jeudi 7 janvier 2016

Le nouvel an faire du jeu

Il y a une vieille tradition dans la famille Hérisson : au réveillon du nouvel an, on joue. A n'importe quoi, mais on joue. En famille, entre amis, en mélange, en solo, mais on joue. Il nous est arrivé, moult années en arrière de faire un LAN de Diablo II avec des potes jusqu'à des 5h du mat'... On était des ouf', on étais des guedins à l'époque. Et surtout on était plus jeunes et on se remettait plus vite... là, on est trop vieux pour ces conneries...
Pis avec ma sciatique qui... hum... oui, bon.

Ça peut être aussi du jeu de rôles...
Graouuuu!

Non, pas celui-là, celui-ci :
"–Et là, le troll, il t'attrape, il te retourne et...
–J'esquive!
–Ok, fais ton jet...
–Échec critique... Ouch!
–Ouaip. Comme tu dis."


Et bien sûr : jeux de société divers et variés tels que le célèbre Time's Up et ces célèbres moments de solitude pendant l'épreuve du mime.
"–La Macarena? Non attends attends... euh... La Fistinière!!!"

Du coup, cette année nous n'avons pas dérogé à la règle, et nous nous sommes donc couché à des heures indues (au moins, pfffou, des  minuit, minuit trente... bon ok, 3h du mat'. Mais on l'a payé cher le lendemain, rapport aux gnomes qui eux... enfin vous connaissez la chanson hein.) après avoir joué à différents jeux de sociétés. Dont un Time's up d'ailleurs, sur lequel je ne m'étendrai pas...
"–Non mais non! Comment je suis censé mimer "La 7ième compagnie au clair de lune"??? Hein? Sans déconner..."
Bref, en attendant, nous avons joué à quelques petits jeu sympas que je vais vous présenter derechef (je précise que ce billet n'est pas sponsorisé : les jeux ont été achetés avec mes sous ou ceux de mes amis, et je n'ai rien touché pour en dire du mal. Ou du bien. Voilà voilà...).

Bioviva : le jeu
Ceussezécelles d'entre vous qui me suivent sur Facebouc® ont peut être vu passer occasionnellement sur ma page des partages de la société d'édition de jeux Bioviva® (jeux concours, annonces, etc...). Ils m'avaient contacté il y a quelques temps de cela, en me demandant gentiment de leur faire un peu de réclame pour leurs jeux concours. Comme j'aimais bien le crédo de cette entreprise montpelliéraine qui propose des jeux éthiques, écologiQUEs (fabriqués en matériaux recyclés) et écologiSTEs (des jeux intelligents promouvant la défense de la nature, des animaux et des actions écologiques) tout en étant ludiques, j'ai accepté de faire circuler quelques notifications. Mais je n'avais jamais eu l'occasion de tester vraiment un de leurs jeux. Cette lacune est à présent comblée, puisque l'un de nos invités du réveillon du nouvel an avait amené : Bioviva - le jeu.

►Cékoidon ?
Bioviva - le jeu, grosso modo, c'est une sorte de Trivial Pursuit, mais en moins trivial, et en moins Pursuit. Le plateau de jeu représente une carte du monde avec un quadrillage et des zones géographiques colorées : chaque couleur représentant un type de climat/végétation (il y en a une douzaine au total). Le but est de collecter 12 pastilles colorées pour former un "soleil". Mais pour cela chaque joueur tire une carte avec ses objectifs de couleurs : tout le monde n'a pas les mêmes.

►Komancétikonjou ?
On peut jouer de 2 à 6. A chaque tour, on déplace son pion (parmi 6 pions de couleur, en bois) sur le plateau de jeu en lançant un dé, et en bougeant son pion du nombre de cases indiquées par le dé (verticalement, horizontalement, diagonalement mais sans changer de direction durant un même tour). Le but est de se positionner sur une case comportant au moins l'une des couleurs se trouvant dans ses objectifs.

Ensuite à chaque tour, l'un des joueurs (ça tourne) se prend pour Julien Lepers Samuel Etienne et tire une carte avec question type QCM sur le thème écologie/nature, à laquelle tous les autres joueurs répondent.
"–Un indice ne s'affiche pas en bas de votre champ de vision... top chrono! Je suis un animal bizarre qui semble être le fruit d'un improbable croisement entre un canard et un mammifère, je suis, je suis?...
–L'ornithorynque!
Lana Del Rey!
–Je dis oui! Oui! Oui! Lana Del Rey! Bonne réponse!"

À tour de rôle parce que sinon c'est le bordel, et qu'il n'y a pas de buzzer. L'ordre de réponse tourne aussi pour que ça ne soit pas le même qui réponde en premier systématiquement. Le joueur qui posait la question tire aussi une carte "événement".

Les bonnes réponses remportent autant de jetons de couleurs, selon les couleurs présentes sur la case occupée par le pion) que la carte "événement" du tour en indique : ça peut être un , deux, ou trois, mais parfois, ça fait aussi perdre des jetons (ce qui te les fout un peu du coup... surtout si tu es le seul à avoir bien répondu flutain de mordel de berde!!!!).

►Bonmécétimaran ?
Bin oui, c'est plutôt sympa. Le système du QCM fait que tout le monde a ses chances, d'autant que vous bénéficiez souvent des réponses faites par les autres joueurs, sauf quand vous répondez en premier. En outre, la difficulté de tomber sur certaines couleurs, ou les aléas des cartes événement font que rien n'est joué jusqu'à la fin : un handicap important peut se remonter très vite, et un avantage net peut se perdre tout aussi vite.

Les plus
  • le jeu est écolo : entièrement fabriqué en matières recyclées (et recyclables : pas de plastique, que du bois et du carton).
  • c'est ludique et simple à prendre en mains
  • c'est pas réservé aux adultes (bon, nos gnomes sont quand même un peu trop jeunes hein... comptez 8 - 10 ans...).
  • c'est instructif
Les moins
  • ces flutains de jetons colorés en carton sont super chiants à ranger dans la boite!
  • le jeu est sympa, mais n'a rien d'extraordinairement original non plus : c'est un classique de questions-réponses.


Bilan
Je recommande : ne serait-ce que pour le crédo défendu. Après ça reste un type de jeu classique, mais quitte à dépenser vos sous dans un "Trivial Pursuit Like", autant en prendre un qui soit sympa, écolo et made in France non? Bon, j'avoue que je serais quand même curieux de tester d'autres jeux de leur gamme, celui-ci ne semblant être qu'un produit d'appel déjà un peu ancien (on ne le trouve même pas sur leur site internet).


Zoubida Zombie Dice
Zombie Dice, jeu édité par Steve Jackson Games, est le genre de petit jeu tout con, qui passe plutôt bien en fin de soirée quand tu commences à n'être plus très frais : c'est pas trop 'tectuel.

►Cékoidon ?
C'est bête comme chou, comme son nom l'indique "Zombie Dice" : c'est un jeu de dés. Une sorte de 4 21 évolué quoi. Sauf qu'au lieu d'avoir des numéros sur les dés, vous avez des petits dessins, ce qui est bien sympa en fin de soirée de réveillon, lorsque le digicode est votre ami...

Et comme son nom l'indique, "Zombie Dice" c'est un jeu de zombies. Mais même si vous êtes allergiques à cette mode envahissante des morts-vivants mangeurs de cerveaux, ça devrait bien se passer quand même.

Komancétikonjou ?
C'est simple : vous êtes censé incarner un zombie, et comme tout zombie qui se respecte, vous êtes assez basique, et il vous faut donc trouver à vous nourrir, en l’occurrence de cerveaux.
"–Ceeeerveauuuuuuu..."
Mais il vous faut aussi éviter les tirs de fusils à pompe, capable de ruiner l'harmonieuse structure de votre corps en décomposition, et pourchasser inlassablement les éventuels fuyards.

Chaque dé comporte donc des faces "cerveau", des faces "tir de shotgun" et des faces "traces de fuyards", en sachant qu'il y a trois couleurs de dé (vert, jaune et rouge), et que les jaunes et les rouges comportent plus de risque de se prendre un tir de shotgun.

Ceci étant posé, le principe est simple : à son tour de jeu, chaque joueur prélève à l'aveugle trois dés dans la boiboite et les lance. Puis, il compte les cerveaux et les tirs de fusils à pompe : le but est de cumuler 13 cerveaux au total, sur ce tour ou sur plusieurs tours, sachant que si le zombie se prend trois tirs de fusils dans un même tour, il ne conserve pas ses cerveaux, et que le joueur peut passer son tour (et donc conserver son nombre de cerveaux acquis pour le tour suivant) à tout moment. Un dé donnant une empreinte de fuyard devra se relancer au lancer suivant en complétant à 3 dés (toujours en prélevant à l'aveugle) tant que le joueur n'abandonne pas ou ne s'est pas pris trois tirs. Bien sûr, plus vous parvenez à collecter de cerveaux à chaque tour, le plus vous vous rapprochez de la victoire (13 cerveaux) : il faut donc louvoyer entre prise de risque inconsidérée et prudence excessive.

On le voit, c'est très simple, la seule subtilité pouvant consister à tabler sur ses chances selon la couleur des dés déjà tirés.

►Bonmécétimaran ?
Bon, soyons honnêtes, c'est pas le jeu du siècle, mais ça permet de cuver sa Clairette de Die tranquille, même si les bulles montent au cerveau. Ceeeeerveauuuuu...

À la marge, si le thème "zombie" vous rebute, vous pouvez considérer que vous jouez, par exemple, un ancien directeur du FMI, dont le but est de collecter non pas des cerveaux mais des pu... enfin, des périp... hum... disons des belles de jour, tout en évitant les juges au lieu des tirs de fusil. Et vous appelez ça "Zobie Dice".
Dodo le saumâtre Like this.
Ou alors une mascotte bien sympathique à la place du zombie, comme par exemple, au hasard, un sympathique hérisson, devant se nourrir d'escargots en évitant les pneus des voitures. Nul doute que "Hedgehog Dice" aurait un succès fou!

Les plus
  • On peut difficilement faire plus simple en matière de règles... faut juste savoir compter. Et encore, jusqu'à treize ça suffit. Même Nabilla comprendrait.
  • Ça cause de zombie
Les moins
  • C'est sympa pour finir la soirée, mais vous ne passerez pas des heures dessus non plus...
  • Ça cause de zombie

Bilan
Un petit jeu qui reste fun : à sortir du tiroir quand tout le monde commence à comater et hésiter entre se barrer et faire un Uno.


Petits meurtres et faits divers
Jeu édité par Asmodée®. Bon, là je triche un peu : on n'y a pas joué au nouvel an mais un peu plus tôt dans le mois. Mais bon hein, c'est l'occasion d'en parler...

►Cékoidon ?
"Petits meurtres et faits divers", clairement, c'est un jeu de tchatche. Faut causer. Plein. Vite. Et avoir l'esprit vif. Ça peut donc se jouer avec un coup dans le nez, mais ça risque d'être un peu décousu. Noter que du coup, ça peut être assez fun hein... Comptez quatre joueurs minimum, et jusqu'à huit maximum. Le principe du jeu est une sorte de mélange issu de l'imagination dérangée de quelque savant fou entre Cluedo et Tabou : un joueur "inspecteur" doit identifier un joueur "coupable" parmi des suspects, sur la base de mots prononcés ou non.

►Hein?
Je m'explique : chaque joueur dispose d'un "agenda" dont chaque page correspond à une date, et à une affaire donnée avec des suspects. Il y a 6 agenda de suspects, dont un "coupable". Leur couverture est identique, il faut lire le contenu pour le savoir. A cela s'ajoute un agenda d'inspecteur, et (en option) un procureur. Chaque "affaire" est en fait un synopsis très simple (ex : on a tué le chat de la mère Michel, qui a fait le coup parmi le père Lustucru, Alf l'extraterrestre et Emile-le-tueur membre du CCC le Comité Contre les Chats).
"–Moi? Coupable? Je ne vois vraiment pas ce qui vous fait dire ça inspecteur..."

L'affaire et l'identité des personnages sont assez secondaires en fait : c'est juste là pour donner un contexte. L'inspecteur va devoir interroger chaque suspect en un temps limité (sablier). Chaque suspect va devoir, pendant son interrogatoire, placer certains mots notés sur son agenda. Tous les innocents ont les mêmes mots, le coupable a des mots différents. Attention hein : ça ne sont généralement pas des mots basiques... dans notre exemple, les mots seraient du style : toxoplasmose, vétérinaire, taxidermiste...
"–Comment ça 'le coquelicot était une plante messicole' ? Vous n'essayeriez pas de placer des mots à la con là?"

Évidemment, l'inspecteur ne connaît pas les mots : il faut donc qu'il tente de repérer les redondances dans les interrogatoires pour identifier le coupable par élimination. Sauf que... à la fin du tour, chaque joueur vote : il indique s'il pense que l'inspecteur va trouver le coupable ou non. Du coup, les innocents peuvent avoir intérêt à ce que l'inspecteur se plante afin de gagner des points (le décompte se fait entre autres sur la base d'un vote correct ou non), et donc à essayer de l'embrouiller en plaçant aléatoirement des mots à la con, ou en repérant et en plaçant les mots du coupable...

Le procureur est quant à lui une sorte d'arbitre : il dispose des différents mots à placer, et détermine s'ils l'ont été correctement ou non.

Une fois qu'une affaire a été résolu, on remélange les agenda (inspecteur et procureur inclus) et on recommence sur une autre affaire, et ainsi de suite jusqu'à ce que tous les joueurs aient été l'inspecteur une fois. Puis on compte les points.

►Bonmécétimaran ?
Je dirais que ça dépend avec qui vous jouez : si vous lancez le truc avec tata Cunégonde, ancienne carmélite de 92 piges, et le cousin Jean-Kévin, 13 ans et le vocabulaire d'une star de téléréalité, il y a des chances que ça tourne court. Par contre, avec deux-trois personnes ayant un minimum de bagou, on peut vite partir dans des délires assez géniaux (y a deux-trois potes blogueurs avec qui j'aimerai bien tester par exemple...).

Précision : toutes les "affaires" et tous les "suspects" sont un peu... disons issus d'un brainstorming des auteurs du jeu au cours duquel j'imagine que la schnouffe circulait par brouettes entières. Attendez-vous à pas mal de clins d’œil, et autres références à des films, livres ou séries connues.

Les plus
  • Un jeu original, et plutôt délirant
  • C'est aussi marrant d'y jouer que de regarder les autres faire leur show
  • C'est un jeu qui met de l'ambiance
  • C'est l'occasion de placer des mots que vous n'utilisez jamais
  • Si vous comptez vous débarrasser de quelqu'un, c'est un bon moyen de préparer votre interrogatoire, et d'embrouiller les flics avec des mots de plus de 3 syllabes.
Les moins
  • On ne peut pas jouer à moins de quatre
  • Impossible à jouer avec des taiseux
  • A huit, le rôle du procureur est juste chiant
  • Ne JAMAIS jouer avec un politicien (ou un avocat, c'est pareil) : ils sont imbattables à ce jeu, car ils peuvent placer n'importe quel mot dans n'importe quelle phrase furtivement et sans que ça paraisse incongru, alors que pourtant leur phrase ne veut rigoureusement rien dire. Écoutez un discours à l'Assemblée pour vous en convaincre.

Bilan
Un de mes jeux préféré (mais j'ai parfois du mal à trouver des acolytes pour y jouer). Par certains côtés, ce jeu se situe à la frontière entre jeu de société classique et jeu de rôle. Du coup je le recommande chaudement si vous avez des amis jouasses autour de vous. Et sinon, comme la boiboite de jeu contient 8 bouquins, elle est assez compacte et un peu lourde, et peut donc constituer une arme improvisée de bon aloi contre divers pénibles (témoins de Jéhovah, contrôleur du fisc, Justin Bieber...).


Et sinon, bah...il vous reste toujours le Monopoly hein...
"–Et merde, encore l'hôtel de la Rue de la Paix..."

mercredi 30 décembre 2015

Le choix des mots, l'époque des photos


La semaine dernière, j'étais en vacances.
Oui, enfin ça c'est la théorie...
Et quand je suis en vacances, je me retrouve un peu coupé du monde car :
  1. j'ai pas la télé
  2. je capte pas la radio
  3. je ne lis pas la presse écrite
  4. j'ai pas de smartphone j'ai un smartphone mais pas de forfait data
  5. c'était la semaine de Nowël = plein de trucs à préparer
  6. j'ai deux gnomes en pleine possession de leurs moyens, avides d'apprendre des trucs et de dépenser leur énergie, ce qui signifie qu'il ne faut pas compter avoir du temps pour glandouiller sur les internets en zieutant les infos
Du coup, quand je reviens de vacances et que je tombe sur "ça"...
Nul doute que les terroristes doivent avoir bien les chocottes là...

... et sur ça...
"–La France aux fran... euh... aux Corses, aux Corses!!!"
 ... et bin ça me laisse une drôle d'impression vois-tu...
Mais... mordel de berde! Tu pars DEUX minutes, et c'est déjà le dawa? Pire que des gosses!


Bon. Il y a déjà quelques temps de cela, un peu par hasard, j'avais entendu parlé d'un bouquin écrit par Alain Bentolila : "Comment sommes-nous devenus si cons?". Tu t'en doutes ami lecteur (oui, j'ai décidé de te tutoyer aujourd'hui, je trouve que c'est plus sympa... et puis on commence à devenir intime non?), rien qu'à la lecture du titre, j'avais déjà  autant d'étoiles dans les yeux qu'un hamster épileptique sous LSD en train d'écouter Lana Del Rey.
La réponse à cette question simple donne une vague idée de l'infini...
Autant le dire franchement, je frétillais également d'aise à l'idée de t'en extraire la substantifique moelle dans l'un de mes billets. Et quand je l'ai eu entre les mains, je commençais à baver et à convulser légèrement. Sauf que finalement, à sa lecture : bof. Ok, un peu quand même puisque je l'évoque ici même, mais surtout parce que le titre est parlant en fait.

Bon, objectivement le livre n'est pas mauvais hein, il est même assez intéressant. Mais pas transcendant non plus. Sur le principe, rien à dire, l'analyse est implacable : la maîtrise de la langue part en cacahuète, ce qui tend à rendre la communication entre les individus de plus en plus basique. Et donc à rendre ces mêmes individus de plus en plus cons.

Alors bon, oui : c'est vrai qu'une langue c'est quelque chose de dynamique, qui évolue perpétuellement. Il suffit de se fader un bouquin en vieux français, genre Chrétien de Troyes (je n'ai pas dit Lanfeust de Troyes) pour se rendre compte que quelques siècles suffisent pour qu'on ne bite plus un traitre mot à la jactance de l'époque. Mais bon, sur quelques siècles, ça peut encore se concevoir, et ça ne met pas en péril la nation. En revanche, quand le problème de communication se pose sur une intervalle de disons 60 ans (l'écart d'âge typique entre un d'jeuns dont le nez laisse échapper des vapeurs de oinj plantes qui font rigoler, et un sénateur dont le rectum laisse échapper des vapeurs de fosse sceptique de décomposition avancée de vieux), c'est plus ennuyeux.

Notez que dans ce bouquin que les différents médias (internet, télé, radio, presse écrite) et les journalistes se prennent quelques balles perdues au passage en prennent aussi pour leur grade, ce qui est plutôt justifié convenons-en. Le problème c'est que ce brave Alain a manifestement quelques comptes à régler avec le ministère de l’Éducation Nationale et ses grand-messes pédagogico-médiatiques servant plus à redorer l'image d'un ministre (en l’occurrence Segolène dans le bouquin) qu'à faire avancer le schmilblick. Si je ne saurais lui donner tort, je trouve néanmoins que ça enlève de la profondeur à ce livre, en transformant certains (longs) passages en vulgaire bataille de crottes de nez.

Bref, un livre qui souffre de longueurs. En plus dedans il n'y a ni vampires ni beau gosse ténébreux pratiquant le BDSM. C'est nul. Il n'y a pas non plus l'humour décapant de Ginie (Femme Sweet Femme) qui a déjà commis son premier roman avant d'attaquer le suivant. Autant dire qu'il ne justifie pas une chronique à lui tout seul.

Pour autant,  l'auteur est linguiste et il sait de quoi il parle. Alors quand il explique que le langage est un code, un référentiel commun  dont les règles (grammaticales, syntaxiques, etc...) sont destinées à permettre une compréhension mutuelle sans équivoque, ça m'interpelle au niveau du vécu tu vois... Surtout en cette période faste, riche de mots grandiloquents tels que "liberté d'expression", "union nationale", "laïcité", "jihadisme", "déchéance de la nationalité"... Alors je me dis qu'effectivement, nous sommes en train de devenir très très cons, et qu'il serait grand temps que les Mots, surtout ceux qu'emploient les gens qui nous dirigent ou ceux qui passent leur temps à montrer leur mouille à la télé, servent à autre chose qu'à exciter le cerveau limbique (mais si, vous savez, l'homme préhistorique un peu basique qui sommeille en chacun de nous) du citoyen lambda. Je veux dire : ça serait peut être sympa qu'on réapprenne à communiquer. Pas dans le sens "voyez avec mon conseiller en communication svp" ni dans le sens "expliquer de quoi vous avez besoin, je vous expliquerai comment vous en passer", mais plus dans le sens "tient, et si on échangeait des informations intelligemment avec des mots?".


Surtout que les mots véhiculent quand même des idées. Et que parfois, ces idées et bin elles puent un peu. Heureusement, puisque nos politiciens ne mesurent plus le poids des mots, il reste encore les photos...

Ok. Donc là je vais peut être éteindre internet et retourner m'occuper de mes gnomes en fait.

Et merde.

Bon bah... bonne année 2016 quand même hein...

mardi 15 décembre 2015

L'honneur de l'amère patrie

La patrie est blessée. Notre patrie. Une patrie outragée! Une patrie brisée! Une patrie martyrisée, mais une patrie... libérééééée! Délivrééééééeeee! ♫♪


Ah ça! Depuis quelques semaines, la patrie on nous en rebat les oreilles hein. On en bouffe du patriotisme! Et que j'te fasse tourner en boucle la Marseillaise...

♫ AlonZenfandelaaaa PATRI-I-EUH... lejourdeglôôôaaaarétarivé ♪

... et que j't'affiche du drapeau tricolore en veux-tu en voilà...
Gilbert Montagné Like this

... et que j'te balance du "liberté-égalité-fraternité" à toutes les sauces, entre deux masturbations intellectuelles sur les valeurs éternelles de la France pays des droits de l'homme, de la liberté de la presse, de Voltaire et Zadig Rousseau, du saucisson et du pinard. Bla bla bla.

Et pour les sauvegarder ses valeurs, figurez-vous que la France fera ce qu'il faut. Y compris les abandonner.

–Hein?

Non mais juste le temps de mettre la misère aux méchants hein... je vous rassure. Ohla si si, pas d'inquiétude! Rhoooo... Pfff, que n'allez vous pas penser bande de margoulins complotistes à la petite semaine! C'est l'affaire de quoi? Pfff, 15 jours... Bon allez, trois mois!... Ok... six mois grand max hein!... Enfin bon, sauf si les méchants recommencent parce que là...

Bref. Comme je vous sens un tantinet inquiets, je vous propose de vous expliquer comment la France espère en vain va mettre sa raclée à ces gros bâtards de terroristes. Voici donc (Oh! Bad!) :

Leçon d'antiterrorisme : l'amer docu


1.Leçon n° 1 : Tester ses résistances
Comme le dirait John Rambo : et maintenant, ça va chier!
Attention, ça ne rigole plus!
Non parce que jusqu'ici, les gros navions ils faisaient du macramé tu vois. Mais là, maintenant, ça plaisante plus, on est un peu chafouins. On en a gros!

Non mais, ok, d'accord : on les bombardait déjà, mais jusque là c'était juste pour déconner : on lâchait les bombes sur des cailloux, des buissons, des licornes, des civils innocents... Mais maintenant : fini de jouer. On va balancer nos bombes sur... euh... les méchants. Voilà. C'est dit. Pourquoi on l'a pas fait avant? Euh... non mais c'est parce qu'ils se planquaient. Au milieu de civils. Tandis que maintenant... euh... pareil, mais ça rigole plus voilà. On en a gros!
Et on veut être considérés en tant que tel.
2. Leçon n°2 : Prolonger la magie du premier regard
Parce que 12 jours c'est un peu court pour un état d'exception au fonctionnement normal de la justice en France, le gouvernement a décidé de le prolonger à trois mois.. Trois mois, c'est mieux. Voire six hein... ou plus s'il le faut. C'est vrai quoi : être obligé de demander l'avis d'un juge pour perquisitionner chez les gens, ou les assigner à résidence, quelle plaie franchement... En fait, si on f'sait ça tout le temps? Ça serait sans doute pas mal non?
Franchement, si les juges et les avocats servaient à quelque chose, ça se saurait non?

Non parce que c'est pas comme si l’État d'Urgence pouvait conduire à des abus quoi! C'est un truc d'exception, mais parfaitement maîtrisé, dans lequel chaque étape est parfaitement sous contrôle de... euh... enfin, on ne peut pas faire n'importe quoi avec... euh... Oh et puis merde : nous on est les gentils, et eux ce sont les méchants. Epicétou!


3. Leçon n°3 : Arrondir les angles
Les terroristes ont tenté de s'en prendre aux valeurs que nous défendons, aux droits de l'Homme qu'ils exècrent. Du coup, la meilleure réponse à apporter consiste à passer un coup de fil au Conseil de l'Europe pour lui dire que les droits de l'Homme, on va déroger un peu...

"–Allo? Le Conseil de l'Europe?
–Oui? Qui est à l'appareil?
–Ici c'est la France, c'était pour vous prévenir : les droits de l'Homme toussa, on va s'asseoir dessus un petit peu. Mais juste le temps de péter la mouille des vilains quoi!
–Ah... mais... euh... c'est pas justement ce que vous leur reprochez, de ne pas respecter les droits de l'Homme?
–Ah mais non, mais oui, mais c'est pas pareil. Nous on est les gentils, et eux ils sont les méchants.
- Pourquoi me veut-il du mal ?
- Parce que c'est un méchant.
- Mais, pourquoi moi ?
- Parce que t'es une gentille !

–Ah d'accord. Bon bin, YOLO hein, faites vous plaiz'
–Oui. Allez, bisous, topette!"

Faire une pause sur les valeurs qu'on veut défendre et qu'ils attaquent : ça c'est de la stratégie. C'est un peu comme si on avait flingué tous les juifs en 1940 pour emmerder Hitler. (Oui, je sais : je m'auto-inflige un point Godwin).


4. Leçon n°4 : Jeter le trouble dans son esprit
Combattre l'ennemi, c'est d'abord identifier l'ennemi. Et de ce point de vue, nous avons un avantage, car l'ennemi est reconnaissable assez facilement.
"L'ennemi est bête : il croit que c'est nous l'ennemi, alors que c'est lui !"


Identifier l'ennemi, c'est facile : il est barbu, porte des vêtements bizarres qui ressemblent à des sortes de djellabas, parle avec des types chelous qui s'expriment en Étranger (langue mystérieuse et incompréhensible au commun des mortels), parle sans cesse de je-ne-sais-quoi Ackbar, pratique une religion pas très catholique, a tendance à partir dans des délires mystiques avec des histoires d'élu ou je ne sais quoi, a un goût prononcé pour les tenues vestimentaires féminines assez discutables, et de façon générale il a l'air assez suspect.
Surveillez bien les amis, je sens que dans les jours qui viennent, le GIGN et le RAID vont pouvoir se faire plaisir à la sortie des cinémas...
 Tandis que le "pas ennemi" est un type normal du genre plutôt passe-partout. Ou pas.
Euh...

Et sinon il restera toujours la solution de Donald Trump, hmmm?

5. Leçon n°5 : Resserrer les liens
Identifier l'ennemi c'est une première étape. Une fois cela fait, on lui colle une fiche S et déjà il fait moins le malin. Mais des fois que ça ne suffirait pas, il importe de l'empêcher d'accomplir sa sinistre besogne (poser une bombe, transformer d'honnêtes citoyens en hachis parmentier à la kalach', cultiver et vendre des fruits et légumes bio, manifester, s'indigner,...).
Attention, cette pomme bio radicalisée est prête à s'attaquer à nos familles le couteau entre les dents! Qu'on se le dise!

Heureusement, l’État d'Urgence permet de coller au gnouf d'assigner quelqu'un à résidence sans demander la permission à un de ses mollassons de juges trotsko-islamo-gauchiste. Comme ça, pif pouf. L'inconvénient, c'est que ces margoulins de fichés S pourraient chercher à s'échapper. Du coup, ça serait sans doute pas mal de regrouper tous ces vils malandrins, et de les foutre dans un camp de conce... dans un centre de rétention histoire de pouvoir garder un œil sur eux quoi...
Je me disais bien que mes amis qui étaient devenus Végans étaient suspects...

Voilà voilà. Non mais ne voyez pas le mal partout on vous dit : eux c'est les méchants!!!!

6. Leçon n°6 : Gérer son stress
Viander les méchants c'est bien, mais apprendre à résister à leurs attaques, c'est mieux. Heureusement, le gouvernement pense à vous en vous expliquant comment réagir efficacement à l'aide d'un schéma bien pensé.
Enfin des instructions de sécurité qui s'appuient sur nos points forts : la bouffe, et la baise.

Je pourrais aussi évoquer les envies de contrôle d'internet à faire pâlir Pyongyang de jalousie (si la Corée du Nord disposait d'un accès internet autrement que par des ficelles reliées à des pots de yaourt bien sûr) mais ça, c'est juste encore à l'état de projet.

Mais bon, franchement, si après ça vous n'êtes pas rassurés, je ne peux plus rien pour vous.