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vendredi 20 novembre 2015

Peur d'artichaut

(Précision : la formule du titre n'est pas de moi mais de Daniel Schneidermann, dans cet article du reste fort pertinent.)
... et c'est pas toujours une fierté.


Le vendredi 13 novembre 2015. Une date qui restera dans les annales (bien profond d'ailleurs). Même si, objectivement, la date du 12 novembre 2015 le devrait également... ou encore celle du 10 octobre 2015, et sans doute encore beaucoup d'autres, hélas, le mériteraient tout autant.

Loin de moi l'intention de critiquer la compassion à géométrie variable, selon le lieu où se produit un attentat (même s'il faut bien admettre qu'on n'a pas vu fleurir de drapeau libanais sur Facebouc® ou sur les grands monuments de ce monde au lendemain du 12 novembre)... c'est humain : ces événements nous touchent toujours plus lorsque ceux qui sont impactés partagent une même culture. Si l'on pourrait à la limite froncer un peu les sourcils face ceux qui n'ont pas réagi suite aux hécatombes de Beyrouth ou d'Ankara, il est en revanche difficile de critiquer l'émotion et l'empathie dont ils font preuve après ce qui s'est passé à Paris. Les journalistes ont même un terme pour désigner cela : ils parlent de "mort kilomètre". C'est triste sans nul doute, mais c'est humain.

Tout comme il est humain d'avoir peur au lendemain de ces massacres. La peur est humaine, naturelle. Comme je l'évoquais déjà ici avant même les attentats du 7 janvier, il convient juste de ne pas sombrer dans une peur permanente, psychotique : la peur ne doit pas guider nos actes et nos choix au quotidien. Elle ne doit pas nous laisser abandonner nos libertés et notre honneur au prétexte bien illusoire de la sécurité qui en découlerait.

Faisons un point pour bien comprendre ce qui s'est passé.

Dans un pays fort fort lointain...
Mais moins verdoyant quand même.

... un barbu un peu grincheux appelé "Abou" a décidé qu'il voulait se venger des français et de leur mode de vie dissolu (alcool, sexe, rock & roll, droit de vote de femmes, etc...).
"–Moi j'aime pas les gens!"

On ne sait pas bien pourquoi. Personnellement, mon hypothèse est que c'est parce qu'il a gardé un mauvais souvenir de ses années lycée. Je pense qu'il était tombé amoureux de Marie-Jenifer, l'égérie du lycée (comme tout le monde en fait) et qu'il a voulu tenter sa chance...
"–Zyva Marie-Jen, ton père c'était un voleur, il a pris les étoiles du ciel pour les mettre dans tes yeux! Parole! Tavu! Bon, ça te dirait que je te zoumzoumzen? Tu me file ton 06?"

Marie-Jenifer était belle, indépendante, aimait le rock, le foot et sortir avec des copains. Sortir avec des garçons, voire jouer au docteur avec eux ne lui posait pas de problème particulier. Mais là, non, c'était juste pas possib'!Sans doute la pilosité faciale plus ou moins hasardeuse d'Abou, faisant un peu penser à celle d'un hipster prépubère (ou d'un cochon d'inde, c'est pareil) lui a-t-elle joué des tours : Marie-Jenifer lui a mis un gros vent car elle ne kiffe pas trop les hipsters (ni les hamsters).
"–Écoute Abou, t'es bien mignon, mais le poil, c'est pas tendance tu vois... alors parle à ma main ok?"

Du coup, Abou a été tout vexé. Il s'est un peu mis à haïr les gens heureux, les femmes indépendantes, les bobos hipsters parisiens, et a commencé à devenir un peu fou dans sa tête.
Ah ouaih, quand même...

Les années passèrent, et Abou en a profité pour suivre de fructueuses études de Génie du Mal. Une fois son diplôme en poche, il a recruté des sbires à moustache barbus et commencé à zigouiller des gens juste comme ça pouf.
"–Je me vengerai! Et ma vengeance sera terriiiiiiible! Mouahaha!"
Et histoire de "justifier" ses conneries, il décide de faire ce que tous les humains qui voulaient massacrer des gens ont toujours fait depuis la nuit des temps : dire que c'est la volonté de dieu, ou en l’occurrence d'Allah et de son pote Mahomet, ce qui est bien commode car il y a peu de chance qu'ils se pointent pour dire que ce sont des carabistouilles vu que... DIEU/ALLAH EST JUSTE UNE PUTAIN D’HYPOTHÈSE!
Mais ça passe toujours mieux avec un lolcat.
Notons au passage que c'est là aussi toute la différence entre "Islam" (des gens qui croient en un dieu appelé Allah comme d'autres croient en Yahvé, Raël, Cthulhu ou le Monstre de Spaghetti Volant) et "Islamisme" (des gens qui ne croient finalement pas en grand chose, mais trouvent que c'est bien commode comme excuse pour faire plein de conneries en disant #cépamafote #célavolontédedieu). Ça c'est dit. Et si dieu/Allah/Yahvé/Jéhovah/Cthulhu/etc... existe et cautionne : il n'a qu'à se pointer en personne devant l'Arc de Triomphe et filer des instructions claires une bonne foi (Ah ah!) pour toutes.
 
Pendant ce temps, en France, François W. Hollande commence à trouver que Abou n'est vraiment pas sympa du trucider comme ça sans vergogne, sans même prendre la peine de remplir le formulaire B52 de déclaration de guerre auprès de la préfecture de Villetanneuse.
"–Moi président, je te le dis : tu pousses ma patience... Abou. Pfffrrt!"
Du coup, il lui envoie un touïte® pour qu'il se calme un peu parce que hein ho ça va bien deux minutes les conneries t'arrêtes ta p'tite crise tout de suite mon p'tit bonhomme!
"@Abou_de_nerf C'est bon oui? Tu vas te calmer p'tit con?"

Sauf que du coup, Abou il devient un peu chafouin et décide que ça ne va pas se passer comme ça. Alors près avoir fait zigouiller de dangereux caricaturistes qui avaient eu le malheur de ricaner au sujet de ses problèmes de pilosité convictions religieuses, il réunit ses meilleurs hommes...
Je ne suis pas sûr de mes sources pour cette image, mais ça serait cohérent avec la démarche...
... et leur confie pour mission d'aller trucider du hipster à Paris, puis de se faire péter la cafetière avec une ceinture explosive qui... leur permettra d'arriver au paradis où les attendent 72 vierges graciles. Oui ils sont comme ça. Je sais, c'est complètement con, mais cf. les images du staff juste au dessus hein...
"–J'arrive les filles!!! Faites tomber les p'tites culottes!"

Opération rondement menée, même si certains des sbires, sans doute un peu trop motivés par l'histoire des vierges graciles toussa, décident finalement de se faire exploser la carafe avant d'être entrés dans le Stade de France, et donc sans attendre d'être entourés de hipsters/footeux pour en massacrer un maximum. On mettra ça sur le coup de l'enthousiasme hein.
"–Non mais c'est pas grave hein... ça arrive à tout le m... oh wait. Non, t'es juste un boulet."
N'empêche qu'en attendant, y a quand même plein de morts et de blessés et que les gens sont très tristes partout dans le monde, même au Liban malgré qu'ils aient pris cher eux aussi dans une relative indifférence (sauf chez Abou donc, où ils ont débouché le Champomy®). Du coup en France, Manuel Valls fait les gros yeux à Abou...
"–Et si ça devait continuer, en plus des gros yeux je ferai des mouvements de menton et je pointerai du doigt. Alors attention hein, je rigole plus! Naméo!"
... pendant que François W. Hollande réunit un conseil des ministres extraordinaire (et non extraordinaires), avec entre autres Marisol Touraine (ministre de la santé), Patrick Kanner (ministre de la jeunesse et des sports) ce qui fiche quand même drôlement les jetons : il va pas rigoler longtemps le Abou moi je vous le dis.
Et si ça ne suffit pas, on fera appel à BHL!

Comme tout le monde comprend bien vite que c'est par frustration sexuelle dépit amoureux que ce gros châtré pauvre Abou a agi (on le sent un peu Abou... désolé...), il est donc rapidement décidé de lui envoyer quelques sextoys suppositoires à l'eucalyptus accompagnés de petits mots doux. Nul doute que cette délicate attention devrait faire retomber rapidement les tensions.
Plaisir d'offrir, joie de recevoir...

Sinon, vous avez aussi le résumé de Marion Séclin, mais il est moins sérieux que le mien... ♪
 

Bon, on ne va pas se mentir hein : après ce qui s'est passé ce vendredi 13,  l'idée que ces p'tits saligauds se soient morflés quelques bombinettes dans la mouille n'était pas pour nous déplaire. Quelque part, on se dit que c'est bien fait. Enfin on se dit ça vite sous le coup de la colère (qui est sans doute aussi mauvaise conseillère que la peur). Et puis, en y réfléchissant un peu plus tout court : on se rend compte que ça ne changera rien...
  1. ça ne ramènera pas les morts des attentats de Paris
  2. t'inquiètes qu'Abou, il dort dans son bunker bien à l'abri ou qu'il a déjà mis les voiles ailleurs (depuis le temps qu'ils s'en reçoivent des bombes...)
  3. ça va encore un peu plus exciter les autres fondus de la carafe : c'est un peu un concours de claques, je t'en file une, tu m'en files une, et ainsi de suite, c'est au premier qui tombe le cul par terre
  4. il y a de bonnes chances que ça tue aussi des cibles innocentes, vu que ces mecs se sont installés dans des territoires conquis avec femmes et enfants
  5. sachant qu'au moins la moitié des terroristes venaient de chez nous à la base, ça veut dire qu'une moitié du problème se trouve peut être là-bas, mais que l'autre moitié est bel et bien ici. On fait quoi? On bombarde aussi le 9.3? La Belgique?
Bon, mais du coup que faire? Et là, deux écoles s'affrontent :
  • Surtout on ne change rien (ou alors seulement pour ajuster nos mesures de sécurité) sinon ils auront gagné : la meilleure réponse consiste à leur opposer notre mépris (et à les coller au gnouf pour qu'ils y ramassent des savonnettes)
  • Yolooooooo! On s'en fout des lois et des droits de l'homme finalement, on va jouer au même jeu de cons, et on va mettre la misère à tous les barbus #torture #guantanamo #patriotact #tousdanslemêmesac
La première école, c'est celle de la Norvège après les attentats d'Oslo et Utøya, dont le premier ministre déclara : "Bien entendu, nous n’allons rien changer à ce que nous sommes."
Même pas peur!
La deuxième, ça serait les USA après les attentats du 11 septembre, qui ont choisi de manger leur chapeau-liberté avec le Patriot Act et Guantanamo (waterboarding, toussa) et d'aller mettre leurs pieds ou ils veulent, et souvent dans la gueule.
"Y a des jours où faut pas me faire chier. Et y a des jours tous les jours!"


Sauf que RIEN (même le terrorisme) ne justifie qu'un état de droit ne transige avec ses lois, avec les droits de l'homme et ceux de ses citoyens ou avec les principes d'égalité au nom de la lutte contre ce terrorisme... car sinon, ils auront gagné en nous retirant ce qu'ils détestent le plus chez nous : notre liberté et notre mode de vie. Et le souci, c'est que c'est pourtant bien ce qui commence à se profiler à l'horizon. Car à gauche (enfin... gauche... le PS. Centre gauche quoi. Enfin centre...) comme à droite, les vaillants hussards de la république qui nous gouvernent font feu de tout bois en matière d'idées géniales pour lutter contre le terrorisme. En vrac :
  • déchéance de la nationalité : nul doute que les cinglés de Daesh en tremblent déjà de terreur (à moins que ça ne soit des spasmes de rire)
  • mettre en place une "colonne républicaine de Musulmans français" (!?) : Et après, on fait une colonne Raëlienne? Scientologue? Pastafarienne? C'est vraiment nécessaire de souligner encore un peu plus le communautarisme? C'est pas déjà ça qui nous a mis dans le jus?
  • coller un bracelet électronique à ceux qui sont fichés "S", voire les enfermer direct (on n'est jamais trop prudent) : OSEF du droit à la justice, on s'en tape des décisions d'un juge, Guantanamo Power!!!! D'un autre côté, ça risque de ne pas être suffisant : rappelons que les fiches "S" ne sont que des soupçons, et de toutes façons, certains ont pu passer au travers : enfermons plutôt tous ceux qui ont une sale gueule (punks à chien compris), les barbus (hipsters inclus) et tous ceux qui protestent trop fort (ça leur fera les pieds). On demandera à la SNCF de les transporter jusqu'au camp de rétention, ils savent comment faire.
  • durcir les conditions d'accès à la nationalité française : grâce à cette mesure somptueuse, ils vont moins la ramener ces enfoirés de terroristes Belges qui... euh... et merde. Bon et puis ceux qui étaient français depuis deux ou trois générations minimum, ils vont... euh... bon, on disait?
  • modifier la constitution pour y introduire (non ça n'est pas sale... quoique...) un nouvel article régissant des situations d'exception, comme l'Etat d'Urgence actuellement en vigueur, ou les Pleins Pouvoirs, mais en moins exceptionnel et plus permanent. Mais légal hein! Mais permanent. De l'Exception Permanente quoi. En gros ça revient à dire que l'Etat passe en God Mode et se met à bouffer du terroriste sans se préoccuper des règles de droit, comme ça pif-pouf. Moi ça me laisse surtout penser que : soit les règles existantes sont si mal fichues qu'on est obligé de s'en affranchir, soit on ne s'est pas donné les moyens de les appliquer. Dans un cas comme dans l'autre, la solution proposée ne résout pas le problème de fond. Par contre, d'un coup, les libertés vont prendre cher.
  • vitrifier la Syrie à l'arme nucléaire
  • assécher les finances de l'ennemi : sans doute la moins con des idées proposées. De base ça parait logique vu que l'argent est le nerf de la guerre. Pas de fric, pas de kalach'! En théorie, c'est génial, car ça ne nécessite pas de bombarder des gens. En pratique, s'il doit être possible de fermer certains robinets à pognon, ça risque d'être plus compliqué pour d'autres. Car il est vraisemblable que cette organisation utilise les mêmes moyens que les grosses organisations criminelles : circuits financiers parallèles, blanchiment d'argent, etc... 
  • libéraliser le port d'arme comme aux USA histoire que tout le monde soit armé et puisse se défendre :  ou puisse flinguer son prochain sur un malentendu. Plus besoin de djihadistes, on pourra s'entretuer peinards. Quant aux gilets pare-balles, ceux qui peuvent arrêter des tirs de kalach' pèsent 6 à 7 kg et font ressembler à Robocop... et n'empêchent pas les balles dans la tête.
Vous êtes un fan inconditionnel de Georges W. ? Vous faites de rêves humides le concernant? Vous fantasmiez sur un monde à la 1984? Bravo, vous risquez d'être bientôt comblés...
C'est vrai que ça envoie du rêve, je comprends.

Il est normal, il est humain, d'avoir peur. Il est humain d'avoir envie de revanche. Humain d'avoir envie d'être en sécurité, que ses enfants soient en sécurité. Mais cela ne doit jamais nous dispenser de réfléchir et de faire preuve de retenue. Non seulement la loi du Talion n'a jamais rien résolu, mais pire : elle risque de fournir des "munitions" aux terroristes, sous forme d'individus mécontents du climat de suspicion généralisée, et susceptibles de se radicaliser par dépit. Action, réaction.

Et s'il est humain d'avoir peur, il est encore plus humain de l'affronter cette peur, d'y faire face. Il est humain de partager la douleur de ceux qui ont perdu des proches, à Paris comme à Beyrouth ou partout où des terroristes ont pu frapper. Il est humain de rire, et de fanfaronner un peu face à eux, en leur renvoyant à la face notre fierté, notre culture, nos valeurs et notre liberté de penser... après tout, le Coq Gaulois symbole de notre pays n'est-il pas le seul animal à chanter les pieds dans la merde? Et surtout : il est humain de nous serrer les coudes, de nous aimer aveuglément et de garder l'esprit ouvert. Parce que c'est le meilleur moyen de lutter contre la connerie de compétition, et pour leur montrer qu'ils n'ont pas gagné, qu'ils ne gagneront jamais.

Le pire que nous pourrions faire en réaction à ces événements, serait d'abandonner notre humanité, de nous replier sur nous-mêmes, de nous méfier systématiquement de l'Autre et de céder aux sirènes d'un extrémisme sécuritaire et xénophobe qui se repaît de nos peurs d'artichaut.

Car ne vous y trompez pas :  ces deux extrémismes fonctionnent finalement en synergie parfaite. Nos extrémistes (extrême droite par exemple, au hasard hein) tiennent un discours de méfiance, voire de haine de l'étranger et de sa culture. Les leurs (radicaux prétendument religieux-mon cul) nous accusent de les détester et de détester leur culture. En butte à la méfiance et la stigmatisation, NOS jeunes issus de cette culture (oui : nos. Ils sont nés dans nos pays, et parfois même leurs parents aussi) le prennent pour eux, et commencent à se dire que quand même, mince. Du coup, puisque c'est comme ça, c'est vraiment trop injuste, et ils deviennent un peu remuant (délinquance, trafic de schnouffe, etc...). Du coup nos extrémistes disent que ah, vous voyez madame Michu, c'est bien la preuve que c'était pas des conneries et qu'on ne se méfie pas assez de ces bougn... métèques zazous. Le ton monte des deux côtés, et un beau jour, nos jeunes se disent que puisqu'on ne les aime pas, bin eux aussi vont nous détester, et pis qu'après on sera tout mort, et que ça sera bien fait, na! Et ils font une grosse connerie. C'est quoi l'étape d'après? On met nos extrémistes au pouvoir et continue le concours de crottes de nez?

Soyons clairs, comme le rappelait très bien Marion Séclin dans sa vidéo (voir ci-dessus) : RIEN ne justifie ni n'excuse le terrorisme. Ni les discours au relent de fond de bidet de Jean-Marine, de Wauquiez ou d'Estrosi, ni les caricatures de Charlie Hebdo, ni même l'action militaire française dans le monde. Juste : on ne tue pas des gens comme ça, c'est tout. Pour autant, si on veut résoudre le problème, j'incline à penser qu'il va falloir trouver une autre solution que d'éparpiller les gens façon chili con carne. Alors on pourrait peut être commencer par arrêter de se détester, non?
Ou pas.

lundi 21 septembre 2015

Un jour on tendra l'oriflamme à nos fils en orbite

Aaaaaah! L'espace! Le nouveau farouesste de l'humanité! L'ultime frontière vers l'infini et au delà! Mais surtout l'endroit où personne ne vous entend crier n'entend chanter Justin Bieber! Pfiou : on comprend que ça motive à y aller. Du coup, lorsque le module Eagle d'Apollo 11 a atterri sur la Lune le 20 juillet 1969, tout le monde se disait qu'une nouvelle ère allait s'ouvrir. Une ère de fusées, de villes spatiales installées sous de grands dômes de verre, de colonisation du système solaire, de costumes futuristes en forme de pyjamas à pattes d'eph', de rencontre avec des extraterrestres en mousse!!!!
Le futur, c'était mieux av... euh... Non. Rien.

Et puis bon, finalement, on est en où 45 ans plus tard? Bin, il y a trois-quatre sondes automatisées qui parcourent le système solaire, et quatre ou cinq péquins enfermés dans une grosse boite de conserve en orbite basse au dessus de la terre. Taguée NASA quand même la grosse boite, hein. Voilà voilà. Oui, je sais ça envoie du rêve. D'un autre côté, on a échappé aux pyjamas pattes d'eph.

–Euh... C'est vrai ça, pourquoi c'est parti en 'cahuète la conquête spatiale?

Pour le savoir, faisons un petit point historique, voulez-vous?


Le ciel, les étoiles, la lune, toussa, ça a toujours passionné les humains. Déjà, dans l'antiquité, les habitants de Sodome étaient réputés pour leur exploration approfondie de la lune Aristote (cf. l'article précédent. Non je ne mets pas le lien, faites un petit effort aussi!) s'interrogeait sur la nature de notre satellite.

Et déjà à l'époque, certains auteurs imaginent des voyages vers notre satellite, à la rencontre d'hypothétiques sélénites. Les histoires ou des phantasmes de voyages vers la lune traversent d'ailleurs l'histoire :
Et même inspiré des artistes :


Notons que la plupart de ces récits envisagent des moyens de locomotion spatiaux qui oscillent entre le gentiment naïf (transporté par des oiseaux magiques) et la consommation en quantité industrielle de schnouffe coupée à l'acide de batterie (une ceinture de fiole de rosée gorgée de soleil) en passant par le nawak le plus total (bateau dirigeable). Même Jules Verne, en 1865, envisage un moyen plutôt risqué : s'enfermer dans un obus géant tiré par un énorme canon.

Faisons un petit jeu. Selon vous :
Attention, il y a un piège.
Si vous avez répondu :
►D : bien tenté, mais non. Obiwan Kenobi est surtout connu pour avoir inventé la perche à selfie.
Tss tss...

► C : franchement, presque. Mais non.
Aucun rapport, à part la forme et le fait que les gnomes appellent ça des petites "fusées".
► B : Bravo! Vous êtes tombé dans le piège comme la plupart des gens. C'est vrai que le mythe du savant nazi qui fabrique des soucoupes volantes pour aller sur la lune, ça laisse toujours rêveur. Mais non, pas de bol, si Von Braun a bien conçu les V1 et les V2, avant d'être le père du programme spatial américain, il s'est appuyé sur les travaux d'un de ces prédécesseurs.
Extrait de l'excellent documentaire "Iron Sky".


► A : en effet, c'est bien Edouardo. Enfin Constantin Edouardovitch Tsiolkovski (oui, le "Edouardovitch", ça casse un peu le truc quand même je trouve), un savant russe, au début du XXième siècle qui a imaginé le concept moderne de la fusée.
Non, ça n'est pas le professeur Tournesol. Mais il y a de l'idée.



L'idée de base est simple : elle repose sur les lois de Newton (action-réaction, et loi de la gravité). L'idée est d'accélérer et d'éjecter de la matière à grande vitesse, pour en réaction, propulser la fusée dans les airs. D'où le nom de fusée à réaction. L'objectif pour une fusée spatiale étant d'obtenir une vitesse suffisante pour que la distance de "chute" soit supérieure au diamètre de la Terre (cf. article précédent encore).

Notons que le père Tsiolkovski en avait dans le citron puisqu'il avait déjà cogité le carburant à utiliser (propergol) et le principe d'étages de fusées (pour alléger la bête au fur et à mesure que le carburant est consommé). Il avait même imaginé le principe des stations orbitales modulaires. Oui, fin XIXième début XXième. Ils sont balaises ces russes quand même... ça me fait penser que mon garagiste, Youri, doit surement avoir un lien de parenté avec Constantin. En tout cas, ça expliquerait son obstination à bidouiller ma voiture avec des pièces de Spoutnik.

Ceci étant, notre pote Constantin avait encore plein d'idées très en avance sur leur temps : comme par exemple l'ascenseur spatial.

–Un... ascenseur spatial? Sérieusement?

Oui. L'idée est de construire une tour de 36.000 kilomètres (tant qu'à faire hein...), ou d'y positionner une station orbitale géostationnaire et d'en faire descendre un câble (de plusieurs milliers de kilomètres donc) pour monter des charges vers l'orbite terrestre. Je ne vous cache pas que beaucoup de savants ont longtemps pensé que c'était con comme une bite et virtuellement infaisable, tout simplement parce qu'aucun matériau connu ne serait assez solide. Enfin presque : le diamant le pourrait, mais à l'évidence, les ressources sont limitées. Sauf que depuis des progrès ont été fait : on fabrique des matériaux artificiels (nanotubes de carbone) présentant les caractéristiques voulues. En trop faible quantité encore, mais le principe devient potentiellement viable. Enfin sauf qu'il reste quelques problèmes sérieux à surmonter :
  • la protection de l'édifice contre les crashs, les actes de terrorisme
  • le coût astronomique (c'est le cas de le dire)
  • l'emplacement (idéalement le plus proche possible de l'équateur... ça pourrait être sympa en Centrafrique non? Non?)
  • la musique : alors déjà que la musique d'ascenseur pendant quelques minutes c'est chiant, imaginez pendant des heures voir des jours : il va falloir envisager la présence de psychologues à bord pour éviter des actes désespérés....
  • si l'un des passagers lâche une caisse du type silent but deadly... on a le droit de le balancer par le sas?
  • si je me retrouve dans la même cabine que Maurice de la compta, que je ne peux pas blairer depuis qu'il a raconté à l'arbre de Noël de la boite que j'avais eu une meilleure augmentation que les autres, est-ce que je vais pouvoir maintenir ce silence gêné si caractéristique pendant les moult heures de trajet?
  • quand l'ascenseur tombe en panne :  l'interphone pour prévenir le dépanneur sera-t-il aussi foireux que sur les ascenseurs d'immeuble? Faudra-t-il attendre le dépanneur aussi longtemps?
"♪♫ Oh oh oh ooooh... en apesanteur... oh oh oh oooooh pourvu que les secondes heures soient des heures jours ♫♪"

Alors l'ascenseur spatial : avenir de la conquête spatiale ou cauchemar des ascensumophobes? L'avenir le dira sans doute.


Il aura donc fallu un bon demi-siècle entre l'idée de Tsiolkovski et sa réalisation pratique. En raison du coût évidemment... et un peu par manque de volonté politique ("Aller dans l'espace? Visiter la lune? Nan mais OSEF quoi!"). Et donc comme souvent, ce sont les militaires qui vont faire décoller le projet, sous l'égide d'un ingénieur de formation : Wernher Magnus Maximilian von Braun (un vrai nom de méchant qui sonne bien). Dans un premier temps, les militaires nazi en l'espèce, comme le montre ce document d'archive :
Oui, les gros objets oblongues, ça a toujours du succès.
Profitant des capitaux mis à sa disposition par la luftwaffe, Wernher procède donc à la mise au point de fusées basées sur le procédé décrit par Tsiolkovski : de grands objets phalliques, à carburant liquide, et à plusieurs étages...
"Comme la mienne!"
Ce sont d'abord les fusées A2 (A pour Aggrégat), puis les A4 plus connue sous le nom de "V2" ("V" pour "Vergeltungswaffe" ou "arme de représailles") et qui vont pleuvoir sur Londres à partir de 1944.

Mais rassurez-vous, c'est comme dans les films, les méchants ne peuvent pas gagner. A la fin de la guerre, Von Braun est donc jugé et condamné pour la mort de milliers de prisonniers de guerre embauchés à la fabrication des V2 récupéré par la CIA dans le cadre de l'opération Paperclip ("Presse Papier"), comme des centaines d'autres savants nazis du reste. Il est ensuite naturalisé américain, puis confortablement installé à la tête du programme spatial américain avec un salaire de nabab. Programme spatial "civil" largement financé (et trusté) par l'armée...
Tient!? Sergueï Korolev a l'air de trouver que l'idée est bonne lui aussi...


Mais bon, c'est pas pareil, c'est l'armée des gentils.

Car oui : si une fusée peut envoyer des gens dans l'espace, elle permet aussi à l'évidence de balancer des explosif dans la margoulette des pays voisins, ce qui est bien sympa quand on envisage de conquérir le monde, et ce qui permet de se couvrir en disant qu'on travaille sur un programme spatial civil. Ah ah ah!
Lu dans cet article.

Et d'ailleurs c'est bizarre comme la carte des pays détenteurs de l'arme nucléaire (ou en capacité de l'être à brêve échéance) est étonnamment similaire à celle des pays qui ont un programme spatial. Surement un incroyable hasard ou une extrême coïncidence. Voyez plutôt :
Ceci est donc une superbe carte des plus gros faux-culs de la planète.



En juillet 1969, le programme Apollo finit par aboutir, permettant au module Apollo 11 de se poser sur la lune, à Neil Armstrong d'être le premier homme à y poser le pied, et aux soviétiques de pleurer leur mère.
Fait chier! On était les premiers à envoyer un mec dans l'espace quand même merde!
Notons que si des théories fantaisistes reviennent périodiquement pour prétendre que la NASA n'a jamais atterri sur la lune, et que tout était filmé en studio par Stanley Kubrick, la meilleure preuve qu'ils l'ont bel et bien fait, c'est que dans le cas contraire, les soviétiques se seraient fait un réel plaisir de démonter leur combine.

La dernière mission à se poser sur la lune était la mission Apollo 17 en décembre 1972. Depuis, les missions spatiales habitées se sont limitées à l'orbite terrestre basse.

Mais alors, puisqu'on sait toujours fabriquer des fusées, pourquoi est-ce qu'on ne va plus sur la Lune me direz-vous?

Facile :
  1. La course à la lune est déjà gagné. Par les américains. C'est une compétition ou il n'y a pas de deuxième place : t'as perdu, t'as perdu. Point.
  2. Ça coûte une blinde
  3. Les militaires s'en tamponnent : la Lune ne présente aucun intérêt stratégique
  4. L'entropie
–L'entropie?

L'entropie.

–Kezako?

L'entropie, c'est l'augmentation de la désorganisation d'un système. L'usure. La détérioration. La physique considère que l'Entropie de l'Univers (sa désorganisation donc) ne peut qu'aller en s'accroissant. Bref : ça se dégrade quoi. Ce phénomène semble avoir tendance à s'appliquer aux sociétés humaines dans certains cas.

Et bien le voyage vers la lune, c'est pareil. L'Entropie.

Sinon, comment expliqueriez-vous... ça :
(avertissement : le visionnage et surtout l'écoute du morceau suivant peut gravement affecter votre audition et votre santé mentale. On vous aura prévenu!)

vendredi 10 juillet 2015

L'arme à l'œil

Les êtres humains sont fascinants! Si si! Ne serait-ce que pour leur extraordinaire inventivité, qui semble ne connaître aucune limite, lorsqu'il s'agit de trouver un moyen efficace de trucider son prochain, et de le faire souffrir. Et en plus, merveille de la société de consommation, plus on se trucide à grands coups d'armes sophistiquées, plus ces dernières deviennent bon marché. Il suffit de voir le succès de la kalach' : environ 100 millions d'exemplaires en circulation dans le monde, soit environ une kalach' pour 60 habitants sur terre...

Je ne sais pas vous, mais moi la prochaine fois que je me retrouve avec plus de 58 personnes autour de moi, je prends la mienne : je préfère être celui qui tient le flingue que celui qui se prend une rafale dans le croupion. C'est d'ailleurs ce qui a poussé les américains à faire le second amendement à leur constitution concernant le droit à porter des armes. Enfin, c'est soit ça, soit une fascination morbide pour la roulette russe.
"Tu vois, le monde se divise en deux catégories mon ami :ceux qui ont un pistolet chargé et ceux qui creusent.Toi, tu creuses."
Bon le problème avec les armes, c'est qu'en général ça tue des gens, et pas toujours les méchants (sauf à supposer que Cabu avait quelques cadavres dans son placard, le coquinou). Et je ne parle même pas des accidents qui font qu'on a plus de chances d'être blessé/tué par son propre flingue que par un psychopathe tatoué aux yeux injectés de sang (bien que cette description puisse probablement s'appliquer à pas mal d'ados un lendemain de soirée...). Du coup, plus il y a d'armes en circulation, plus les chances de se faire trouer la peau sur un malentendu augmentent.
Bien sûr, aucun lien avec cet autre graphique... Non. Aucun.

Et puis, je suis de la génération Mac Gyver, alors du coup, c'est vrai que les armes à feu, j'aime pas trop ça finalement : c'est lâche, gourmand en munitions, ça peut s'enrayer, et ça ne demande aucune subtilité. Tout le portrait des racailles incultes se réclamant soi-disant d'une religion.
Saletés d'incultes! Ou saletés d'un culte, comme vous préférez.
En effet, rien ne vaut la satisfaction de maraver les malandrins au corps à corps, avant de traîner leur cadavre encore chaud dans votre grenier pour un séchage en règle.
Mac Gyver? Non violent? Juste parce qu'il n'utilise pas d'arme à feu? Ah ah ah!
Bref, autant vous dire que chez nous, les gnomes n'ont pas été tellement sensibilisés aux armes, à part éventuellement par le biais de dessins animés présentant de tels ustensiles.
Un flingue qui fait peur.
Aussi, lorsque dernièrement, Xéna a commencé à traverser sa période peur du noir/des monstres sous le lit, j'ai été bien embêté lorsqu'elle m'a réclamé je cite "un pistolet à monstres". On a bien tenté de lui expliquer que les monstres craignaient les chatouilles et les chaussettes sur le nez : ça n'a duré qu'un temps. Et la chaussette de combat ayant montré ses limites (Xéna est passée maître dans l'art martial du Chaussette Kun Do), la course à l'armement a donc dû reprendre. Ne pouvant me résoudre à équiper ma princesse guerrière d'un truc en plastique bas de gamme du commerce ou d'une imitation trop proche d'un vrai pistolet, et la choupette refusant de se limiter à une épée à 4 mains en mousse, il m'a donc fallu me creuser la tête.
Le quoi? Le centre de gravité? Bah, c'est très surfait...

Seule solution, lui fabriquer l'objet de ses rêves. Problèmes :

  1. quel aspect lui donner?
  2. comment lui donner la capacité de lancer des projectiles?
  3. quel type de projectile ? (chaussette?)
  4. comment faire pour que ça reste sans danger?
Et bien la réponse à ces questions se trouve dans le tutoriel ci-dessous (je me permets d'emprunter à Paf-le-Paf son expression de tutokitu, fort adaptée en l'espèce) :

Tutokitu : le Patator® 2000 de chez Acme™ Papa Hérisson

Pour fabriquer un Patator® 2000, il vous faut :

  • du bois (pour ma part, une vieille chute de contreplaqué de 20mm)
  • un tuyau en pvc (chute de tuyau de gouttière de 80mm en l'occurrence)
  • des vis
  • de la peinture en bombe (optionnel, mais ça rend mieux)
  • des ballons de baudruches (genre ballons de fêtes d'anniversaires, je suis sur que vous en avez qui trainent)
  • des œufs kinder (les anciens : les emballages jaunes qui ressemblent à des Minions) pour les munitions
    Ça fonctionne. La preuve...
En outillage :

  • une bonne scie maniable et fine (genre scie à guichet si vous avez)
  • une visseuse/perceuse
  • de la toile émeri (papier de verre)
Et voici comment on procède :

  1. tracer au crayon le contour de la future crosse du patator (de préférence adapté à la taille de main du gnome).Vous pouvez éventuellement emprunter le Browning "baby" de votre dealer de schnouffe préféré comme modèle.
    Évitez juste de prendre le 44 magnum de Dirty Harry comme gabarit, votre gnome aura du mal à tenir le bidule.
  2. découper la forme.
    My name is Bond, Jean Bond.
  3. bien poncer les bords afin de rendre la prise en main confortable.
    A défaut d'être poli, il sera poncé.
  4. découper le tuyau de pvc (25 à 30 cm de long, mais je pense qu'on peut faire moins... disons que c'est bon compromis entre efficacité et aspect "menaçant").
    Après, vous pouvez la jouer "lance-rocket" si ça vous chante, mais j'ai peur que vous perdiez en efficacité.
  5. percer deux trous dans le tuyau à l'aplomb de la future position de la crosse (attention, juste d'un côté, de l'autre, côté qui sera vissé, de simples pré-trous suffiront)
    ♪♫J'fais des trous, des p'tits trous, encore des p'tits trous♫♪
  6. peindre les éléments à l'aide de couleurs criardes pour effrayer l'ennemi (technique dite de "Goldorak").
    Astérofulgur!
  7. assembler les éléments en vissant le tuyau à la crosse (le tournevis ou la visseuse passera par les trous fait précédemment).
    Faut pas croire, c'est cogité tout ça!
  8. prendre un ballon de baudruche non gonflé, faire un nœud au niveau de la valve, et découper l'autre extrémité.
    Et couic!
  9. L'enfiler à l'arrière du tuyau.
    C'est facile, c'est comme une capote. Comment vous dites? D'habitude c'est plus petit? Ah non, je ne vois pas...
  10. Prendre votre plus beau feutre pour y inscrire le nom de l'objet de goût que vous venez de créer.
    Nom clairement abusif, puisque l'objet est incapable de lancer une patate. Trop lourd.
  11. Tadaaaam! Vous voilà détenteur d'un Patator®2000. Placer un œuf kinder dans le bidule, tirer sur la valve du ballon, viser, relâcher, et hop.

Merci qui? Merci Papa Hérisson!