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vendredi 27 mars 2015

Sacré Le Foll!

Prologue
Une saga qui ne manque pas de sel.

Ça aurait pu être une promenade de santé. Un petit voyage tranquille dans un pays rude à la beauté sauvage, berceau d'une civilisation antique, et habité par un peuple fier dont la culture imprègne le moindre bâtiment. C'était sans doute vrai il y a quelques années, mais l'histoire et la géopolitique sont impitoyables, et la région n'est plus sûre désormais, livrée à l'avidité de ces groupes radicaux sans scrupules qui voudraient imposer leurs méthodes barbares et leurs règles au mépris de la population. C'était à l'évidence une de ces bandes, portant un acronyme cryptique du genre DAESF, ou DEAFS, ou quelque chose du genre, qui m'avait capturé.

Mes geôliers n'avaient pas l'air de plaisanter. Dans un coin de la pièce, le visage dissimulé dans l'ombre, celui qui paraissait être leur chef attendait patiemment et silencieusement que je cède.
L'Interrogateur, un rude gaillard arborant barbe et moustache comme il se doit, revenait à la charge, encore et encore...
–Vous vous croyez supérieur avec vos grands principes et votre nourriture impure, mais vous allez finir par faire ce qu'on vous demande, sale espion!
–Non, même pas en rêve.
–Oh si...
–Non.
–Si.
–Non.
–Siiiiiiii.
–Non.
–Si! Si! Si! Si! si!
–Non.
–SiiiiIIIIEuuuuuh!
–Non.
–Si si je vous assure.
–Non.
–Si. C'est moi qui décide.
–Non.
–Rhaaaaa! Si , si, si et si! Point.
–Non.
–Vous êtes têtu, mais vous finirez par craquer!
–Certainement pas de la façon dont vous vous y prenez mon vieux...
–Ça, c'est ce que VOUS croyez...
–Sérieusement : j'ai deux gnomes. Je peux tenir comme ça pendant des heures avec au pire un léger mal de crâne.
–Ouch!
–Et oui. Ça veux dire que :
  • répéter la question encore et encore ne marchera pas
  • la privation de sommeil non plus
  • pas plus que l'utilisation de petits bruits énervants et répétitifs
  • ou bien le regard noir et insistant sans un mot
  • ou encore la grosse colère
Manifestement contrarié, l'Interrogateur jura dans une langue incompréhensible :
–Nondh'non dsanhmihl sha'rté d'pohm khuïtt! Jivah t'flankëh hunkou d'pohm danh'lku!
Un sabir local à l'évidence. L'individu s'approchait, à présent menaçant... Ma résistance à la torture était sans faille, mais ça n'allait pas me sortir de ce mauvais pas... pire, si mes geôliers me jugeaient sans utilité, qui sait ce qu'ils allaient faire de moi. J'avais besoin de gagner du temps afin de trouver une opportunité. Je tentai le tout pour le tout :
–Ecoutez... vous n'obtiendrez pas de moi ce que vous voulez, mais je vais faire preuve de bonne volonté, je vais vous révéler un de mes secrets...
L'oeil de mon bourreau s'alluma de contentement.
–Aaaah, vous voyez quand vous voulez...


Les pesticides c'est dangereux (si si, malgré les tergiversations de Marisol) : vous avez peut être vu passer cette info récemment, le CIRC (non rien à voir avec les clowns du premier épisode, il s'agit du Centre International de Recherche contre le Cancer) vient de classer le glyphosate (le roundup quoi!) comme cancérigène probable, ce qui devrait en toute logique conduire les pouvoirs publics à revoir la réglementation sur ce sympathique herbicide. Et  comme ça contrarie légèrement Monsantox® et ses copains, du coup ils ont décidé de bouder un peu et de traiter les scientifiques qui ont pondu le rapport de vilains pas beaux. Mais sinon, il n'y a aucune pression, aucun lobbying, non... ils sont juste un peu chafouins.

L'agriculture est indissociable de sa grande copine : l'agroalimentaire. Notons d'ailleurs que c'est le même ministère (ministère de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire) qui se soumet aux lobbies de l'industrie agroalimentaire et aux producteurs de pesticides gère ces deux aspects, essentiels voire même vitaux de notre société, puisque directement liés à l'approvisionnement en nourriture. Il est actuellement sous l'égide du ministre gauchiste socialiste social-démocrate Stéphane Le Foll. Un brave type le Fanou, voyez plutôt :
►né dans la Sarthe
►encarté au Parti Socialiste
►défenseur du monde rural
►pourfendeur des pesticides et herbicides dont il veut interd... euh, bah non en fait. Bon, il a bien parlé d'interdire l'épandage aérien par exemple, mais finalement non, pas trop. Il a bien évoqué l'interdiction des pesticides... mais en fin de compte, bon, que dans les espaces verts publics, et pas avant 2020. Dans les jardins et les champs du culture (et donc nos assiettes), on change rien.  Voilà, voilà... Ah et sinon, l'agriculture biologique voit ses aides de la PAC réduites de 25%... Hum. Oui bon. Pouf pouf. Revenons à nos hamburgers.
 
La malbouffe on l'a vu précédemment, c'est pas très bon pour la santé. Et  en grande copine de l'agriculture intensive dopée aux pesticides et aux OGM, ça n'arrange rien. Même si nous avons vu dans les derniers épisodes que les Gros Mac® n'étaient presque pas si mauvais qu'on le dit, la preuve : ils moisissent (en France tout du moins, merci José Bové).
Au bout d'un mois...
Mais bon, objectivement, ça reste quand même un aliment mal équilibré et bourré de sucre, fabriqué à partir de produits de l'agriculture intensive (élevages bovins sous antibio et hormones de croissance, céréales aux pesticides et autres perturbateurs endocriniens, etc...).

Bref, à choisir si on veut manger des trucs à peu près sains, il y a plutôt intérêt à tabler sur des produits de l'agriculture raisonnée, ou du bio, et donc à éviter toutes les cochonneries qu'on peut nous servir dans les chaînes de restauration rapide. Ce qui est un peu dommage si on aime bien manger un burger de temps en temps.

J'avais déjà évoqué les restaurants Very Fresh de Pascal Favre d'Anne : c'est une solution, mais on n'en trouve pas encore partout. Et sinon, le mieux est encore de les faire soi-même, avec de bon produits, si possible bio. Je vais donc aujourd'hui vous révéler le secret du Hamburger de Papa Hérisson qui a le mérite d'être bio, et fait maison.

Bon, soyons honnêtes : du point de vue diététique, ça ne sera pas forcément moins calorique que le Gros Mac®. Mais à charge calorique équivalente, il y a de bonnes chances que l'apport nutritionnel soit mieux équilibré, avec beaucoup moins de sucre par exemple. Et d'ailleurs, vous constaterez que ça rassasie bien mieux que ce que vous avez déjà pu manger dans un fast-food. Et comme je suis sympa, je vais vous donner un petit truc pour obtenir de bonnes frites croustillantes, dorées, et pas trop garnies d'acrylamides. Elle est pas belle la vie? Allez, on est partis!

Les pains buns
–Les quoi?
Mais si, vous savez, les trucs que la princesse Léia a sur les oreilles!
Le sésame est avec toi!
Des pains à burger quoi. Bon à priori on en trouve en produits bio, mais ça n'est pas très compliqué à faire soi-même. Voici les ingrédients :
  • 250g de farine (Note de Papa Hérisson : moi j'utilise de la T110 bio, mais vous faites comme vous le sentez)
  • 5g de sucre (NdPH : pour 4 pains en moyenne, le Gros Mac® c'est 9g par pain)
  • 5g de sel
  • 120mL de lait (NdPH : perso, j'ai fait ça avec du lait végétal maison, lait de noisette en l’occurrence)
  • 10g de levure déshydratée, soit deux sachets (j'ai pas essayé à la levure fraiche, mais ça doit fonctionner aussi... attention en revanche, les temps de levages risquent d'être plus longs)
  • 60g de beurre
  • un œuf (+ un autre pour la suite)
  • quelques graines de sésame (ou de ce qui vous fera plaisir)

Et voici la recette :
►mélangez la farine, le sucre et le sel
►faites un petit volcan parce que c'est rigolo
►diluez la levure dans le lait, qui doit être à température ambiante (sauf s'il fait frisquet dans votre cuisine, auquel cas je vous recommande :
  1. de réchauffer légèrement le lait qui doit être tiède
  2. d'enfiler une petite laine
 ►ajoutez le lait contenant la levure dans le petit volcan. Aaaaaah : éruption!!!! C'est Pompéï!!!!
 ►mélangez à l'aide d'une spatule solide. Si la spatule casse, c'est qu'elle n'était pas assez solide. Dans ce cas changez de spatule.
 ►faites fondre le beurre (vous pouvez lui raconter des trucs bien mièvres par exemple, le beurre est très sensible, une vraie midinette)
►ajoutez le beurre dans votre pâte, et continuez de malaxer. Si la spatule pédale dans la choucroute, malaxez à la main. Oui, c'est dégueu et c'est tout huileux.
►battez l’œuf, il l'a bien mérité
Pour les femmes battues, appelez le 39 19 (ou la gendarmerie). Pour les œufs, aucun n° à ce jour...

►une fois que l’œuf est plus docile, ajoutez-le à votre pâte en deux fois, tout en continuant de malaxer. Oui, c'est encore plus dégueu, et maintenant c'est collant en plus. Si ça colle vraiment trop, ajoutez un peu de farine.
►formez une boule, c'est une valeur sûre.
►attrapez un chiffon propre, racontez-lui des cochonneries jusqu'à ce qu'il soit mouillé. Placez la boule de pâte dans un récipient et couvrez avec le chiffon humide. Placez le tout dans un endroit tiède (près de la cheminée sur une peau de bête par exemple, c'est romantique, ou sinon dans le four que vous aurez très légèrement préchauffé).
►attendez que la pâte double de volume (sûrement un coup du chiffon qui l'aura foutue en cloque), et là, paf! Vous lui collez une beigne pour lui apprendre la vie (et la faire dégazer), puis utilisez la technique Courjault : hop, au frigo (pas au congél quand même, on n'est pas des bêtes) pendant une heure.
►au bout d'une heure, sortez la pâte, qui devrait être beaucoup moins dévergondée maintenant qu'elle est refroidie, et débitez-la en pâtons (perso j'ai fait quatre pains de taille raisonnable avec, mais vous pouvez sans doute en faire 6 de petite taille) façon Dexter

►formez de belles boules (quand je vous dit que c'est une valeur sûre!) avec les pâtons, et aplatissez-les de la paume de la main. Disposez-les en quinconce (ou en cercle, ou en carré, ou n'importe comment si ça vous fait plaisir) sur une plaque dans un endroit tiède, et fichez-leur la paix le temps qu'ils gonflent un peu (comme des gnomes en voiture pendant un long trajet).

►récupérez le jaune du deuxième œuf, et badigeonnez-en les pâtons (je vous recommande de le diluer légèrement avec de l'eau ou du lait). Puis saupoudrez vos graines de sésame (ou de ce que vous voulez, je ne veux pas savoir) au dessus. Préchauffez votre four à 180° et enfournez pendant 10 à 20 minutes (selon la taille des pains).

►Tadaaa! ♪

Nota Bene 1 : ça se congèle bien, donc rien n'empêche de les préparer à l'avance ou d'en faire plus.

Nota Bene 2 : si vous avez une machine à pain, vous pouvez lui confier le mélange de la pâte, ça sera moins dégueu.
Nota Bene 3 : la consistance est idéale, moelleux mais pas molligasse, léger mais pas friable.

Les frites
Si vous avez bien lu le premier épisode, vous savez désormais qu'il faut utiliser une huile adaptée aux hautes températures rencontrées dans la friteuse (donc olive ou arachide) et idéalement sans dépasser 170°c. Dans ces conditions, il peut être compliqué d'obtenir des frites dorées, légères et croustillantes.

A moins d'utiliser mon petit secret que je vais vous révéler séant : car OUI, Papa Hérisson vous veut du bien. Et bien ce secret, je vous le propose gratuitement! Oui, vous avez bien lu : GRA-TUI-TE-MENT!
Regardez simplement en dessous.
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 Il suffit de précuire vos frites à la vapeur!

Et oui, la cuisson vapeur se fait à une température modérée (pas plus de 100°c, la température à laquelle l'eau se vaporise). On ne dépasse donc pas les 120°c à partir desquels les acrylamides commencent à être produits.

Deuxième avantage, les frites étant précuites, vous pourrez ensuite les laisser moins longtemps dans la friteuse (une dizaine de minutes grand max), même à seulement 170°c, puisqu'elles sont déjà cuites à cœur. Donc moins d'acrylamides produits.

Troisième avantage : elles seront bien bien grasses, donc plus digestes, car l'huile ne pénétrera pas à cœur du fait de la cuisson déjà effectuée.

Quatrième avantage : elles seront bien dorées, tendres à cœur, et croustillantes en surface. Le bonheur.

Par comparaison, on peut trouver la recette des frites façon Mac Diabète® ici. Bon, je pense qu'il s'agit de la version canadienne/américaine de la recette, la version française contient moins de sucre (réglementation différente je suppose), mais 1/4 de tasse, ça fait quand même peur...


Le hamburger
Bon, logiquement, un fois que vous avez le pain, il n'y a rien de bien compliqué, on garni un peu comme on veut. Pour ma part, je suis parti sur des cheese-burgers classiques avec : salade, cornichon, échalote, fromage, steak haché (+ mayo, moutarde, ketchup selon les goûts de chacun). Le tout en bio évidemment.

Objectivement, on peut remplacer le steak par du poulet, du poisson,du tofu, voire même du chat ou de l'ornithorynque, c'est grosso modo la même chose. Par contre, le garnissage obéit à certaines règles si vous ne voulez pas vous exposer à certains désagréments.
  1. La salade au dessus du steak tu mettras, sinon le jus sur les doigts tu te prendras lorsque le burger pour manger tu attraperas
  2. Ton burger à l'envers avant de cuire les steak tu prépareras, sinon galérer et manger froid tu risqueras
  3. La quantité de sauces tu limiteras, la fête du slip non plus ça n'est pas

Et voilà le résultat final :
Mac Diabète® n'a qu'à bien se tenir!
C'est-y pas beau? Y a plus qu'à se régaler. Merci qui? Merci Papa Hérisson! Et je vous garantis que ça cale bien en plus.

Epilogue

Dire que je n'étais venu dans le coin que pour répondre à une annonce pour me racheter une voiture (c.f. épisode précédent). Et voilà que j'étais en train de révéler mes recettes secrètes pour tenter de sauver ma vie.

Mon geôlier semblait interloqué. Il lança de nouveau une exclamation dans son dialecte mystérieux de la Sarthe profonde, ce pays à la beauté sauvage mais rude, le berceau de la civilisation antique des Aulerques Cénomans, habité par un peuple fier de sarthois dont la culture agricole imprègne de son odeur jusqu'au moindre bâtiment :
–Vindiou d'boudiou d'boudiou! dit-il Quand je parlerai de ça aux copains, à la prochaine AG de la FDSEA, ça va leur en boucher un coin... J'va p'têt faire un ragondin-burger tiens...
–FDSEA! Pas DAESF! Voilà! C'était ça... je me disais aussi...
–Hein?
–Non rien, j'avais oublié à quelle organisation terroriste syndicale vous apparteniez...
–Bon, n'empêche que c'est bien joli tout ça, mais on ne peut pas vous laisser mettre à mal l'outil de production en vous laissant colporter toutes sortes de vilaines rumeurs, m'sieur Papa Hérisson. P'tet bin qu'vous n'aimez pas les pesticides, mais il en faut bien pour produire assez à manger pour tout le monde. M'sieur le ministre Le Foll, il l'a bien compris lui! L'agriculture industrielle est in-dis-pen-sable. Les plantes, faut bien les protéger et les fortifier pour qu'elles produisent beaucoup et pas cher!
– Sans déconner, vous y croyez vraiment à ces conneries? Je veux dire à l'histoire de coller des tonnes de substances chimiques toxiques sur de pauvres végétaux qui n'avaient rien demandé, pour augmenter le rendement?
–Dame oui! J'pense bien! J'sais bin qu'les pesticides c'est des produits un peu dangereux hein, mais comment qu'vous voulez qu'on arrive à produire assez de nourriture pour tout le monde sans ça?
–"Un peu dangereux"... vous maniez l'euphémisme à la truelle. Sinon, vous avez déjà entendu parler de Lamarck?
–Laquelle? Monsantox®? Syngentox®?
–Je ne... hein? Non, pas "la marque", Lamarck! Jean-Baptiste de Lamarck. L'hérédité des caractères acquis tout ça? Non?
Non, c'est bon, arrête, tu vas te faire du mal!
–...
–Hum, bon. En supposant que ces pesticides aient une réelle efficacité, vous affaiblissez les plantes que vous cultivez, année après année, en les rendant toujours plus dépendantes à ces substances car elles deviennent incapables de se défendre elles-mêmes.C'est ballot.
–Ah bin ça c'est sûr que c'est ballot...
En plus, c'est un cercle vicieux : plus vous en mettez, plus il en faut. Et en attendant, les boites qui les fabriquent vous les vendent à prix d'or, ainsi que les semences OGM qui vont bien tant qu'à faire, alors même que le prix de vente des matières premières agricoles baisse et génère donc de moins en moins de revenus pour vous. Bilan :  primo tout votre fric passe dans les pesticides, secundo vous êtes dépendants  des aides agricoles et donc de l'argent du contribuable pour vous en sortir, tertio vous polluez tout l'environnement
–Vous avez une meilleure solution peut-être? 
–Vous pourriez utiliser l'hérédité des caractères acquis à votre avantage en sélectionnant les plants les plus costauds, et en vous passant ainsi de pesticides. C'est ce que fait Pascal Poot par exemple, qui utilise aussi le fumier en décomposition pour créer une couche chaude permettant de chauffer une serre sans apport énergétique particulier. D'ailleurs ça n'a rien de franchement nouveau : les paysans du moyen âge utilisaient déjà cette technique...
–Ouaih bin au moyen-âge, y avait la famine mon gars! Et c'est pas vos combines de bobo-écolo là, qui vont nous sauver d'la famine!
–Idée reçue. La période médiévale est victime de nombreux clichés, dont celui-ci. Il y a eu "des" famines, mais ça n'était pas la situation ordinaire. D'ailleurs, entre le Xème et le XIIIème siècle, la population française à triplé par exemple... Les famines, ponctuelles, furent surtout la conséquence de guerres, de la spéculation (déjà) ou de phénomènes météo inhabituels comme le mini-âge glaciaire.
–N'empêche qu'on produit beaucoup plus de nos jours!
–Oui, le rendement à augmenté depuis l'époque médiévale, mais c'est sans doute plus lié à l'évolution des techniques, dont la taille des exploitations et la motorisation du travail agricole, qu'aux intrants chimiques utilisés. D'ailleurs l'agriculture intensive épuise les sols, ce qui tend à diminuer les rendements à la longue. Sans compter les effets dévastateurs sur la santé, dont certaines conséquences sont encore mal mesurées... C'est bien beau de vouloir nourrir la planète, mais si c'est avec des produits empoisonnés...


L'homme jeta un regard désespéré à son chef. Se dernier se leva et s'approcha, révélant les traits de son visage, jusque là dissimulés dans l'ombre.
–Bon sang... mais... vous êtes... Jocelyn Wildenstein!
En dépit de ce qu'on pourrait croire, elle est née à Lausanne et non à Menton.
–Et non raté...
–Euh... Igor Bogdanoff?
–Et non, encore raté! Je suis Grishka.
Ne nous mentons pas, c'est kif kif.

–Flûte! En même temps, c'est un peu pareil. C'est vous le chef de cette bande de furieux alors? Mais... pourquoi?
–Igor et moi, on se disait que si tout le monde consommait des OGM, des pesticides et des hormones de croissance, nos têtes d'extraterrestres ne paraitraient plus si bizarres, vu que tout le monde aurait les mêmes. C'est ça l'avenir du futur. Et vous n'êtes pas vraiment en mesure de nous en empêcher à présent... Mouhahahaha!
–Pitié non... pas le vieux cliché du méchant qui révèle son plan diabolique au héros avant de tenter de le tuer de la façon la plus débile qui soit...
–Et si. D'ailleurs, voici mon homme de main qui va vous lapider à coup de pommes de terre OGM...
Je le sentais venir...
–Et merde, Frédéric Diefenthal...
–Oui, désolé, j'avais un vieux reliquat d'impôt à payer...
Grishka poursuivait :
–... pendant que sa collègue vous aspergera de Roundup. Après ce traitement, vous deviendrez le troisième frère Bogdanoff. Mouhahaha!
Et allez... c'est la fête!
–Et Lorie. Ça devient vraiment n'importe quoi cette histoire, il est temps que ça s'arrête...
–Oui, Grishka m'a promis de m'emmener dans les étoiles!
–Euh... non, intervint le frère Bogdanoff, j'ai juste parlé d'une participation à Danse avec les St...

Il n'eut pas le temps de finir sa phrase : le mur du fond s'écroula brusquement tandis qu'un blindé le défonçait avec méthode. Profitant de la stupeur de Grishka et de ses sbires, je me précipitai vers le tank salvateur, dont la tourelle s'ouvrit, révélant le visage de Piotr, mon garagiste.
–Ah! Sergueï! C'est gentil de venir me tirer de là.
–Da. Je amener vous nouvelle voiture je trouver pour vous. Citreugeot B2.
La C2 B2 version Youri.
–Vous appelez ça une voiture vous? Vous avez encore fait quelques bidouilles hein... mais... B2... vous voulez dire C2, non?
–Niet. B2. Je récupérer pièces moteur sur bombardier B2.
–Et la carrosserie sur un char Leclerc je suppose?
–Da. Par contre, vous faire attention. Je oublier ogive MIRV dans coffre. Vous éviter dos d'âne tant que je pas désamorcer.
–Ah bin voui, c'est sûr... Mais au fait, comment m'avez-vous trouvé?
La tête de Paul Bismuth émergea soudain côté passager.
–Euh c'est moi... je vous suivais et je vous ai vu vous faire capturer...
–D'accord... et donc vous prévenez mon garagiste plutôt que la police monsieur le stalker... Logique. Bon allez, on se casse. Allez, ciao Grishka, Fred, Lo, on s'appelle et on se fait un burger à l'occaz' hein.
Grishka reprit ses esprits :
–Minute! Vous ne croyez quand même pas vous échapper comme ça?
–Alors : si en fait. Déjà parce que j'ai un tank une voiture, et ensuite, parce que j'ai une ogive nucléaire à tête multiple dans le coffre. Paul, tu peux la déposer par terre d'ailleurs?
–Aye aye sir! dit Paul en s'exécutant et en déposant une sorte de gros cône métallique au sol.
–Alors bon voilà le deal : vous nous laissez partir tranquille et ça ne pètera pas. Oh, et pour info, ces p'tites choses sont sensibles. Évitez d'éternuer à côté. Allez, bye!

Sur ce, nous prîmes la poudre d'escampette à fond la caisse dans la B2. Quelques minutes plus tard, j'éclatai de rire :
–Ah ah ah! Excellent le coup de l'ogive factice Dimitri! C'était un cône de chantier que vous avez repeint en gris c'est ça?
–Niet, pas être factice.
–Oh?
Qui a lâché une caisse?
–Ah merde... je crois que Grishka et ses copains viennent d'atomiser Le Mans...
–J'espère qu'on ne va être irradiés! s'inquiéta Paul.
–Niet. B2 avoir blindage au plomb, récupéré sur hélicoptère utilisé à Tchernobyl.
–Bah, de toutes façons ils étaient favorables à l'irradiation des aliments alors... Et puis, ça évitera peut être qu'on voie Diefenthal dans une énième suite moisie de "Taxi"...

mercredi 25 février 2015

Quasiment royal

Prologue

Une affiche qui envoie du rêve

La nuit tombais,mon Aston-Martin ma Citregeot Saxensix était garée sur le parking du Casino. M m'avait dit de me méfier : cette mission comportait des risques. Le premier d'entre eux était la nécessité de pénétrer au cœur même du dispositif afin de collecter un maximum de preuves. L'endroit, lieu de débauche légale comme on en voit beaucoup trop, était anodin en apparence. La grande arche dorée et tape-à-l’œil surmontait l'entrée de cet établissement qui avait pignon sur rue. La plupart des clients, des habitués dont certains étaient complètement accros, étaient installés aux tables, affectant une attitude neutre –poker face selon l'expression consacrée– en jetant un regard distrait à leur main. Quelques uns étaient encore en caisse pour échanger leur monnaie pendant que d'autres s'escrimaient sur les machines électroniques affichant des icônes stylisées aux couleurs criardes et qui avalaient leur argent avec avidité contre la promesse de quelque récompense. D'après notre informateur, des sommes importantes pouvaient s'échanger ici chaque jour, sous le regard vigilant des agents du C.L.O.W.N. évidemment omniprésents. Quoi que le C.L.O.W.N. puisse être.

Il était impératif d'agir avec prudence,discrétion et discernement. Mais après tout, n'étais-je pas un spécialiste? M le savait, mais ne pouvait s'empêcher d'être inquiète. Mon entrée fut donc un modèle de furtivité.
Ni vu, ni connu j't'embrouille.
Je me fondis dans le paysage et la foule des clients avec une aisance déconcertante, allant même jusqu'à commander une consommation –au shaker, pas à la cuillère un milkshake, sans cuillère– avec désinvolture, tout en gratifiant la charmante serveuse d'un petit sourire. Balayant la salle bondée d'un regard circulaire, j'avisai soudain l'opportunité tant attendue : l'un des serveurs sortit fumer une cigarette pendant sa pause, retirant son tablier. Aussi furtif que l'écureuil affamé le ninja en maraude, je m'emparai de l'uniforme abandonné avant de m'en vêtir.
La voie de l'écureuil du ninja est cruelle et sans pitié.
Posant le milkshake sur un plateau que je récupérai un peu plus loin, j'étais désormais semblable à n'importe lequel des employés présents. Le moment était venu de pénétrer au cœur même de l'antre du C.L.O.W.N.!  M'inspirant des clients présents, je me composai une attitude neutre avant de pousser avec assurance les portes ornées de l'inscription "privé - interdit au public". Je croisai un employé qui me jeta un vague coup d’œil avant de poursuivre sa route sans plus de réaction. Mon stratagème avait fonctionné. Mais... pour combien de temps? Il me fallait faire vite : découvrir des informations sur les agissements du C.L.O.W.N. Étonnamment, je n'eus pas à chercher bien longtemps, car au détour d'un couloir, je tombai sur un visage familier...
Si je n'étais pas en mission, je m'autoriserais même une petite danse de la victoire.
–Ah! Vous voilà enfin!
–Que... mais... Paul? Paul Bismuth? Non... Ne me dites pas que c'était vous notre informateur?
–Si, c'est bien moi...
–Bon sang! M... je veux dire Maman Koala m'avait dit de me méfier pourtant. Mais qu'est-ce que vous foutez là?
–Je... je travaille ici.
–Vous ne bossiez pas dans un Sexshop aux dernières nouvelles?
–J'ai été viré suite à l'affaire de la place Vendôme. J'ai trouvé un job ici... et c'est comme ça que j'ai découvert le C.L.O.W.N.
–Ok. Bon. C'est quoi ce C.L.O.W.N. dont vous n'arrêtez pas de parler?
–Le Chemical Lunch's Overlords Worldwide Network.
–Sans rire? Le "Réseau Mondial des Seigneurs du Déjeuner Chimique" ? Vous vous êtes shooté au gaz hilarant pour sortir des trucs pareils? 
–Nan mais ça sonne moins bien en français je trouve... J'avais bien pensé au Syndicat Planétaire des Empoisonneurs Chimiques via une Tambouille Réellement Exécrable, le S.P.E.C.T.R.E., mais je trouvais pas ça terrible pour désigner une organisation de méchants.
–C'est vrai que ça ne pourrait même pas faire le titre d'un film... Mais ceci étant, vous êtes grave, vous savez ça Paul?
–Hum, bon. Pas de temps à perdre, il faut...
–Minute papillon. Moi je me tire, j'ai autre chose à faire que finir en taule rien que pour vos yeux. Depuis votre dernier coup foireux, je me l'étais promis : jamais plus jamais je n'écouterais vos sornettes.
–Mais non, regardez sur cet ordinateur : j'ai trouvé la liste des ingrédients de leurs infâmes mixtures. Ils cherchent à empoisonner les gens. Il faut communiquer cette information au pays... non au monde avant qu'il ne soit trop tard. Et même, le monde ne suffit pas! L'univers entier doit savoir...
Je jetai un rapide coup d’œil à cette fameuse liste que me montrait Paul tout en sirotant mon milkshake, après tout, on ne vit que deux fois. Il faudrait faire quelques recherches, bien sûr, mais à priori les quelques produits chimiques que j'avais identifié à première vue étaient effectivement assez... surprenants. Se pourrait-il que Paul ait raison cette fois-ci ?
–Mouaih. Imprimons cette liste et foutons le camp.
–J'ai déjà essayé, l'imprimante n'a plus d'encre...
–Certainement le toner. Ils doivent bien avoir une recharge dans l'un de ces tiroirs. Allez, on cherche : opération toner!
Une voix grinçante nous fit sursauter :
–Vous qui entrez ici : sachez que si vous n'êtes pas au bout de la chaîne alimentaire, vous en serez l'un des maillons!
Je failli cracher mon milkshake par le nez. Derrière nous, deux hommes nous bloquaient la sortie. Celui qui avait parlé était petit et râblé et se frottait les mains avec un air sournois.
Bon sang, je vous ai adoré dans Twin Peaks!

L'autre, un vrai géant, arborait un sourire carnassier dont la dentition métallique semblait dire "dangereusement votre!"
Voilà ce qui passe quand on se gave de sucreries et qu'on ne se brosse pas les dents...
Le costume de clown qu'il arboraient ne faisait que renforcer leur aspect menaçant pour n'importe quel coulrophobe.
Le petit râblé poursuivit :
–Vous ne croyiez tout de même pas que ces lieux étaient sans surveillance? Nous n'aimons pas beaucoup les petits curieux, un accident est si vite arrivé... mais vous savez ce qu'on dit : vivre et laisser mourir...
–Tuer n'est pas jouer vous savez. Enfin bon, tant que je meurs un autre jour... Je suppose que c'est dans ce but que le C.L.O.W.N. recrute des rigolos dans votre genre, répondis-je du tac-au-tac.
–Très drôle monsieur... monsieur?
–Hérisson. Papa Hérisson.
–Je suppose que vous vous croyez spirituel M. Hérisson?
–Bah! On me dit parfois que j'ai mangé du clown, mais non, en fait j'ai juste un permis de troller. En tous cas, j'espère que vous avez une bonne mutuelle, parce que vu les frais dentaires que votre copain doit avoir...
–Sachez, monsieur Hérisson, que l'entreprise prend grand soin de ses modestes employés...
–C'est juste dommage qu'elle leur assure le couvert par exemple : ça n'a pas l'air de profiter à votre dentition... Dites, je me demandais... une mauvaise alimentation a tendance à provoquer aussi des hémorroïdes... Votre rectum est également en inox?
La bouche du petit homme se tordit en un rictus méprisant.
–Vous avez tort de faire le malin monsieur Hérisson, le Patron va vous faire passer l'envie de rire...



Vous avez peut-être vu passer cette info récemment : la liste des ingrédients (19 tout de même) contenus dans les frites de chez Mac Diabète® a été dévoilée. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle n'est pas piquée des vers puisque l'on y trouve entre autres :
  • du dimethylpolysiloxane (que mes lecteurs les plus assidus connaissent déjà, puisqu'on le trouvait dans cet article... en temps qu'ingrédient d'un shampoing anti-poux) : une huile de silicone connue sous le doux pseudonyme d'additif alimentaire "E900". Il est utilisé comme anti-moussant dans l'huile de friture afin de prolonger l'utilisation de cette dernière (j'y reviendrais) afin de réduire les coûts. On le retrouve également dans de nombreux sodas comme par exemple le Caca Colé®. De fortes doses seraient responsables de retards de croissance et d'une élévation du taux de mortalité. La FDA américaine avait envisagé son interdiction. En même temps, qui peut bien avoir eu la pu##in d'idée à la c## de coller de L'HUILE DE SILICONE DANS LA BOUFFE!???
  • du pyrophosphate de sodium : additif alimentaire E450, correcteur d'acidité, parfois utilisé dans les détergents domestiques et pouvant provoquer des irritations du tube digestif. Il est destiné à empêcher que les frites ne deviennent grises. Dans le célèbre livre de Corinne Gouget sur les additifs, il est classé rouge (à éviter absolument), car à fortes doses il serait responsable d'hyperactivité, de troubles digestifs, et d'une mauvaise assimilation des minéraux. Des expériences l'auraient associé chez les rats à une diminution de croissance, une baisse de fertilité et une diminution de l'espérance de vie. Enjoy!
  • du butylhydroquinone tertiaire (BHQT) : additif E319, dérivé du pétrole et utilisé dans certaines cosmétiques, dont les propriétés sont antioxydantes. Il est utilisé comme conservateur pour les huiles et matières grasses. Je ne l'ai pas trouvé dans le livre de Corinne Gouget, mais c'est un phénol et comme tous ses potes il a de bonnes chances d'être cancérigène.
  • arôme naturel de bœuf : et tant pis pour les végétariens, certainement destiné à masquer un goût désagréable... mais lequel?
  • du dextrose : du sucre quoi. Dans les frites? Bin oui, dans les frites, pour qu'elles soient bien dorées, et pour faire chier les diabétiques. Bon, objectivement, je doute que beaucoup de diabétiques mangent là, mais ce sucre aura un autre inconvénient non négligeable sur lequel je reviendrai plus loin.
Notez qu'on y trouve aussi de la pomme de terre : c'est un scandale. L'honnêteté intellectuelle m'oblige cependant à vous signaler que la filiale française du groupe a affirmé qu'elle utilisait "une recette différente". Je cite : "Nos frites sont fabriquées en France à partir de pommes de terre 100% d'origine française. Nous tenons à rappeler qu'aucun ajout d'agents de saveur, ni d'arômes artificiels, ni d'additifs d'origine animale, n'intervient dans la préparation de nos frites". Admettons. Attendez je relis : gna gna gna... "ni d'additifs d'origine animale". Ok. Pas d'arôme naturel de bœuf par exemple. Mais les additifs d'origine chimique, c'est bon, c'est open-bar.

Mais bon, pas d'inquiétude : tous ces additifs sont légalement autorisés, à condition de respecter certaines doses journalières admissibles. Ils ont donc été testés avec sérieux et probité par des laboratoires indépendants au cours d'études pas du tout biaisées, qui attestent de leur parfaite innocuité, comme j'ai déjà eu l'occasion de l'évoquer ici. Je reviens juste après cet intermède.
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Et pour être parfaitement honnête, on retrouve (hélas) ces additifs, ainsi que de nombreux autres tout aussi sympas, dans beaucoup de préparations industrielles. Le problème n'est donc pas propre aux fast-foods mais plus généralement à l'industrie alimentaire. Il convient en outre de préciser que si ces additifs sont testés individuellement dans des études évidemment incontestables (hum), il n'existe peu ou pas d'étude sérieuse sur les effets de leur cumul : ce qu'on appelle l'effet cocktail. Juste pour comparaison : notre organisme doit être constitué environ à 60% de carbone (C) (hors liquide) et l'atmosphère à 70% d'Azote (N), deux éléments qui sont donc inoffensifs pour l'homme. Il n'en reste pas moins que la molécule CN combinant les deux, le Cyanure, est quand même vaguement toxique. Mélanger certaines substances peut donc avoir des conséquences. Enfin je dis ça, je dis rien...

Bon, je pense que vous n'êtes pas naïfs : personne parmi vous n'ira sans doute prétendre que la (mal)bouffe proposée par les chaînes de restauration rapide est bonne pour la santé. En revanche, il n'est pas dit que tout le monde soit bien conscient des inconvénients précis auquel s'expose le consommateur, en dehors de l'évidente question de l'obésité.

Et surtout, malheureusement, la liste d'additifs qu'on a vu un peu plus haut n'est qu'une petite partie du problème. Car il y a aussi le soucis des acrylamides. Derrière ce nom un peu barbare, se cache une substance pratiquement incontournable dans l'industrie alimentaire, surtout s'il y a friture. Oh bin tiens!? Comme par hasard c'est le cas de la plupart des plats proposés dans les fast-food : frites, nuggets ou dips de poulet, beignets, poissons panés, etc... Que ça soit chez Mac Diabète®, DTC®, MonQ® et consorts, la friture reste le mode de cuisson privilégié. Mais on vous rassure : ils respectent des normes drastiques pour protéger votre santé. Franchement, qu'est-ce qui vous semble le plus crédible :

  • que ces entreprises privilégient la maximisation du profit au détriment de la santé du consommateur?
  • ou qu'elles soient prêtes à sacrifier un peu de bénéfice pour le bien-être de leurs clients?

Des entreprises responsables.
Bon, mais... c'est quoi au juste ces machins là... les acrylatrucs? Un additif? Que nenni : leur présence dans l'alimentation n'est pas spécifiquement recherchée : c'est un sous-produit des cuissons à haute température, comme par exemple la friture.

L'acrylamide est une molécule organique de synthèse, un "amide acrylique" pour être exact, très utilisé dans l'industrie plastique. Il est toxique, et même reprotoxique : c'est-à-dire que comme les perturbateurs endocriniens, il peut engendrer des problèmes de stérilité masculine (tiens tiens!? un phénomène de plus en plus fréquent dans les pays occidentaux dont l'alimentation très industrialisée est riche en acrylamides, c'est marrant ces coïncidences...), ou des malformations congénitales. C'est sympa hein?

Ces acrylamides donc, peuvent être produits de façon synthétique. Mais ils se forment aussi naturellement lorsque certains acides aminés (présents dans tous les aliments) réagissent avec un sucre (le glucose par exemple, ou l'amidon... comme celui des pommes de terre) lors d'un chauffage à haute température : c'est la réaction dite de Maillard (du nom de son découvreur). C'est le cas dans les fritures ou certaines cuissons hautes températures utilisées dans l'industrie et destinées au brunissage des aliments (biscuits, etc...). Plus l'aliment contient de sucre, plus la production d'acrylamide est importante évidemment. Du coup je vous laisse imaginer ce que l'ajout du dextrose que nous avons vu plus haut peut donner. Je nuancerais cependant en indiquant que la liste de Mac Diabète® fait également apparaitre de l'acide citrique, qui lui, en revanche, contrecarre la réaction de Maillard.

Détail amusant, on a découvert récemment de l'acrylamide dans certains légumes qui devraient en être dépourvu. Après étude, il semble que le principal additif au glyphosate (siiiii, vous savez, le sympathique "Roundup" de chez Monsantox®!) abondamment utilisé dans l'agriculture intensive se dégrade en... acrylamide.

Merci encore à Monsantox®, pour sa constance admirable dans le projet courageux consistant à régler définitivement les problèmes de surpopulation sur Terre. Franchement, ça serait malheureux que cette belle entreprise ne finisse pas par remporter le prix Nobel de la Paix pour ses efforts en vue de la fin du monde contre la faim dans le monde et l'ensemble de son œuvre. Bon ok, c'est mal brêlé pour cette année, la compét' va être rude contre François, Angela et Vladimir pour leurs efforts méritoires en vue de la paix en Ukraine...
Rencontre au sommet pour les accords de Minsk. Photo AFP.
Bon, mais alors, vous allez me dire que si c'est lié au mode de cuisson, le problème est le même lorsque l'on fait des frites chez soi du coup. Oui. En effet. Lorsque vous faites des frites, et plus généralement lorsque vous faites frire un aliment, vous produisez de petites quantités d'acrylamides. Idem lorsque vous faites un café d'ailleurs. En fait, il pratiquement impossible de s'en affranchir, à part en mangeant cru, et en privilégiant le bio (rapport au "roundup" dont je parlais plus haut). Le but est donc, à défaut d'avoir une alimentation totalement dépourvue d'acrylamides, d'essayer d'en bouffer le moins possible.

–Comment? On ne mange plus de frites c'est ça?

Ça serait sans doute l'idéal. Ou en tout cas n'en manger que rarement. Mais le souci c'est que c'est bon les frites. Normal en fait : les acrylamides ont tendance à créer une addiction. En revanche, il est possible de réduire la production des acrylamides en prenant certaines précautions.

Un moment "hot", bref mais intense
La production d'acrylamides commence vers 120° seulement (ce qui est un peu limite pour cuire des frites, il faut bien le dire), mais un gros palier dans la réaction de Maillard se situe à 175°. En gros, entre 120 et 175°, la production reste modérée. Même si on dit que "plus c'est long, plus c'est bon", en l’occurrence,  plus l'aliment cuit longtemps à haute température, plus il Carla brunit, et donc plus il contiendra d'acrylamides. Il convient par conséquent de ne pas cuire trop longtemps à haute température.
Ah : trop cuit!

Avec un peu d'acide, la fête est plus folle...
On peut nettoyer les pommes de terre avec une eau légèrement acidifiée (vinaigre ou jus de citron) : il semblerait que cela retire une assez large part des précurseurs de la réaction. En revanche, le sucre ajouté par Mac Diabète®, et qui permet de mieux "dorer" les aliments à la friture, favorise la production d'acrylamide puisqu'il en est l'un des précurseurs.
L'acide c'est la clé.

Ne pas s'enfiler n'importe quoi sans précautions
La bio par exemple, limite le risque de présence de pesticides comme le "roundup", dont certains constituants produisent eux aussi des acrylamides. Pour les pommes de terre, choisir une variété adaptée : certaines patates sont plus sucrées, et favorisent donc la réaction de Maillard. On peut aussi remplacer les pommes de terre par des patates douces, le goût est un peu différent, mais elles sont plus digestes. Ne pas utiliser des produits (pommes de terre ou autre) passés par le réfrigérateur et encore moins le congélateur : la réfrigération préalable favorise la réaction de Maillard (faute de références précises, je suppose que le froid aide à "casser" l'amidon en sucre, ce qui emballe la réaction. Rappelons à ce titre que Mac Diabète® utilise des frites surgelées.
Hrrmmm... hein que tu l'aimes ma carotte!


Mets de l'huile petit homme...
... mais pas n'importe laquelle. Ça peut sembler idiot, mais toutes les huiles végétales ne se valent pas (et je ne parle même pas des graisses animales). Privilégier encore une fois une huile bio évidemment (toujours cette histoire de pesticides), mais en choisissant judicieusement, car la tenue à la température varie fortement. Vous pouvez trouver des informations pertinentes dans ce document, mais pour résumer, les huiles qui tiennent le mieux sont clairement l'arachide (220°c) et l'olive (210°c).

Malheureusement, beaucoup d'huiles dites "spéciale friture" vendues dans le commerce (la Friable® pour ne pas la citer par exemple) sont des mélanges, principalement composées d'huile de tournesol (car peu coûteuse). Sauf que le tournesol a une tenue très limitée, variant de 160 à 170°. Passé ce palier, l'huile commence à se décomposer en substances toxiques. Pour information, l'huile utilisée par Mac Diabète® est un mélange d'huiles de tournesol et de colza.

Tiens, justement parlons-en de l'huile de colza : sa température critique apparait à 240° dans la littérature ce qui n'est pas mal du tout en effet. En réalité, elle est de 107°c à 246°c selon son degré de raffinage, ce qui change pas mal de choses. Mais surtout elle contient beaucoup d'acide linoléique dont la tenue à la température est en revanche très mauvaise. A ce titre, il vaudrait mieux ne l'utiliser que pour les assaisonnements hors cuisson (d'autant qu'elle est riche en oméga 3 et 6, malheureusement détruits par un chauffage à plus de 40°c).
Ça n'est pas à cette utilisation de l'huile que je pensais...


Briser la routine
Plus une huile est utilisée, et plus elle se dégrade, car la chaleur brise certaines molécules organiques en molécules plus simples, et souvent toxiques. Ces substances toxiques s'accumulent au fur et à mesure. On estime qu'après 8 chauffages successifs elle devient dangereuse (c'est une moyenne, la durée du chauffage est également cruciale : ainsi une friteuse qui fonctionne à longueur de journée devrait voir son huile remplacée très régulièrement). Idéalement, dans le cadre d'une utilisation normale, il faudrait changer l'huile au bout de 3 ou 4 bains successifs, et surtout ne jamais rajouter d'huile neuve dans une huile usagée. Tiens, je me demande à quelle fréquence Mac Diabète® change l'huile de ses friteuses... bizarrement je ne pense pas que ça soit plusieurs fois par jour pour des raisons de coût...
Oui, au bout de plusieurs bains, il est crucial de purger et de remplacer le liquide. Franchement.

Y a moyen de conclure, sur un malentendu
En conclusion, pour faire des frites pas trop mauvaises pour la santé, il faut :
  1. Choisir des patates bio adaptées (bintje par exemple).
  2. Bien les laver après épluchage dans une eau légèrement vinaigrée
  3. Utiliser de l'huile d'olive ou d'arachide (l'arachide est généralement moins chère) bio de préférence.
  4. Régler la friteuse sur 120°c et faire un premier bain pour cuire les frites à cœur en minimisant la production d'acrylamide. Sortir les frites et régler la friteuse à 170°c : faire un second bain assez court (c'est juste pour les dorer) : à 170, il y aura plus d'acrylamides produits, mais la brièveté de la cuisson devrait en limiter la quantité tout de même.
  5. Après 4 (allez, disons 5) utilisations de la friteuse, changez l'huile. N'en rajoutez pas dans une huile usagée.

Épilogue

L'homme du C.L.O.W.N. ne rigolait pas en disant que si nous n'étions pas au bout de la chaîne alimentaire, nous en serions l'un des maillons. Le patron du Mac Diabète® du Casino de Trifouilli-les-oies nous avait installé à une table, un menu mega-best-of-plus-premium posé sur un plateau devant nous. Rien qu'avec les frites, le nombre de calories présentes devait avoisiner celui d'une bombe H. Derrière nous, un homme de main nous menaçait d'une arme terrifiante : un pistolet à eau rempli de Caca Colé®.
–Vous ne sortirez pas d'ici tant que vous n'aurez pas fait amende honorable, et mangé votre menu, dit le Patron. Jusqu'à la dernière frite. Bon appétit... mouhahaha!
Un homme appréciant les chats ne peut pas être foncièrement bon. Je le sais, j'en ai 3.
Son rire sardonique accompagna le bruit de ses pas tandis qu'il s’éloignait, nous laissant seuls dans ce piège fatal avec son homme de main. Paul me jeta un regard désespéré.
–C'est pas possible, y a pas moyen que je mange ça... je... je... je suis diabétique.
–Pas d'inquiétude mon petit Paul, on va sortir... ça me rappelle une histoire d'ailleurs. Figurez-vous qu'il y a quelques années de cela, alors que j'étais un tout jeune hérisson, je me suis retrouvé dans une situation assez cocasse. J'étais au restaurant avec mes parents et de la famille... il y avait tonton Ferdinand, tata Cunégonde, et les cousins, Nicolas et Pimprenelle qui accompagnaient le marchand de sable et gros Nounours. Et alors, gros Nounours lança son célèbre "Bonne nuit les petits!" et c'est à ce moment-là que le prince de Méçoncula sortit son taser pour affronter le dragon Ad'Afrag'Mantation qui le menaçait d'un procès auprès des prudhommes...
Cinq minutes plus tard, mon auditoire se retrouvait dans les bras de Morphée. Je réveillai Paul doucement en lui intimant le silence.
–Chuuut! C'est bon : l'homme au pistolet dort...
–Comment avez-vous fait? Un gaz soporifique dans le bracelet de votre montre? Un mini sarbacane dans une dent creuse? C'est ça?
–Pas du tout.Ça n'est pas aux vieux hérissons qu'on apprend à se mettre en boule : mon expérience en racontage d'histoires pour faire dormir les gnomes récalcitrants est largement suffisante pour plonger un séminaire d'insomniaques sous caféine dans un coma profond. Le secret est d'avoir un ton bien monocorde, de lâcher un petit bâillement à l'occasion, et de parler lentement en baissant progressivement la voix. Allez barrons-nous!

Nous nous hâtâmes de quitter les lieux : une porte arrière nous ouvrit l'accès au parking. Hélas, son ouverture déclencha un signal d'alarme. Plusieurs individus en costume de clown se précipitèrent à notre poursuite. J'avisai ma Citregeot Saxensix dont les phares venaient de s'allumer en se dirigeant vers nous. Maman Koala était au rendez-vous. Elle s'arrêta juste à nos pieds.
"–Je vous dépose?"
Nous nous engouffrâmes à bord, et maman Koala démarra en trombe. Derrière nous, les clowns furax se précipitèrent sur les scooters de livraison du Pizza-le-Hutt voisin, et se lancèrent à notre poursuite.
"Koo Leia. Cha too ma leia kahnkee, ya ee eema loh kah yah lee."
 C'était serré. La saxensix était chargée, et les scooters assez nerveux : les clowns psychopathes gagnaient du terrain. Nous apercevions leurs rictus effrayants dans les rétroviseurs.
–Ils vont nous rattraper!!! paniqua Paul.
–Rhaaaa! Mais bouclez-là Paul, pesta maman Koala. Vous me déconcentrez!
J'appuyais sur le bouton "on" de l'autoradio pour couvrir les jérémiades du pauvre garçon. Au moment où la musique s'élevait (la chevauchée des Vache-qui-rient Walkyries), un nuage de fumée se forma derrière nous. Un peu plus tard, nous vîmes les clowns, tombés sur la chaussée : une flaque d'huile de moteur reflétait la lueur des réverbères. Nous avions échappé à nos poursuivants...
–Mais... c'est génial ce truc, dit Paul. Un gadget installé par Q je suppose?
–Va falloir arrêtez votre délire, franchement... Mon garagiste ne s'appelle pas "Cul" comme vous dites, mais Piotr. Ou Sergueï, je ne suis pas sûr en fait... Et ça n'est pas un gadget, c'est juste que mon joint de culasse vient de lâcher : je perds de l'huile et ça fume un peu.
–Ah... euh... mais ça veut dire qu'on va devoir s'arrêter? Il risquent de nous rattraper!? ajouta-t-il inquiet.
–Nan c'est bon, pas d'inquiétude. Youri a remplacé le ventilo par un rotor d'hélico de combat soviétique, et le carbu par une ogive de MIRV réformé. Même si ça fume et que ça chauffe, on pourrait tenir jusqu'à Vladivostok comme ça. Évitez juste de trop respirer ce qui sort de la ventilation, on ne sait jamais...
–En tout cas, tout n'est pas perdu... nous n'avons peut être pas la liste des ingrédients de leurs frites, mais j'ai choppé ça en partant, dit Paul en nous montrant l'emballage d'un Big Clown.
–Et merde, ça veut dire qu'il va y avoir une suite...

A suivre...

Edit :
Épilogue de l'épilogue :  je dois avoir des dons prophétiques, car Titine vient vraiment de me lâcher (le joint de culasse). Si l'un de vous vend une voiture pas trop cher du côté d'Angers, vous savez comment me contacter... je peux payer en ticket restau ou en prophéties du coup  ;)

Edit2 : Commentaire de Mikhaïl en venant chercher la voiture : "Moteur cramé. Je pouvoir remplacer par moteur Tupolev. Je faire devis."