
    "Jeux de garçon"... surement un catalogue de jouets!
  • les copains/copines un peu encombrants ("Non fiston, c'est pas parce que Théo a dit que son père adore les minous rasés que tu dois essayer avec notre raton-laveur Chat n°3. Pose ces ciseaux!")
    "Et non, pour la dernière fois, c'est pas parce que Lucas a un fusil que tu en auras un!"
  • les kermesses des écoles
    Et je vous raconte pas le nombre de brioches qu'il a fallu vendre pour organiser cette kermesse...
  • les effets de modes ("Non ma puce, je me fiche que Emma porte des string et des minijupes : tu n'as que 4 ans, tu attendras ta majorité à 18 ans 30 ans pour faire de même, et il faudra me passer sur le corps d'abord.")
    Pour illustrer, c'était ça où une photo de mini vieille conne.

Étrangement, un certain nombre de parents semblent attendre cette première rentrée avec un mélange d'impatience ("Han, Mathéo fé ça rentré en septenbre! Tro âte di aitre! Lol!") et d'anxiété ("Han! ma fille Billonsée n'est toujours pas propre en journée! A l'aide les keupines! Vous avez pas un truc? #ausecours #doctissimo"), et ce, le plus tôt possible, idéalement dès 3 ans, voire avant quand l'école l'accepte. Leurs motivations peuvent être variées :
  • leur gnome est une vraie plaie, et ça va leur faire des vacances de s'en débarrasser quelques heures par jour auprès de gens qui sont mal payés pour ça
  • l'école est vue comme une sorte de nounou ou de crèche, qui présente l'énorme avantage d'être à peu près gratuite (je vous l'accorde, on n'a pas toujours le choix non plus)
  • disposer d'un "homme" dans la place pour y dealer de la drogue
  • ils vont pouvoir se faire plein d'amis (voir plus haut), apprendre à vivre en société et découvrir l'existence de Youporn auprès des copains
  • ils vont pouvoir bénéficier des nouveaux rythmes scolaires adaptés à leur rythme chrono-biologique mais définitivement incompatibles avec les horaires de travail des parents et de passionnantes activités périscolaires (ou pas si votre commune n'a rien branlé à ce niveau comme c'est la cas chez nous) telles que le macramé, la pâte à sel, la broderie, la couture de ballons, la fabrication de composants électroniques de petite taille...
  • ils vont apprendre plein de choses : lire, écrire, compter, fumer, rouler un joint...
Bon, à titre personnel, j'avoue ne pas forcément comprendre cet enthousiasme quant à l'idée de confier ses gnomes à autrui à longueur de journée... je veux dire : dans la mesure où il n'est pas légal dans notre pays de rentabiliser ses enfants en leur faisant coudre des ballons, ce qui est bien fâcheux, quel peut alors être l'intérêt de faire des enfants (en dehors des 30 secondes 3 minutes 30 minutes 3 heures de plaisir que cela procure sur le moment je veux dire...), si c'est pour que d'autres gens se chargent de leur bourrer le crâne inculquer les savoirs importants? Hein, je vous le demande? Enfin bon, heureusement, je vous rappelle que l'école n'a pas vocation à remplacer les parents dans leur rôle éducatif (ce que certains semblent parfois oublier d'ailleurs) : vous pouvez donc continuer à leur inculquer vos valeurs en dehors du temps scolaire.
C'est important la transmission des valeurs.

Certes, chez nous c'est un peu particulier puisque maman Koala avait pris un congé parental de 3 ans pour protéger ses gnomes du terrible monde extérieur profiter de la joie quotidienne de la parentalité. Du coup, au lieu de mettre le P'tit Prince à l'école dès ses 3 ans (ce que lui même ne réclamait pas particulièrement, contrairement à Xéna, plus demandeuse en la matière), nous avons décalé sa rentrée scolaire d'un an, la loi n'imposant de toutes façons la scolarisation qu'à partir de 6 ans. Et croyez-moi, si ça n'avait tenu qu'à maman Koala, ça ne serait pas encore pour cette année... car oui, voyez-vous, elle semble vivre assez mal cette nouvelle coupure du cordon ombilical. Elle est déjà passée par plusieurs phases :
  1. Le déni : "–Quoi? On va devoir les mettre à l'école en septembre? Non c'est pas possib', ce sont encore des bébés! Ils sont tout petits!"
  2. La colère : "–Non mais c'est du grand n'importe quoi là! Entre cette réforme moisie des rythmes scolaires, et toutes les choses horribles qu'ils vont apprendre avec leurs copains ça donne vraiment pas envie de les mettre à l'école! D'façon, je peux voir l'école depuis le jardin! Je vais surveiller les maitresses avec des jumelles moi! Non mais!"
  3. Le marchandage : "–Bon voyons... on pourrait peut être attendre 10 ans 1 ou 2 ans de plus? Y a pas urgence, l'école n'est obligatoire qu'à 6 ans hein. Et puis bon, je vais me renseigner : on pourrait peut être leur faire l'école à la maison, tu crois pas?"
  4. Dépression : "–Bouhouhou! Mes bébés qui grandissent! *snif* Ils vont aller à l'école! *snif* Je suis malheureuse! *snif*"
Bon, en toute logique, la prochaine phase devrait être l'acceptation. Sauf retour en arrière. Notons quand même qu'elle tente de faire bonne figure, puisqu'elle a été jusqu'à fabriquer les cartables elle-même, en DIY, à l'aide de vieux gilets pare-balles du GIGN de toiles cirées imprimées de motifs choisis par les gnomes eux-mêmes.
Notons ce sens inné de la mode chez maman Koala : le casque est assorti.

Enfin, l'important c'est que les gnomes eux-mêmes ne semblent pas traumatisés à l'idée de cette première rentrée scolaire : le P'tit Prince semble ne pas s'en préoccuper (d'façon il va retrouver des copains qu'il a déjà eu l'occasion de se faire), et Xéna semble carrément enthousiaste puisqu'elle ne lâche pas son cartable...

Et moi, me demanderez-vous? Bah... le travail de séparation a déjà été fait dès le moment où j'ai repris le boulot : comme tout bon esclave moderne individu dans la vie active, je n'ai déjà qu'une sorte de droit de visite à mes gnomes le soir en rentrant du boulot et pendant les vacances. Donc, ça ne changera pas grand chose.
...
...
Mes bébééééééééés!!!!! Bouhouhou!!!!


N.B. : Toutes les images illustrant ce billet proviennent du site Flickr, sous licence libre Creative Common.

samedi 15 février 2014

Fahrenheit 51 : c'est quoi ce pastis?

Cet article atteint le point Godwin à plusieurs reprises. Mais c'est eux qui ont commencé.
Depuis quelques jours/semaines/mois, les réac' de tout poil de ce pays semblent s'être donné le mot pour propager leurs idées rétrogrades/liberticides à la con. Franchement, ça valait bien la peine de se moquer des Tea Party américains pour récupérer les mêmes chez nous...
Résumons :

► Manif' pour tous les homophobes contre le mariage gay : il est assez rare de voir des manifestation d'ampleur contre une loi qui ouvre de nouveaux droits au lieu de les restreindre, mais c'est pourtant bien ce qui s'est produit en France. Deux remarques : primo l'ouverture du mariage aux couples homo ne remettait absolument pas en cause les droits des couples hétéros, ça ne faisait qu'aligner les droit, c'est dire mettre tout le monde sur un pied d'égalité (si si, vous savez : l'égalité... ce truc qui figure dans la devise de notre pays, et qui est aussi accessoirement prôné par l'enseignement du Christ!), donc bon... secundo il existe plusieurs pays dans le monde (dont certains pays d'amérique du sud plutôt assez cathos) dans lesquels ce genre de loi est déjà passé sans qu'on en fasse tout ce ramdam, et sans que ça déclenche l'apocalypse, donc bon...

► Manifestation contre le droit à l'avortement à l'appel du "Printemps Français" (groupuscule catho-facho-réac') : selon leur credo donc, un gloubiboulga de cellules immatures en pleine mitose de la taille d'un grain de semoule a plus de droit qu'un être humain adulte de sexe féminin qui viendrait de se faire violer par exemple. Voilà voilà...
Oui, moi le logo du Printemps Français  me fait un peu penser à ça...

► Demande (toujours à l'appel du "Printemps Français", décidément, ils sont partout) de retrait de certains livres de bibliothèque pour enfant destinés à l'éducation sexuelle et la lutte contre les stéréotypes : restons-en aux fondamentaux, la femme au foyer en jupe, l'homme au travail en pantalon, et la position du missionnaire.
C'est vrai quoi! Et pourquoi pas des hommes en robe?
► Tentative de récupération du mouvement ci-dessus en jouant les vierges effarouchées face à un livre humoristique pour enfants dans lequel les gens se déshabillent pour aller se baigner (notons d'ailleurs l'efficacité toute relative des cris d’orfraie de ce monsieur).
Ah... effectivement, il n'est pas à poil, il a un short de bain.
Mais bon, peut-on vraiment croire que ce type a de réelles convictions? Ceci étant, il était aussi l'auteur de la sortie polémique sur les pains au chocolat (souvenez-vous!), ce qui montre qu'à défaut de convictions bien établies (je pense personnellement que le sens moral de ce monsieur est une sorte de barbapapa, informe et maléable), il a une certaine affinité pour les idées nauséabondes.

► Demande d'enseignement de la théorie de la Terre plate...

euh... au temps pour moi, le dernier est un fake du Gorafi. En même temps l'erreur est compréhensible ça resterait cohérent dans la démarche.

Bref, si je résume bien, la France selon Jean-François Copé et le Printemps Français c'est un pays dans lequel des enfants non désirés (issus d'un viol par exemple) devront se conformer au stéréotypes sexuels surannés style régime vichyste (travail, famille, patrie, femmes au foyer habillées en jupe, hommes chefs de famille, bibliothèques ne contenant que les livres autorisés pas le ministère de la propagande de l'information, etc...).

Faudrait-il mettre ces livres sataniques (ta mère!) à l'Index? Faut-il carrément brûler ces ouvrages impies (de vache)? Faire un autodafé de ces ouvrages obscènes (de ménage)?
Autodafé. Et hop, un point Godwin, un!
Bon, vous le savez déjà, les interdits et la censure, j'aime pas trop ça. Surement mon côté bobo-anar-gauchiste.
Ou alors c'est juste que je me suis rendu compte que la censure est totalement inefficace, en plus d'être douteuse sur le moral et sur le plan éthique. Et puis, soyons honnêtes : vous croyez vraiment qu'à notre époque, avec la multiplicité des accès à internet, nos chères têtes blondes peuvent vraiment être préservés de toutes ces thèses hérétiques comme l'égalité des sexes et la diversité des orientations sexuelles? Hum?
En même temps, vu qu'elle surfait déjà sur You-Porn...
Bon, alors ok, c'est vrai, il y a des livres violents. Par exemple :

« Quand tu t’approcheras d’une ville pour l’attaquer, tu lui offriras la paix. Si elle accepte la paix et t’ouvre ses portes, tout le peuple qui s’y trouvera te sera tributaire et asservi. Si elle n’accepte pas la paix avec toi et qu’elle veuille te faire la guerre, alors tu l’assiégeras. Et après que l’Éternel, ton Dieu, l’aura livrée entre tes mains, tu en feras passer tous les mâles au fil de l’épée. Mais tu prendras pour toi les femmes, les enfants, le bétail, tout ce qui sera dans la ville, tout son butin, et tu mangeras les dépouilles de tes ennemis que l’Éternel, ton Dieu, t’aura livrés. C’est ainsi que tu agiras à l’égard de toutes les villes qui sont très éloignées de toi, et qui ne font point partie des villes de ces nations-ci. Mais dans les villes de ces peuples dont l’Éternel, ton Dieu, te donne le pays pour héritage, tu ne laisseras la vie à rien de ce qui respire » (La Bible : Deutéronome 20:10–17).

« Maintenant, tuez tout mâle parmi les petits enfants, et tuez toute femme qui a connu un homme en couchant avec lui; mais laissez en vie pour vous toutes les filles qui n’ont point connu la couche d’un homme » (La Bible : Nombres 31:17–18).

« Si un homme frappe du bâton son esclave, homme ou femme, et que l'esclave meure sous sa main, le maître sera puni. Mais s'il survit un jour ou deux, le maître ne sera point puni; car c'est son argent. » (La Bible : Exode 21:20-21)

Notons que d'après ce livre, à lui seul Dieu est responsable de 2,3 millions de morts (10 pour Satan). Et je ne compte pas les gens morts, torturés, convertis de force (etc...) au nom du dogme véhiculé par ce bouquin. Je sais pas vous, mais moi je me dit que Game of Thrones à côté, c'est du Barbara Cartland. Pourtant, bizarrement, les gens du "Printemps Français" ne demandent pas qu'il soit retiré des bibliothèques celui-là...

On m'objectera, à raison d'ailleurs, que ce n'est pas ce livre qui a tué et torturé, mais bien des êtres humains l'ayant lu et interprété d'une certaine façon. Banco : arrêtons de prendre les livres pour ce qu'ils ne sont pas et les enfants pour des idiots! Pour les adultes, j'ai peur qu'il ne soit déjà trop tard...

mardi 3 décembre 2013

T'es cap' ou t'es pas cap' ?

Il y a quelques jours, j'ai reçu un mail de Anne-Estelle du blog Etre-parent qui me disait ceci :
Chers parents blogueurs,

Aujourd'hui, j'ai écrit un article sur mon blog www.etre-parent.com au sujet des plus grands défis que les parents ont à relever.
Et j'ai à cœur de vous proposer de participer à la petite étude que je suis en train de réaliser.
Comment ?

1) en lisant l'article
2) et en écrivant un article qui réponde à cette question : "Quel est votre plus grand défi en tant que parent ?"

Le but ? Simplement réunir les plus grands défis de tous les parents. Parce que chaque parent est différent, chaque parent fait face à un quotidien différent, et chaque parent relève des défis personnels selon l'âge et la personnalité de leurs enfants. Et toute seule, je ne pourrai pas réunir autant d'informations. C'est pourquoi je fais appel à vous :-)

[...]

Si vous pouviez également demander à vos lecteurs de laisser en commentaire sous vos articles leur défi à eux ? Je prendrai le temps de lire tous les commentaires (et oui, même ceux qui seront sur vos blogs) afin d'intégrer ces réponses à mon analyse finale. La synthèse sera publiée vendredi prochain (le 06 décembre)

[...]

Anne-Estelle
Bon. En voilà une question qu'elle est loin d'être simple. Parce que des défis, lorsqu'on devient parent, ça n'est pas ce qui manque. Pire : le nombre de gnome n'est pas un simple multiplicateur du nombre de défis, il en est un degré de puissance selon la formule bien connue pour 2 gnomes :

E = m.c²
Avec :
  • E = le nombre de défis auxquels vous allez être confronté (E pour épreuves. Ou pour "Et galère!")
  • m = vos principes (m pour "Moi, si j'étais vous...")
  • c = la réalité Concrête contre laquelle il vous faudra lutter, incluant la pression sociale et les impondérables de toute nature (c pour "Concrètement, là, ça va pas...")
  • ² = le nombre de gnomes (deux dans l'exemple présent)
"T'as voulu des gnomes, maintenant, tu te démerdes!"
Alors bien sur, il y a défis et défis. Et puis nous ne sommes pas tous logés à la même enseigne : la formule se décline différemment selon chacun, le facteur c étant parfois impitoyable.
Par exemple, aider votre enfant à faire ses premiers pas, à apprendre le langage, est une simple étape pour la plupart d'entre nous. Mais si le facteur c vous joue des tours et que votre gnome soufre d'un handicap, ça peut rapidement devenir un défi, parfois difficile à surmonter.
Autre exemple : obtenir la propreté. La encore, pour beaucoup d'entre vous, c'est une simple étape rapidement résolue. Mais certains gnomes sont parfois réfractaires (facteur c), à moins que vous même ne soyez trop obsessionnels à ce sujet (facteur m), et là, ça se complique...

Reconnaissons-le, certains se créent aussi des problèmes de toute pièce en ayant beaucoup de beaux principes (facteur m). Or, il existe une étrange corrélation entre m et c, faisant que lorsque vos principes se multiplient (action), la réalité tend à s'y opposer (réaction) avec une force proportionnelle. En gros, quand m augmente, c augmente aussi, et du coup E crève le plafond.
Ainsi, imaginons que vos principes vous conduisent à vouloir que votre gnome devienne, je ne sais pas, disons star de cinéma oscarisée. Si vous visez ça :
Wouah! Glamour, tout ça!
Vous avez plus de chance d'arriver à ça :
Wouah! Gla... euh... elle joue comme une patate là, non?
 Autre exemple, vous verriez bien votre enfant devenir un grand écrivain, vendeur de best seller, adulé par le monde entier. Vous visez ça :
La vache, vous visez fort quand même!
Mais vous risquez plutôt d'arriver à ça :
Oui, tout de suite ça rigole moins...

Bref, tout cela ne nous avance guère sur la demande de Anne-Estelle. Bon, il y a bien le défi de la propreté par rapport à Plouf, mais c'est en train de se résoudre. Et Xéna est bien partie de son côté. L'alimentation? Pas trop de problème de ce côté. Encourager leur curiosité? Pour l'instant, ça gère. Les garder en bonne santé? Bon bin on fait de notre mieux... c'est pas trop mal pour le moment. Pfff... pas évident. J'ai donc mis maman Koala à contribution.
– Dis, Anne-Estelle de "etre-parent.com" me demande quel est notre défi en tant que parents... t'as une suggestion?
– Ne pas coller les gnomes au congélateur?
– Ils sont trop grands maintenant, ils ne tiendraient plus dedans.
– En faire des gnomes équilibrés?
– Mouaih. C'est un peu le but de tous les parents... je vois ça plus comme un objectif que comme un défi.
– En faire des gnomes heureux ?
– Oui, certes... mais Anne-Estelle l'évoque déjà dans son article.
– Pfff, t'en as de bonnes toi... t'as pas une question plus simple?
– Si : y avait quoi avant le Big Bang?
– ...
– Et qu'est-ce que tu dirais de "apprendre à accepter qu'ils puissent se détacher de nous" ?
– Grrrrrr! Le premier qui tente de me séparer de mes bébés koalas, je l'enterre au jardin!
– Ok, défi validé donc. C'est bon Anne-Estelle, j'ai trouvé...

On notera au passage qu'une autre explication au surnom de maman Koala vient d'être donnée ici même.
Elle n'a pas l'air comme ça, mais ne vous avisez pas de toucher à un cheveu des ses bébés!
Blague à part, je ne pense pas que nous soyons les seuls parents à ressentir cela. Ces petites choses sont issues de nous, elles en font partie d'une certaine façon. Ils grandissent vite, trop vite, et gagnent chaque jour en autonomie. Bien sur, nous sommes ravis de les voir grandir et s'épanouir, mais je pense que nous avons toutes et tous un pincement au cœur en constatant qu'ils peuvent se passer de nous pour de nouvelles choses chaque jour. Qu'ils apprennent à écouter d'autres voix que la notre. Pour maman Koala et moi, la prochaine (difficile) étape sera l'entrée à l'école pour Plouf et Xéna. C'est une étape que nous appréhendons car nous savons qu'elle les amènera à vivre des expériences que nous ne partagerons pas entièrement avec eux. Ils se feront des amis, apprendrons des choses chouettes, et d'autres moins chouettes. Apprendre des choses indispensables, et d'autre que nous préférerions qu'ils n'apprennent jamais. Et inexorablement, cela marquera une rupture définitive. Comme si le cordon ombilical était coupé une deuxième fois. Savoir gérer  cette "séparation", je pense qu'à l'heure actuelle c'est notre plus grand défi.

Et toi? Oui toi ami lecteur silencieux, celui/celle qui vient et ne commente jamais d'habitude (ne le nie pas, j'ai accès aux statistiques de visites, sacripant!)... si tu as des enfants, c'est quoi ton "grand défi" ?