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lundi 21 août 2017

Crédit à la con, sot!

Aujourd'hui, j'ai envie d'aborder un sujet que certains d'entre toi, cher lecteur, a peut-être vu passer brièvement dans la presse. Oui, alors bon déjà, tu sais que quand je commence à te tutoyer, c'est qu'en général je suis un chouïa chafouin. Et là, en effet, chafouin je le suis, il faut bien l'admettre. Car lorsque j'ai lu ceci, mon sang n'a fait qu'un tour :
J'te raconte pas quand les huissiers vont débarquer... on va prendre cher.
Alors bien sur, on ne parle pas d'un crédit à la banque hein, c'est un "crédit" sur les ressources naturelles disponibles (matières premières, ressources végétales, eau, nourriture, etc...). Si vous êtes un minimum anglophone, cette vidéo vous expliquera plus précisément de quoi il retourne :


Et sinon je vous résume l'idée : en 8 mois, l'espèce humaine a consommé les ressources que la planète met un an à constituer. Donc, depuis le 2 août, tout ce que nous consommons dépasse les capacités de renouvellement de la Terre et on vit à crédit sur les ressources que la planète va constituer l'année suivante. Mais  comme on parle d'un calcul annuel, que ça fait des années que ça dure, et que la date butoir avance sans arrêt, on peut considérer que ce sont déjà des années voire des décennies de crédit que nous nous trainons. Voilà voilà...

Bon alors évidemment, c'est assez abstrait : ce genre de crédit ça ne se visualise pas sur le relevé de banque à la fin du mois (encore que... mais je vais y revenir), et aucun huissier ne va venir toquer à la porte pour saisir votre écran plasma trouzmille pouces et votre Touingo® dans les jours qui viennent...
*knock knock*
"–Bonjour, maître Xl@rghµh$$%, huissier de justice inscrit au greffe de Zeta de la Reticule, je viens pour le recouvrement du crédit..."
Et pourtant, d'une façon ou d'une autre, vous avez déjà commencé de payer. Vous ne l'aviez pas remarqué? Pourtant... vous payez bien vos factures d'eau? C'est-à-dire que vous payez pour le traitement et le retraitement des eaux, afin de pouvoir disposer d'eau potable pour boire, et accessoirement faire votre vaisselle, laver votre voiture, ainsi que votre petit pipi et votre gros caca (puisqu'il n'y a qu'un seul réseau d'eau courante, tout ça c'est avec de l'eau potable, et oui...). Enfin, quand je dis pour boire, ça dépend puisque nombreux sont ceux qui préfèrent payer l'eau à boire sous forme de bouteilles plastiques, bien plus chère, et joyeusement infusée de matière plastique puisque les bouteilles sont thermoformées et remplies dans la foulée avant même leur refroidissement...


Mais ce n'est pas tout : logiquement vous payez aussi une taxe sur les ordures (directement si vous êtes propriétaires, ou indirectement dans vos charges si vous êtes locataire). En attendant peut-être de payer une taxe sur l'air que vous respirez (parce que bon, voilà quoi, à ce rythme, il va bientôt falloir le filtrer pour le respirer hein...). Lorsque vous achetez votre voiture, vous payez une taxe pollution sur la carte grise, plus tout un tas de taxes sur l'essence consommée par la suite. Vous visualisez ces villes de science-fiction (Blade Runner ou autre) qui ressemblent a des mégalopoles tentaculaires sans verdure, pleines d'immeubles immenses et dans lesquelles les habitants se baladent avec des masques à gaz? Ne rêvez plus, ça n'est plus de la science-fiction, ça existe déjà à Mexico, Tokyo, Hong Kong,Shanghaï et tant d'autres. Seules les voitures volantes sont encore du domaine de la fiction. Le prix nous le payons aussi déjà sur le plan géopolitique : de nombreux observateurs s'accordent à dire que la crise en Syrie (pour ne citer qu'elle) trouve une large part de ses fondements dans le changement climatique lié à l'activité humaine.

Pour les ressources à proprement parler : le pétrole augmente de plus en plus, tout comme les métaux, ou la nourriture saine... Donc, techniquement, même si c'est presque invisible parce que vous y êtes accoutumé : c'est comme la fable de la grenouille... Oui, vous avez déjà commencé de payer ce crédit. De le payer certes, mais la dette elle-même ne pourra jamais être soldée : elle n'est pas sous forme monétaire...

Et ça ne semble pas parti pour s'arranger, vos descendants risquent de douiller encore plus sévère, et pas que financièrement : plus d'eau potable, plus de métaux, plus de nourriture saine et abondante, plus de bois, d'air pur à respirer, plus de plages de sable fin...

–De sable? Sans rire...

Sans rire. Ça ressemble au vieux sketch de Coluche sur les technocrates à qui tu files le désert et qui finissent par acheter du sable ailleurs, et pourtant... Le sable coquillier est un composant essentiel du béton. Béton qui sert à construire plein de trucs moches, et en particulier à bétonner les littoraux pour enrichir les promoteurs immobiliers. Sauf qu'on ne peut pas utiliser n'importe quel sable : celui du Sahara ne conviendrait pas par exemple, il est trop rond et n'a pas la bonne composition : il faut du sable "coquillier", c'est à dire en partie issue de la dégradation des coquillages. Donc du sable de mer ou de plage. D'où l'exploitation sans vergogne de ce sable : il faut environ 200t pour construire une maison, 30 000t pour un km d'autoroute, et pour le mur de Trump je vous laisse imaginer...

Rien qu'au cours de quatres dernières années, la Chine a consommé autant de sable que les Etats-Unis en 1 siècle, et la tendance ne semble pas à s'inverser. Résultat? Des littoraux sont petit à petit rongés par cette surexploitation. Inutile de vous dire que l'écosystème qui vit sur ces littoraux n'est pas à la fête.


–Ah ouaih, à ce point.

Et oui. Donc profitez bien de la plage avec vos enfants, il est possible que cela ne dure pas. Ah, et puis il y a aussi les forêts primaires comme celles de la Malaisie ou de l'Indonésie que l'on détruit, souvent par le feu tant qu'à faire n'importe quoi, pour planter à la place des palmiers à huile afin de fabriquer (entre autres) du Nutebwaaah®, et tant pis pour les orang-outans qui y vivent. Ou encore les écosystèmes détruits pour l'exploitation du gaz de schiste par la fracturation hydraulique... Y en a un peu plus, je vous le mets avec?

Donc quand on parle de "crédit", c'est plus une dette que vous collez sur le dos de vos enfants/petits enfants, et qu'ils ne pourront jamais solder. Pour prendre une analogie, c'est un peu comme si vous fracassiez la tirelire-cochon de Jean-Kevin, 5 ans, pour lui chaparder ses quelques euros afin de vous offrir le dernier iphoune8X-mega-HD-de-la-mort® (qui tombera en panne dans 6 mois ou aura son écran pété dans 15 jours) : certes vous avez le dernier iphoune8X-mega-HD-de-la-mort®, mais vous venez de faire les poches d'un mioche de 5 ans, ce qui fait de vous un gros rabouin sans scrupules. Sauf qu'en plus après avoir fracassé la tirelire cochon, vous avez aussi uriné sur les murs, et vidé les poubelles du quartier dans sa chambre. Car au-delà la consommation des ressources, il y a aussi un problème de déchets.

–Ah oui, j'ai vu ça... il parait que chaque français produit en moyenne dans les 350 kg de déchets par an...

350kg? Presque. Mais en fait non. Nous sommes plus proches de 14 tonnes par français (et j'imagine que le score d'un américain n'a rien à lui envier). 354kg, c'est juste le poids de nos ordures ménagères. C'est en quelque sorte la partie visible de l'iceberg. Mais bien avant que la boite de raviolis que vous venez de vous enfiler n'arrive dans votre poubelle, sa fabrication a déjà produit une bonne quantité de déchets, aussi bien pour fabriquer le contenu que le contenant. La partie cachée de l'iceberg, ce sont donc tous les déchets produits EN AMONT, générés par l'industrie. Afin de fabriquer, par exemple, ce merveilleux iphoune8X-mega-HD-de-la-mort® qui fait moins de 500g, l'industrie a produit 75kg de déchet en amont.
L'emmerdant dans tout cela, c'est que le Titanic c'est notre planète...

Bien sûr, sur ces 14t, certains déchets ont un impact limité (vos épluchures de carottes ne vont guère porter tort à la planète), mais d'autres ont un impact plus... durable : les déchets radioactifs produits par les centrales nucléaires qui vont servir à recharger votre iphoune8X-mega-HD-de-la-mort® ont pour certains une activité nocive pendant des centaines de milliers d'années... c'est sympa hein?

Pour que vous visualisiez bien le truc, 14t, c'est la masse d'une pelleteuse de belle taille. Par an. Par français. Sachant que nous sommes environ 67 millions. Donc, 67 millions de pelleteuses. Si vous avez une quarantaine d'années (âge médian en France) : il suffit de multiplier pour imaginer la masse de déchets accumulés (ok, je dois exagérer un peu car le volume de déchet n'est pas forcément stable depuis 40 ans hein...). Mais je ne parle que de la France. Alors certes, l'Ethiopien moyen doit être plus proche de la brouette que de la pelleteuse, mais l'américain moyen (ils sont environ 300 millions je le rappelle) est sans doute plus proche du semi-remorque...

Oui. Une pelleteuse par an.
Ce qui est extraordinaire, c'est que même en le sachant (je rappelle que plusieurs articles de presse ont évoqué cette histoire de "crédit" sur les ressources de la planète hein!) on continue comme ça. Même dans les films on en parle, comme par exemple Hugh Laurie dans le film "A la poursuite de demain"... dommage, il y a incarne le méchant...


Au contraire, tout le monde nous rebat les oreilles du PIB, de la production industrielle et de cette fameuse "croissance" (supposément infinie visiblement, la planète Terre doit être connectée à d'autres dimensions je suppose) qui doit mettre sa misère au chômage, sauver le pays et faire revenir l'être aimé en moins de 48h : la presse, les dirigeants représentants politiques (oui : on n'élit pas des gens qui nous dirigent, mais des gens qui nous représentent. En théorie... si si, c'est écrit dans la constitution. Ça peut sembler être de l'enculage de mouche la sodomie de diptères, mais les mots ont leur importance, et à nous balancer sans arrêt du "dirigeant" à toutes les sauces, les médias accréditent l'idée que nous leur devons obéissance, alors qu'en fait... non pas trop), et tout un tas de gens très intelligents. Et vous êtes priés de les croire puisqu'ils sont plus intelligents que vous. Eux-mêmes vous le disent, c'est bien la preuve.
Ou si vous préférez : vous êtes trop cons pour comprendre, alors laissez faire les gens intelligents sans vous poser de questions. Merci. Bisous. Ah, au fait, on va ouvrir les magasins le dimanche pour augmenter la croissance.

Et tous en mode "TINA" ("There Is No Alternative" = Il n'y a Pas d'Alternative, célèbre formule thatchérienne qui nous explique gentiment que t'es bien gentil avec tes gros sabots d'écolo-bobo-gaucho-socialo-humaniste, mais que, en gros, tu vas pouvoir t'asseoir sur tes jolies convictions et tourner) s'il vous plait, pour bien nous faire comprendre que l'économie de marché libérale qui pollue et consomme des ressources en mode RAF ("Rien A Foutre")  est la seule fucking solution. Ou comment foncer droit dans le mur en klaxonnant. Quelque chose me dit que certains ont dû louper quelques barreaux en gravissant l'échelle de l'évolution...
"–Bon, demi-tour les mecs, on s'est planté..."

Evolution au sommet de laquelle nous sommes censés être parvenus justement... Je vous mets une photo d'Hanouna ou d'Eric Zemmour ou ça ira?

Juste pour rappel, l'espèce humaine existe depuis environ 15 millions d'années si on considère l'apparition des tous premiers hominidés. Et si l'on s'en tient à l'Homo Sapiens, c'est tout juste 315 000 ans environ. Et durant cette période, nous avons réussi à... euh... fabriquer des iphoune8X-mega-HD-de-la-mort®? A titre de comparaison, les fourmis (vous visualisez bien hein : les petits machins avec des antennes qui vivent dans des fourmilières et que vous essayez de zigouiller à grands coups d'insecticides quand vous en avez trop près de votre garde-manger...) existent depuis 100 millions d'années environ, et ont survécu à 4 ou 5 extinctions massives dont la Grande Extinction de la fin du Crétacé (mais siiii, vous savez, la disparition des dinosaures!). Et vous savez quoi? Je suis presque certain qu'elles survivront également à la prochaine Grande Extinction... celle que nous sommes en train de déclencher. Par contre, quelque chose me dit qu'il n'est pas certain que l'espèce qui se trouve "au sommet de la pyramide de l'évolution" y survive à celle-ci...

A ce stade, je pense que les crânes d’œufs experts du Global Footprint Network (l'institut de recherches international établi à Oakland,Californie, et qui réalise le calcul du fameux indicateur de la date du crédit sur les ressources naturelles du début de cet article) s'arrachent tellement les cheveux que la plupart d'entre eux pourraient postuler à un job de mascotte chez Matines.
Image de la dernière réunion des experts du Global Footprint Network

–Bon, ok, mais au pire si on salope trop la planète, on ira s'installer ailleurs, non?

Hum. Il n'y a aucune autre planète habitable en l'état dans le système solaire. Et ailleurs bin... on n'en sait trop rien, mais d'façon on s'en cogne : dans le meilleur des cas il nous faudrait minimum 20 000 ans pour atteindre la plus proche en supposant qu'elle soit en orbite de l'étoile voisine. Sinon ça serait encore plus long. 20 000 ans de voyage. VINGT. MILLE. FUCKING. ANNEES!!!! Pas de planète "B", pas de plan B. TINA. There Is No Alternative. Nada. Macache bono. Que dalle. Niente. Nothing. Rien.

–Et Mars alors? J'ai entendu dire que le milliardaire sud africain là... Elon Musk, il voulait coloniser Mars.

Je reprends pour les deux du fond : aucune. Autre. Planète. Habitable. Dans. Le. Système. Solaire. Mars ne fait pas exception. En l'état, Mars, c'est ça :
Ça envoie du rêve...

Du sable et des cailloux. De l'eau : c'est pas sûr. Pas beaucoup dans le meilleur des cas. Mars fait un tiers du diamètre de la Terre et n'a aucune végétation ni  cours d'eau. La température en surface oscille joyeusement entre -133°c et -3°c (avec une moyenne à -63°c), et la pression de l'air est d'environ un centième de celle de la terre. Moins qu'au sommet de l'Everest. Et bien sûr il n'y a pas d'oxygène dans l'atmosphère. Autant dire que la tenue de plage des touristes sera plus proche de ça :
"–Pinaise! Et dire qu'on nous chié une pendule pour quelques burkinis..."

que de ça :
"–Pinaise... et dire qu'on nous a chié une pendule pour quelques claquettes-chaussettes..."

Et la maison sur Mars plus proche de ceci :
"–Pinaise! Quel est le porc qui a encore oublié de fermer la porte des cabinets?"
que de cela :
"–Pinaise! Qui a laissé le robinet de la baignoire ouvert?"

Si vous avez déjà du mal à supporter Franck Dubosc dans "Camping", imaginez la même chose en vase clos pendant 20 ans...

–Oui bon bah, on la rendra habitable Mars hein!

La terraformation? Bah pourquoi pas hein... Sauf que le processus a de bonne chance de s'échelonner sur des siècles voire des millénaires et qu'en attendant, les colonies martiennes seront tributaires des ressources de la Terre. Et j'ajouterais que tenter de rendre une planète inhabitable habitable alors même que nous sommes en train de faire l'inverse, c'est à dire rendre une planète habitable inhabitable, ça s'apparente quand même vaguement à du foutage de gueule. Avant de tenter de transformer un Kart à pédales en Traban, ça serait sans doute pas mal d'apprendre à faire au moins la vidange de la Rolls Royce...

–Misère... et on fait quoi alors puisque tout le monde s'en fout?

On fait blit. Et on essaye, à son échelle, de diminuer son impact autant que possible :
  • réduire ses déchets : en sélectionnant les produits avec le moins d'emballage possible par exemple. Idéalement, pas d'emballage du tout. L'emballage, c'est une triple arnaque : tu payes le déchet qu'il constitue dans ta taxe ordure ménagère, tu pollues, et la fabrication de l'emballage lui-même génère des déchets et de la pollution en amont (raffinage des produits pétroliers pour les plastiques, abattage des arbres, etc...). Privilégier les emballages réutilisables (verre par exemple) et/ou recyclable facilement (carton). De plus en plus d'épiceries (bio ou non) et même des grandes surfaces proposent des produits "en vrac" (faut juste prévoir des récipients ou des sacs).
  • éviter de succomber aux sirènes du marketing : le dernier iphoune8X-mega-HD-de-la-mort® est sûrement très joli, mais celui que vous avez fonctionne encore très bien, et vous n'en aviez déjà pas super besoin... et si vraiment vous ne pouvez pas résister, voir le point qui suit.
  • le marché de l'occaz existe, se porte bien et est facile d'accès à l'ère d'internet. Il présente un double avantage : c'est moins cher, et cela évite de générer de la surconsommation nuisible à l'environnement et à l'éthique (songez aux chtites nenfants qui travaillent dans les mines de coltan au mépris de leur santé pour y extraire le précieux minerai permettant la fabrication de ce fameux iphoune8X-mega-HD-de-la-mort®...
  • ne gaspillez pas l'eau : ne la laissez pas couler inutilement, utilisez des bassines pour la récupérer et arroser vos plantes avec par exemple. Il existe aussi des embouts de robinet permettant de réduire votre consommation d'eau. La douche quotidienne n'est peut-être pas nécessaire : de nombreux dermatologues estiment que l'excès d'hygiène est mauvais pour notre santé. En plus, vous diminuerez votre facture d'eau.
  • réduisez votre consommation d'électricité : combien d'appareils n'auraient pas besoin de fonctionner en permanence chez vous? N'oubliez pas qu'un appareil en veille consomme aussi de l'électricité! De la même façon, tout bloc d'alimentation (transfo) branché sur une prise consomme aussi de l'électricité même si aucun appareil n'y est raccordé!!! Oui, car un transfo contient un système avec des bobines qui permet de "transformer", d'où le nom, la tension électrique en l'abaissant pour les appareils qui ont besoin d'une faible tension. Le problème, c'est que ce transfo fonctionne dès lors qu'il est branché, et cela qu'un appareil soit connecté de l'autre côté ou pas. On débranchera donc les transfo non raccordé, ou on utilisera des prises avec interrupteur pour stopper totalement l'alimentation. Encore une fois, outre l'avantage écologique de réduire sa consommation, vous y trouverez un avantage financier...
  • sachez aussi qu'il existe des fournisseurs d'électricité qui garantissent que leur production vient de sources renouvelables (solaire, éolien, etc...) : Enercoop, Lampiris, et d'autres. Attention cependant, certains sont des filiales de groupes plus... discutables, tels que Total.
  • dans vos achats, essayez de privilégier les produits locaux autant que possible : rien à voir avec un quelconque patriotisme économique à l'heure où l'usine voisine peut très bien appartenir à un groupe du Qatar ou de la Chine, c'est juste pour minimiser les transport et donc l'impact écologique de ce produit. Au delà de ça, un achat local tend à favoriser l'économie locale hein...
  • arrêtez de faire des gosses, on est déjà trop nombreux. Faites des crêpes plutôt, c'est bon les crêpes.
  • Recyclez, réparez, rafistolez, récupérez. Ainsi l'a dit Mac Gyver dans le psaume... euh... De façon générale, évitez de gaspiller : aussi bien en matière alimentaire que pour les biens dits de consommation.
Et surtout : arrêtez d'être des moutons. Utilisez votre fucking cerveau : réfléchissez à ce que vous faites! Documentez-vous! Des solutions existent... Le futur ne sera sans doute pas radieux, mais on peut encore faire qu'il y en ait un... peut-être.

mardi 2 août 2016

L'éloge que du pire!

L'actualité pour le moins chargée de ces derniers temps vous aura sans nul doute donné l'occasion de le constater : le traitement médiatique de la chose, sans même parler des réactions à chaud des "people" (vedettes, experts autoproclamés de tout poil, politiciens, et autres youtubers), est souvent au ras des pissenlits. Côté racine s'entend. Aucun degré de réflexion, aucun recul, aucun "filtre" : on balance au public des images et des commentaires à chaud, sans même se donner le temps d'analyser calmement la chose et les conséquences que ces images et ces commentaires pourraient avoir. Démission de l'éthique journalistique au bénéfice de la société du buzz à tout prix. Le premier à en causer, fusse pour raconter du n'importe quoi de compétition, sera celui qui vendra [du papier/de l'espace publicitaire/du temps de cerveau disponible/sa mère/sa morale] (rayer la ou les mentions inutiles).

Fonctionne aussi avec Facebouc®, Touïteur®, Gogole®, la radio, les brèves de comptoir, les éditoriaux de machine à café... 
C'est d'ailleurs plutôt paradoxal alors qu'on parle de phénomène de fanatisme et d'endoctrinement. Et que dire de la complaisance évidente avec laquelle les médias diffusent ces images insoutenables de violence, de séquestration et d'encouragement à la haine? Tout cela au nom de l'audimat et des revenus publicitaires...

Comment ne pas imaginer, ne pas se soucier un seul instant de l'effet délétère que ces images peuvent avoir sur une jeunesse fragile ou des individus en manque de repère? Comment ne pas prendre conscience que tout cela participe au succès du recrutement de nouveaux adeptes, chaque jour plus nombreux à tomber dans le piège machiavélique de ces quelques individus qui tirent les ficelles au sommet de l'organisation. Individus qui se soucient probablement plus de l'état de leur compte en banque et de leur pouvoir personnel, que des individus fragiles qu'ils exploitent.

Les médias sont leurs alliés objectifs : que l'on parle d'eux en bien ou en mal, qu'importe tant qu'on parle d'eux. et ça tombe bien, les médias sont là pour faire du buzz et vendre du papier. La même chose s'était produite lors des événements similaires dans les années 90. Pour gagner, il leur suffit d'envahir l'espace médiatique : tout le monde doit avoir entendu parler d'eux. Et là, visiblement, ils ont gagné : la psychose se répand d'elle-même.
Oh mon dieu! ILS sont là!!!!
Et de plus en plus d'individus rejoignent leurs rangs... moi même, j'ai une de mes collègues de travail qui a succombé à leur insidieuse propagande, et commencé son entraînement :  qui sait jusqu'où elle ira?

Il faut dire qu'elle était déjà fragile, conditionnée par les médias, facilement tentée par ce genre de dérive : le terrain était donc favorable. Et j'imagine que quelques mauvaises fréquentations l'auront conduite jusqu'à ce point de non-retour. Bientôt, elle ira sans doute rejoindre les zones de combat... enfin, les "arènes" comme ils les appellent. Sans doute une fois que son Miaouss aura évolué, ou qu'elle aura capturé assez de Rattatas...

Oui, les adeptes de "Pokemon Go" sont de plus en plus nombreux, inconscients qu'ils sont que tout cela ne sert que les intérêts des dirigeants de Nintendo et consorts, qui exploitent sans vergogne les données personnelles (géolocalisation, goûts et préférence, liste de contacts, etc...) de ceux qui succombent à l'installation de cet hippopotame rouge...

Et pourtant, soyons honnêtes, Nintendo n'a rigoureusement rien inventé:
  • Le principe de la chasse au trésor ne date pas d'hier : on peut considérer que les pilleurs de tombes de l'Egypte ancienne la pratiquaient déjà.
  • La géolocalisation par smartphone ? Bof, c'est le principe de la Géocache et de ses différents succédanés
  • La réalité augmentée? Les Google Glass® le faisaient aussi, même si leur succès n'a pas été à la hauteur, et le principe existait déjà avant : les systèmes de visée tête haute qui équipent les pilotes de chasse depuis des décennies fonctionnent sur le même principe de base consistance à surimposer des images générées par ordinateur au visuel de la réalité.

Ils se contentent donc de surfer sur le succès jamais démenti d'une licence qui a fait ses preuves... depuis le début des années 1990. Et oui, la pokemon-mania ne date pas d'hier : jeux de cartes, jeux vidéo, dessins animés, BD, etc... On pourra dire que les pokemons auront été déclinés sur à peu près tous les supports disponibles. Ne manquait que la "réalité"... voilà qui est chose faite. Et les médias de s'extasier sur le "génie" de Nintendo, qui pousse les geek à sortir de chez eux (on notera d'ailleurs quelques combustions spontanées au contact des rayons du soleil ces dernières semaines) et à marcher, parfois des kilomètres et des kilomètres.
Au moins, le geek est uniforme...

Et pourtant, ce jeu est profondément immoral.

–Comment ça immoral?

Bin oui : le but du jeu est de trouver des petits animaux kikinous, de les pourchasser sauvagement pour les enfermer dans des p'tites boules trois fois trop petites pour eux, puis de les entraîner au combat, et enfin de les faire s'affronter à mort dans des arènes, pour les plus grand plaisir de spectateurs extatiques. Et je ne vous parle même pas des "mutations" (ils parlent "d'évolutions") qu'on leur impose, très certainement à coups de produits dopants aux effets secondaires inconnus. Je ne serais pas étonné que le PDG de Nintendo soit un ancien entraîneur olympique Russe tiens...

Je vous propose donc de rejoindre le Front de Lutte contre l'Oppression des Pokemons (ou FLOP) (canal historique bien sûr), voué à convaincre les dresseurs de pokemons de relâcher dans la nature ces pauvres petites bêtes. Et si vous êtes en manque de chasse aux pokemons, sachez qu'il existe des produits de substitution :
  • la Géocache (déjà évoquée)
  • Pokédéchet Go, dont j'avais entendu parlé sur le fil facebouc® de Wonder Fofie (qui tient aussi un blog bien sympa) : se ballader dans la nature, et ramasser les pokédéchets que l'on croise, afin de les enfermer dans une pokétrashbin
    La pokétrashbin : sorte de pokéball.
  • Pokémiiii Go : ramasser les pokémiiii chatons abandonnés lors des grands départs en vacances (existe en pokéwouf) et leur faire des pokécalins en leur donnant du pokémiam et de la pokéwater, avant d'essayer de les placer dans une pokéhome avec une pokéfamilly accueillante
  • Pokémushroom Go : aller à la cueillette des champignons (comment ça "en été?!" ? franchement, vous avez vu la météo?) pour les mettre dans une poképoëlle
  • Jacquie-et-Michel Go : dans lequel Sachatte se lance à la recherche de... hum... 
  • Pokemoan Gode : dans lequel les joueurs tente d'attraper tous les... heu..
  • Pokérien : aller se promener juste comme ça, en regardant le paysage, pour mettre des pokésouvenirs dans sa pokémoire
  • Pokérêverie...
... comme par exemple l'initiative dans le cadre du festival "Rendez-vous conte" mise en place au parc de l'Isle Briand au Lion-d'Angers (le parc de l'Hippodrome) : un parcours de promenade balisée avec des petites scénettes à découvrir au fur et à mesure, permettant de s'imaginer une histoire.
Il était une fois...


Un fois franchie la pancarte de début...
...un grand méchant gentil loup, et un Papa Hérisson qui se promenaient en forêt.
...il faut ouvrir l’œil pour ne pas rater les balises.
Et là, ils croisent un elfe des bois.
"–Oh! Un bonhomme Océdar elfe sylvestre!!!" dit le papa Hérisson
"–Ça se mange?" demanda le grand gentil loup
"–Non, et je ne m'appelle pas Sylvestre, je m'appelle Icheryen" répondit l'elfe.
"–L'elfe Icheryen... hum, ok... je vois" répondit le papa Hérisson.
Enfin, les balises et aussi les petits personnages qui se dissimulent dans leur voisinage.
L'elfe ajouta : "–Faites gaffe, un géant qui chausse du 435 se promène dans le coin, il a même piétiné mes potes : l'elfe Ëdupianodebou, et l'elfe Ëlaghel ..."
Mais bon... des fois, faut être miro pour les rater.

L'elfe poursuit : "–Bon, vous le sentirez venir notez bien : il a retiré ses pompes, ça sent la chaussette à au moins 200m"
"–Ok... z'inquiétez pas, mon loup lui bouffera les durillons s'il s'approche de moi..."
–Tout ça juste parce que tu n'aimes pas "Pokemon", c'est ça?

Ah non, je m'en fiche un peu de Pokemon en fait. A la marge, je pourrais y jouer hein (enfin sauf que je n'ai pas de forfait data sur mon téléphone)... moi-même il m'arrive de geeker sur des jeux. et puis soyons honnête, ce jeu a au moins le mérite de faire sortir les gens. Mais Pokemon, c'est juste pas tout à fait ma génération. Alors ok, la politique de captation des données personnelles par Nintendo est discutable, ceci étant, là encore, ils n'ont rien inventé : pour rappel, le jour où vous faites faire une carte grise pour votre voiture par exemple, je vous conseille de bien vérifier que la case "je m'oppose à l'utilisation de mes données personnelles à des fin commerciales" est bien cochée, car sans cela, l’État français est libre de vendre... hum... pardon, de fournir vos données à des sociétés privées détentrices d'un agrément à leur accès (agrément payant bien sûr). Et il ne s'en prive pas.

Non, ce qui m'amuse (ou me désespère, ça dépend des moments), c'est cet espèce d'emballement médiatique pour le phénomène, et pas que pour ça : j'ai souvent l'impression que les médias sont complètement en roue libre. Et sur d'autres thématiques, ça peut s'avérer bien plus néfaste. Le système médiatique, c'est un peu comme le doctissimo de l'humanité : notre société a un bouton purulent de terrorisme sur le postérieur? Doctissimo-médias pronostique direct un cancer colo-rectal mortel en phase de métastase, poussant la société à envisager une chimio lourde et le remplacement du gouvernement rectum par son équivalent en facho PVC... alors que le problème est plutôt dans la tête si vous voyez ce que je veux dire.

Sinon je ne vois pas comment expliquer le fait qu'une organisation terroriste qui porte un nom de lessive soit capable de terrifier la population d'un pays en faisant moins de morts que les accidents de la route ou les effets iatrogènes de la médecine... Je prends ces exemples à dessein : dans les trois cas les morts touchent des individus de tous âges/origines/confessions/sexes à n'importe quel moment, dans les trois cas on peut trouver des responsables (fusse des boucs émissaires) et l’État essaye d'agir, et dans les trois cas, c'est plus facile à dire qu'à faire pour empêcher les morts. Par contre, les 3500 morts annuels sur la route n'auront droit qu'à une brève, au mieux un reportage de 3 minutes au 13h de TF1 entre une chronique sur les désanusseurs de porc bretons et une interview de 5 minutes de Nabilla, tandis que les quelques dizaines de morts des attentats peuvent monopoliser les médias en continu pendant des semaines. C'est beaucoup d'attention accordée à des fanatiques demeurés je trouve... autant dire que la stratégie de la mouche a encore pas mal d'avenir devant elle.
Et oui, dans les histoires, il faut toujours un grand méchant loup...

mercredi 30 décembre 2015

Le choix des mots, l'époque des photos


La semaine dernière, j'étais en vacances.
Oui, enfin ça c'est la théorie...
Et quand je suis en vacances, je me retrouve un peu coupé du monde car :
  1. j'ai pas la télé
  2. je capte pas la radio
  3. je ne lis pas la presse écrite
  4. j'ai pas de smartphone j'ai un smartphone mais pas de forfait data
  5. c'était la semaine de Nowël = plein de trucs à préparer
  6. j'ai deux gnomes en pleine possession de leurs moyens, avides d'apprendre des trucs et de dépenser leur énergie, ce qui signifie qu'il ne faut pas compter avoir du temps pour glandouiller sur les internets en zieutant les infos
Du coup, quand je reviens de vacances et que je tombe sur "ça"...
Nul doute que les terroristes doivent avoir bien les chocottes là...

... et sur ça...
"–La France aux fran... euh... aux Corses, aux Corses!!!"
 ... et bin ça me laisse une drôle d'impression vois-tu...
Mais... mordel de berde! Tu pars DEUX minutes, et c'est déjà le dawa? Pire que des gosses!


Bon. Il y a déjà quelques temps de cela, un peu par hasard, j'avais entendu parlé d'un bouquin écrit par Alain Bentolila : "Comment sommes-nous devenus si cons?". Tu t'en doutes ami lecteur (oui, j'ai décidé de te tutoyer aujourd'hui, je trouve que c'est plus sympa... et puis on commence à devenir intime non?), rien qu'à la lecture du titre, j'avais déjà  autant d'étoiles dans les yeux qu'un hamster épileptique sous LSD en train d'écouter Lana Del Rey.
La réponse à cette question simple donne une vague idée de l'infini...
Autant le dire franchement, je frétillais également d'aise à l'idée de t'en extraire la substantifique moelle dans l'un de mes billets. Et quand je l'ai eu entre les mains, je commençais à baver et à convulser légèrement. Sauf que finalement, à sa lecture : bof. Ok, un peu quand même puisque je l'évoque ici même, mais surtout parce que le titre est parlant en fait.

Bon, objectivement le livre n'est pas mauvais hein, il est même assez intéressant. Mais pas transcendant non plus. Sur le principe, rien à dire, l'analyse est implacable : la maîtrise de la langue part en cacahuète, ce qui tend à rendre la communication entre les individus de plus en plus basique. Et donc à rendre ces mêmes individus de plus en plus cons.

Alors bon, oui : c'est vrai qu'une langue c'est quelque chose de dynamique, qui évolue perpétuellement. Il suffit de se fader un bouquin en vieux français, genre Chrétien de Troyes (je n'ai pas dit Lanfeust de Troyes) pour se rendre compte que quelques siècles suffisent pour qu'on ne bite plus un traitre mot à la jactance de l'époque. Mais bon, sur quelques siècles, ça peut encore se concevoir, et ça ne met pas en péril la nation. En revanche, quand le problème de communication se pose sur une intervalle de disons 60 ans (l'écart d'âge typique entre un d'jeuns dont le nez laisse échapper des vapeurs de oinj plantes qui font rigoler, et un sénateur dont le rectum laisse échapper des vapeurs de fosse sceptique de décomposition avancée de vieux), c'est plus ennuyeux.

Notez que dans ce bouquin que les différents médias (internet, télé, radio, presse écrite) et les journalistes se prennent quelques balles perdues au passage en prennent aussi pour leur grade, ce qui est plutôt justifié convenons-en. Le problème c'est que ce brave Alain a manifestement quelques comptes à régler avec le ministère de l’Éducation Nationale et ses grand-messes pédagogico-médiatiques servant plus à redorer l'image d'un ministre (en l’occurrence Segolène dans le bouquin) qu'à faire avancer le schmilblick. Si je ne saurais lui donner tort, je trouve néanmoins que ça enlève de la profondeur à ce livre, en transformant certains (longs) passages en vulgaire bataille de crottes de nez.

Bref, un livre qui souffre de longueurs. En plus dedans il n'y a ni vampires ni beau gosse ténébreux pratiquant le BDSM. C'est nul. Il n'y a pas non plus l'humour décapant de Ginie (Femme Sweet Femme) qui a déjà commis son premier roman avant d'attaquer le suivant. Autant dire qu'il ne justifie pas une chronique à lui tout seul.

Pour autant,  l'auteur est linguiste et il sait de quoi il parle. Alors quand il explique que le langage est un code, un référentiel commun  dont les règles (grammaticales, syntaxiques, etc...) sont destinées à permettre une compréhension mutuelle sans équivoque, ça m'interpelle au niveau du vécu tu vois... Surtout en cette période faste, riche de mots grandiloquents tels que "liberté d'expression", "union nationale", "laïcité", "jihadisme", "déchéance de la nationalité"... Alors je me dis qu'effectivement, nous sommes en train de devenir très très cons, et qu'il serait grand temps que les Mots, surtout ceux qu'emploient les gens qui nous dirigent ou ceux qui passent leur temps à montrer leur mouille à la télé, servent à autre chose qu'à exciter le cerveau limbique (mais si, vous savez, l'homme préhistorique un peu basique qui sommeille en chacun de nous) du citoyen lambda. Je veux dire : ça serait peut être sympa qu'on réapprenne à communiquer. Pas dans le sens "voyez avec mon conseiller en communication svp" ni dans le sens "expliquer de quoi vous avez besoin, je vous expliquerai comment vous en passer", mais plus dans le sens "tient, et si on échangeait des informations intelligemment avec des mots?".


Surtout que les mots véhiculent quand même des idées. Et que parfois, ces idées et bin elles puent un peu. Heureusement, puisque nos politiciens ne mesurent plus le poids des mots, il reste encore les photos...

Ok. Donc là je vais peut être éteindre internet et retourner m'occuper de mes gnomes en fait.

Et merde.

Bon bah... bonne année 2016 quand même hein...

vendredi 23 janvier 2015

Les pressions de la liberté

Vous ne serez sans doute pas passé à côté du fait que ces dernières semaines, nous avons été amenés collectivement à nous poser (ou nous reposer) un certain nombre de questions morales, voire philosophiques.
"–Tire sur mon doigt pour voir?"
 Je veux parler de questions particulièrement profondes du type :
  • Peut-on rire de tout? Et si oui, avec tout le monde?
  • La liberté des uns s'arrête-t-elle là où commence celle des autres?
  • L'expression de la liberté peut-elle outrepasser la liberté d'expression ? Et vice-versa? (elle de moi celle-là)
  • Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité mérite-t-il l'une ou l'autre? Finira-t-il par n'avoir aucune des deux?
  • Si je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, dois-je me battre pour que vous ayez le droit de le dire?
  • La première des libertés est-elle la liberté de tout dire?
  • L'impertinence satyrique est-elle soluble dans le politiquement correct?
  • Quand est-ce qu'on mange?
  • Si quand je regarde une caricature du prophète je pense à un zob est-ce que je suis Charlie?
  • Est-ce que sucer c'est vraiment tromper?
  • Vous êtes Odile Deray?
    Oui, je sais, se moquer du pape c'est blasphémer. C'est mal. Mea culpa.
  • Les pigeons sont-ils d'anciens électeurs déçus de François Hollande?

Attention, la liberté d'expression est dangereuse pour la santé

Et le rire tue. La preuve, on peut mourir de rire. Attendez... non, je confonds avec les kalach'
Il faut bien dire que la liberté d'expression c'est quand même un truc vaguement dangereux quand on la confie à des irresponsables ou des inconscients. Un peu comme une fiole de nitroglycérine entre les mains d'un parkinsonien qui a le hoquet quoi. Enfin je schématise, mais manifestement c'est grosso modo l'idée qui ressort de ce sondage IFOP à chaud (bon disons à tiède) sur la liberté d'expression : 42% des gens interrogés estimant qu'il faut éviter de publier des caricatures de Mahomet, et environ 50% des gens interrogés étant plutôt favorable à une limitation de la liberté d'expression sur internet et les réseaux sociaux (la presse papier on n'en parle pas par contre).

A priori si je comprends bien ce sondage, ça doit vouloir dire qu'un gif animé avec la caricature d'un barbu légendaire adulé par des millions de fidèles et des chatons tout kawaïs sur un blog à la diffusion confidentielle c'est mal. En revanche Eric Zemmour dégoulinant de xénophobie dans la presse papier, diffusée à des milliers d'exemplaires, c'est bon, ça va.
Oui, je sais... j'ai hésité à mettre plutôt cette image, mais je n'ai pas osé. Je me suis autocensuré, je suis lâche, pardon. Mais faut me comprendre : j'ai une femme avec de magnifiques jambes à la fourrure toute douce, deux gnomes, trois chats, deux chiens et un hérisson...
En gros, certains semblent penser que ce qui est arrivé à la rédaction de Charlie, c'est bien triste, mais que bon, ils l'avaient un peu cherché... Je ne vais pas m'étendre sur ce point précis, je l'ai déjà fait ici, et Rock'n Lolita l'a exprimé encore mieux qui moi ici. Je résumerai juste en disant que c'est un peu gonflé de faire porter la responsabilité d'un crime à la victime plutôt qu'au criminel.

En fait, je pense que ce sondage reflète surtout une forme de paresse intellectuelle (communément désignée sous le terme scientifique de "connerie"). Oui, parce que bon : ok descendre à presque 4 millions dans la rue pour dire #jesuischarlie et défendre la liberté d'expression c'est bien sympa, mais bon là ça va être l'heure de "Plus belle la vie" et après y a le tirage du Kéno alors la liberté d'expression bon hein... Ou pour résumer simplement : #jesuischarliemaispasmaintenantjaipiscine

Et puis la liberté d'expression c'est compliqué en fait. Bon, se moquer voire choquer des gens dont on se contrefiche, ou qu'on n'aime pas comme par exemple les arabes, les juifs, les homo, les blondes, les curés : passe encore. Et déjà, bon, c'est risqué on l'a vu. Mais subir un discours qui nous choque nous, là, ça va quand même un peu trop loin Maurice... Du coup on ne peut pas laisser faire : la liberté d'expression oui! Mais que pour ceux qui sont globalement d'accord avec nous. Non mais.

T'as le droit, mais c'est interdit...

Bon, si vous me suivez depuis longtemps, vous connaissez déjà mon amour immodéré pour la bienpensance républicaine, mais aussi pour la censure et les interdits. Du coup, vous vous doutez un peu que je suis plutôt favorable à une liberté d'expression non restrictive, même si le prix à payer est d'entendre s'exprimer des mecs qui sont juste des raclures de fond de bidet. Alors bon, je vous vois venir bande de petits fripons, vous allez me sortir des trucs du genre :

–Le droit à la satyre ok, mais par exemple on ne peut pas laisser passer de soi-disant traits d'humour qui font l'apologie du terrorisme!

–Il y a quand même des choses qu'on ne peut pas dire, même sous couvert de liberté d'expression : l'appel au meurtre, le soutien au terrorisme, la discrimination, l'insulte...

–L'humour oui, les discours de haine sous couvert d'humour même pas drôle non!

–Et comme ça tous les conspirationnistes fondus de petits hommes verts, de chinois du FBI de la NSA et autres pseudo-complots américano-socialo-sionistes vont s'en donner à cœur joie!

Ok. Mais qui va décider ce qui relève de l'humour, voir de l'humour drôle, et ce qui n'en relève pas? Qui va définir la limite entre absence d'empathie pour les victimes (la compassion ne peut être contrainte après tout) et soutien aux terroristes? Qui va déterminer la différence entre provocation imbécile (et irresponsable) et menace définie et sérieuse? Qui aura le droit de décider de ce qui relève du révisionnisme/complotisme plutôt que du questionnement légitime? Le gros souci lorsqu'on limite la liberté d'expression, même avec de bonnes intentions du reste, c'est qu'il est délicat de la définir cette limite justement, d'autant qu'on ne pourra jamais contenter tout le monde.
"Veuillez profiter de ce dessin culturellement, ethniquement, religieusement et politiquement correct de façon responsable. Merci."
–Mais crénom [je vous trouve un poil familier quand même, va falloir se calmer un peu] tu ne peux nier que certains abusent de cette liberté d'expression! Est-ce que tu laisses tes enfants balancer des gros mots ou des insultes sans rien dire par exemple?

Bien sur que non : je leur explique que ça ne se fait pas, et je punis, ou je leur dis qu'ils le seront s'ils recommencent. C'est ma prérogative en tant qu'autorité parentale.


–A ce moment là, pour ceux qui abusent de la liberté d'expression, c'est la même chose :  la justice doit intervenir!

Ah bin tiens, bonne idée, faisons ça. Oh mais vous savez quoi? C'est déjà le cas : la loi protège la liberté d'expression, mais elle permet d'en condamner les abus. Par exemple l'insulte publique, la diffamation ou l'appel au meurtre sont réprimés par la loi sur délibération d'un tribunal. Mais toujours à posteriori par contre, car Tom Cruise étant un peu débordé, il n'a pas le temps de se coltiner tous les affreux avant qu'ils ne commettent leur forfait. Too bad.
"–Je vois... je vois... je vois Jean-Marine balancer un gros touïte® qui tâche, bien polémique dans pas longtemps."
Un individu est donc libre de lancer une menace de mort à autrui, mais s'il le fait, il est puni. Logique. Et jusque là, ça ne me pose aucun problème.

Faites ce que je dis, mais pas ce que je fais

On pourrait penser que ces lois étaient suffisantes puisque couvrant l'ensemble des situations d'abus possibles, mais le législateur a également introduit le délit  d'apologie (terme fourre-tout suffisamment flou pour permettre moult interprétations)  du terrorisme dans le but de durcir les condamnations liées aux appels au meurtre dans ce contexte particulier. Et cette loi a été encore récemment durcie par le législateur, spécialement si cette apologie est réalisée sur internet ou les réseaux sociaux. Ainsi ce délit, s'il est constaté par la justice, est passible de cinq ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende(7 ans et 100 000 euros s'il est commis ou relayé sur Internet).

C'est bien pratique puisque ça permet de coller au gnouf pour un long moment tous les pénibles qui viennent baver sur les rouleaux de la République :
On fera le tri plus tard. Ou pas.
Donc, outre une forte amende, ces vils malandrins risquent maintenant de la prison ferme histoire de leur apprendre... euh... de leur apprendre quoi d'ailleurs? Ah oui : à respecter la liberté d'expr... euh... à respecter celle des aut... enfin à ne pas exprimer leur opinion balancer des conneries comme ça pif pouf. C'est une mesure pédagogique! C'est ça, pédagogique, pour les ramener dans le droit chemin de la pensée consensuelle, et les empêcher de se radicaliser ou de passer à l'acte.

Enfin en théorie, parce que je ne sais pas pour vous, mais je serais à leur place, j'aurais un peu la haine. Prenons l'exemple du jeune un peu rebelle qui veut crâner devant ses potes style ni dieu ni maître tac-tac-t'as vu! Histoire de faire causer de lui pour émoustiller la Géraldine, il balance un gros touïte® un peu nauséabond et bien provocateur. Oui, le jeune, il est comme ça : il dit des trucs cons sans forcément réfléchir, il écoute du Justin Bieber, et il fume parfois des pet'. C'est bête, je sais, mais il faut bien que jeunesse se passe. Sauf que là, ni une ni deux, on le coffre et on lui colle une apologie du terrorisme sur la margoulette.

Et c'est là qu'apparaît le problème de la proportionnalité de la peine. Parce que dans le cas présent, ça proportionne pas terrible je trouve. Imaginons que votre enfant a balancé un "grosse patate pourrie" au voisin comme ça pour faire son intéressant.Pour le punir vous allez l'enfermer à la cave pendant deux semaines avec les voyous du quartier? Vous croyez que ça donnerait de bons résultats?

Là c'est pareil, à mon avis, le fait de coller le jeune au cachot et au ramassage de savonnette dans les douches communes juste pour avoir balancé une connerie qu'il ne pensait pas vraiment, ça va pas forcément  l'empêcher de se radicaliser (à défaut de se ridiculiser puisque ça c'est déjà fait), surtout vu le voisinage à Fleury-Mérogis. Mais par contre ça risque de lui donner quelques envies de revanche vis-à-vis de ce législateur si susceptible. Des trucs à base de plan incliné, de bâtons, et de joli costume en latex par exemple. Idem pour le mec qui balance une insulte à un flic sous l'effet de l'alcool.
Costume de saucisse en latex, j'entends...
Alors bon, je sais, vous allez me dire que les tribunaux sont justement là pour proportionner les peines, et que les condamnations seront sans doute légères ou inexistantes dans de nombreux cas. Sauf que le durcissement de la loi a conduit à juger ces faits en comparution immédiate : donc examen rapide voire superficiel de l'affaire, et droits de la défense assez succincts. Du coup pour l'instant, c'est pas franchement l'impression qui en ressort. Alors en terme de pédagogie, c'est un peu foiré : on a l'impression que sur la liberté d'expression, en France, c'est un peu faites ce que je dis, mais pas ce que je fais.

Les lois mémorielles : la liberté à ses limites

Toujours dans le domaine de la pénalisation des abus liés à la liberté d'expression, il y a les fameuses lois mémorielles qui interdisent de remettre en question certains faits historiques établis (la Shoah, ou le génocide Arménien depuis peu). Je ne conteste évidemment pas les faits historiques en questions, et objectivement il faut être passablement con ou de mauvaise foi pour le faire. Mais si ces lois partent à l'évidence d'un bon sentiment, et d'un objectif louable de lutte contre la connerie en barre, elles se révèlent au final aussi utiles et pédagogiques (encore) que la technique éprouvée consistant à dire très fort "♪ LA LA LA! JE N'ENTENDS RIEN DE CE QUE TU DIS! ♫" en se bouchant les oreilles lorsque quelqu'un vous raconte un truc qui vous déplait :
  1. d'une ça n'empêche pas la personne qui balance ces théories de les penser
  2. de deux ça n'empêche visiblement pas leur diffusion (elle se fait juste par des canaux plus confidentiels)
  3. de trois ça permet à la personne de se poser en victime (de la censure, d'un complot, de l'incompréhension, etc...), et donc d'attirer la sympathie éventuelle, pour lui et ses thèses, de tous ceux qui se méfient de l'autorité pour X raison
  4. et de quatre ça évite à tout contradicteur éventuel (et je ne doute pas qu'il y en ait) de venir ridiculiser l'inconvenant en lui enfonçant bien le nez dans son caca verbal à l'aide de jolis arguments bien étayés, puisqu'on peut juste se contenter de censurer le contrevenant et de rabâcher le discours officiel consensuel comme quoi c'est pas bien de nier les faits, ce qui ne manquera pas de convaincre les opposants n'est-ce pas?
♪ LA LA LA! J'ENTENDS RIEN! ♫
En général, il me semble que pour lutter contre le feu on utilise de l'eau, et pas des bâtons pour cogner sur les flammes. De la même façon, j'aurais tendance à penser que l'intelligence et l'éducation peuvent lutter contre la connerie beaucoup plus efficacement que la prison. Mais bon, ça n'est qu'une idée comme ça hein...

Notons d'ailleurs que ces fameuses lois ont fait (et font encore) couler pas mal d'encre, et que même certains intellectuels qui condamnent farouchement les thèses négationnistes y sont opposés par principe. Elles ne se sont du reste jamais distinguées par une efficacité remarquable, si ce n'est de mettre en lumière les contrevenants et leurs thèses justement. Pas de bol.

Mais jusqu'où s'arrêteront-ils?

On pourrait se dire qu'il y a déjà du lourd, mais manifestement, pour certains ça ne suffit pas. Et l'UMP par exemple, propose donc de sanctionner les élèves n'ayant pas respecté la minute de silence en hommage aux victimes des attentats. Hors cadre scolaire, des sanctions sont d'ailleurs déjà tombées. Excellente idée : puisque notre pays défend et revendique la liberté d'expression, imposons donc l'expression d'une compassion nationale rendue obligatoire, quitte à ce qu'elle soit factice (et nos politiciens en savent quelque chose n'est-ce pas?). A défaut de savoir rassembler sur les principes qui sont derrière, imposons l’œcuménisme républicain autours de certains symboles, icônes dérisoires et parfois vides de sens pour certains, comme l'hymne national ou la devise du pays. Les valeurs sont foutues : mais sauvons les apparences.

Dans le camp d'en face, il est envisagé de créer (ou plutôt de réactiver) une peine d'indignité nationale. Rien moins. Avec déchéance des droits civiques et patin couffin. Mais c'est vraiment pour les trucs graves, le mec ou la nana qui nous colle la honte, le facepalm de la nation tu vois...
"–Oh le con!"
Bref, à l'instant où l'on s'apprête à faire disparaître totalement le délit de blasphème (religieux) de notre beau pays,  on songe donc à en créer le pendant laïque et républicain. Bien joué, on n'est plus à un paradoxe près.

Et pourtant, le rassemblement historique et plus ou moins spontané du 11 janvier nous montre bien que ces jolis hochets républicains sont superflus, que la population est capable se mobiliser massivement pour peu qu'elle s'approprie des valeurs auxquelles elle croit, et non de simples symboles. J'ajouterai que ce paradoxe serait hilarant s'il n'était tragique, puisque Charlie Hebdo s'est justement donné depuis belle lurette pour mission de justement dynamiter les symboles, aussi bien religieux que républicains.

La liberté d'expression est univers... oh et puis zut!

Bref, c'est tellement compliqué la liberté d'expression totale, que finalement ça reste quand même un truc assez marginal comme le souligne Slate.
L'Antarctique ne figure pas sur la carte. Too bad pour les manchots opprimés par le régime totalitaire des ours blancs..
Carte à mettre en parallèle avec celle de l'IDH (combinant revenu par habitant, espérance de vie, et alphabétisation). Juste comme ça pour rigoler. Voilà voilà...
Décidément, les manchots sont tricards...

Voilà voilà. Et sinon, il y a des gens qui ont tellement bien compris l'esprit #jesuischarlie qu'ils ont décidé de meuler la face du vil buraliste crypto-jihadiste qui tentait de carotter la dernière édition de Charlie Hebdo. D'autres gens ont décidé promouvoir la liberté d'expression en lui donnant de la valeur à cette dernière édition... Esprit Charlie je vous dit!!! Ils sont bien les gens...
Non, vraiment. Il faut arrêter.
Comme j'ai commencé cette note par quelques belles citations, je terminerai donc sur cette autre belle citation, de Douglas Adams :

"Ça me flanque la migraine rien qu'à m'abaisser à essayer de penser à votre niveau."