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lundi 30 novembre 2015

Les jeux sont frais, rien ne va plus!

Dans la famille Hérisson-Koala, on a toujours beaucoup aimé les jeux de société. Déjà, moi, je suis rôliste (ça n'est pas sale, ça veut juste dire que je fais du jeu de rôles et... bon, laissez tomber) depuis bien longtemps, et j'ai même réussi à pervertir Maman Koala, ainsi que son frère sa mère... ♫ Wô-oh... ce serait le bonheur ♪

Du coup, depuis la naissance du P'tit Prince et de Xéna, c'est sans surprise que nous avons tenté, avec succès du reste, de les habituer doucement à jouer en famille à des jeux de société, adaptés à leur âge. Le souci pour nous, c'est qu'au bout de 4 ou 5 parties de "Serpentina", de "Mistigri" ou de "Saute Lapin!", on a un peu tendance à saturer, d'autant que les gnomes ne sont pas encore toujours beaux joueurs...

Alors occasionnellement, et surtout en cette période morose, on s'encanaille, on invite des amis parfois barbus (si si, même avec des gnomes on peut en avoir et mener une vie sociale) et on se fait des parties de jeux en soirée chez Jawad, sans les gnomes (au lit) jusqu'à pas d'heure. Bon, généralement on le paye assez cher, car tel le pokemon, le gnome à un pouvoir spécial : que tu le mettes au lit à 20h, 21h ou 22h, il se réveillera de toutes façons à la même heure le lendemain, c'est-à-dire : trop tôt. Surtout s'il n'y a pas école (Papacube l'évoquait ici avec beaucoup d'à propos). Du coup, quand tu te couches à 2 ou 3h du mat', le lendemain à 7h au chant du gnome, tu trouves la nuit un peu courte et tu es vite en mode zombie...
"–Papa! Papa! On va se promener? J'veux faire du vélo! On va à la piscine?
Ceer...veauuuuuu...Dooor...miiiiiiir..."


Ceux d'entre vous qui ont des gnomes me comprennent.

Bref. Toujours est-il que s'il est bien sympa de jouer avec les gnomes, il est aussi parfois agréable de jouer à des jeux "d'adultes" (sans mauvaise connotation bande de margoulins : je commence à vous connaître!). Et des fois tu te dis : "Vivement que les gnomes soient plus grands, qu'on puisse faire des jeux plus passionnants!", juste avant de te lamenter et de maudire les cieux parce que : "Bouhouhou! Ils grandissent trop vite!!!".

Oui ami parent : tes états d'âme devraient aisément permettre à ton psy de se payer des vacances aux Maldives avec sa femme. Mais ça, tu le sais déjà...

Quoiqu'il en soit, lorsque nous organisons des soirées jeux, nous avons bien sûr nos jeux favoris : les "incontournables". Mais nous aimons aussi tester de nouvelles choses : soit achetées un lendemain de cuite par l'un des invités présents, soit empruntées à la ludothèque voisine, plutôt bien garnie. L'occasion pour moi de vous présenter un peu des jeux moins connus que les sempiternels "Uno", "Times up" et consorts. Je précise que ce billet n'est pas sponsorisé  ;)

Voici donc un petit tour d'horizon, qui peut éventuellement vous donner des idées de cadal pour Nowël. Notez cependant que, contrairement à ce que le titre de l'article peut faire penser, certains des jeux présentés ne sont pas récents.

Allez on attaque avec...

Room-25 : Dans Ton Cube!
Ça a l'odeur d'une licence, la couleur d'une licence, mais c'est sans licence.

Type : jeu de plateau avec figurine
Nombre de joueurs : 1 à 6
Style : action-stratégie

Room-25 est un jeu plutôt sympa, situé à la croisée des chemins entre le célèbre "Labyrinthe" et le film "Cube". Mais sans la licence donc. Le principe du jeu : dans le cadre d'un jeu téléréalité futuriste, vous dirigez un personnage enfermé dans une pièce carrée située au centre d'une sorte de labyrinthe cubi... carré. Cette salle donne elle-même sur 4 autres pièces, et ainsi de suite. La salle de départ est sans danger, les autres, ça dépend : certaines offrent des bonus, et d'autres sont des pièges mortels. Sachant qu'au départ, l'intérieur des autres pièces est masqué. Ah ah! Le but, réussir à rejoindre la salle de sortie (la fameuse chambre de Jawad Room-25) pour se faire la malle, et ce, en un nombre limité de tours de jeu.

Si vous avez vu le film "Cube", vous avez tout pigé. Au départ du jeu, vous avez le choix entre plusieurs personnages, qui ne sont pas du tout des stéréotypes!!! Comme par exemple, Emett...
"–Top chrono! Je suis un scientifique avec des cheveux blancs en bataille qui s'appelle Emett, je porte une blouse blanche et de drôles de lunettes, et j'ai l'air de m'exclamer "Nom de Zeus" en permanence. Je suis... ? Je suis... ?"


Le jeu peut se jouer selon différents modes :
►solo : chacun pour sa gueule et il ne pourra en rester qu'un
►coopératif : tous ensemble contre  les vilains gardiens qui veulent vous faire la peau
►semi-coopératif : ensemble mais il peut y avoir un traitre (l'un des joueurs peut être un gardien)

Détail amusant : les salles sont mobiles : à chaque tour de jeu, il est possible de faire coulisser les salles verticalement ou horizontalement histoire de bien foutre le dawa dans tout ça. Genre : tu étais dans une salle sympa, tu arrives dans une salle qui veut ta peau, tu voudrais revenir en arrière, mais pendant ce temps, un de tes potes a tout fait bouger, et tu te retrouves dans une salle encore pire. Bonjour l'ambiance.

Bon, honnêtement, le jeu est sympa, et se prend assez facilement en main : il n'y a rien de très compliqué. En plus, les figurines de personnage sont belles, et les tuiles constituant le plateau de jeu sont de qualité. Mais pour autant, je reste un peu sur ma faim... les auteurs du jeu auraient pu aller plus loin vu le matériel à leur disposition.

Je m'explique, au début du jeu donc, vous choisissez un personnage parmi ceux qui sont proposés et vous prenez donc ses pions, sa figurine, et sa fiche.

–Chouette chaque personnage doit avoir une aptitude particulière, et permettre de suivre une stratégie plutôt qu'une autre, genre "le bourrin", "le hacker", "l'illusionniste" et...

Non. Rien. Zob. A part la jolie illustration qui change, et la figurine qui va bien, vos personnages sont rigoureusement identiques. Pas d'aptitude spéciale, de salle favorite, ou quoi que ce soit. Comme au Monopoly : que vous ayez le "Haut de Forme" ou la "Voiture", c'est kif kif. Bon c'est un choix hein. Mais du coup, à quoi bon doter la boite de figurines différentes et de fiches de personnage? Autant mettre des pions colorés, c'est pareil... Dans le fond, ce jeu, c'est un peu comme un mec qui rentrerait chez lui en disant à sa femme :

"–Chérie!!! Grande nouvelle! J'ai sauvé le dossier Durand! Du coup, pour me récompenser, le patron met à ma disposition sa Porche Cayenne et son Jet Privé pour tout le week end!!!!
–Oh!!! Mon amour! C'est formidable!!! Où va-t-on? Bora-Bora? Les Seychelles? Ibiza?
–Ah bin non... j'avais pensé à Villetaneuse... Ça doit bien faire trois semaines qu'on a pas vu ma mère. Et avec sa phlébite, je m'inquiète un peu pour elle..."

Je précise : j'ai rien contre Villetaneuse hein... mais bon, c'est pas Bora-Bora... Et bin Room-25, c'est pareil : la boite et son contenu sont magnifiques, mais du coup les règles du jeu bin... elles font un peu lég'

C'est pas rédhibitoire notez bien : si vous avez de l'imagination, vous achetez le jeu, et vous bidouillez vos propres règles optionnelles hein! Genre : des aptitudes propres aux personnages, un système simple de points de vies, éventuellement des cartes événements pour chaque tour de jeu, des salles aux effets variables... que sais-je encore? M'enfin bon, si ça se trouve, la prochaine mouture du jeu le proposera hein...

Verdict : un jeu sympa, qui a du potentiel, mais qui peut mieux faire.


Wanted : ♪ I shot the sheriff ♫
Ah merde, le shérif, c'est moi...
"–Where are you marshall?"

Type : jeu de cartes
Nombre de joueurs : 2 à 7
Style : dans la vie, y a deux sortes de gens, ceux qui ont de bonnes cartes, et ceux qui creusent. Toi tu creuses.

Après "Cube", voici le classique "Le bon, la brute et le truand". Au début du jeu, vous tirez une carte qui définit votre nature : shérif, hors-la-loi, renégat. Puis une seconde carte qui vous donne votre identité et votre aptitude spéciale (genre bon tireur, chanceux, etc...). Et enfin, vos cartes d'action/équipement. Le but du jeu est limpide :
►vous êtes le shérif : il vous faudra abattre les hors-la-loi
►vous êtes hors-la-loi : vous devez exterminer le shérif et ses éventuels adjoints
►vous êtes renégat : vous devez flinguer tout le monde


Pour atteindre votre objectif, vous disposez de cartes "Bang" permettant de tirer un coup, de cartes "Bière" permettant de regagner des points de vie (si si), et de diverses cartes équipement permettant d'améliorer vos tirs ou de gêner celui de vos adversaires. Je passe sur les actions spéciales comme les "Braquages" permettant de chaparder les équipements de vos petits camarades. Précision :  en l'absence d'équipement ou de pouvoir spécial, vous ne pouvez flinguer directement que vos voisins de table directs. A trois, peu d'intérêt, mais sur une tablée importante, le jeu peut devenir assez stratégique... un peu comme au Uno quand votre meilleur pote enchaîne les "+4" dans votre mouille.

Subtilité : votre "rôle" est masqué en début de partie SAUF si vous êtes le shérif. Autant dire que quand c'est le cas, vous avez comme une cible peinte sur le visage, et vous êtes d'emblée assez mal brêlé... Je parle en connaissance de cause.

Le jeu est plutôt chouette, mais à mon sens un peu déséquilibré : toutes les aptitudes spéciales ne se valent pas. Du coup, selon que vous avez un "bon" personnage ou pas, vous pouvez vous faire flinguer très rapidement, surtout si vous êtes la cible à abattre le shérif. Par ailleurs, une première partie de "découverte" ne sera pas du luxe pour bien maîtriser des règles parfois un peu obscure dans leur libellé.

Verdict : un jeu qui n'est pas fait pour les pieds tendres.
♫ Ouhihouhihou... ouin ouin ouin... ouhihouhihou... ouin ouin ouin! ♪

Intrigues à Venise : maille nem iz Bon, Jean Bon!

Anonymous : the game!
Type : jeu de plateau avec pions
Nombre de joueurs : 4 (bon, il y a une option 3 joueurs, mais honnêtement...)
Style : quand "Cluedo" rencontre "Master Mind"

Bon, ok, celui-là il ne date vraiment pas d'hier, on l'a ressorti du grenier. Mais il reste bien sympa. Les règles semblent un peu ardues de prime abord, mais une fois la partie débutée, la prise en main se fait relativement bien. Dans ce jeu, vous incarnez des espions agissant sous couverture à Venise pendant le carnaval (d'où les masques). Votre but est simple : identifier votre allié, et remplir votre mission commune avant vos adversaires, sachant qu'au départ, personne ne sait qui est qui. Pour y parvenir, sur le plateau de jeu, vos pions doivent croiser les pions adverses ou le pion de l'ambassadeur (qui n'est joué par personne) pour lui piquer ses Ferrero obtenir des informations. Ces informations se présentent sous forme de cartes, révélant des informations vraies et des informations fausses sur l'un de vos adversaires. Un peu comme dans "Master Mind du coup, il convient de faire le tri du vrai et du faux en croisant les informations à l'aide d'une feuille de notes, sachant qu'un même adversaire ne peut vous fournir la même combinaison d'informations à deux reprises, et qu'il doit toujours vous donner une information vraie. Sinon, il reste toujours l'option de la gégène pour obtenir des renseignements, quand le courant passe, c'est que la soirée est une réussite comme le disait le général Aussaresses...
"–Nous affons les moyens de vous vaire barler! Ya!"

Le jeu s'avère au final assez stratégique, et fera pas mal fonctionner vos méninges. A réserver donc au début de la soirée, et non à la fin, surtout après quelques verres dans le pif.

Inconvénients :
  1. On ne peut y jouer à plus de quatre, et il est vraiment recommandé d'être quatre pile poil, car les options à moins de quatre sont à mon sens moins jouables.
  2. Le plateau de jeu prend une place folle!!!! Prévoyez une grande table...
  3. Les déplacements ne se tirent pas aux dés, mais avec une #@%*$ de figurine en plastoc contenant des billes de couleurs, dont l'agitation fait un bruit se situant grosso modo entre le décollage d'un airbus et le règlement de compte à la kalach'... à éviter donc lorsque les gnomes dorment à l'étage ou que les gendarmes patrouillent dans la rue.
Verdict : un jeu pas tout jeune qui a plutôt bien vieilli je trouve et qui remet les interrogatoires musclés au goût du jour ce qui est bien sympa en cette période troublée

Allez, topette les aminches! Et amusez-vous bien.

mercredi 25 février 2015

Quasiment royal

Prologue

Une affiche qui envoie du rêve

La nuit tombais,mon Aston-Martin ma Citregeot Saxensix était garée sur le parking du Casino. M m'avait dit de me méfier : cette mission comportait des risques. Le premier d'entre eux était la nécessité de pénétrer au cœur même du dispositif afin de collecter un maximum de preuves. L'endroit, lieu de débauche légale comme on en voit beaucoup trop, était anodin en apparence. La grande arche dorée et tape-à-l’œil surmontait l'entrée de cet établissement qui avait pignon sur rue. La plupart des clients, des habitués dont certains étaient complètement accros, étaient installés aux tables, affectant une attitude neutre –poker face selon l'expression consacrée– en jetant un regard distrait à leur main. Quelques uns étaient encore en caisse pour échanger leur monnaie pendant que d'autres s'escrimaient sur les machines électroniques affichant des icônes stylisées aux couleurs criardes et qui avalaient leur argent avec avidité contre la promesse de quelque récompense. D'après notre informateur, des sommes importantes pouvaient s'échanger ici chaque jour, sous le regard vigilant des agents du C.L.O.W.N. évidemment omniprésents. Quoi que le C.L.O.W.N. puisse être.

Il était impératif d'agir avec prudence,discrétion et discernement. Mais après tout, n'étais-je pas un spécialiste? M le savait, mais ne pouvait s'empêcher d'être inquiète. Mon entrée fut donc un modèle de furtivité.
Ni vu, ni connu j't'embrouille.
Je me fondis dans le paysage et la foule des clients avec une aisance déconcertante, allant même jusqu'à commander une consommation –au shaker, pas à la cuillère un milkshake, sans cuillère– avec désinvolture, tout en gratifiant la charmante serveuse d'un petit sourire. Balayant la salle bondée d'un regard circulaire, j'avisai soudain l'opportunité tant attendue : l'un des serveurs sortit fumer une cigarette pendant sa pause, retirant son tablier. Aussi furtif que l'écureuil affamé le ninja en maraude, je m'emparai de l'uniforme abandonné avant de m'en vêtir.
La voie de l'écureuil du ninja est cruelle et sans pitié.
Posant le milkshake sur un plateau que je récupérai un peu plus loin, j'étais désormais semblable à n'importe lequel des employés présents. Le moment était venu de pénétrer au cœur même de l'antre du C.L.O.W.N.!  M'inspirant des clients présents, je me composai une attitude neutre avant de pousser avec assurance les portes ornées de l'inscription "privé - interdit au public". Je croisai un employé qui me jeta un vague coup d’œil avant de poursuivre sa route sans plus de réaction. Mon stratagème avait fonctionné. Mais... pour combien de temps? Il me fallait faire vite : découvrir des informations sur les agissements du C.L.O.W.N. Étonnamment, je n'eus pas à chercher bien longtemps, car au détour d'un couloir, je tombai sur un visage familier...
Si je n'étais pas en mission, je m'autoriserais même une petite danse de la victoire.
–Ah! Vous voilà enfin!
–Que... mais... Paul? Paul Bismuth? Non... Ne me dites pas que c'était vous notre informateur?
–Si, c'est bien moi...
–Bon sang! M... je veux dire Maman Koala m'avait dit de me méfier pourtant. Mais qu'est-ce que vous foutez là?
–Je... je travaille ici.
–Vous ne bossiez pas dans un Sexshop aux dernières nouvelles?
–J'ai été viré suite à l'affaire de la place Vendôme. J'ai trouvé un job ici... et c'est comme ça que j'ai découvert le C.L.O.W.N.
–Ok. Bon. C'est quoi ce C.L.O.W.N. dont vous n'arrêtez pas de parler?
–Le Chemical Lunch's Overlords Worldwide Network.
–Sans rire? Le "Réseau Mondial des Seigneurs du Déjeuner Chimique" ? Vous vous êtes shooté au gaz hilarant pour sortir des trucs pareils? 
–Nan mais ça sonne moins bien en français je trouve... J'avais bien pensé au Syndicat Planétaire des Empoisonneurs Chimiques via une Tambouille Réellement Exécrable, le S.P.E.C.T.R.E., mais je trouvais pas ça terrible pour désigner une organisation de méchants.
–C'est vrai que ça ne pourrait même pas faire le titre d'un film... Mais ceci étant, vous êtes grave, vous savez ça Paul?
–Hum, bon. Pas de temps à perdre, il faut...
–Minute papillon. Moi je me tire, j'ai autre chose à faire que finir en taule rien que pour vos yeux. Depuis votre dernier coup foireux, je me l'étais promis : jamais plus jamais je n'écouterais vos sornettes.
–Mais non, regardez sur cet ordinateur : j'ai trouvé la liste des ingrédients de leurs infâmes mixtures. Ils cherchent à empoisonner les gens. Il faut communiquer cette information au pays... non au monde avant qu'il ne soit trop tard. Et même, le monde ne suffit pas! L'univers entier doit savoir...
Je jetai un rapide coup d’œil à cette fameuse liste que me montrait Paul tout en sirotant mon milkshake, après tout, on ne vit que deux fois. Il faudrait faire quelques recherches, bien sûr, mais à priori les quelques produits chimiques que j'avais identifié à première vue étaient effectivement assez... surprenants. Se pourrait-il que Paul ait raison cette fois-ci ?
–Mouaih. Imprimons cette liste et foutons le camp.
–J'ai déjà essayé, l'imprimante n'a plus d'encre...
–Certainement le toner. Ils doivent bien avoir une recharge dans l'un de ces tiroirs. Allez, on cherche : opération toner!
Une voix grinçante nous fit sursauter :
–Vous qui entrez ici : sachez que si vous n'êtes pas au bout de la chaîne alimentaire, vous en serez l'un des maillons!
Je failli cracher mon milkshake par le nez. Derrière nous, deux hommes nous bloquaient la sortie. Celui qui avait parlé était petit et râblé et se frottait les mains avec un air sournois.
Bon sang, je vous ai adoré dans Twin Peaks!

L'autre, un vrai géant, arborait un sourire carnassier dont la dentition métallique semblait dire "dangereusement votre!"
Voilà ce qui passe quand on se gave de sucreries et qu'on ne se brosse pas les dents...
Le costume de clown qu'il arboraient ne faisait que renforcer leur aspect menaçant pour n'importe quel coulrophobe.
Le petit râblé poursuivit :
–Vous ne croyiez tout de même pas que ces lieux étaient sans surveillance? Nous n'aimons pas beaucoup les petits curieux, un accident est si vite arrivé... mais vous savez ce qu'on dit : vivre et laisser mourir...
–Tuer n'est pas jouer vous savez. Enfin bon, tant que je meurs un autre jour... Je suppose que c'est dans ce but que le C.L.O.W.N. recrute des rigolos dans votre genre, répondis-je du tac-au-tac.
–Très drôle monsieur... monsieur?
–Hérisson. Papa Hérisson.
–Je suppose que vous vous croyez spirituel M. Hérisson?
–Bah! On me dit parfois que j'ai mangé du clown, mais non, en fait j'ai juste un permis de troller. En tous cas, j'espère que vous avez une bonne mutuelle, parce que vu les frais dentaires que votre copain doit avoir...
–Sachez, monsieur Hérisson, que l'entreprise prend grand soin de ses modestes employés...
–C'est juste dommage qu'elle leur assure le couvert par exemple : ça n'a pas l'air de profiter à votre dentition... Dites, je me demandais... une mauvaise alimentation a tendance à provoquer aussi des hémorroïdes... Votre rectum est également en inox?
La bouche du petit homme se tordit en un rictus méprisant.
–Vous avez tort de faire le malin monsieur Hérisson, le Patron va vous faire passer l'envie de rire...



Vous avez peut-être vu passer cette info récemment : la liste des ingrédients (19 tout de même) contenus dans les frites de chez Mac Diabète® a été dévoilée. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle n'est pas piquée des vers puisque l'on y trouve entre autres :
  • du dimethylpolysiloxane (que mes lecteurs les plus assidus connaissent déjà, puisqu'on le trouvait dans cet article... en temps qu'ingrédient d'un shampoing anti-poux) : une huile de silicone connue sous le doux pseudonyme d'additif alimentaire "E900". Il est utilisé comme anti-moussant dans l'huile de friture afin de prolonger l'utilisation de cette dernière (j'y reviendrais) afin de réduire les coûts. On le retrouve également dans de nombreux sodas comme par exemple le Caca Colé®. De fortes doses seraient responsables de retards de croissance et d'une élévation du taux de mortalité. La FDA américaine avait envisagé son interdiction. En même temps, qui peut bien avoir eu la pu##in d'idée à la c## de coller de L'HUILE DE SILICONE DANS LA BOUFFE!???
  • du pyrophosphate de sodium : additif alimentaire E450, correcteur d'acidité, parfois utilisé dans les détergents domestiques et pouvant provoquer des irritations du tube digestif. Il est destiné à empêcher que les frites ne deviennent grises. Dans le célèbre livre de Corinne Gouget sur les additifs, il est classé rouge (à éviter absolument), car à fortes doses il serait responsable d'hyperactivité, de troubles digestifs, et d'une mauvaise assimilation des minéraux. Des expériences l'auraient associé chez les rats à une diminution de croissance, une baisse de fertilité et une diminution de l'espérance de vie. Enjoy!
  • du butylhydroquinone tertiaire (BHQT) : additif E319, dérivé du pétrole et utilisé dans certaines cosmétiques, dont les propriétés sont antioxydantes. Il est utilisé comme conservateur pour les huiles et matières grasses. Je ne l'ai pas trouvé dans le livre de Corinne Gouget, mais c'est un phénol et comme tous ses potes il a de bonnes chances d'être cancérigène.
  • arôme naturel de bœuf : et tant pis pour les végétariens, certainement destiné à masquer un goût désagréable... mais lequel?
  • du dextrose : du sucre quoi. Dans les frites? Bin oui, dans les frites, pour qu'elles soient bien dorées, et pour faire chier les diabétiques. Bon, objectivement, je doute que beaucoup de diabétiques mangent là, mais ce sucre aura un autre inconvénient non négligeable sur lequel je reviendrai plus loin.
Notez qu'on y trouve aussi de la pomme de terre : c'est un scandale. L'honnêteté intellectuelle m'oblige cependant à vous signaler que la filiale française du groupe a affirmé qu'elle utilisait "une recette différente". Je cite : "Nos frites sont fabriquées en France à partir de pommes de terre 100% d'origine française. Nous tenons à rappeler qu'aucun ajout d'agents de saveur, ni d'arômes artificiels, ni d'additifs d'origine animale, n'intervient dans la préparation de nos frites". Admettons. Attendez je relis : gna gna gna... "ni d'additifs d'origine animale". Ok. Pas d'arôme naturel de bœuf par exemple. Mais les additifs d'origine chimique, c'est bon, c'est open-bar.

Mais bon, pas d'inquiétude : tous ces additifs sont légalement autorisés, à condition de respecter certaines doses journalières admissibles. Ils ont donc été testés avec sérieux et probité par des laboratoires indépendants au cours d'études pas du tout biaisées, qui attestent de leur parfaite innocuité, comme j'ai déjà eu l'occasion de l'évoquer ici. Je reviens juste après cet intermède.
♪♫♫♪♪♪♫
Et pour être parfaitement honnête, on retrouve (hélas) ces additifs, ainsi que de nombreux autres tout aussi sympas, dans beaucoup de préparations industrielles. Le problème n'est donc pas propre aux fast-foods mais plus généralement à l'industrie alimentaire. Il convient en outre de préciser que si ces additifs sont testés individuellement dans des études évidemment incontestables (hum), il n'existe peu ou pas d'étude sérieuse sur les effets de leur cumul : ce qu'on appelle l'effet cocktail. Juste pour comparaison : notre organisme doit être constitué environ à 60% de carbone (C) (hors liquide) et l'atmosphère à 70% d'Azote (N), deux éléments qui sont donc inoffensifs pour l'homme. Il n'en reste pas moins que la molécule CN combinant les deux, le Cyanure, est quand même vaguement toxique. Mélanger certaines substances peut donc avoir des conséquences. Enfin je dis ça, je dis rien...

Bon, je pense que vous n'êtes pas naïfs : personne parmi vous n'ira sans doute prétendre que la (mal)bouffe proposée par les chaînes de restauration rapide est bonne pour la santé. En revanche, il n'est pas dit que tout le monde soit bien conscient des inconvénients précis auquel s'expose le consommateur, en dehors de l'évidente question de l'obésité.

Et surtout, malheureusement, la liste d'additifs qu'on a vu un peu plus haut n'est qu'une petite partie du problème. Car il y a aussi le soucis des acrylamides. Derrière ce nom un peu barbare, se cache une substance pratiquement incontournable dans l'industrie alimentaire, surtout s'il y a friture. Oh bin tiens!? Comme par hasard c'est le cas de la plupart des plats proposés dans les fast-food : frites, nuggets ou dips de poulet, beignets, poissons panés, etc... Que ça soit chez Mac Diabète®, DTC®, MonQ® et consorts, la friture reste le mode de cuisson privilégié. Mais on vous rassure : ils respectent des normes drastiques pour protéger votre santé. Franchement, qu'est-ce qui vous semble le plus crédible :

  • que ces entreprises privilégient la maximisation du profit au détriment de la santé du consommateur?
  • ou qu'elles soient prêtes à sacrifier un peu de bénéfice pour le bien-être de leurs clients?

Des entreprises responsables.
Bon, mais... c'est quoi au juste ces machins là... les acrylatrucs? Un additif? Que nenni : leur présence dans l'alimentation n'est pas spécifiquement recherchée : c'est un sous-produit des cuissons à haute température, comme par exemple la friture.

L'acrylamide est une molécule organique de synthèse, un "amide acrylique" pour être exact, très utilisé dans l'industrie plastique. Il est toxique, et même reprotoxique : c'est-à-dire que comme les perturbateurs endocriniens, il peut engendrer des problèmes de stérilité masculine (tiens tiens!? un phénomène de plus en plus fréquent dans les pays occidentaux dont l'alimentation très industrialisée est riche en acrylamides, c'est marrant ces coïncidences...), ou des malformations congénitales. C'est sympa hein?

Ces acrylamides donc, peuvent être produits de façon synthétique. Mais ils se forment aussi naturellement lorsque certains acides aminés (présents dans tous les aliments) réagissent avec un sucre (le glucose par exemple, ou l'amidon... comme celui des pommes de terre) lors d'un chauffage à haute température : c'est la réaction dite de Maillard (du nom de son découvreur). C'est le cas dans les fritures ou certaines cuissons hautes températures utilisées dans l'industrie et destinées au brunissage des aliments (biscuits, etc...). Plus l'aliment contient de sucre, plus la production d'acrylamide est importante évidemment. Du coup je vous laisse imaginer ce que l'ajout du dextrose que nous avons vu plus haut peut donner. Je nuancerais cependant en indiquant que la liste de Mac Diabète® fait également apparaitre de l'acide citrique, qui lui, en revanche, contrecarre la réaction de Maillard.

Détail amusant, on a découvert récemment de l'acrylamide dans certains légumes qui devraient en être dépourvu. Après étude, il semble que le principal additif au glyphosate (siiiii, vous savez, le sympathique "Roundup" de chez Monsantox®!) abondamment utilisé dans l'agriculture intensive se dégrade en... acrylamide.

Merci encore à Monsantox®, pour sa constance admirable dans le projet courageux consistant à régler définitivement les problèmes de surpopulation sur Terre. Franchement, ça serait malheureux que cette belle entreprise ne finisse pas par remporter le prix Nobel de la Paix pour ses efforts en vue de la fin du monde contre la faim dans le monde et l'ensemble de son œuvre. Bon ok, c'est mal brêlé pour cette année, la compét' va être rude contre François, Angela et Vladimir pour leurs efforts méritoires en vue de la paix en Ukraine...
Rencontre au sommet pour les accords de Minsk. Photo AFP.
Bon, mais alors, vous allez me dire que si c'est lié au mode de cuisson, le problème est le même lorsque l'on fait des frites chez soi du coup. Oui. En effet. Lorsque vous faites des frites, et plus généralement lorsque vous faites frire un aliment, vous produisez de petites quantités d'acrylamides. Idem lorsque vous faites un café d'ailleurs. En fait, il pratiquement impossible de s'en affranchir, à part en mangeant cru, et en privilégiant le bio (rapport au "roundup" dont je parlais plus haut). Le but est donc, à défaut d'avoir une alimentation totalement dépourvue d'acrylamides, d'essayer d'en bouffer le moins possible.

–Comment? On ne mange plus de frites c'est ça?

Ça serait sans doute l'idéal. Ou en tout cas n'en manger que rarement. Mais le souci c'est que c'est bon les frites. Normal en fait : les acrylamides ont tendance à créer une addiction. En revanche, il est possible de réduire la production des acrylamides en prenant certaines précautions.

Un moment "hot", bref mais intense
La production d'acrylamides commence vers 120° seulement (ce qui est un peu limite pour cuire des frites, il faut bien le dire), mais un gros palier dans la réaction de Maillard se situe à 175°. En gros, entre 120 et 175°, la production reste modérée. Même si on dit que "plus c'est long, plus c'est bon", en l’occurrence,  plus l'aliment cuit longtemps à haute température, plus il Carla brunit, et donc plus il contiendra d'acrylamides. Il convient par conséquent de ne pas cuire trop longtemps à haute température.
Ah : trop cuit!

Avec un peu d'acide, la fête est plus folle...
On peut nettoyer les pommes de terre avec une eau légèrement acidifiée (vinaigre ou jus de citron) : il semblerait que cela retire une assez large part des précurseurs de la réaction. En revanche, le sucre ajouté par Mac Diabète®, et qui permet de mieux "dorer" les aliments à la friture, favorise la production d'acrylamide puisqu'il en est l'un des précurseurs.
L'acide c'est la clé.

Ne pas s'enfiler n'importe quoi sans précautions
La bio par exemple, limite le risque de présence de pesticides comme le "roundup", dont certains constituants produisent eux aussi des acrylamides. Pour les pommes de terre, choisir une variété adaptée : certaines patates sont plus sucrées, et favorisent donc la réaction de Maillard. On peut aussi remplacer les pommes de terre par des patates douces, le goût est un peu différent, mais elles sont plus digestes. Ne pas utiliser des produits (pommes de terre ou autre) passés par le réfrigérateur et encore moins le congélateur : la réfrigération préalable favorise la réaction de Maillard (faute de références précises, je suppose que le froid aide à "casser" l'amidon en sucre, ce qui emballe la réaction. Rappelons à ce titre que Mac Diabète® utilise des frites surgelées.
Hrrmmm... hein que tu l'aimes ma carotte!


Mets de l'huile petit homme...
... mais pas n'importe laquelle. Ça peut sembler idiot, mais toutes les huiles végétales ne se valent pas (et je ne parle même pas des graisses animales). Privilégier encore une fois une huile bio évidemment (toujours cette histoire de pesticides), mais en choisissant judicieusement, car la tenue à la température varie fortement. Vous pouvez trouver des informations pertinentes dans ce document, mais pour résumer, les huiles qui tiennent le mieux sont clairement l'arachide (220°c) et l'olive (210°c).

Malheureusement, beaucoup d'huiles dites "spéciale friture" vendues dans le commerce (la Friable® pour ne pas la citer par exemple) sont des mélanges, principalement composées d'huile de tournesol (car peu coûteuse). Sauf que le tournesol a une tenue très limitée, variant de 160 à 170°. Passé ce palier, l'huile commence à se décomposer en substances toxiques. Pour information, l'huile utilisée par Mac Diabète® est un mélange d'huiles de tournesol et de colza.

Tiens, justement parlons-en de l'huile de colza : sa température critique apparait à 240° dans la littérature ce qui n'est pas mal du tout en effet. En réalité, elle est de 107°c à 246°c selon son degré de raffinage, ce qui change pas mal de choses. Mais surtout elle contient beaucoup d'acide linoléique dont la tenue à la température est en revanche très mauvaise. A ce titre, il vaudrait mieux ne l'utiliser que pour les assaisonnements hors cuisson (d'autant qu'elle est riche en oméga 3 et 6, malheureusement détruits par un chauffage à plus de 40°c).
Ça n'est pas à cette utilisation de l'huile que je pensais...


Briser la routine
Plus une huile est utilisée, et plus elle se dégrade, car la chaleur brise certaines molécules organiques en molécules plus simples, et souvent toxiques. Ces substances toxiques s'accumulent au fur et à mesure. On estime qu'après 8 chauffages successifs elle devient dangereuse (c'est une moyenne, la durée du chauffage est également cruciale : ainsi une friteuse qui fonctionne à longueur de journée devrait voir son huile remplacée très régulièrement). Idéalement, dans le cadre d'une utilisation normale, il faudrait changer l'huile au bout de 3 ou 4 bains successifs, et surtout ne jamais rajouter d'huile neuve dans une huile usagée. Tiens, je me demande à quelle fréquence Mac Diabète® change l'huile de ses friteuses... bizarrement je ne pense pas que ça soit plusieurs fois par jour pour des raisons de coût...
Oui, au bout de plusieurs bains, il est crucial de purger et de remplacer le liquide. Franchement.

Y a moyen de conclure, sur un malentendu
En conclusion, pour faire des frites pas trop mauvaises pour la santé, il faut :
  1. Choisir des patates bio adaptées (bintje par exemple).
  2. Bien les laver après épluchage dans une eau légèrement vinaigrée
  3. Utiliser de l'huile d'olive ou d'arachide (l'arachide est généralement moins chère) bio de préférence.
  4. Régler la friteuse sur 120°c et faire un premier bain pour cuire les frites à cœur en minimisant la production d'acrylamide. Sortir les frites et régler la friteuse à 170°c : faire un second bain assez court (c'est juste pour les dorer) : à 170, il y aura plus d'acrylamides produits, mais la brièveté de la cuisson devrait en limiter la quantité tout de même.
  5. Après 4 (allez, disons 5) utilisations de la friteuse, changez l'huile. N'en rajoutez pas dans une huile usagée.

Épilogue

L'homme du C.L.O.W.N. ne rigolait pas en disant que si nous n'étions pas au bout de la chaîne alimentaire, nous en serions l'un des maillons. Le patron du Mac Diabète® du Casino de Trifouilli-les-oies nous avait installé à une table, un menu mega-best-of-plus-premium posé sur un plateau devant nous. Rien qu'avec les frites, le nombre de calories présentes devait avoisiner celui d'une bombe H. Derrière nous, un homme de main nous menaçait d'une arme terrifiante : un pistolet à eau rempli de Caca Colé®.
–Vous ne sortirez pas d'ici tant que vous n'aurez pas fait amende honorable, et mangé votre menu, dit le Patron. Jusqu'à la dernière frite. Bon appétit... mouhahaha!
Un homme appréciant les chats ne peut pas être foncièrement bon. Je le sais, j'en ai 3.
Son rire sardonique accompagna le bruit de ses pas tandis qu'il s’éloignait, nous laissant seuls dans ce piège fatal avec son homme de main. Paul me jeta un regard désespéré.
–C'est pas possible, y a pas moyen que je mange ça... je... je... je suis diabétique.
–Pas d'inquiétude mon petit Paul, on va sortir... ça me rappelle une histoire d'ailleurs. Figurez-vous qu'il y a quelques années de cela, alors que j'étais un tout jeune hérisson, je me suis retrouvé dans une situation assez cocasse. J'étais au restaurant avec mes parents et de la famille... il y avait tonton Ferdinand, tata Cunégonde, et les cousins, Nicolas et Pimprenelle qui accompagnaient le marchand de sable et gros Nounours. Et alors, gros Nounours lança son célèbre "Bonne nuit les petits!" et c'est à ce moment-là que le prince de Méçoncula sortit son taser pour affronter le dragon Ad'Afrag'Mantation qui le menaçait d'un procès auprès des prudhommes...
Cinq minutes plus tard, mon auditoire se retrouvait dans les bras de Morphée. Je réveillai Paul doucement en lui intimant le silence.
–Chuuut! C'est bon : l'homme au pistolet dort...
–Comment avez-vous fait? Un gaz soporifique dans le bracelet de votre montre? Un mini sarbacane dans une dent creuse? C'est ça?
–Pas du tout.Ça n'est pas aux vieux hérissons qu'on apprend à se mettre en boule : mon expérience en racontage d'histoires pour faire dormir les gnomes récalcitrants est largement suffisante pour plonger un séminaire d'insomniaques sous caféine dans un coma profond. Le secret est d'avoir un ton bien monocorde, de lâcher un petit bâillement à l'occasion, et de parler lentement en baissant progressivement la voix. Allez barrons-nous!

Nous nous hâtâmes de quitter les lieux : une porte arrière nous ouvrit l'accès au parking. Hélas, son ouverture déclencha un signal d'alarme. Plusieurs individus en costume de clown se précipitèrent à notre poursuite. J'avisai ma Citregeot Saxensix dont les phares venaient de s'allumer en se dirigeant vers nous. Maman Koala était au rendez-vous. Elle s'arrêta juste à nos pieds.
"–Je vous dépose?"
Nous nous engouffrâmes à bord, et maman Koala démarra en trombe. Derrière nous, les clowns furax se précipitèrent sur les scooters de livraison du Pizza-le-Hutt voisin, et se lancèrent à notre poursuite.
"Koo Leia. Cha too ma leia kahnkee, ya ee eema loh kah yah lee."
 C'était serré. La saxensix était chargée, et les scooters assez nerveux : les clowns psychopathes gagnaient du terrain. Nous apercevions leurs rictus effrayants dans les rétroviseurs.
–Ils vont nous rattraper!!! paniqua Paul.
–Rhaaaa! Mais bouclez-là Paul, pesta maman Koala. Vous me déconcentrez!
J'appuyais sur le bouton "on" de l'autoradio pour couvrir les jérémiades du pauvre garçon. Au moment où la musique s'élevait (la chevauchée des Vache-qui-rient Walkyries), un nuage de fumée se forma derrière nous. Un peu plus tard, nous vîmes les clowns, tombés sur la chaussée : une flaque d'huile de moteur reflétait la lueur des réverbères. Nous avions échappé à nos poursuivants...
–Mais... c'est génial ce truc, dit Paul. Un gadget installé par Q je suppose?
–Va falloir arrêtez votre délire, franchement... Mon garagiste ne s'appelle pas "Cul" comme vous dites, mais Piotr. Ou Sergueï, je ne suis pas sûr en fait... Et ça n'est pas un gadget, c'est juste que mon joint de culasse vient de lâcher : je perds de l'huile et ça fume un peu.
–Ah... euh... mais ça veut dire qu'on va devoir s'arrêter? Il risquent de nous rattraper!? ajouta-t-il inquiet.
–Nan c'est bon, pas d'inquiétude. Youri a remplacé le ventilo par un rotor d'hélico de combat soviétique, et le carbu par une ogive de MIRV réformé. Même si ça fume et que ça chauffe, on pourrait tenir jusqu'à Vladivostok comme ça. Évitez juste de trop respirer ce qui sort de la ventilation, on ne sait jamais...
–En tout cas, tout n'est pas perdu... nous n'avons peut être pas la liste des ingrédients de leurs frites, mais j'ai choppé ça en partant, dit Paul en nous montrant l'emballage d'un Big Clown.
–Et merde, ça veut dire qu'il va y avoir une suite...

A suivre...

Edit :
Épilogue de l'épilogue :  je dois avoir des dons prophétiques, car Titine vient vraiment de me lâcher (le joint de culasse). Si l'un de vous vend une voiture pas trop cher du côté d'Angers, vous savez comment me contacter... je peux payer en ticket restau ou en prophéties du coup  ;)

Edit2 : Commentaire de Mikhaïl en venant chercher la voiture : "Moteur cramé. Je pouvoir remplacer par moteur Tupolev. Je faire devis."

mercredi 19 novembre 2014

La vérité est tailleur, et mon tailleur est riche!

Donc la vérité devrait faire ma fortune.

Il y a quelques jours de cela, Sabine et associés a lancé un truc de ouf sur sa page. Je ne suis même pas sur qu'elle se doutait de l'ampleur que ça allait prendre. Du coup, j'ai décidé de prendre le train en marche et de vous révéler...

10 choses que vous ne savez pas sur moi…

... et qui vont vous faire une belle jambe. Notons que si vous lisez un autre billet de cette série, ça vous en fera deux et ça vous économisera le chirurgien esthétique, vous permettant ainsi d'aller vous la péter sur le dance floor en minijupe ras-la-touffe avec une paire de gambette à rendre Adriana Karambeu verte de jalousie. On dit merci qui?
Merci papa Hérisson!

Allez, on s'accroche bien à l'élastique de son slip, c'est parti!

1– Je ne supporte pas les objets pointus (même juste vaguement pointus : stylo, doigts, menton de frère Bogdanov, etc...) en direction de mes yeux. C'est phobique.
Ok, je vais plutôt regarder les yeux hein...

2– Enfant, j'ai été traumatisé par un épisode de "L'amour du Risque", dans lequel une psychopathe amoureuse de Jonathan tentait de tuer Jennifer à grand coups de couteau de cuisine king size. J'en ai longtemps fait des cauchemars.
Une série qui fait peur!

3– Je souffre du mal des transports depuis aussi longtemps que je me souvienne : les trajets en voiture ont toujours été ma hantise. Bizarrement, je n'en souffre pas quand je conduis. Et depuis que j'ai passé mon permis, ça peut aller aussi quand je suis passager à l'avant et que je regarde la route comme si j'étais au volant. En revanche, si je suis à l'arrière ou que je détourne le regard (pour lire, consulter une carte, râler contre les gnomes qui foutent le dawa à l'arrière, ramasser un doudou tombé, etc...), c'est radical : je suis malade.
T'as pas pris ta cocculine?

4– Je ne peux pas saquer les dogmes. Un dogme, c'est une affirmation gratuite, non démontrée, mais considérée comme incontestable. C'est donc un concentré de bêtise, de stéréotypes, d'idées reçues, d’arrogance, et de refus du dialogue. Mon antithèse quoi! C'est vrai en religion évidemment, mais aussi en politique, en société, et même en science! Alors même que la science, par nature, devrait cultiver le doute et rejeter tout dogmatisme, c'est très loin d'être le cas et on y trouve sans doute autant de dogmes que partout ailleurs. Et ça, ça m'énerve un chouïa...
Viens là le dogme que je te mette ta raclée!

5– Petit, je rêvais d'être savant fou. Bon, j'ai déjà des chats et un petit pet au casque, il ne manque qu'un plan machiavélique pour conquérir le monde. Et des sbires. Plein de sbires. À moustache si possible, je trouve que le sbire à moustache ça a un certain charme désuet. Par contre, ne comptez pas sur moi pour me faire avoir par le premier James Bond venu : pas de plan foireux et super-compliqué pour me débarrasser de lui, juste la bonne vieille balle entre les deux yeux par un sniper à 800m. Fou peut être, mais stupide : non.
Les sbires, c'est essentiel. C'est important de savoir bien s'entourer...

6– J'ai adoré "Le pendule de Foucault" de Umberto Eco. Je l'ai relu plusieurs fois. Ainsi que l'ensemble du cycle de "Dune" de Franck Herbert, "Le Seigneur des Anneaux" de Tolkien et "Le secret de Ji" de Pierre Grimbert. J'ai lu "Twilight" aussi. Et je... je... j'ai bien aimé. Je suis désolé. J'ai honte.
Jacques Dessange aime ça.

7– On m'a déjà proposé de faire un casting pour de la télé-réalité, un truc de rencontres/séduction façon "L'amour est dans le pré" à priori. Ah ah ah! Même pas en rêve! Non sérieux, j'ai mis des gens à sécher dans mon grenier pour moins que ça... Bon, c'était pas à "moi" personnellement, la proposition s'adressait à tous les membres de l'association de Jeu de Rôle que j'ai la folie l'honneur de présider. C'est bien connu : tous les rôlistes sont de jeunes geeks, puceaux, qui rêvent de se mettre en couple avec une bimbo en plastique écervelée qui maitrise la compétence backstab au level 10. Ou pas, puisque plusieurs des membres de mon asso sont en couple, voire ont des enfants. Et on compte un gros tiers de filles. Fumble pour l'agence de casting donc...
"Aaaah, pas de chance Kévin... fumble sur ton jet de Séduction! Tu vas donc quitter l'aventure!"

8– J'adore apprendre des trucs par sérendipité. Et j'adore le mot sérendipité, que j'ai d'ailleurs appris par sérendipité il y a quelques années de cela. Je trouve d'ailleurs que la fonction "article au hasard" de Wikipédia est une excellente source de sérendipité.
Bon, soyons honnêtes, la plupart du temps on tombe sur un article juste chiant.

9– Si je devais choisir un superpouvoir, je ne choisirais pas de voler. C'est moisi, banal, et c'est un coup à se viander un avion ou se prendre un drone dans le croupion. La super-force non plus. C'est trop commun! Et puis ça fait vraiment pouvoir de gros bourrin peu subtil, sans compter que ça se révèle finalement assez peu utile à part pour frimer. L'invisibilité non plus : c'est juste un pouvoir de gros lâche ou de pervers de vestiaire. L'immortalité... bof, j'ai peur que ça me pèse un peu, surtout vers la fin. Le déplacement spatio-temporel (téléportation), ça pourrait être sympa, mais ça me semble quand même vachement risqué. Non, le truc qui me botterait, ça serait un pouvoir de glossolalie. Pas la maladie hein, juste la capacité à parler (et même lire et écrire) n'importe quelle langue! Parce que déjà franchement, en terme de frime c'est la classe internationale. Ensuite, ça permettrait de décrypter des écrits anciens et de percer leurs mystères. En plus, parler une langue, ça reste le meilleur moyen de comprendre une culture, et donc de vivre en paix avec les autres (ou d'insulter leur mère dans un langage inconnu), ce qui est tout de même grave cool. Enfin, si jamais des extraterrestres débarquaient un jour, je serais à l'évidence l'homme de la situation pour leur parler.
Mais tout super héros à sa kryptonite. La mienne, c'est le Skyblog.

10–Maman Koala craque pour l'acteur Jensen Ackles :
Je ne vois vraiment pas ce qu'elle lui trouve...
 Si cet homme me lit un jour, je tiens à ce qu'il sache que je le méprise cordialement. Mais d'une force !!!

Hum... bon... psssst! Pssssssssst! Sérieusement... comment tu fais pour le six-pack là? Parce que moi, j'ai beau essayer de gonfler les abdos, ça remue juste un peu le gras...

vendredi 14 mars 2014

Bons baisers de l'espion aux pistolets d'or qui ne meurt jamais deux fois un autre jour au casino royal de Russie.

Papa Hérisson dans "Opération  quéquette Bonnet Rouge"

Mon salaire étant plus proche de l'insulte que de la source de revenu, j'aime râler sur les trucs qui coûte un bras. Et parmi ceux là, la voiture est un poste de dépense particulièrement important. Comme j'ai fait le choix de vivre à la cambrousse ("C'est ton choix bonhomme!" me direz-vous à juste titre), il m'est difficile de me passer d'un véhicule automobile. Du coup, nous avons deux voitures : Titine, la mienne (petite citadine essence de marque Citregeot™) et Pepette, celle de maman Koala (monospace familial diesel de marque Citregeot™ aussi). Et étant donné que je bosse à une trentaine de bornes de chez moi, Titine roule quotidiennement, avalant les kilomètres, l'essence, l'huile de moteur et le contenu de mon compte bancaire. Fort heureusement, elle date de l'époque ou Citregeot™ fabriquait encore des voitures.

Je suis plutôt du genre pragmatique : tant qu'elle est capable de me mener d'un point A à un point B sans trop protester, je ne vois pas vraiment de raison d'en changer. Du coup ma Titine elle n'est plus toute jeune : pensez, elle a connu la guerre! Celle du Golfe je parle (la troisième pour être exact). Mais elle a beau avoir pas loin de 20 ans et 250 000 bornes dans les pistons, elle est encore plutôt fringuante. Mais bon... y a deux ans, elle a quand même eu un problème de joint : elle faisait de la mayonnaise dégueulasse (un peu comme Justin Bieber, sauf que là c'était un problème de joint de culasse). Après moult hésitation, j'ai fait le choix de la réparation (ce qui ma coûté un testiboule au passage), et elle était repartie. Elle semble a peu près remise, sauf qu'elle est un peu gourmande en huile (elle biberonne son bidon de 2L tous les 6-7000 kilomètres). Du coup, par mesure d'économie, j'ai décidé de faire mes vidanges (et à tout le moins les remplissages d'huile) moi-même.

C'est l'autre avantage d'avoir une voiture un peu ancienne : si vous êtes un minimum bricoleur, y a plein de petits entretiens que vous pouvez faire vous-même du coup. Comme par exemple : la vidange, changer les essuies-glace, remplacer les ampoules de phare grillées, changer une roue. Car oui, toutes ces petites choses assez basiques peuvent devenir compliquées, voire infaisables, sur des modèles plus récent. Oui, même changer une ampoule, car sur certains modèles, pour y parvenir, il faut retirer toute la calandre avant et déconnecter proprement l'ordinateur de bord... Bon courage.
"–Que fais-tu Dave? Tu n'as pas l'autorisation pour ça. Je vais devoir poursuivre la mission seul!"
Si j'en crois certains de mes amis (heureux possesseurs de voitures récentes) et les forums de passionnés d'automobiles, sur un certain nombre de modèles récents, on rencontre les "désagréments" suivants :
  • Impossibilité de changer un phare sans démonter le pare-choc, voire le filtre à air. Facturé 1h30 de boulot chez le garagiste. (notons cependant que cela ne vous dispense pas d'avoir une boite d'ampoule dans votre vie-poche, les flic vous verbalisant quand même si vous ne l'avez pas, et ce bien que ni vous ni eux ne puissiez changer cette $#@%! d'ampoule, même si vous vous retrouvez sans éclairage en pleine nuit sur une route de campagne. Bonne chance.)
  • Impossible de changer la batterie car : soit les vis qui la fixent ont une forme or standard et vous ne disposez pas de la clé adaptée, soit cela réinitialisera l'ordinateur de bord et vous ne pourrez plus démarrer.
  • Impossible d'accéder à quelque pièce que ça soit dans le moteur, ce dernier est "protégé" par moult carters et caches vissés à l'aide de vis de forme non standard pour lesquelles vous ne disposez toujours pas de la clé adaptée : Apple Syndrom. (notons que si jamais cette clé arrivait dans le commerce, le standard de la marque serait alors changé et vous seriez bien feinté)
  • Impossible de faire la vidange/changer le filtre à huile vous même : le filtre est hors d'atteinte et nécessite un démontage partiel du moteur, et le bouchon de vidange est de forme non standard.
Bien évidemment, votre garagiste (appartenant au réseau de la marque, afin de disposer de la valise –pas la valise RTL– qui se connecte à votre ordinateur de bord) vous fera tout ça pour pas cher : juste un bras. On voit bien l'intérêt de la chose...

Sur ma "vieille" voiture sans électronique, je n'ai pas ces problèmes. Mais bon, de temps en temps, il faut quand même l'amener chez le garagiste pour une petite révision : je ne suis pas un cador de la mécanique et je ne suis pas vraiment équipé pour l'entretien complet. Et il faut aussi passer le contrôle technique de temps en temps. Pour le garagiste, je ne suis pas trop mal tombé : j'en ai trouvé un plutôt compétent, honnête et qui pratique des tarifs presque raisonnables. Un petit garage à l'ancienne dans une commune un peu excentrée. Il n'a que deux employés : sa femme qui gère l'accueil et la compta, et un mécano (un grand type musculeux du genre taiseux, que je verrais bien se prénommer Youri ou Sergueï et être un ancien Spetsnaz qui aurait déserté à la chute du rideau de fer). Et puis il est sympa : quand il fait l'entretien de Titine, il me prête une voiture de courtoisie gratuitement.
Quel plaisantin ce Evgueny!
Ah... les voitures de courtoisie... Sauf si votre garagiste est aussi un un riche concessionnaire se frottant les mains à l'idée de vous refourguer son tout dernier modèle de chez Renoyota Motors™, toutes options, en leasing sur 30 ans pour la modique somme de "ton âme", il y a peu de chance qu'on vous ait déjà prêté un véhicule de démonstration quasi-neuf en guise de véhicule de dépannage. Vous l'aurez sans doute noté, la plupart des garagistes vous refilent de vieilles guimbardes approximatives dont on se demande souvent comment elles ont pu obtenir leur contrôle technique réglementaire. La conduite de ces débris sur roue tient en général plus du numéro au cirque du soleil que de l'exercice d'auto-école.
"–Allez-y doucement sur l'accélérateur tant que le moteur chauffe, sinon elle peut avoir tendance à caler...
–Ah? Parce qu'elle arrive à démarrer déjà?"
Mais avec mon garagiste, je crois qu'on est carrément à un autre niveau. Les deux dernières fois, il m'a passé les clés d'un... euh... véhicule (disons), dont le logo en W sur la calandre tentait de faire croire qu'il s'agissait d'une voiture de marque allemande. En réalité, et sachant que le mot russe Шпион signifie "Espion" je soupçonne que ce W est en réalité un Ш cyrillique. Le KGB ne manque pas d'humour. Pour schématiser, l'engin fait le bruit d'un Tupolev, est maniable comme un chalutier soviétique (espion bien sur), poussif comme un blindé de l'armée rouge et son auto-radio crépite comme un compteur Geiger près de Tchernobyl. Quoique... en y réfléchissant, c'était peut être juste les signaux d'un spoutnik captés par l'antenne (pièce de récup de la station Mir).
J'aurais dû me douter de quelque chose...
Cerise sur le gâteau, c'est un diesel. Mais c'est bien la première fois que j'en vois un avec un starter. Si si : authentique. Et à l'intérieur le tableau de bord, plutôt épuré, est plus proche de celui d'un soyouz (trois boutons : marche, arrêt, oups) que de la navette spatiale. Point d'ordinateur de bord. Remarquez, ça tombe bien, je ne parle pas le russe.

Ok. Bon, donc manifestement Andreï là, c'est une sorte de Лдмєз БФИD version soviétique, et ça c'est la voiture avec laquelle il est venu en France. Certainement un agent dormant, venu là pour déclencher des troubles en aidant à l'infiltration de commandos femen voués à déstabiliser nos valeurs en s'appropriant les symboles les plus sacrés de notre république.
Non, pas de boobs. C'est un blog tout public, non mais ho! Circulez chenapans!
Il travaille surement en étroite collaboration avec la vénéneuse Лцlѥ GДЧЄT et Cдяlд БЯЦИI, redoutables agentes du KGB ayant pour mission de séduire nos dirigeants afin de leur dérober des secrets d'état comme par exemple les plans du Minitel, du Tatoo ou de la ligne Maginot.

Donc la semaine dernière, j'ai déposé ma voiture pour la vidange, dès potron minet. Seul le mécano, Slobodan, était déjà là :
–Ah... euh... bonjour Vassili. Je suis papa Hérisson, j'avais rendez-vous pour l'entretien de ma voiture.
–...
–Hem. Oui, bon. Voila les clés hein.
–...
–Heu...
–...
–C'est à dire que... hem... j'avais aussi demandé une voiture de courtoisie. Pour aller au travail quoi.
–...
–Heu... ça sera la Volkscedes™ de la dernière fois? Non parce que... ah ah... elle est un peu rustique non? Elle vient d'ex-URSS? ah ah ah... hem.
–Non. Super 5. Là.
–Ah? Euh... ok. Bon... merci.

Ok : finalement, Igor, c'est Mдc GЧѴЄЯ. J'en ai eu confirmation avec cette deuxième voiture de courtoisie qui m'a été prêtée. Une Super 5, un peu trop jeune pour avoir connu la guerre froide (bon elle a quand même dû voir la deuxième guerre du Golfe hein... non je ne parle pas des problèmes conjugaux de Tiger Wood). Manifestement une authentique Renoyota™ puisque j'ai bien reconnu le rayon de braquage digne d'un convoi exceptionnel de la Super 5 (maman Koala en a eu une avant Pepette). Sauf que l'engin a manifestement été rafistolé à l'aide de diverses pièces pas d'origine , manifestement issues d'un sous-marin nucléaire soviétique réformé (ou échoué, c'est pareil). Mention spéciale pour le rétroviseur central qui semblait être un morceau de périscope (provenant certainement du Koursk). Notez que, à ma grande déception, je n'ai pas trouver le bouton pour l'ouverture des trappes à torpilles.

Misère! Boris n'était donc qu'un vulgaire trafiquant de surplus militaire russe? Déception : le KGB c'est comme les voitures, c'était mieux avant (souvenez-vous, Anna Chapman).
Le KGB, c'était mieux avant.
Finalement, j'ai donc récupéré ma voiture le soir même, vidangée et entretenue :

–Bonsoir madame... M. Papa Hérisson. Je viens récupérer ma Citregeot™ Saxensix qui était à l'entretien aujourd'hui. Elle est prête?
–Ah! Oui, elle vous attend. Voila la facture, ça nous fera donc... un bras.
–Pas de soucis. Je vous signe le chèque avec mon sang hein... ah ah!
–Hi hi hi! Bon, Alex vous a fait la vidange et changé le filtre. Les freins et les amortisseurs sont nickel. Faudra changer le filtre à air, mais ça peut attendre le contrôle technique. Ah, il vous a aussi redressé l'antenne radio et remplacé le bouchon de vidange.
–Euh... Alex?
–Oui, le mécano... pourquoi?
–Non, pour rien. Au revoir madame.

Zut... j'aurais bien parié qu'il s'appelait Boris ou Nikita. Faut que j'arrête de me faire des films dans ma tête moi...

Epilogue :

Le président de la fédération de Russie contemplait pensivement la place Rouge depuis la fenêtre de son bureau du Kremlin. Un verre de vodka à la main, son esprit se projetait à des milliers de kilomètres, là où était peut être en train de se jouer la suprémacie Russe des décennies à venir... La sonnerie de son Tatoo le tira de ses pensées. Consultant rapidement le mini-message qui s'y affichait, il lâcha un bref soupir, puis se dirigea à pas lents vers un secretaire fermé. Il le déverrouilla à l'aide de la clé sécurisée qu'il gardait en permanence autour du cou, et en extirpa un petit appareil muni d'un clavier et d'un écran qu'il brancha et posa sur son bureau avant de s'asseoir dans son confortable fauteuil. Il décrocha son téléphone rouge, et posa le combiné sur l'appareil. Il saisi le code d'accès : 36 15 цггд, et commença à pianoter.
–Боиjouя cдmдядбє Дlєжєï !
–Боиjouя cдmдядбє VlДбimiя!
–Vous êtes sur que ce mode de communication est sécurisé?
–Dд camarade président! Certain! La NSA n'espionne pas ce canal de communication. Les minitels sont jugés trop primitifs pour que les єspions-gєєks américains daignent s'y intéresser. Дн дн дн !
–Parfait. Alors le camarade Дяидцб Моитєъоцяg a fait de l'excellent travail en récupérant les plans de ces engins. Où en êtes vous de l'opération "Боииєтs Яоцgєs" ?
Complot crypto-communiste
–Ça avance camarade président. Nous seront bientôt maîtres des voies de communication de l'ouest du pays, et grâce à la camarade Лцlѥ GДЧЄT et au camarade Бцissои, l'attention des médias français est focalisée sur les secrets d'alcove de leurs dirigeants! Sans compter votre brillante opération de diversion en Crimée. Mais...
–Mais?
–Il y a eu un impondérable... j'ai peut être été repéré par un agent français qui se fait appeler "Pдpд Hєяissoи".
–Qu'est-ce qui vous fait penser ça?
–Il a évoqué l'origine russe de ma voiture...
–Nous ne pouvons nous permettre que les français s'intéressent de trop près à nos opérations en Bretagne camarade Alexeï!Une fois terminée, la ligne "Мдgiиот" que nous y construisons assurera la sécurité absolue de cette enclave Russe en plein cœur de l'Europe et nous permettra de lancer l'attaque finale ouvrant la voie au "Иоцvєl Оябяє Sоviєтiфцє Моибiдl". Mouhдhдhдhд !
–Je sais cela camarade président... rassurez-vous, j'ai pris des mesures pour neutraliser l'agent Pдpд Hєяissoи : j'ai trafiqué son auto-radio pour qu'il diffuse du Justin Bieber et du Sebastien Patoche.
–Bяяяя! Guerre psychologique... Vous êtes cruel camarade Alexeï!
–J'ai aussi remplacé son bouchon de vidange par l'émetteur radio d'un spoutnik : nous allons pouvoir le localiser en permanence. Un commando femen est prêt à intervenir avec sa subtilité habituelle pour neutraliser la cible...