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vendredi 6 mars 2015

Quantum of salade

Prologue

Nous avions réussi à semer les clowns du C.L.O.W.N., mais la Saxensix avait pris cher: les bricolages de Piotr étaient efficaces, mais ils avaient leurs limites. Nous parvînmes néanmoins péniblement à atteindre son garage. Sergueï examina rapidement le moteur, et son verdict sans appel tomba tel un couperet :
–Moteur cramé. Voiture caput.
–Ah. Flûte. C'est contrariant ça... Y a moyen de réparer Dimitri? Vous n'avez pas une turbine de fusée Korolev sous la main?
–Niet. Je déjà réparer culasse avec joint centrale nucléaire ukrainienne. Maintenant, culasse déformée. Dangereux. Je déjà commandé toupie béton pour couler Saxensix dans sarcophage. Je réussir récupérer autoradio. Vous vouloir lui?
–Euh oui, tant qu'à faire mais bon... je fais comment pour rentrer chez moi en attendant?
–Je prêter vous Twingo.

La Twingo de Vladimir.
–C'est ça que vous appelez une "twingo"? Je sais que c'est moche une twingo, mais quand même...
–Da. Ça Twingo. Je récuperer elle après empoisonnement polonium gros accident. Je remplacer moteur par réacteur MIG-21...
–Ah voui... vous avez même gardé les ailerons.
–Da. Pare-choc être avant venir Tupolev. Rétroviseur être périscope Koursk. Et carrosserie venir char T-34.
–Euh... et vous avez réussi à le faire repasser aux "Mines" avec tout ça? intervint Paul Bismuth.
–Da. Lui très bien passer mines.

–Non, je voulais parler du services des M...
–Bon ok c'est bon, interrompis-je Paul, on la prend pour le moment, il est déjà tard. J'en chercherai une plus adaptée à mes besoins après. Aller, en voiture Simone!
Nous déposâmes Paul à un arrêt de bus. Au moment de se quitter, il me demanda :
–Bon... et maintenant, vous allez faire quoi? Analyser le Big Clown que j'ai réussi à tirer? Il parait que ces trucs sont immortels! Imputrescibles! Ça doit être bourré de produits chimiques!
–Question : pourquoi vous vous êtes emmerdé à le chourer? On aurait pu juste en acheter un non?
–Euh... je... n'y avais pas pensé...
–Je vous aime bien Paul, mais franchement... bon, donc, vous, vous faites ce que vous voulez. Moi, je rentre me pieuter.

Deux semaines plus tard, alors que je profitais d'une journée de repos et que les gnomes étaient à l'école, on frappa à la porte. A peine eussé-je le temps d'ouvrir que Paul se faufilait à l'intérieur.
–Alors? Vous avez analysé le Big Clown?
–Non mais dites donc! Je ne vous ai pas invité à entrer!
Boulette (chien n°2) dut s'en rendre compte, car elle se jeta immédiatement sur lui et le... lécha consciencieusement. Ouaih. Bon. Elle ne s'était rendu compte de rien en fait, elle était juste contente d'avoir de la visite. Je la séparai avec difficulté de son nouveau jouet, un peu baveux à présent, et aidai ce dernier à se relever.
–Bon, franchement, votre burger, je l'ai foutu au fond d'un placard et je l'ai complètement zappé. Mais si ça peut vous faire plaisir on va y jeter un...
–Faire les courses, m'interrompit maman Koala. Vos âneries c'est bien gentil, mais il y a des choses sérieuses à faire dans la vraie vie des gens, comme par exemple refaire les réserves de chocolat. Et puisque vous êtes là tous les deux, vous allez m'aider à porter les sacs. Non mais.
–Mais...
–Schnell!!!
–A vos ordres fraülein!
Nous remontâmes donc dans la twingo d'Igor, et prîmes le chemin du supermarché. Les courses se déroulèrent sans encombres. Ça n'est que lorsque nous sortîmes de la grande surface, les sacs de courses remplis, que brusquement un individu entièrement vêtu d'une sorte de pyjama noir et masqué avec une espèce de cagoule bondit de derrière une poubelle de tri. Un ninja ou quelque chose du genre. Immédiatement, d'autres ninjas surgirent d'un peu partout. Ils dégainèrent des katanas d'une taille démesurée. Nous étions cernés...

Le ninja aime bien faire son kéké.

Maman Koala se serra contre moi. Je hélai les nouveaux venus :
–C'est  n'importe quoi la mode de nos jours. Oui? Vous voulez quoi ?
L'un d'entre eux me répondit :
–Mmh mhm mh mhmm hm mhmhmh! Mhmmhm-mhhm hm hmh mhmmh! Mhhhm!
–...
–Mhmhmmh mhm!
–Non, franchement... écoutez mon vieux, vous êtes bien gentil, mais avec votre chaussette sur la tête, on entrave que dalle! Faites un effort que diable!
Le ninja jeta un œil en direction d'un gros 4x4 aux vitres teintées, interrogeant probablement son chef, puis, hochant la tête, retira le bas de son masque révélant le visage d'un homme blanc, pourvu d'une superbe moustache... un truc de sapeur à vous couper le squeele!
–Bon sang! Mais vous êtes...

–Oui. Un occidental.
–Non. J'allais dire un sbire à moustache. Franchement, vous auriez pu nous épargner ce cliché moisi... mais vu qu'on a déjà eu droit au "ninja", je suppose qu'on n'est plus à ça près... Bon, vous disiez?
–Euh... On est là pour le burger! Remettez-nous le Big Clown sans résistance, et tout ira bien! sinon...
Le ninja passa lentement le pouce sur sa gorge, pour nous signifier ce qui nous attendait en cas de refus. Cette fois, c'était mal engagé. Et c'est le moment que choisit Paul pour leur lancer :
–Jamais! Vous ne savez pas qui est cet homme, dit-il en me désignant : il s'appelle Hérisson! Papa Hérisson! Vous allez dérouiller sévère les mecs!
–Punaise Paul! l'apostrophai-je. Ils sont un peu nombreux et un peu armés avec des armes en mousse là quand même... J'ai pas mon Patator® avec moi, et votre Big Clown là, on s'en tamponne vaguement le crustacé avec une patte d'alligator femelle! Vous ne pouviez pas fermer votre mouille?

–Je... euh...
Trop tard : les ninjas se précipitaient sur nous! Un sac de courses vola, éjectant les tablettes de chocolat qu'il contenait...




La dernière fois, on a causé frites. En toute logique, nous allons aborder aujourd'hui la question du Gros Mac.
Non, pas celui-là.

Car s'il est un plat emblématique des fast-foods, c'est bien le hamburger, dont le Gros Mac est le symbole par excellence. Enfin excellence... façon de parler. Bon, si on s'en tient aux ingrédients affichés (du pain, salade, tomate, cornichon, fromage pour les cheeseburgers, viande de poulet ou de bœuf, ou poisson), on pourrait penser que ce plat est relativement équilibré et complet. Bien sur, ça ne sera pas l'avis des anti-gluten (à cause du pain principalement) et des veg-(étariens, -ans) pour qui la viande voire le fromage sont à proscrire. Notons du reste qu'il existe des burgers végétariens plutôt savoureux, comme ceux proposés dans les Very Fresh de Pascal Favre d'Anne, mais là n'est pas le sujet...

L'un des principaux problèmes du burger, du moins de celui qu'on trouve dans la plupart des chaînes de restauration rapide, c'est sa charge calorique : environ une attaque cardiaque à chaque bouchée. Car certes, il y a du pain, mais généralement du pain dit "bun", bourré de sucre. Ok il y a de la salade, de la tomate et des cornichons, mais pas beaucoup. Juste un pouyem. D'accord il y a de la viande, mais de la viande hachée, issue de l'agriculture intensive (ne rêvez pas) et donc copieusement garnie de gras, mais aussi et surtout de pesticides, d'antibiotiques, etc... Et le tout accompagné de force ketchup (tomate concentrée et sucre), mayo (moutarde, oeuf, matière grasse, additifs divers... et sucre. Si si, je vous promets.), sauce secrète-de-la-mort-qui-tue-que-la-CIA-elle-est-verte-de-jalousie (ingrédients secrets donc... mais je vous fiche mon billet que l'un d'entre eux est du sucre... ou du moins du glucose. Ou pire, du sirop de glucose-fructose également appelé sucre  inverti, qui est une vraie saloperie. Je vous en reparlerai à l'occasion.).

Et puis il y a bien évidemment tous les additifs (autorisés bien sûr) classiques de l'industrie alimentaire : exhausteurs de goût, arômes artificiels ou naturels, glutamate (encore une belle cochonnerie dont les industriels abusent, car cela améliore l’appétence des aliments et diminue la sensation de satiété : donc tu consommes plus) , sel, conservateurs...
Sympa non?
Tiens, d'ailleurs, en parlant des conservateurs d'ailleurs, ça fait un peu polémique ça. Sans doute avez-vous vu passer cette rumeur d'un burger retrouvé intact après plusieurs années? Mais on entend aussi régulièrement parler d'expériences sur plusieurs semaines afin d'observer la dégradation d'un burger. En cherchant un peu, on trouve d'ailleurs cette video :


Du coup, esprit scientifique oblige, je me suis senti obligé de vérifier (au moins partiellement) cette info : les burgers de Mac Diabète® sont-ils vraiment immortels? Je me suis donc procuré un Gros Mac (un Big Clown si vous préférez) afin de faire l'expérience (certes pas dans des conditions rigoureuses, mais on va dire que ça ira pour une observation basique).

Jour 0
Franchement, presque...

Première constatation : ça ressemble à la photo de la pub... en un peu moins bien quand même. Sur la pub, le steak est gros et débord bien du pain bun, dans la réalité, deux micro-steaks sont perdus au milieu des pains et ont semé des grains de sésame pour retrouver leur chemin. Sur les photos promo, la salade est discrète et semble croquante. Dans la réalité un quantum de salade (un peu plus verte toutefois) sous forme de lanières cherche à fuir une flaque de sauce graisseuse et sucrée.
Deuxième constatation : la pub est trompeuse. On voit toujours ces burgers en gros plan, magnifiés, énormes et rebondis, comme ceci :
Astuce de photographe : utiliser une perspective trompeuse. Ici le burger est au premier plan pour paraître plus gros.

On a l'impression d'un truc énorme, renforcé par le nom donné : "Big Clown". On s'imagine un truc comme ça :
Miam, on va se faire péter le bide!

Sauf qu'en réalité on a un truc comme ça :
♫♪ Prendre un burger par la main...♪♫

Plutôt riquiqui hein? Notez : vu déjà la charge calorique du bouzin, plus proche de celle d'une bombe au napalm lâchée sur Hô-Chi-Minh-Ville que de celle d'un sandwich, c'est sans doute préférable.
Le Gros Mac : une attaque cardiaque à chaque bouchée.
Pour rappel, les besoins caloriques moyen d'un être humain moyen sont :
  • pour un homme : environ 2500kcal par jour
  • pour une femme : environ 2000kcal par jour
Comme on le voit, le Gros Mac apporte à lui seul entre un cinquième et un quart de l'apport calorique quotidien. A lui seul. Sauf que seul... il l'est rarement. Car tel le porte-avion Charles de Gaulle parti faire une réunion tupperware au proche orient pour vendre des Rafales la guerre au terrorisme, ou DSK en conférence à Lille le Gros Mac ne se promène jamais sans sa flotte d'escorte :
  • frites
  • boisson au cola
  • sauce
  • dessert (optionnel)
Et tout cela mit bout à bout commence à compter.

D'accord, me direz-vous, mais rien n'oblige à prendre un menu aussi conséquent. C'est un choix du client.

Oui, sauf que... non, pas tout à fait. Le problème de ce type de nourriture, c'est qu'elle ne tient pas bien au ventre. C'est partiellement dû au fait que, comme son nom l'indique, le "fast-food" est mangé rapidement. Du reste sa charge en glucides, et particulièrement en sucres dit rapides, fait que la sensation de satiété (le signal de l'estomac qui dit "a pu faim, c'est bon!") qui devrait se déclencher après un repas aussi "riche" ne fonctionne pas bien. Conséquence : vous avez tendance à commander des portions plus importantes (sur la base de "La dernière fois, j'avais encore faim après mon menu Triple Pontage!"). Du coup, petit calcul rapide de l'apport calorique, en se basant sur les chiffres disponibles sur le site de Mac Diabète® :
  • Gros Mac : 509kcal (42g de glucides, dont presque 9g de sucre tout de même)
  • Grande Frite : 448kcal (55g de glucides tout de même... bin oui, la patate...)
  • Sauce ketchup : 13kcal (2,9g de glucides, dont 2,4g de sucre pour environ 6g... pas mal)
  • Caca Colé® 50cl : 210kcal (dont 27g de sucre...)
  • Crème glacée nappée de chocolat : 330kcal (41g de sucre. Que vous dire...)
Soit un total de 1510kcal, c'est à dire 60% de l'apport quotidien pour un homme, 75% pour une femme. Notez que cela représente aussi environ 170g de glucides, et pas les meilleurs qui soient... ainsi que près de 4g de sel (à supposer que vous n'en rajoutiez pas sur les frites), soit la moitié de l'apport quotidien recommandé (déjà élevé selon moi) : autant dire que les hypertendus n'ont pas intérêt à abuser du Mac Diabète®.

A titre de comparaison, 100g de Gros Mac représentent 232kcal, ce qui est plus que 100g de cassoulet (136kcal) ou de pot-au-feu (72kcal), ces plats réputés légers et pas bourratifs.

Bref, tout cela ne laisse guère de place pour un solide petit déjeuner ou un diner ne serait-ce que normal. Mais comme ce menu sera très vite "digéré", vous aurez quand même faim, et du coup il est probable que vous dépassiez allègrement l'apport recommandé au final.

Quoi qu'il en soit, observons l'évolution du bidule :

Jour 1
Bon. L'odeur n'a pas changé. Le truc semble intacte (ok, un peu de traviole à force d'être manipulé).
Wesh!

Jour 2
Idem.
Tac-tac t'as vu?

Jour 3
Idem.
Bien ou bien?

Jour 5
Idem. Bon, la salade commence à faire un peu la gueule. Notons tout de même que si je prends une salade bio chez mon primeur et que je la laisse comme ça à l'air libre, c'est pas 5 jours que ça prendra avant qu'elle tire la tronche.
En forme, chaud, mais pas fatigué!

Jour 7
Idem. Hein? Idem? Dans ma cuisine humide? Bin oui. Le Big Clown, lui, est en pleine forme.
Et ouaih. La classe man!

Jour 10
Ah... ah... on aperçois un vague début d'embryon de moisissure. Si si, regardez bien : là! Notons toutefois qu'à l'odeur, c'est toujours nickel. Pas la moindre trace de putréfaction.
Zyva c'est bon, lâche moi! C'est un peu d’acné quoi!
Jour 12
La moisissure s'étend, tout doucement. Toujours aucun odeur de charogne. Si si, ce produit contient de la viande, je vous assure.
C'est bon oui? D'où que tu me traite de "charogne"? Tu vas mourir toi!

Jour 14
C'est de pire en pire. Ça a mit du temps à commencer, mais maintenant, la déchéance semble inéxorable. Notons toutefois que si une légère odeur de champignon commence à flotter, il n'y a en revanche toujours aucune odeur de putréfaction. Et ouaih.
C'est bon, j'me tire, c'est moisi ici! Ta mère!

Conclusion
La vidéo du dessus, qui se joue sur 30 jours, est sans doute véridique dans la mesure ou ils enferment leurs burgers dans des bocaux : l'évolution des produits dépend manifestement pas mal des conditions ambiantes.

Le placard de cuisine où j'ai entreposé le mien est réputé pour sa capacité à faire moisir des biscuits secs en quelques jours, et le Gros Mac ne fait pas exception. Au temps pour le mythe du burger imputrescible donc. Mais ceci étant, le Gros Mac résiste quand même étonnamment bien : 10 jours tout de même pour un début de moisissure, et aucune odeur de charogne à 14 jours révolus. Ce qui est plutôt flippant si on y réfléchit : si ce truc ne se dégrade pas à l'air libre, je ne suis pas persuadé que votre microbiote intestinal le trouve particulièrement assimilable...

Bien sûr, il conviendrait de refaire les test à plusieurs reprises, et sur différentes marques, mais financièrement cela m'était difficile, et je manque de place pour entreposer tout ça. En outre, il aurait fallu faire ça dans des conditions de labo, avec mesure de l'hygrométrie, de la température, etc... Mais cette observation basique permet tout de même de conclure que le Gros Mac ne se dégrade pas rapidement. Pour autant, ça n'est tout de même pas un burger immortel comme certains le prétendent. Je dirais plutôt mort-vivant...


Épilogue
Trop tard : les ninjas se précipitaient sur nous! Un sac de courses vola, éjectant les tablettes de chocolat qu'il contenait, lorsque l'un des ninjas se prit les pieds dedans... Le visage de maman Koala se décomposa :
NOOOOOOOOOOOOOOoooooooooooooon!
Le choco! Bande de saligauds!
Je chopai immédiatement Paul par le col, pour nous abriter dans un petit hangar à caddies.
–Mais... euh... vous laissez maman Koala seule contre ces assassins? s'étonna Paul.
–Croyez-moi, c'est vraiment pas le moment de se mettre en travers de sa route. Dans cet état, elle ne distingue plus amis et ennemis... répondis-je. Ils n'auraient pas dû shooter dans les chocos..
"Chocolaaaaaaaaaaat!"
Le combat fut aussi bref qu'intense. Les ninjas et leurs katanas géants en latex n'avaient aucune chance. Et tandis que maman Koala se calmait en ramassant les tablettes de chocolat, je m'approchai du 4x4 aux vitres teintées en piétinant leurs corps désarticulés les mannequins en mousse qui jonchaient le sol. Décidément, cette suite était bien fauchée... La voiture tenta de démarrer brusquement. Trop brusquement. Le conducteur cala, puis noya le moteur en tentant de remettre le contact. Je frappai à la vitre : la portière s'ouvrit, livrant le passage à...
Christophe Lambert!
–Christophe Lambert? Bon sang... mais... ça vous prend souvent d'envoyer des ninjas moustachus incompétents aux gens pour leur truander leurs burgers?
–Hin hin... pardon! Oui ils ne sont pas très doués je sais. Mais bon, ils ont appris leur art sur un tuto en ligne.
–Non, c'était pas ma question... pourquoi vouloir nous carotter le Big Clown?
–Bin, parce que c'est un burger immortel tient! Et qu'il ne peut en rester qu'un...
♪♫ Here we are, Born to be kings,
We're the princes of the universe ♪ ♫
–Je... Sérieusement?
–Oui.
–C'est moi ou c'est juste complètement con? Vous ne confondriez pas Mac Diabète® et Mac Leod par hasard?
–Dites donc...
–Bon alors déjà, petit un : votre burger là, il est pas immortel. Il a carrément moisi dans mon placard.
–Ah... merde...
–Et petit deux : si en vouliez tellement un, pourquoi venir me baver sur les rouleaux? Vous pouviez aller en acheter un dans un Mac Diabète®!
–Je... n'y ai pas pensé.
–Pffff. Si vous tenez tant que ça à manger un bon hamburger, venez donc à la maison. Je vais vous en préparer un dont vous me direz des nouvelles.
–Ah... euh? Sérieux?
–Oui, pas le choix : c'est une trilogie. Il faut bien un pitch pour la suite. Par contre je m'inquiète un peu...
–À quel sujet?
–Sans vouloir vous vexer : une première suite avec Christophe Lambert, des ninjas et des mannequins en mousse... c'est un coup à se retrouver avec Frédéric Diefenthal, Lorie et des effets spéciaux en CGI moisies dans le troisième opus...


A suivre...


P.S. : si jamais tu me lis, en vrai je t'adore Christophe. Même quand tu joues comme une patate dans des gros nanards qui tâchent. Surtout, change rien, je te kiffe!

mercredi 25 février 2015

Quasiment royal

Prologue

Une affiche qui envoie du rêve

La nuit tombais,mon Aston-Martin ma Citregeot Saxensix était garée sur le parking du Casino. M m'avait dit de me méfier : cette mission comportait des risques. Le premier d'entre eux était la nécessité de pénétrer au cœur même du dispositif afin de collecter un maximum de preuves. L'endroit, lieu de débauche légale comme on en voit beaucoup trop, était anodin en apparence. La grande arche dorée et tape-à-l’œil surmontait l'entrée de cet établissement qui avait pignon sur rue. La plupart des clients, des habitués dont certains étaient complètement accros, étaient installés aux tables, affectant une attitude neutre –poker face selon l'expression consacrée– en jetant un regard distrait à leur main. Quelques uns étaient encore en caisse pour échanger leur monnaie pendant que d'autres s'escrimaient sur les machines électroniques affichant des icônes stylisées aux couleurs criardes et qui avalaient leur argent avec avidité contre la promesse de quelque récompense. D'après notre informateur, des sommes importantes pouvaient s'échanger ici chaque jour, sous le regard vigilant des agents du C.L.O.W.N. évidemment omniprésents. Quoi que le C.L.O.W.N. puisse être.

Il était impératif d'agir avec prudence,discrétion et discernement. Mais après tout, n'étais-je pas un spécialiste? M le savait, mais ne pouvait s'empêcher d'être inquiète. Mon entrée fut donc un modèle de furtivité.
Ni vu, ni connu j't'embrouille.
Je me fondis dans le paysage et la foule des clients avec une aisance déconcertante, allant même jusqu'à commander une consommation –au shaker, pas à la cuillère un milkshake, sans cuillère– avec désinvolture, tout en gratifiant la charmante serveuse d'un petit sourire. Balayant la salle bondée d'un regard circulaire, j'avisai soudain l'opportunité tant attendue : l'un des serveurs sortit fumer une cigarette pendant sa pause, retirant son tablier. Aussi furtif que l'écureuil affamé le ninja en maraude, je m'emparai de l'uniforme abandonné avant de m'en vêtir.
La voie de l'écureuil du ninja est cruelle et sans pitié.
Posant le milkshake sur un plateau que je récupérai un peu plus loin, j'étais désormais semblable à n'importe lequel des employés présents. Le moment était venu de pénétrer au cœur même de l'antre du C.L.O.W.N.!  M'inspirant des clients présents, je me composai une attitude neutre avant de pousser avec assurance les portes ornées de l'inscription "privé - interdit au public". Je croisai un employé qui me jeta un vague coup d’œil avant de poursuivre sa route sans plus de réaction. Mon stratagème avait fonctionné. Mais... pour combien de temps? Il me fallait faire vite : découvrir des informations sur les agissements du C.L.O.W.N. Étonnamment, je n'eus pas à chercher bien longtemps, car au détour d'un couloir, je tombai sur un visage familier...
Si je n'étais pas en mission, je m'autoriserais même une petite danse de la victoire.
–Ah! Vous voilà enfin!
–Que... mais... Paul? Paul Bismuth? Non... Ne me dites pas que c'était vous notre informateur?
–Si, c'est bien moi...
–Bon sang! M... je veux dire Maman Koala m'avait dit de me méfier pourtant. Mais qu'est-ce que vous foutez là?
–Je... je travaille ici.
–Vous ne bossiez pas dans un Sexshop aux dernières nouvelles?
–J'ai été viré suite à l'affaire de la place Vendôme. J'ai trouvé un job ici... et c'est comme ça que j'ai découvert le C.L.O.W.N.
–Ok. Bon. C'est quoi ce C.L.O.W.N. dont vous n'arrêtez pas de parler?
–Le Chemical Lunch's Overlords Worldwide Network.
–Sans rire? Le "Réseau Mondial des Seigneurs du Déjeuner Chimique" ? Vous vous êtes shooté au gaz hilarant pour sortir des trucs pareils? 
–Nan mais ça sonne moins bien en français je trouve... J'avais bien pensé au Syndicat Planétaire des Empoisonneurs Chimiques via une Tambouille Réellement Exécrable, le S.P.E.C.T.R.E., mais je trouvais pas ça terrible pour désigner une organisation de méchants.
–C'est vrai que ça ne pourrait même pas faire le titre d'un film... Mais ceci étant, vous êtes grave, vous savez ça Paul?
–Hum, bon. Pas de temps à perdre, il faut...
–Minute papillon. Moi je me tire, j'ai autre chose à faire que finir en taule rien que pour vos yeux. Depuis votre dernier coup foireux, je me l'étais promis : jamais plus jamais je n'écouterais vos sornettes.
–Mais non, regardez sur cet ordinateur : j'ai trouvé la liste des ingrédients de leurs infâmes mixtures. Ils cherchent à empoisonner les gens. Il faut communiquer cette information au pays... non au monde avant qu'il ne soit trop tard. Et même, le monde ne suffit pas! L'univers entier doit savoir...
Je jetai un rapide coup d’œil à cette fameuse liste que me montrait Paul tout en sirotant mon milkshake, après tout, on ne vit que deux fois. Il faudrait faire quelques recherches, bien sûr, mais à priori les quelques produits chimiques que j'avais identifié à première vue étaient effectivement assez... surprenants. Se pourrait-il que Paul ait raison cette fois-ci ?
–Mouaih. Imprimons cette liste et foutons le camp.
–J'ai déjà essayé, l'imprimante n'a plus d'encre...
–Certainement le toner. Ils doivent bien avoir une recharge dans l'un de ces tiroirs. Allez, on cherche : opération toner!
Une voix grinçante nous fit sursauter :
–Vous qui entrez ici : sachez que si vous n'êtes pas au bout de la chaîne alimentaire, vous en serez l'un des maillons!
Je failli cracher mon milkshake par le nez. Derrière nous, deux hommes nous bloquaient la sortie. Celui qui avait parlé était petit et râblé et se frottait les mains avec un air sournois.
Bon sang, je vous ai adoré dans Twin Peaks!

L'autre, un vrai géant, arborait un sourire carnassier dont la dentition métallique semblait dire "dangereusement votre!"
Voilà ce qui passe quand on se gave de sucreries et qu'on ne se brosse pas les dents...
Le costume de clown qu'il arboraient ne faisait que renforcer leur aspect menaçant pour n'importe quel coulrophobe.
Le petit râblé poursuivit :
–Vous ne croyiez tout de même pas que ces lieux étaient sans surveillance? Nous n'aimons pas beaucoup les petits curieux, un accident est si vite arrivé... mais vous savez ce qu'on dit : vivre et laisser mourir...
–Tuer n'est pas jouer vous savez. Enfin bon, tant que je meurs un autre jour... Je suppose que c'est dans ce but que le C.L.O.W.N. recrute des rigolos dans votre genre, répondis-je du tac-au-tac.
–Très drôle monsieur... monsieur?
–Hérisson. Papa Hérisson.
–Je suppose que vous vous croyez spirituel M. Hérisson?
–Bah! On me dit parfois que j'ai mangé du clown, mais non, en fait j'ai juste un permis de troller. En tous cas, j'espère que vous avez une bonne mutuelle, parce que vu les frais dentaires que votre copain doit avoir...
–Sachez, monsieur Hérisson, que l'entreprise prend grand soin de ses modestes employés...
–C'est juste dommage qu'elle leur assure le couvert par exemple : ça n'a pas l'air de profiter à votre dentition... Dites, je me demandais... une mauvaise alimentation a tendance à provoquer aussi des hémorroïdes... Votre rectum est également en inox?
La bouche du petit homme se tordit en un rictus méprisant.
–Vous avez tort de faire le malin monsieur Hérisson, le Patron va vous faire passer l'envie de rire...



Vous avez peut-être vu passer cette info récemment : la liste des ingrédients (19 tout de même) contenus dans les frites de chez Mac Diabète® a été dévoilée. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle n'est pas piquée des vers puisque l'on y trouve entre autres :
  • du dimethylpolysiloxane (que mes lecteurs les plus assidus connaissent déjà, puisqu'on le trouvait dans cet article... en temps qu'ingrédient d'un shampoing anti-poux) : une huile de silicone connue sous le doux pseudonyme d'additif alimentaire "E900". Il est utilisé comme anti-moussant dans l'huile de friture afin de prolonger l'utilisation de cette dernière (j'y reviendrais) afin de réduire les coûts. On le retrouve également dans de nombreux sodas comme par exemple le Caca Colé®. De fortes doses seraient responsables de retards de croissance et d'une élévation du taux de mortalité. La FDA américaine avait envisagé son interdiction. En même temps, qui peut bien avoir eu la pu##in d'idée à la c## de coller de L'HUILE DE SILICONE DANS LA BOUFFE!???
  • du pyrophosphate de sodium : additif alimentaire E450, correcteur d'acidité, parfois utilisé dans les détergents domestiques et pouvant provoquer des irritations du tube digestif. Il est destiné à empêcher que les frites ne deviennent grises. Dans le célèbre livre de Corinne Gouget sur les additifs, il est classé rouge (à éviter absolument), car à fortes doses il serait responsable d'hyperactivité, de troubles digestifs, et d'une mauvaise assimilation des minéraux. Des expériences l'auraient associé chez les rats à une diminution de croissance, une baisse de fertilité et une diminution de l'espérance de vie. Enjoy!
  • du butylhydroquinone tertiaire (BHQT) : additif E319, dérivé du pétrole et utilisé dans certaines cosmétiques, dont les propriétés sont antioxydantes. Il est utilisé comme conservateur pour les huiles et matières grasses. Je ne l'ai pas trouvé dans le livre de Corinne Gouget, mais c'est un phénol et comme tous ses potes il a de bonnes chances d'être cancérigène.
  • arôme naturel de bœuf : et tant pis pour les végétariens, certainement destiné à masquer un goût désagréable... mais lequel?
  • du dextrose : du sucre quoi. Dans les frites? Bin oui, dans les frites, pour qu'elles soient bien dorées, et pour faire chier les diabétiques. Bon, objectivement, je doute que beaucoup de diabétiques mangent là, mais ce sucre aura un autre inconvénient non négligeable sur lequel je reviendrai plus loin.
Notez qu'on y trouve aussi de la pomme de terre : c'est un scandale. L'honnêteté intellectuelle m'oblige cependant à vous signaler que la filiale française du groupe a affirmé qu'elle utilisait "une recette différente". Je cite : "Nos frites sont fabriquées en France à partir de pommes de terre 100% d'origine française. Nous tenons à rappeler qu'aucun ajout d'agents de saveur, ni d'arômes artificiels, ni d'additifs d'origine animale, n'intervient dans la préparation de nos frites". Admettons. Attendez je relis : gna gna gna... "ni d'additifs d'origine animale". Ok. Pas d'arôme naturel de bœuf par exemple. Mais les additifs d'origine chimique, c'est bon, c'est open-bar.

Mais bon, pas d'inquiétude : tous ces additifs sont légalement autorisés, à condition de respecter certaines doses journalières admissibles. Ils ont donc été testés avec sérieux et probité par des laboratoires indépendants au cours d'études pas du tout biaisées, qui attestent de leur parfaite innocuité, comme j'ai déjà eu l'occasion de l'évoquer ici. Je reviens juste après cet intermède.
♪♫♫♪♪♪♫
Et pour être parfaitement honnête, on retrouve (hélas) ces additifs, ainsi que de nombreux autres tout aussi sympas, dans beaucoup de préparations industrielles. Le problème n'est donc pas propre aux fast-foods mais plus généralement à l'industrie alimentaire. Il convient en outre de préciser que si ces additifs sont testés individuellement dans des études évidemment incontestables (hum), il n'existe peu ou pas d'étude sérieuse sur les effets de leur cumul : ce qu'on appelle l'effet cocktail. Juste pour comparaison : notre organisme doit être constitué environ à 60% de carbone (C) (hors liquide) et l'atmosphère à 70% d'Azote (N), deux éléments qui sont donc inoffensifs pour l'homme. Il n'en reste pas moins que la molécule CN combinant les deux, le Cyanure, est quand même vaguement toxique. Mélanger certaines substances peut donc avoir des conséquences. Enfin je dis ça, je dis rien...

Bon, je pense que vous n'êtes pas naïfs : personne parmi vous n'ira sans doute prétendre que la (mal)bouffe proposée par les chaînes de restauration rapide est bonne pour la santé. En revanche, il n'est pas dit que tout le monde soit bien conscient des inconvénients précis auquel s'expose le consommateur, en dehors de l'évidente question de l'obésité.

Et surtout, malheureusement, la liste d'additifs qu'on a vu un peu plus haut n'est qu'une petite partie du problème. Car il y a aussi le soucis des acrylamides. Derrière ce nom un peu barbare, se cache une substance pratiquement incontournable dans l'industrie alimentaire, surtout s'il y a friture. Oh bin tiens!? Comme par hasard c'est le cas de la plupart des plats proposés dans les fast-food : frites, nuggets ou dips de poulet, beignets, poissons panés, etc... Que ça soit chez Mac Diabète®, DTC®, MonQ® et consorts, la friture reste le mode de cuisson privilégié. Mais on vous rassure : ils respectent des normes drastiques pour protéger votre santé. Franchement, qu'est-ce qui vous semble le plus crédible :

  • que ces entreprises privilégient la maximisation du profit au détriment de la santé du consommateur?
  • ou qu'elles soient prêtes à sacrifier un peu de bénéfice pour le bien-être de leurs clients?

Des entreprises responsables.
Bon, mais... c'est quoi au juste ces machins là... les acrylatrucs? Un additif? Que nenni : leur présence dans l'alimentation n'est pas spécifiquement recherchée : c'est un sous-produit des cuissons à haute température, comme par exemple la friture.

L'acrylamide est une molécule organique de synthèse, un "amide acrylique" pour être exact, très utilisé dans l'industrie plastique. Il est toxique, et même reprotoxique : c'est-à-dire que comme les perturbateurs endocriniens, il peut engendrer des problèmes de stérilité masculine (tiens tiens!? un phénomène de plus en plus fréquent dans les pays occidentaux dont l'alimentation très industrialisée est riche en acrylamides, c'est marrant ces coïncidences...), ou des malformations congénitales. C'est sympa hein?

Ces acrylamides donc, peuvent être produits de façon synthétique. Mais ils se forment aussi naturellement lorsque certains acides aminés (présents dans tous les aliments) réagissent avec un sucre (le glucose par exemple, ou l'amidon... comme celui des pommes de terre) lors d'un chauffage à haute température : c'est la réaction dite de Maillard (du nom de son découvreur). C'est le cas dans les fritures ou certaines cuissons hautes températures utilisées dans l'industrie et destinées au brunissage des aliments (biscuits, etc...). Plus l'aliment contient de sucre, plus la production d'acrylamide est importante évidemment. Du coup je vous laisse imaginer ce que l'ajout du dextrose que nous avons vu plus haut peut donner. Je nuancerais cependant en indiquant que la liste de Mac Diabète® fait également apparaitre de l'acide citrique, qui lui, en revanche, contrecarre la réaction de Maillard.

Détail amusant, on a découvert récemment de l'acrylamide dans certains légumes qui devraient en être dépourvu. Après étude, il semble que le principal additif au glyphosate (siiiii, vous savez, le sympathique "Roundup" de chez Monsantox®!) abondamment utilisé dans l'agriculture intensive se dégrade en... acrylamide.

Merci encore à Monsantox®, pour sa constance admirable dans le projet courageux consistant à régler définitivement les problèmes de surpopulation sur Terre. Franchement, ça serait malheureux que cette belle entreprise ne finisse pas par remporter le prix Nobel de la Paix pour ses efforts en vue de la fin du monde contre la faim dans le monde et l'ensemble de son œuvre. Bon ok, c'est mal brêlé pour cette année, la compét' va être rude contre François, Angela et Vladimir pour leurs efforts méritoires en vue de la paix en Ukraine...
Rencontre au sommet pour les accords de Minsk. Photo AFP.
Bon, mais alors, vous allez me dire que si c'est lié au mode de cuisson, le problème est le même lorsque l'on fait des frites chez soi du coup. Oui. En effet. Lorsque vous faites des frites, et plus généralement lorsque vous faites frire un aliment, vous produisez de petites quantités d'acrylamides. Idem lorsque vous faites un café d'ailleurs. En fait, il pratiquement impossible de s'en affranchir, à part en mangeant cru, et en privilégiant le bio (rapport au "roundup" dont je parlais plus haut). Le but est donc, à défaut d'avoir une alimentation totalement dépourvue d'acrylamides, d'essayer d'en bouffer le moins possible.

–Comment? On ne mange plus de frites c'est ça?

Ça serait sans doute l'idéal. Ou en tout cas n'en manger que rarement. Mais le souci c'est que c'est bon les frites. Normal en fait : les acrylamides ont tendance à créer une addiction. En revanche, il est possible de réduire la production des acrylamides en prenant certaines précautions.

Un moment "hot", bref mais intense
La production d'acrylamides commence vers 120° seulement (ce qui est un peu limite pour cuire des frites, il faut bien le dire), mais un gros palier dans la réaction de Maillard se situe à 175°. En gros, entre 120 et 175°, la production reste modérée. Même si on dit que "plus c'est long, plus c'est bon", en l’occurrence,  plus l'aliment cuit longtemps à haute température, plus il Carla brunit, et donc plus il contiendra d'acrylamides. Il convient par conséquent de ne pas cuire trop longtemps à haute température.
Ah : trop cuit!

Avec un peu d'acide, la fête est plus folle...
On peut nettoyer les pommes de terre avec une eau légèrement acidifiée (vinaigre ou jus de citron) : il semblerait que cela retire une assez large part des précurseurs de la réaction. En revanche, le sucre ajouté par Mac Diabète®, et qui permet de mieux "dorer" les aliments à la friture, favorise la production d'acrylamide puisqu'il en est l'un des précurseurs.
L'acide c'est la clé.

Ne pas s'enfiler n'importe quoi sans précautions
La bio par exemple, limite le risque de présence de pesticides comme le "roundup", dont certains constituants produisent eux aussi des acrylamides. Pour les pommes de terre, choisir une variété adaptée : certaines patates sont plus sucrées, et favorisent donc la réaction de Maillard. On peut aussi remplacer les pommes de terre par des patates douces, le goût est un peu différent, mais elles sont plus digestes. Ne pas utiliser des produits (pommes de terre ou autre) passés par le réfrigérateur et encore moins le congélateur : la réfrigération préalable favorise la réaction de Maillard (faute de références précises, je suppose que le froid aide à "casser" l'amidon en sucre, ce qui emballe la réaction. Rappelons à ce titre que Mac Diabète® utilise des frites surgelées.
Hrrmmm... hein que tu l'aimes ma carotte!


Mets de l'huile petit homme...
... mais pas n'importe laquelle. Ça peut sembler idiot, mais toutes les huiles végétales ne se valent pas (et je ne parle même pas des graisses animales). Privilégier encore une fois une huile bio évidemment (toujours cette histoire de pesticides), mais en choisissant judicieusement, car la tenue à la température varie fortement. Vous pouvez trouver des informations pertinentes dans ce document, mais pour résumer, les huiles qui tiennent le mieux sont clairement l'arachide (220°c) et l'olive (210°c).

Malheureusement, beaucoup d'huiles dites "spéciale friture" vendues dans le commerce (la Friable® pour ne pas la citer par exemple) sont des mélanges, principalement composées d'huile de tournesol (car peu coûteuse). Sauf que le tournesol a une tenue très limitée, variant de 160 à 170°. Passé ce palier, l'huile commence à se décomposer en substances toxiques. Pour information, l'huile utilisée par Mac Diabète® est un mélange d'huiles de tournesol et de colza.

Tiens, justement parlons-en de l'huile de colza : sa température critique apparait à 240° dans la littérature ce qui n'est pas mal du tout en effet. En réalité, elle est de 107°c à 246°c selon son degré de raffinage, ce qui change pas mal de choses. Mais surtout elle contient beaucoup d'acide linoléique dont la tenue à la température est en revanche très mauvaise. A ce titre, il vaudrait mieux ne l'utiliser que pour les assaisonnements hors cuisson (d'autant qu'elle est riche en oméga 3 et 6, malheureusement détruits par un chauffage à plus de 40°c).
Ça n'est pas à cette utilisation de l'huile que je pensais...


Briser la routine
Plus une huile est utilisée, et plus elle se dégrade, car la chaleur brise certaines molécules organiques en molécules plus simples, et souvent toxiques. Ces substances toxiques s'accumulent au fur et à mesure. On estime qu'après 8 chauffages successifs elle devient dangereuse (c'est une moyenne, la durée du chauffage est également cruciale : ainsi une friteuse qui fonctionne à longueur de journée devrait voir son huile remplacée très régulièrement). Idéalement, dans le cadre d'une utilisation normale, il faudrait changer l'huile au bout de 3 ou 4 bains successifs, et surtout ne jamais rajouter d'huile neuve dans une huile usagée. Tiens, je me demande à quelle fréquence Mac Diabète® change l'huile de ses friteuses... bizarrement je ne pense pas que ça soit plusieurs fois par jour pour des raisons de coût...
Oui, au bout de plusieurs bains, il est crucial de purger et de remplacer le liquide. Franchement.

Y a moyen de conclure, sur un malentendu
En conclusion, pour faire des frites pas trop mauvaises pour la santé, il faut :
  1. Choisir des patates bio adaptées (bintje par exemple).
  2. Bien les laver après épluchage dans une eau légèrement vinaigrée
  3. Utiliser de l'huile d'olive ou d'arachide (l'arachide est généralement moins chère) bio de préférence.
  4. Régler la friteuse sur 120°c et faire un premier bain pour cuire les frites à cœur en minimisant la production d'acrylamide. Sortir les frites et régler la friteuse à 170°c : faire un second bain assez court (c'est juste pour les dorer) : à 170, il y aura plus d'acrylamides produits, mais la brièveté de la cuisson devrait en limiter la quantité tout de même.
  5. Après 4 (allez, disons 5) utilisations de la friteuse, changez l'huile. N'en rajoutez pas dans une huile usagée.

Épilogue

L'homme du C.L.O.W.N. ne rigolait pas en disant que si nous n'étions pas au bout de la chaîne alimentaire, nous en serions l'un des maillons. Le patron du Mac Diabète® du Casino de Trifouilli-les-oies nous avait installé à une table, un menu mega-best-of-plus-premium posé sur un plateau devant nous. Rien qu'avec les frites, le nombre de calories présentes devait avoisiner celui d'une bombe H. Derrière nous, un homme de main nous menaçait d'une arme terrifiante : un pistolet à eau rempli de Caca Colé®.
–Vous ne sortirez pas d'ici tant que vous n'aurez pas fait amende honorable, et mangé votre menu, dit le Patron. Jusqu'à la dernière frite. Bon appétit... mouhahaha!
Un homme appréciant les chats ne peut pas être foncièrement bon. Je le sais, j'en ai 3.
Son rire sardonique accompagna le bruit de ses pas tandis qu'il s’éloignait, nous laissant seuls dans ce piège fatal avec son homme de main. Paul me jeta un regard désespéré.
–C'est pas possible, y a pas moyen que je mange ça... je... je... je suis diabétique.
–Pas d'inquiétude mon petit Paul, on va sortir... ça me rappelle une histoire d'ailleurs. Figurez-vous qu'il y a quelques années de cela, alors que j'étais un tout jeune hérisson, je me suis retrouvé dans une situation assez cocasse. J'étais au restaurant avec mes parents et de la famille... il y avait tonton Ferdinand, tata Cunégonde, et les cousins, Nicolas et Pimprenelle qui accompagnaient le marchand de sable et gros Nounours. Et alors, gros Nounours lança son célèbre "Bonne nuit les petits!" et c'est à ce moment-là que le prince de Méçoncula sortit son taser pour affronter le dragon Ad'Afrag'Mantation qui le menaçait d'un procès auprès des prudhommes...
Cinq minutes plus tard, mon auditoire se retrouvait dans les bras de Morphée. Je réveillai Paul doucement en lui intimant le silence.
–Chuuut! C'est bon : l'homme au pistolet dort...
–Comment avez-vous fait? Un gaz soporifique dans le bracelet de votre montre? Un mini sarbacane dans une dent creuse? C'est ça?
–Pas du tout.Ça n'est pas aux vieux hérissons qu'on apprend à se mettre en boule : mon expérience en racontage d'histoires pour faire dormir les gnomes récalcitrants est largement suffisante pour plonger un séminaire d'insomniaques sous caféine dans un coma profond. Le secret est d'avoir un ton bien monocorde, de lâcher un petit bâillement à l'occasion, et de parler lentement en baissant progressivement la voix. Allez barrons-nous!

Nous nous hâtâmes de quitter les lieux : une porte arrière nous ouvrit l'accès au parking. Hélas, son ouverture déclencha un signal d'alarme. Plusieurs individus en costume de clown se précipitèrent à notre poursuite. J'avisai ma Citregeot Saxensix dont les phares venaient de s'allumer en se dirigeant vers nous. Maman Koala était au rendez-vous. Elle s'arrêta juste à nos pieds.
"–Je vous dépose?"
Nous nous engouffrâmes à bord, et maman Koala démarra en trombe. Derrière nous, les clowns furax se précipitèrent sur les scooters de livraison du Pizza-le-Hutt voisin, et se lancèrent à notre poursuite.
"Koo Leia. Cha too ma leia kahnkee, ya ee eema loh kah yah lee."
 C'était serré. La saxensix était chargée, et les scooters assez nerveux : les clowns psychopathes gagnaient du terrain. Nous apercevions leurs rictus effrayants dans les rétroviseurs.
–Ils vont nous rattraper!!! paniqua Paul.
–Rhaaaa! Mais bouclez-là Paul, pesta maman Koala. Vous me déconcentrez!
J'appuyais sur le bouton "on" de l'autoradio pour couvrir les jérémiades du pauvre garçon. Au moment où la musique s'élevait (la chevauchée des Vache-qui-rient Walkyries), un nuage de fumée se forma derrière nous. Un peu plus tard, nous vîmes les clowns, tombés sur la chaussée : une flaque d'huile de moteur reflétait la lueur des réverbères. Nous avions échappé à nos poursuivants...
–Mais... c'est génial ce truc, dit Paul. Un gadget installé par Q je suppose?
–Va falloir arrêtez votre délire, franchement... Mon garagiste ne s'appelle pas "Cul" comme vous dites, mais Piotr. Ou Sergueï, je ne suis pas sûr en fait... Et ça n'est pas un gadget, c'est juste que mon joint de culasse vient de lâcher : je perds de l'huile et ça fume un peu.
–Ah... euh... mais ça veut dire qu'on va devoir s'arrêter? Il risquent de nous rattraper!? ajouta-t-il inquiet.
–Nan c'est bon, pas d'inquiétude. Youri a remplacé le ventilo par un rotor d'hélico de combat soviétique, et le carbu par une ogive de MIRV réformé. Même si ça fume et que ça chauffe, on pourrait tenir jusqu'à Vladivostok comme ça. Évitez juste de trop respirer ce qui sort de la ventilation, on ne sait jamais...
–En tout cas, tout n'est pas perdu... nous n'avons peut être pas la liste des ingrédients de leurs frites, mais j'ai choppé ça en partant, dit Paul en nous montrant l'emballage d'un Big Clown.
–Et merde, ça veut dire qu'il va y avoir une suite...

A suivre...

Edit :
Épilogue de l'épilogue :  je dois avoir des dons prophétiques, car Titine vient vraiment de me lâcher (le joint de culasse). Si l'un de vous vend une voiture pas trop cher du côté d'Angers, vous savez comment me contacter... je peux payer en ticket restau ou en prophéties du coup  ;)

Edit2 : Commentaire de Mikhaïl en venant chercher la voiture : "Moteur cramé. Je pouvoir remplacer par moteur Tupolev. Je faire devis."