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mardi 29 novembre 2016

Liberté, j'écorche ton nom...

Souvenez-vous, c'était il y a environ un an. A l'époque, une belle bande de trous de cul avaient décidé de faire des trous de balles dans les gens dans une salle de concert et des terrasses de café au nom de... de... de on ne sait pas trop quoi au juste, mais ça avait l'air vachement important pour eux, et complètement con pour la plupart des autres gens. En tout cas, à en croire les médias et la classe politique unanime : ils avaient tenté de s'en prendre à... notre Liberté!
Oui, la liberté est très... libérée.

Suite à cela, la population et la classe politique s'était rassemblée pour faire front national, autour de cette notion fondamentale : la liberté. Aaaah, la Liberté! "Liberté, j'écris ton nom" comme on le scanda alors, citant l'écrivain Paul Eluard qui rédigea ce poème en 1942... 42, bin tient, tu m'étonnes vu le contexte hein! La "Liberté", ils devaient pas trop s'étouffer avec à l'époque. Avec la choucroute non plus d'ailleurs, vu le rationnement!

Bon, "Liberté, j'écris ton nom", après "Charlie" et surtout après le "Bataclan" vous avez dû en être abreuvés copieusement : c'est pas compliqué, ce titre ornait les éditoriaux, parsemait les discours, était répété en boucle sur les radios...  Pour dire, à "Qui veut Gagner du Pognon" ça doit faire partie des questions du premier niveau de savoir que c'est l'ami Eluard et non Obiwan Kenobi qui l'a écrit. Par contre, je ne suis pas intimement persuadé que vous ayez lu (ou relu) ce texte en intégralité, sauf peut être si vous fréquentez encore les bancs de l'école/du collège/du lycée. Du coup, comme je suis sympa, je vous retranscris ci-dessous, prenez donc le temps de le relire en totalité sans vous arrêter au titre...

Liberté (Paul Eluard)

Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J’écris ton nom

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J’écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l’écho de mon enfance
J’écris ton nom

Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J’écris ton nom

Sur tous mes chiffons d’azur
Sur l’étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J’écris ton nom

Sur les champs sur l’horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J’écris ton nom

Sur chaque bouffée d’aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J’écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l’orage
Sur la pluie épaisse et fade
J’écris ton nom

Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J’écris ton nom

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J’écris ton nom

Sur la lampe qui s’allume
Sur la lampe qui s’éteint
Sur mes maisons réunies
J’écris ton nom

Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J’écris ton nom

Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J’écris ton nom

Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J’écris ton nom

Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J’écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attentives
Bien au-dessus du silence
J’écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J’écris ton nom

Sur l’absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J’écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l’espoir sans souvenir
J’écris ton nom

Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté.

Paul Eluard
Poésie et vérité 1942 (recueil clandestin)

Bon, je ne vais pas vous faire un cours sur ce poème, une rapide recherche sur Gogole™ vous en donnera la majeure partie des "clés de lecture" : l'anaphore "j'écris ton nom" façon "moi Président" qui résonne comme un refrain ou une incantation de ce qu'il appelle de ses vœux, le martèlement des allitérations en "p" et "t" qui rappelle inévitablement le bruit des bottes des soldats, tout comme les évocations discrètes de la guerre, etc... Bref, plus qu'un poème, c'est presque un chant Résistant (Eluard, communiste, était d'ailleurs lié aux maquisards), une prière destinée à ramener cette liberté perdue en raison de l'occupation allemande. Et puis les mots sont courts et simples : faciles à retenir. Un symbole idéal dont nos dirigeants se sont immédiatement emparés suites aux attentats qui ont ensanglanté la France ces dernières années. Et puis la Liberté est l'un des trois piliers de notre devise nationale. Il y avait bien aussi l'Egalité et la Fraternité, mais elles avaient déjà pris cher depuis pas mal de temps, il fallait bien  trouver un symbole rassembleur. La liberté c'était chouette : consensuel, universel et facile à représenter :

  • La Liberté guidant le peuple, le nichon au vent façon femen débraillée
    Piedmobile en avant les histoires qu'on raconte au peuple pour l'endormir!
  • la statue de la Liberté
    Liberté de devenir obèse!
  • Che Guevara...
    Viva el t-shirt de la revolución en solde !


Bref, la liberté, c'était un beau symbole. Et ce qui est pratique avec les symboles c'est qu'ils ne sont que cela : des symboles. Ce qui veut dire qu'on peut très bien s'en réclamer à corps et à cris, tout en leur chiant allègrement dessus dans la pratique (songez à ces grands et ardents défenseurs de la lib... pardon, la Liberté, que sont Vladimir Poutine, Erdogan, et consorts).

C'est un peu comme si vous comptez tous les politiciens se réclamant de De Gaulle (symbole de la France qui résiste et se bat, et patin-couffin), vous êtes pratiquement en mesure d'organiser un concours qui n'aura pas grand chose à envier aux conventions regroupant les sosies d'Elvis tant ces gens n'auront rien à voir avec le vieux Charles ou les idées qu'il portait.
"–Vive le Quebec liiiiibre!
–Mais non Marcel, t'es con ou quoi? C'est Elvis là...
–Ah merde... bon euh... ♫ Toute la musique que j'aimeuh♪ Elle vient de là elle vient du Blues...♫
–Purée, t'es lourd!"
Et là sur le symbole de la liberté ça ne loupe pas : tout le monde trouve que la liberté c'est super, c'est cool, et qu'il faut la défendre au péril de sa vie s'il le faut.

Prenons par exemple la liberté de culte. Tout le monde est parfaitement d'accord pour dire que les terroristes ne sont pas représentatifs de l'Islam, et que #padamalgame et qu'il ne faut pas stigmatiser. En toute logique donc, à Anderlecht en Belgique, une écolière a été sanctionnée, au nom de la défense de la liberté, pour avoir prononcé dans la cours de récréation la phrase hautement subversive "Allahu akhbar". Graine de terroriste va! Alors, oui bon ok, en arabe ça veut juste dire "Dieu est grand", mais bon hein, l'école est laïque (oui, en Belgique aussi, ils ont juste plus de frites à la cantoche, même s'ils mangent du porc). Liberté de culte, ok. mais bon, surtout si tu es blanc et chrétien hein... Le père de la fillette, sans doute une graine de terroriste lui aussi, aurait fait parait-il la réponse suivante :

Madame la Directrice. 
Etant donné le contexte et les derniers événements, je vais vous expliquer ce que signifie "Allah wakbar" chez NOUS , les musulmans pratiquants, les croyants qui craignent sincèrement Dieu dans leur cœur. 
Allah wakbar signifie " Dieu est grand ". Cela signifie l'immensité dont Il fait preuve par rapport à nous, petits êtres ne vivant que par Sa permission.  
"Allah wakbar " je le dis plus de 94 fois par jour dans mes prières
"Allah wakbar" je le dis lorsque j'invoque Dieu et que je Lui demande de protéger ma famille, ceux qui me sont chers, de guérir les malades du monde entier et de faire triompher la paix.
"Allah wakbar " je le dis lorsque je vois un événement merveilleux se produire devant mes yeux qui me rappelle à quel point nous sommes minuscules dans ce monde si grand.
"Allah wakbar " je le dis lorsque je perd un être cher et cela m'aide à me rappeler que nous retournerons tous à Lui peu importe notre couleur, condition sociale, ou religion.
"Allah wakbar" j'ai entendu un jour ma meilleure amie non musulmane me dire "je déteste cette phrase" et là j'ai compris.. j'ai compris qu'ils avaient réussi. Ces tueurs que je ne qualifierai jamais de musulmans ont réussi à faire détester l'une des plus belles phrases de notre religion. C'est la première que nous disons lorsque nous entrons en prière. Si nous ne la prononçons pas, notre prière n'est pas "validée" car c'est un de ses piliers.
"Allah wakbar" c'est une phrase que je ne me lasserais jamais de répéter et que je ne me lasserais jamais d'expliquer à ceux qui ne savent pas. A ceux qui comme vous, croient par leur esprit détourné par ces dramatiques événements, le contraire de ce qu'elle signifie.
" Allah wakbar " j'expliquerai bien sûr à ma fille la gravité de ces propos, vous avez tout à fait raison. J'expliquerai à ma fille que ces propos sont GRAVES dans le sens où ils pèsent lourds dans la balance de Dieu. Je lui rappelerai que c'est une magnifique parole et qu'elle ne doit jamais avoir honte de prononcer celle ci. 
 
Et pour finir, je lui expliquerai aussi que malheureusement beaucoup de gens ont peur de cette phrase à cause de ce que certains méchants ont fait en son nom.  
Elle perd peut être 5 points d'éducation sur son dossier scolaire mais j'espère que vous, vous gagnerez 5 points de connaissances par ces explications.  
Bien à vous
Si ça c'est pas de la graine de terrorisme tient! Faudrait p'têt quand même songer à restreindre un chouïa la liberté d'expression du coup...


Et puis histoire de bien rendre hommage à Paul Eluard, sympathisant de la Résistance française qui luttait pour la Liberté et donc contre le fichage général de la population, organisé par l'occupant allemand et le régime de Vichy, on va aussi créer un fichier central concernant l'ensemble des détenteurs de carte d'identité et/ou de passeport en France, c'est à dire 60 millions de français : le fichier TES (déjà surnommé fichier "monstre"). De toute façon, ça serait chafouin de suspecter Jean-Jacques Urvoas (et son pote Cazeneuve) de vouloir faire un truc chelou, eux qui se sont élevés vent debout contre un projet de fichage généralisé en 2012 sous Sarko 1er, avec entre autre arguments qu'aucun fichier informatique n'est impénétrable, et qu'on ne saurait croire que les garanties juridiques données soient infaillibles contre une mauvaise utilisation

Et histoire de bien rester dans le concept de "liberté", on va prendre la "liberté" de s'affranchir d'un débat parlementaire (probablement pour ne pas emmerder les pauvres députés avec ce sujet sans importance) en passant ça par décret la veille de la Toussaint, pendant un pont, et en urinant abondamment sur l'avis négatif de la CNIL.

Mais rassurez-vous :

  1. soyez donc rassurés, ce fichier sera parfaitement sécurisé et impénétrable, comme tous ses homologues dans d'autres pays : aucun risque de voir vos données semées à tout ventHum.
  2. il y a des garanties juridiques, ce fichier n'a qu'une vocation : permettre de garantir l'authenticité des titres sécurisés (carte d'identité et passeport). Il servira JAMAIS, JAMAIS, JAMAIS à l'identification ou au fichage des personnes. Enfin, tant qu'un nouveau décret du 24 ou 31 décembre, du 13 juillet, ou du 14 août n'en modifiera pas la lettre. Mais franchement, ça, ça serait vicelard.

Capture d'écran du site d'un certain Urvoas Jean-Jacques en 2012. Sûrement un vil opposant anarchiste sans scrupule.

Donc soyez tranquilles, ce fichier c'est pour votre sécu... votre liberté, votre liberté! Et pour ce faire, on va donc commencer par la supprimer parce que bon, hein, ça va bien deux minutes, mais va quand même falloir arrêter de nous chier dans les bottes, vous êtes gentils.
Merci de votre attention. Ah, au fait : vous n'avez plus la liberté d'écrire sur les murs, merci d'effacer ce texte.


Et puis, ne vous inquiétez pas, il nous reste encore et surtout la liberté de voter pour qui l'on veut...
On peut même dire que l'on peut voter pour n'importe qui faisant n'importe quoi. #remigaillard
Alors oui, bon, des esprits chagrins vont encore me dire :
  • ça se passe au USA
  • leur système de vote n'est pas au suffrage direct, et du coup, avec le système foireux des grands électeurs, il est possible d'être élu même en ayant moins de voix au total que son adversaire
  • d'façon il n'aura sans doute pas les moyens d'appliquer son programme
  • entre ce qu'il promettait en campagne et ce qu'il fera réellement... il y a un monde!
C'est pas faux. Et d'ailleurs le fait que l'élection de ce guignol soit saluée par les groupes extrémistes bandes de copains un peu déconneurs que sont le Ku Klux Klan et autres organisations néo-nazies, et que Trump ait déjà commencé à composer son gouvernement avec une belle brochette de faucons de droite dure, d'anti-IVG pro-life, et autres conspirationnistes misogynes, judéophobes et islamophobes, n'est certainement qu'un malentendu...
Ne fous inguiétez bas, za fa pien ze pazzer! Ach!

Ceci étant, peut être qu'effectivement il ne pourra pas appliquer son programme. Mais je ne sais pas vraiment s'il faut souhaiter ou craindre qu'il ne le puisse pas : si le système empêche qu'il puisse l'appliquer, cela veut dire qu'aucune réforme non autorisé par le système en place ne peut passer, qu'elle soit bonne ou mauvaise... Et n'oubliez pas que #idiocracy...

Alors oui, vous allez me dire "Non mais ça n'arrivera pas en France hein..." Certes. Probablement. Enfin, à ceci près que :
  • ce qui se passe au USA met environ 8-10 mois à arriver en France, comme par exemple les émissions débiles de télé-réalité
  • il ne faut pas sous-estimer la détestation des candidats "traditionnel" (nous diront issus du sérail politique classique) par le corps électoral. Un certain Nicolas vient d'en faire les frais, et un certain François le pourrait également très bientôt.
  • il ne faut pas négliger non plus le dégoût croissant du système en place et donc la sympathie pour un candidat "anti-système" (ne serait-ce que de façade hein... parce que le milliardaire Trump en défenseur des pauvres, c'est presque aussi hilarant que l'ex banquier de Rothschild et candidat du MEDEF Macron en défenseur de la classe laborieuse)
  • l'envie de retrouver un peu de fierté de son pays (même si ça n'est qu'une façade) et le raz le bol de l'empapaoutage permanent des gouvernements de droite comme de gauche peuvent conduire à un vote sanction.
Je vous inviterai d'ailleurs, si vous ne l'avez pas encore fait, à lire l'intéressante (mais glaçante) BD "La présidente"...
C'est curieux, j'ai beau regarder cette couverture, je ne trouve rien de marrant à dire dessus.
Mais rassurez-vous, ça peut tout à fait être François Fillon qui l'emporte... un vrai chantre de la liberté lui!
Tient, on va faire un peu de liberté à grand coup de 49.3!

C'est comme cette histoire de CETA... Comment ça, vous ne savez pas ce que c'est que le CETA? Mais siiii, souvenez-vous cette grosse arnaque ce traité de libre-échange entre le Canada et l'Europe, qui va permettre de faire revenir la croissance, le plein emploi, et ta femme qui s'est barré en moins de 48h mieux que La Redoute ou maître Dantonku...
Et pourtant, faut être doué pour faire mieux que maître Dantonku!
La grosse Commission Européenne, dont les membres sont démocratiquement élus par le peuple désignés par les dirigeant européens probablement au cours d'une partie de chifoumi, a raisonnablement pris la liberté de valider ce traité dont pas grand monde ne voulait, ce qui était totalement incompréhensible tant ce traité était symbole de Liberté!
Bon, Angela a gagné au chifoumi, le président de la commission Européenne sera donc...

C'est comme la liberté retrouvée pour nos amis cubains depuis la mort de Fidel Castro! Enfin ils vont pouvoir prétendre à des salaires décents, et à un mode de vie moderne! Décidément, c'est beau la liberté!
Ami cubain, je te conseille de tousser un coup : c'est un peu douloureux au début, mais on s'habitue à tout...

Ah, un instant, on me souffle à l'oreille (c'est d'ailleurs fort désagréable, merci de cesser derechef), que cet article comporte une coquille : il fallait bien lire "Libéralisme" et non "Liberté". Oui bof, enfin bon, Liberté, Libéralisme, c'est la même racine non? Le Libéralisme est un peu à la Liberté, ce que la Démocratie dans République Populaire Démocratique de Corée du Nord est aux valeurs démocratiques... et puis comme on dit hein : l'esclavagisme, c'est l'exploitation de l'homme par l'homme, tandis que le libéralisme, c'est le contraire. On ne va pas commencer à s'emmerder avec de la sémantique hein...  et puis, dans l'univers du Libéralisme, c'est pas comme si on était  prisonnier hein? Ha ha ha!
Tu la sens bien ta Liberté là?
C'est rien que du bonheur...

mardi 19 janvier 2016

L'Atomique est amère!

Prologue

La lueur blafarde et clignotante d'un vieux néon se reflétait sur le macadam détrempé par la dernière averse.
Un bar sympa, rempli de moustachus habillés en cuir...

Un vent du nord glacial s'engouffrait dans la ruelle, annonciateur de cet hiver qui s'était tant fait attendre. Fidèle à sa réputation sulfureuse, on voyait déambuler dans le quartier, quantité de barbus intégristes, ou des jeunes femmes vêtues de ces amples tenues si disgracieuses destinées à masquer leur féminité. Je m'attendais presque à croiser de discrets vendeurs de quelque paradis artificiel...

J'avisai l'enseigne de l'obscure taverne où mon mystérieux contact m'avait donné rendez-vous : "Le bar des Deux Pandas Roux". Mouaih. Leurs pandas roux ils ressemblaient surtout à des renards en fait... Ça aurait sonné pas mal la Taverne des Deux Renards je trouve... Hésitant à l'idée de pénétrer dans cet établissement mal fréquenté, je relus rapidement le mot anonyme qui avait été laissé sur la vitre de ma Citrogeot B2. "Ai d'importantes informations à vous communiquer sur un sujet relevant de la sécurité nationale. Venez ce soir au Bar des Deux Pandas Roux. Venez seul. Prenez garde à ne pas être suivi. Signé : Jean DOE"

"Sécurité Nationale". Rien que ça. Bon sang, de quoi ce mystérieux "Jean DOE" pouvait-il bien pouvoir me parler? D'une menace terroriste? D'un scandale sanitaire? D'un complot politique? D'un nouveau livre de Nabilla? La curiosité était la plus forte : j'entrai dans le débit de boisson.
"–Bonjour m'sieur dame... et tant pis si j'me trompe!"

Immédiatement, une odeur capiteuse envahit mes narines... certainement les vapeurs de quelque substance prohibée, dont les occupants du lieu usaient et abusaient. A mon entrée, les conversations cessèrent, et plusieurs clients, des barbus en chemise à carreau à la mine patibulaire me détaillèrent d'un œil torve. Puis, petit à petit, les conversations reprirent. A certaines tables, des cartes refirent leur apparition. Dans quel sorte de tripot avais-je bien pu fourrer les pieds? Je balayai la salle d'un regard circulaire, tentant de repérer mon contact... sans même savoir à quoi il ressemblait d'ailleurs. L'atmosphère enfumée du lieu  rendant la chose difficile. Un éclat de voix attira soudain mon attention : une rixe était en train de se déclencher...

–J'ai envie de dire : zut! Jean-Eudes! Tu ne peux pas éteindre ton diffuseur d'huiles essentielles? On n'arrive même plus à lire les cartes tellement la vapeur envahit tout là! J'avais un Uno! Mince quoi! Et puis l'odeur est trop forte, ça gâche même le goût de mon wrap vegan-bio!
–Zut toi-même Roger-Philippe! Je voulais détendre tout le monde avec un peu d'HE de Patchouli c'est tout. Mais je crois que le pilotage de mon diffuseur par smartphone déconne un peu... Va falloir que je flashe la RAM pour réinitialiser le pilote, c'est tout...
Des barbus, des filles habillées avec comme des sacs dans des fringues informes : bienvenue dans le monde terrifiant des intégristes hipsters.


Les deux barbus étaient en train de se rasseoir, tandis qu'une serveuse en sarouel informe leur apportait un smoothie. Mon œil de lynx avisa alors mon contact qui me faisait un signe discret depuis une table au fond. Il faut dire qu'avec son imperméable, son chapeau et ses lunettes de soleil, son look tranchait passablement avec celui des hipsters présents. Encore que. Je soupirai en le reconnaissant, et j'allai m'asseoir face à lui.

–Bonjour Papa Hérisson.
–Bonjour Paul Bismuth...
–Non mais arrêtez avec ce sobriquet, c'est pas sympa, ça fait ridicule...
–Je... Non laissez tomber. Qu'est ce que vous me voulez encore ?
–Hum, je... j'ai des informations pour vous, dit-il en me tendant une enveloppe kraft.
–Sans déconner! Vous ne pouviez pas mettre juste ça dans ma boite au lettres? Fallait vraiment qu'on se rencontre dans ce lieu de perdition bar à smoothie rempli de hipsters végans qui se shootent au patchouli en plein quartier Bobo?
–Chut, vous allez les énerver...
–Et alors? Ils vont me faire quoi? Me balancer une saucisse de tofu? Monter une ZAD dans mon jardin? Rhaaa...

Tandis que mon interlocuteur tentais de disparaître sous son chapeau, j'ouvris l'enveloppe. Comme d'habitude, un article de presse s'en échappa... Je le parcouru en diagonale.

–Quoi? C'est ça votre nouvelle marotte Paul? Le nucléaire?
–Bin euh, oui. C'est à dire qu'avec Fukushima toussa...
–Je vois... Et vous savez bien sur comment ça fonctionne une centrale nucléaire?
–Euh... et bien... il faut de l'uranium, on le met dans le réacteur, et ça fait de l'électricité. Et des radiations. Et des déchets nucléaires!
–D'accord. Je pense qu'une petite mise au point s'impose...



Bon, vous l'avez deviné, on va causer nucléaire. Et pour cela, il va déjà falloir qu'on fasse une petite mise au point sur le principe de fonctionnement, parce que je soupçonne que c'est assez nébuleux pour beaucoup de gens.

1. Tout d'abord, un peu d'histoire

Tout commence en longtemps avant Jésus Christ, en Grèce. À l'époque, un petit malin du nom de Démocrite, un philosophe... oui, bon, ne cherchez pas, à l'époque, le philosophe était le principal produit d'exportation du pays. Il devait en pousser sur les oliviers je pense, et il en refourguait à la planète entière. Bref, Démocrite donc, postule que toute matière pourrait se décomposer en particules élémentaires "insécables" (c'est à dire indivisibles, "qu'on ne peut pas casser"), en grec "Atomos". Des sortes de tous petits grains élémentaires qui servent à fabriquer toute la matière qui nous entoure, les objets, les gens... un peu comme des Légo quoi... Son idée connaît alors un succès d'estime, mais Aristote, un cador de l'époque, sort un Blockbuster qui rafle tout au box office : les 4 éléments.
Pfff... de toutes façons, qu'attendre d'un gars à moitié à poil qui porte la casquette du Che... ?

Il faudra attendre plusieurs siècles, et les travaux de chimistes comme Antoine Laurent Lavoisier pour mettre en évidence l'existence d'éléments purs autres que l'Eau, l'Air, la Terre, le Feu et Leeloodallasmultipass et qu'un reboot à succès soit tourné que la théorie atomiste revienne sur le devant de la scène. La théorie des 4 éléments prend pas mal de plomb dans l'aile, et, les découvertes se succédant, la physique commence à intégrer le fait que la matière se compose d'un nombre restreint (une centaine environ) d'atomes, purs ou combinés entre eux (molécules) selon leurs affinités, d'où certaines réactions chimiques parfois... explosives.

Dans les années 1860, Дми́трий Ива́нович Менделе́ев... pardon, Dmitri Ivanovitch Mendeleïev décide de ranger ces éléments (atomes) de façon logique dans un tableau qui  sera appelé par la suite classification périodique des éléments ou tableau de Mendeleïev. Pour ce faire, ce bon vieux Dmitri se base sur :
  1. la masse de ses atomes par ordre croissant
  2. leurs propriété physico-chimiques pour les regrouper en familles de propriétés voisines
Ce faisant, Dmitri s’aperçoit qu'il faudrait des cases vides dans son tableau. Il suppose que ces cases appartiennent à des éléments pas encore découverts, et de fait, les trous seront bouchés peu à peu.
"–Bon, alors là je mets l'Iode, ici le Béryllium... là ça doit être l'Oxygène et..."

Bref, tout cela semble bel et bon : c'est un grand pas pour la science, la Physique a enfin tout compr... ah non zut : y a des trucs qui ne collent pas. Le phénomène du courant électrique déjà. Et puis certains atomes émettent des rayonnements. Pire, certains d'entre eux semblent se transmuter en d'autres éléments! Ainsi Marie Curie parvient à démontrer au début du XXième siècle que :
  1. le radium et le polonium sont radioactifs
  2. ils sont instables
  3. du coup les atomes ne sont pas indivisibles (puisqu'ils lâchent des caisses radiations)
    –Oh? Je crois que j'ai lâché un prout proton...
  4. la téléréalité est moins dangereuse que la science pour devenir célèbre, ce que Nabilla a bien retenu
Suite à cela, dans les années 1910, Ernest Rutherford parvient à décomposer l'atome en deux sous-éléments : les électrons de charge électrique négative et le noyau, positif. Par la suite, il sera démontré que le noyau se compose lui même de deux types de particules, ou nucléïdes : les protons (dotés d'une charge électrique positive) et les neutrons (sans charge électrique).
Bon, c'est schématique hein... en réalité, ce ne sont pas vraiment des particules. Plutôt des ondes. Enfin les deux... enfin on ne sait pas trop. Et en plus, l'électron est vachement plus petit que le neutron normalement.

La nature d'un atome dépend du nombre de protons de son noyau (un proton, c'est de l'hydrogène, deux c'est de l'hélium, huit c'est l'oxygène, etc...). Il s'avère ainsi que le classement de Mendeleïev correspond à un classement par nombre croissant de protons. Les neutrons, eux, servent à stabiliser tout ce bordel, les protons ayant une fâcheuse tendance à se repousser entre eux.

Ces noyaux peuvent se combiner pour former des noyaux plus gros : c'est ce qui se passe dans le soleil, où, pour l'essentiel, des noyaux d'hydrogène se combinent pour former des noyaux d'hélium. On parle alors de fusion et ça dégage de la chaleur, de la lumière et de l'énergie. C'est ça qui fait que le soleil brille, et c'est ça qui est à l'origine de tous les atomes plus lourds que l'hydrogène : l'oxygène que vous respirez, ou le carbone qui vous compose vient donc d'une étoile à la base. Oui. Même pour Justin Bieber.
La fusion ça permet aussi de viander les méchants avec classe.

Les noyaux peuvent aussi se briser, ce qui arrive de façon naturelle sur les atomes les plus lourds, dont le (gros) noyau a tendance à se péter en deux (ou plus) noyaux plus petits tout seul comme un con. Or, cette brisure (les physiciens parlent de fission parce qu'ils aiment bien utiliser des mots à eux, et parce que fission ça sonne vachement cool) produit là encore, des radiations et de la chaleur : bref, de l'énergie! Mieux, dans de bonnes conditions, cette réaction de fission s'entretient d'elle-même jusqu'à épuisement de la matière première disponible : on parle de réaction en chaîne (j'y reviendrai).


Après avoir découvert ça, les physiciens sont devenus un peu tout fous, et du coup, l'un d'entre eux, Julius Robert Oppenheimer,  a décidé d'inviter ses potes et d'organiser une méga-boum pour fêter ça. Ce qui est chose faite le 16 juillet 1945 au Nouveau Mexique (en plein désert pour ne pas emmerder les voisins)...

Car oui, cette découverte est avant tout d'intérêt militaire, parce que les réactions nucléaires présentent deux caractéristiques  :
  1. C'est franchement explosif. Bon, les militaires trouvent ça cool, mais c'est pas ça qui va faire marcher votre frigo...
    ... ça le ferait plutôt voler en fait.
  2. Ça génère des radiations et des "retombées"
Du coup si la première bombe atomique explose en 1945, il faudra attendre les années 50 pour que les premiers réacteurs civils destinés à produire de l'électricité commencent à se répandre.

2. C'est quoi cette bouteille de lait centrale nucléaire?

–Bon ok... mais du coup si c'est explosif, comment fait-on pour que les centrales n'explosent pas?

Bin on fait doucement, trèèèèèès doucement.
Technicien d'une centrale, en train de surveiller avec attention le cœur du réacteur.

–C'est à dire? Ça marche comment une centrale nucléaire précisément?

Ça serait un peu long de rentrer dans les détails, j'y reviendrai une prochaine fois : pour simplifier, disons que ça fonctionne grosso-modo comme une bombe atomique... qui ne marcherait pas bien. En gros, on déclenche une réaction en chaîne de fission, mais on tente de s'arranger pour qu'elle ne s'emballe pas.

–On... tente?

Oui. Et en général, on y arrive. Voilà voilà.

–Bon ok, mais comment ça produit de l'électricité ce bouzin? On récupère les électrons quand les atomes se pètent c'est ça?

Carrément pas. En fait, une centrale nucléaire, c'est une grosse bouilloire.

–Pardon?

La réaction de fission produit de la chaleur, beaucoup de chaleur. En fait tellement de chaleur, que les deux-tiers de cette chaleur sont inutilisés, et ne servent qu'à réchauffer les cours d'eau voisins utilisés pour le refroidissement. Parce qu'il vaut mieux refroidir, sinon ça nous pète à la gueule. D'ailleurs en cas de canicule et de cours d'eau asséchés, ça pourrait devenir problématique et...

Bref. Cette chaleur est utilisée pour chauffer un fluide dit caloporteur (c'est à dire "qui transporte la chaleur"), lequel fluide va aller réchauffer de l'eau contenue dans une grosse chaudière. Cela va produire de la vapeur, qui va entraîner une turbine (comme une grosse dynamo de vélo), et c'est cette turbine qui produit de l'électricité. Ça c'est le circuit dit "primaire", car il est en contact avec la coeur du réacteur, et potentiellement radioactif. Ce circuit primaire est refroidi par l'eau du circuit secondaire (venant d'une rivière ou de la mer). C'est l'échauffement de ce circuit secondaire qui produit la vapeur qui s'échappe par les grosses cheminées qu'on aperçoit parfois quand on passe près d'une centrale : la "fumée" blanche, n'est donc que de la vapeur d'eau.
C'est pourtant simple non?


Ça fonctionne donc exactement comme dans une centrale au charbon ou au fioul, sauf que la chaudière n'est pas chauffée en brûlant du charbon ou du fioul, mais à l'aide d'une réaction nucléaire en limite de criticité. C'est sympa hein? Pour résumer : une centrale nucléaire c'est juste le moyen le plus dangereux qu'on ait trouvé pour faire bouillir de l'eau.

–Dit comme ça, je le sens moyen en fait... ça à l'air vaguement dangereux...

Normal, ça l'est plus ou moins : la technique est plutôt bien maîtrisée, et bénéficie de nombreux contrôles. Pour autant, un accident peut se produire parfois, et les conséquences peuvent être dramatiques : Three Miles Island, Tchernobyl, Fukushima... pour ne citer que les principaux... Populations évacuées, des dizaines d'hectares pollués par les retombées pour des générations, augmentation du nombre de cancers, de fausses couches, de maladies congénitales...

Et puis même en fonctionnement nominal, un réacteur nucléaire produit de la radioactivité, dont il faut se protéger et qui ne doit pas sortir de l'enceinte du réacteur, ainsi que des "déchets" radioactifs dont il faut bien se débarrasser...

–Justement, c'est quoi ces fameux déchets?

J'y reviendrai prochainement plus en détail, mais pour simplifier, ce sont des matériaux radioactifs usagés. Il en existe principalement de deux sortes dans les centrales :
  • des matériaux de la centrale qui ont été irradiés par le cœur du réacteur : des éléments de la paroi, de la tuyauterie (etc...) qui ont subit un bombardement de radiations, et sont devenus ainsi eux-mêmes radioactifs. On parle dans leur cas de radioactivité induite.
  • des sous-produits de la réaction : des noyaux d'atomes issus de la fission, ou des noyaux d'uranium qui ont absorbé des neutrons sans fissionner et se sont transformés en d'autres éléments plus lourds, instables et donc radioactifs, comme par exemple le plutonium.

Ces matériaux émettent des radiations, qui sont nocives pour l'organisme, et doivent donc être confinés tant qu'ils en émettent, des radiations. Problème : certains de ces matériaux restent radioactifs, des centaines, voire des milliers ou carrément des dizaines de milliers d'années! Et du coup, on ne sait pas trop quoi en faire... alors on utilise la bonne vieille technique de la poussière sous le tapis : on enterre ce merdier et on laisse ceux qui viendront après se débrouiller avec.
Mais tu peux tenter de planquer tes trucs tant que tu veux, ça finit toujours par te péter à la gueule...

Pour rappel : certains déchets sont considérés comme dangereux pendant environ 100 000 ans. Les pyramides sont vieilles d'environs 5000 ans, et plus personne ne sait exactement comment elles ont été fabriquées, ni ce qu'il y a dedans. Moi j'en connais, qui dans quelques siècles ou millénaire vont se chopper une petite "malédiction du pharaon" qui fout le cancer et qui vont bien se demander pourquoi...

3. Radioac'tiff', c'est un salon de coiffure?

–Non, alors là ça va pas être possible, celle-là, elle est vraiment moisie. Une autre. 

Ok ok...

3. Radioactivité... c'est de l'hyperactivité à la radio?

–Ok... mais c'est quoi exactement la radioactivité? En quoi c'est dangereux et qu'est-ce qu'on fait pour s'en protéger?

Bon, on a vu que contrairement à l'idée du père Démocrite, les atomes ne sont pas vraiment indivisibles, et qu'ils peuvent être instables. C'est un peu comme les gnomes en fait : un moment ils sont calmes, et pouf! Tu sais pas trop pourquoi mais d'un coup ils deviennent hyperactifs (certainement à cause d'une alimentation trop riche en additifs alimentaires), et se mettent à balancer un peu partout ce qui leur tombe sous la pogne : peluches, playmobil, crottes de nez...
Ouaih, ou un sofa hein...

Et bin les atomes, c'est un peu pareil : quand ils ont un noyau trop riche en nucléides, ils ont tendance à devenir hyperactifs radioactifs, et se mettent à balancer un peu partout ce qui leur tombe sous le quantum : noyaux d'hélium, électrons, positrons, rayons X, rayons gamma...

Bon, objectivement, le playmobil, quand tu te le manges dans l’œil ou que tu marches dessus, tu pleures ta mère. Mais les radiations, c'est pire : parce que tu ne les vois pas, tu ne les entends pas, tu ne les sens pas, et que sur le coup tu ne t'en rends pas compte... mais ton corps, lui, il aime moyen : brûlures, nausées, chute des cheveux...
 "–Contre les radiations, moi, j'utilise Petrane-Hahl, aux particules de plomb..."

... cancers, leucémies, mort qui tue... Et si par malheur chance miracle tu t'en sors et que tu as des gosses, il y a du coup une chance non négligeable qu'ils souffrent de maladies congénitales ou de malformations. Car les radiations sont aussi tératogènes.

Concrètement, les radiations, il y en a 3 grandes familles. On parle de rayonnements ionisants α, β ou γ. Tous ces rayonnements peuvent affecter les organismes vivants en modifiant la structure des atomes, molécules, cellules qui les composent. Par exemple, la molécule d'ADN, lorsqu'elle se morfle un rayonnement dans le museau, elle a tendance a perdre de bouts, ou à changer de structure. Et du coup, tu mutes. Mais pas le truc sympa genre tu deviens tout vert et super costaud hein... Plutôt le genre tu fais un cancer du croupion et tu meurs ("tumeur"... ah ah ah!) comme une merde.
"–Un cancer du trou d'Hulk? Ah j'suis vert!"

Ces trois types de rayonnement sont potentiellement dangereux, mais de façon inégale selon les doses, et la proximité de la source.
  • Les rayons α (alpha) : ce sont en fait des morceaux d'atome (des noyaux d'hélium pour être exact). C'est un peu comme la retenue dans une division qui ne tombe pas juste : quand un atome se casse (fissionne), des fois ça ne tombe pas "juste", et il reste des noyaux d'hélium qui trainent. Ces particules sont relativement lourdes et facilement stoppées (une feuille de papier suffit). Ils sont surtout dangereux par ingestion.
  • Les rayons β (beta) : ce sont des électrons ou des positrons (c'est à dire des anti-électrons, mais ça revient au même). Ça c'est dû au fait que les neutrons, des fois ils ont des crises d'identité : ils se sentent mal dans leur peau de neutron, se sentent plus protons que neutron, et deviennent transgenre. Et quand un neutron se transforme en proton, il se débarrasse de ses c... charges négatives qui font qu'il est neutre, en balançant un électron à la cantonade. Les rayons β sont plus pénétrant et plus énergétiques : une feuille d'alu de quelques millimètres, ou quelque chose d'équivalent, est nécessaire pour les arrêter.
  • Les rayons γ (gamma) (et rayons X qui rentrent dans la même catégorie) : ce sont des photons, c'est à dire de la lumière. Mais de la lumière qu'on ne voit pas. Très pénétrants, il faut plusieurs centimètres de plomb voire plusieurs mètres de béton pour les stopper.
Il faut donc savoir qu'en dehors d'enceintes de protections plombées, il n'existe pas vraiment de moyen de se protéger des radiations, sachant qu'on ne sait pas vraiment soigner des irradiations graves...

–Bon ok, mais alors les fameuses pilules d'iode qu'ils distribuent près des centrales ça sert à quoi? Ça protège des radiations? Ça parfume les pets à la vanille?

Bof. Disons que si vous êtes juste à côté d'une centrale  qui échappe à tout contrôle, ça ne vous protégera pas de grand chose. A plus grande distance, ça peut permettre de saturer votre thyroïde (une glande 'achement importante qu'on a tous) en iode non radioactif. Car la thyroïde a besoin d'iode. Or, lorsqu'un réacteur nucléaire s'emballe, parmi les saloperies qui sont produites, et qui se retrouvent dans le nuage radioactif qui ne passe pas les frontières s'il n'a pas ses papiers, se trouve de l'iode. Radioactif bien sûr. Du coup : une pilule d'iode sain avant, et hop! Votre thyroïde a les dents du fond qui baignent, et lorsque le méchant iode radioactif arrive, il ressort aussi sec. Le but est d'empêcher de développer par la suite des cancers, et en particulier celui de la thyroïde justement.
"–Oh zut, ma pilule d'iode! J'ai oublié de la prendre!"

Bon évidemment, ça ne vous protégera pas des brûlures, des leucémies, des autres cancers, des effets tératogènes, ça ne vous rendra pas votre maison irradiée pour les 500 ans qui suivent, ni ne fera revenir l'être aimé en moins de 48h, et ça ne réparera pas non plus votre twingo par télépathie. Mais bon  il paraît que nos frontières sont étanches aux nuages radioactifs... Le truc con, ça serait si c'était une de nos centrales qui nous pétait à la gueule donc. Mais bon, ça ne peut pas arriver hein! Elles sont totalement sûres les nôtres... Non?


Epilogue

–Quoi? Donc les pilules d'iode ça ne sert à rien?
–Non, enfin oui... enfin ça ne sert pas à grand chose. C'est surtout psychologique quoi. Ça donne une contenance aux autorités.
–Mais... mais... c'est scandaleux!!!
–Oui, bien sûr, mais ça n'est pas ça le pire... le pire, c'est que les centrales produisent des tonnes d'un matériau qui n'existe pas à l'état naturel sur terre, et dont quelques grammes peuvent suffire à tuer un homme. Alors qu'il existerait d'autres alternatives...
–Quoi?Comment ça?

A suivre...

vendredi 26 juin 2015

Espèces d'ordures!

Ordures! Déchets humains! Rebuts de la société de consommation! Saloperies! Détritus...
"Moules à gauffres, bachibouzouks!"

–Naméo Papa Hérisson!!! Çavapatatête des fois? Qu'est-ce qu'il te prend d'un coup de balancer des insultes comme ça?

Non ami/e lecteur/trice, contrairement à ce que tu pourrais penser, je n'ai pas succombé à mon tour au syndrome Kevin de la Tourette dont les gnomes sont parfois atteints... Je ne suis pas non plus en train de t'insulter comme du poisson pourri, car si tu es en train de me lire, ça dénote déjà d'un bon goût certain et d'un sens de l'humour subtil et raffiné (poil aux pieds!). En fait, je reviens tout juste de vacances (oui, je sais, je les prend tôt, mais je m'en étais déjà expliqué ici) en Vendée, et je me contentais de te relater ce que j'ai eu l'occasion de rencontrer sur les plages.
Ah... je crois que j'aperçois du sable...

Car oui, les plages (vendéennes en l'occurrence, mais ça n'est sans doute guère mieux ailleurs, bien que je me sois laissé dire que les plages bretonnes sont plus propres...) sont de vrais dépotoirs. Canettes de bière, sacs plastiques (beaucoup), déchets plastiques divers et variés (du morceau de filet de pêche en nylon, aux bouteilles de soda, en passant par les morceaux de polystyrène et fragments de bouée canard), emballages de barres chocolatées, couple exhibitionniste en train de se turluter en public, piles usagées, et j'en passe et des meilleures. Bon, l'honnêteté m'oblige à dire que c'est plus propre en saison. Enfin, d'une certaine façon : bin oui, tourisme estival oblige, il y a plus de détritus, mais en revanche le ramassage par les services de voiries est plus rigoureux.
On vous aura prévenu : les couches de vos gnomes nous emmerderons pour 450 ans environ...

En tous cas, une ballade sur la plage au petit matin est le meilleur moyen de constater que les humains sont des porcs égoïstes l'humanité produit moult déchets, et qu'une partie non négligeable de ceux-ci se retrouvent dans la nature, et en particulier dans l'océan. Il paraitrait même qu'il existe maintenant des continents de plastique! En même temps, ça n'est guère étonnant, lorsqu'on voit la quantité de déchets que j'ai ramassé sur la plage de St Jean-de-Monts en seulement 10 minutes de ballade, sur une surface d'environ 200m sur 10m. Et encore, j'ai pas creusé.

Il faut croire que pour beaucoup de gens, se débarrasser de ses ordures dans une poubelle représente un jeu d'adresse visiblement trop compliqué. Ou alors qu'ils n'ont pas compris que la poubelle c'est le gros bidule rond ou carré qui contient un sac, et pas ce qu'il y a autour. Mais c'est vrai que c'est compliqué...
Ah bin oui, dis donc, c'est plus petit! Donc moins facile... pis des fois elle au moins à pfffou, 10 ou 20 mètres!
En même temps, ne nous voilons pas la face : tous les déchets qui jonchent la plage n'ont pas été laissé sur place. Certains sont amenés, peut être de fort loin, par les courant marins qui charrient les poubelles épaves du monde entier. Il y a une certaine poésie à se dire que le tampon hygiénique sur lequel tu viens de coller ton peton potelé sur une plage française a peut-être été jeté négligemment au Brésil ou en Chine (par où il n'est pas arrivé à pied...). Enfin poésie... c'est peut être un grand mot. Disons... ironie alors? Non plus? Bon, ok, OK : c'est juste de la connerie.
"Made in china?"
D'autant que les questions d'écologie, de sauvegarde de l'environnement, de gestion des déchets, on est quand même vaguement en plein dedans, et que, objectivement, ce genre de spectacle, ça débecte un peu tout le monde :
"Tiens!? Quel drôle de coquillag... ah bin non, c'est un plug anal. Au temps pour moi."

A l'évidence, tout cela devrait amener une sérieuse interrogation sur :
  • la réalité de la gestion des déchets (dans notre pays ou ailleurs)
  • les mesures pédagogiques pour sensibiliser la population à cette question.
Et de ce point de vue, force est de constater qu'il reste encore énormément de progrès à faire. Prenons la base : l'enlèvement des ordures ménagères et le tri sélectif. La loi de juillet 1992 a posé les bases : les collectivités locales sont obligées de pratiquer la valorisation des déchets, la réduction des tonnages et depuis 2002 d'abandonner la mise en décharge des déchets ménagers. Le tri sélectif est donc pratiqué désormais à peu près partout : soit par un enlèvement direct de poubelles triées individuellement, soit par le biais de cuves de tri collectives dont les emplacements sont saupoudrés dans les communes, soit par un tri à postériori (pratiquement jamais, car trop coûteux à mettre en place).

Techniquement, si les collectivités locales (communes ou communautés de communes hein... car c'est plus facile de faire des cochonneries gérer tout ça en groupe) sont donc soumises à l'obligation légale de pratiquer le triolisme sélectif, la loi ne leur impose pas de processus déterminé.Oui, parce qu'en France on aime les choses simples et pratiques : chacun se démerde comme il veut à la one again. Asterix spirit, village gaulois, toussa. C'est donc aux communes de choisir le mode d'action (individuel ou collectif) à sa sauce. Et en toute logique, c'est un grand festival de n'importe quoi de compétition, tant les personnes qui décident quoi faire n'y bitent rien la plupart du temps. A moins qu'elles ne soient simplement manipulées par les grands acteurs privés du secteur (comme par exemple Vérolia® ou Sistita®) dont la probité légendaire force le respect au moins autant que celle d'un Balkani, et qui héritent souvent de délégations de service public bien juteuses, merci au revoir madame. Le grand gagnant n'est donc généralement ni l'environnement, ni le budget communal, ni même le simple bon sens.
Les ordures ménagères, c'est un peu le mythe de Sisyphe actualisé.

Du coup, il est probable que ces dernières années vous ayez connu des changements d'organisation et/ou de tarif au niveau de l'enlèvement des ordures ménagères, simplement en raison de l'évolution de la loi. Dans ma cambrousse par exemple, tout ce bazar a été confié à un syndicat intercommunal, qui a tout changé en mettant en place des bacs de tri collectifs en lieu et place des cagettes individuelles utilisées jusque là. On va dire que c'était pour rationaliser les coûts... sauf qu'au final, ça nous revient plus cher à nous. Je suppose donc que le coût est bel et bien rationalisé, mais juste pas à notre échelon à nous. Dommage. Au final, a donc été mise en place une "Redevance incitative", sous forme d'un forfait incluant un certains nombre de levées (celles en plus étant facturées). Retenez bien le terme choisi, je vais y revenir.
Ni une pipe d'ailleurs.

En toute logique, le Syndicat Intercommunal a donc investi à fond un peu pour encourager un tri efficace et une réduction des déchets, en faisant de la pédagogie intensive avec les usagers par le biais... d'un vague courrier explicatif, sans doute rédigé initialement en Sanskrit, et traduit grâce à Gogole™ Translate. Non, mais je suis vache, y avait des dessins explicatifs. Enfin, un ou deux schémas réalisés sous Paint® quoi. Ok. Admettons, avec internet de nos jours, même si le débit moisi de notre commune indique que la ligne téléphonique utilisée a dû être posée pendant la guerre... enfin la guerre mondiale... enfin la première j'entends, il est facile de se renseigner sur les bonnes pratiques de tri et de réduction des déchets. Ce que nous fîmes avec motivation, maman Koala s'inscrivant depuis sur à peu près tout ce qu'internet doit compter de communautés écolo-bio-zéro déchet. Et le résultat ne se fit pas attendre : non seulement notre volume de poubelle a fondu, mais nous sommes même parvenus à être en dessous du nombre de levées du forfait. Tant mieux puisque la première année, le dispositif prévoyait un remboursement des levées non effectuées.

Deuxième année du dispositif : le Syndicat décide de diminuer le nombre de passages des éboueurs (le ramenant à un par quinzaine au lieu d'un par semaine), ainsi que le nombre de levées inclus dans le forfait (de 24 à 15, soit une dizaine de moins d'un coup). Mais sans diminuer le montant de la Redevance Incitative. Ok, why not, même si ça commence à faire un peu mal au rectum. La tête dans le guidon, nous réduisons encore notre production de déchets (autant le dire, on aimerait bien arriver à zéro, même si c'est quand même chaud patate) : compostage, sac réutilisable, achat en vrac. Bingo : nous sommes à nouveau sous le seuil minimum du forfait. Et là, Redevance Incitative oblige (tout le monde pige bien le terme incitatif? C'est bon? Je continue?) ils nous remboursent donc... zob.

–Zob?

Zob. Que dalle. Rien. Nada. Peau d'balle. Walou. Zéro remboursement. En cette deuxième année, si tu fais mieux que ce qu'on t'impose en terme de réduction, tu as droit à une image panini et une tape sur dos rien du tout. Oh mais voilà qui est super incitatif dites donc! Maman Koala, qui n'a pas sa plume dans sa poche, décide donc de s'en ouvrir au Syndicat en question, qui en substance, lui a répondu que oui,  mais non, c'est comme ça, et que si elle est pas contente c'est pareil, pis que de toutes façons c'est pas possib' que tu ne produises pas de déchets et picétou, et que rembourser les levées non effectuées ça risquerait d'encourager les dépôts sauvages et la fraude, et que du coup, c'est un peu louche qu'on ait si peu de levées et oh dites donc. Alors qu'à l'évidence, leur dispositif dans lequel les éboueurs ne passent plus qu'une semaine sur deux, pas du tout. Ok, les mecs, changez rien, on vous kiffe. Si, quand même, éventuellement, pour le prochain support pédagogique, je suggère l'envoi d'un film informatif sur cassette VHS. Suffit de recycler une vieille vidéo d'entreprise, ça devrait le faire. Ça envoie du rêve.
Message à caractère informatif.
Précision : la loi prévoit certes une TEOM (Taxe sur l'Enlèvement des Ordures Ménagères), exigible dès lors que vous vivez dans une commune, au même titre que la taxe foncière par exemple, que vous fassiez appel au service d'enlèvement des ordures, ou pas. En revanche, la redevance imputable à l'utilisation du service est bien distincte, et ne peut être exigée si l'usager ne fait pas appel au service d'enlèvement. Manifestement, chez nous, le Syndicat fait un peu l'amalgame entre les deux... Dommage car la réduction/valorisation des déchets est un bel objectif.

Vous pensez que cet exemple d'incompétence est rare? Détrompez-vous. En Suisse par exemple, un usager  très impliqué dans la réduction de ses déchets (recyclage, compost, etc), s'est vu menacé par sa commune car... il n'avait pas sorti une seule poubelle depuis le début de l'année. C'était donc forcément un fraudeur. Logique : quand t'es premier de la classe, t'es toujours suspect de tricherie. Pis d'façon, si tu produis pas de déchets c'est que tu consommes pas et que t'es un mauvais citoyen qui ne participe pas à l'économie.C'est quand même marrant cette tendance des autorités à voir les citoyens comme des ennemis et des présumés coupables de fraude, plutôt que comme des alliés objectifs à impliquer intelligemment lorsqu'il faut s'attaquer à ce genre d'enjeux...

Bon certes, il est sans doute illusoire de penser que tout le monde s'impliquerait à fond et qu'il n'y aurait aucune triche, mais j'ai la faiblesse de penser qu'il est plus efficace de responsabiliser les gens en les encourageant et en les impliquant, que de les infantiliser en les matraquant d'interdits, de taxes, et de procédures crétines administratives absconses. Un peu comme les gnomes en fait. M'enfin moi, je dis ça, je dis rien hein...

Tiens, au fait, figurez-vous que pendant mes vacances, je me suis rendu sur la grande plage de St Gilles Croix-de-Vie, et que là, accroché à une poubelle, se trouvait un grand seau en plastique équipé d'une sangle, vous proposant de mettre à profit une ballade sur la plage pour ramasser quelques détritus. Initiative privée d'un membre de la Surfrider Foundation, je le précise. Et bien j'ai eu du mal à remplir le seau : la plage était moins crade que celle de St Jean de Monts. Lien de cause à effet, je ne sais pas : ça reste une goutte d'eau propre dans un océan de déchets, mais bon, c'est un peu le principe du colibri de Pierre Rabhi, si chacun fait sa part, ça ne peut pas faire de tort. Et ça donne le bon exemple. Comme quoi...
#seauplagepropre
En plus c'est une idée applicable partout : forêt, mer, montagne... Tiens d'ailleurs : vous partez en vacances bientôt? Que diriez-vous d'acheter/récuperer un grand seau en plastique, de prendre votre plus beau feutre, d'y inscrire le petit texte qui va bien, et d'accrocher le seau près d'une poubelle publique, dans un endroit que vous aimeriez voir propre ? Ça pourrait être une idée sympa à populariser et pas trop coûteuse non?