Prologue Montagnes de l'Himalaya, royaume du Khupal, à la frontière avec le Boukistan Ça n'était pas un hasard si ces montagnes avaient été surnommées "le toit du monde". De chaque côté de l'hélicoptère gros porteur défilaient de hauts pics qui semblaient tutoyer les cieux tels d'immenses piliers célestes abandonnés là par quelque dieu négligent. Le "colonel" se faisait cette réflexion silencieusement, lorsque la voix de sa voisine de cabine grésilla dans l'écouteur. "–Ça fait plus de deux mois qu'il n'a pas donné de nouvelles... comment avez-vous réussi à la localiser? Qu'est-ce qu'il ficherait ici dans le trou du.... –Le Khupal. Oui. C'est bien ce que m'a indiqué mon informateur." L'homme en uniforme tourna la tête vers la femme, une rousse en tailleur stricte qui le regardait d'un air sceptique. "–Croyez-moi, l'homme qui m'a renseigné est fiable. –Un ami à lui? –Son garagiste. Youri. Ou Sergueï, ou peut-être Vladimir, je n'ai jamais su en fait... bref, il m'a dit texto : "Lui fatigué. Lui tout mou. Lui besoin pause. Khupal. Vous partir maintenant, sinon je tirer kalachnikov." –Admettons, répond la rouquine en levant les yeux au ciel. Mais le Khupal, même si c'est un petit pays, c'est vaste. Pourquoi ici spécifiquement? Pourquoi dans ce monastère Bouddhiste? –Pas Bouddhiste, Mouddhiste... –Pardon? –J'ai dit pas Bouddhiste, mais Mouddhiste. C'est un monastère Mouddhiste. S'il est "mou" pour reprendre les termes de Alexeï, je pense que ça veut dire qu'il est atteint du syndrome du Grand Méchant Mou. Dans ce cas c'est forcément l'endroit où il est venu se mettre en retraite du monde. Les mouddhistes ont fait de ce syndrome un mode de vie."
"–C'était pas ma guerre..."
La rousse s'apprêtait à ajouter quelque chose, mais le pilote sembla avoir repéré son objectif. Désignant du doigt un bâtiment à l'architecture curieuse accroché à flanc de montagne, sa voix grésilla dans les écouteurs de ses passagers. "–C'est là, à 14h!" Le monastère Mouddhiste s'étalait sur la paroi montagneuse tel un flamby ramolli dans une assiette. Avisant un haut plateau dégagé, non loin du bâtiment, l'appareil massif se posa avec l'habileté liée à de longues heures de vol du pilote. Tandis que les passagers descendaient de l'hélicoptère, plusieurs moines mouddhistes en robes chamarrées venaient à leur rencontre d'une démarche trainante. Le "colonel" s'avança en boitillant. L'un des moines s'avanca vers les visiteurs et prit la parole dans un français approximatif : "–Soyez bienvenus nobles étrangers. Vous venir pour rencontrer Sa Sainteté Dalaï Le Mou?" L'homme en uniforme s’apprêta à répondre, mais la femme en tailleur lui grilla la politesse : "–Non. Nous recherchons un homme. Un homme venu dans votre monastère pour s'y exiler. –Si lui venir exil ici, pourquoi vous venir déranger lui? interrogea le moine. –Nous avons besoin de cet homme pour... une mission de première importance. –Et... vous être? demanda le moine. –Je suis... vous pouvez m'appeler colonel Trotte-mal, répondit l'homme en uniforme. Rapport à ma jambe en galère. Et voici Miss Terry Heuze. –Et qui vous chercher? –Ça me parait évident, nous cherchons... Papa Hérisson!"
Où est Papa Hérrisson
Le syndrome du Grand Méchant Mou
Oui. Je sais. Ça fait des plombes que je n'ai publié aucun article. J'ai honte. Enfin un peu... et pourtant, je suis bien d'accord, c'est pas les sujets qui manquent en ce moment : autodafé réforme du code du travail, Paradise Papers, affaire Weinstein, indépendance de la Catalogne, affaire du Glyphosate, Nicolat Hulot en train d'avaler des couleuvres anacondas au mètre linéaire...
–scandale de la prostitution dans la téléréalité révélé par Jeremstar...
JeremQui ça? Bof, peu importe... Bref, mais #cépamafote, c'est la faute du Grand Méchant Mou. Le Grand Méchant Mou, c'est ce truc qui te choppe parfois : tu as des trucs à faire (genre plein!), tu as toutes les raisons de les faire (de bonnes raisons), le temps pour ça (plus ou moins), mais... rien. Nada. Walou. C'est pas tout à fait comme le syndrome de la page blanche hein... des idées de sujets d'articles, c'est pas ce qui me manque (cf sujets ci-dessus), mais juste impossible de trouver la motivation.
Bon, notez bien que je suis loin d'être le seul hein : ça semble même plutôt fréquent en automne. Il fait gris, il fait froid, il fait humide, on est tous un peu malades, un peu frigorifiés, bref :
L'hiver arrive.
En gros, t'as juste envie de t'emballer dans un plaid polaire devant ta cheminée en sirotant un chocolat chaud tout en caressant ton chat qui va laisser tous ses poils sur ton plaid et te déclencher un choc anaphylactique.
Sluuuurp!
Et puis soyons honnête : il y a tant de motifs d'indignation dans l'actualité que ça en devient épuisant. Trop nombreux. Tu montes en pression, et là un autre truc déboule, tu monte aussi sur ce nouveau cheval de bataille, mais avant que tu ne te lance, un autre arrive et... tu laisses tomber. Trop nombreux.
"–Je vais tous vouuuuus... euh... oups!"
D'ailleurs, objectivement, je ne dois pas être le seul : prenez les ordonnances sur la réforme du code du travail. A en croire les sondages, une majorité de français y étaient opposés. De nombreux experts pronostiquaient une rentrée sociale chaude-bouillante, des grèves et des mouvements sociaux à n'en plus finir et... finalement rien. Zob. Que dalle. Nada. C'est pas que tout le monde s'en fout hein... et d'ailleurs ça peut encore péter, plus tard, c'est juste que là, tout le monde est las. Plus de courage. Tous mous. Le Grand Méchant Mou. D'ailleurs je soupçonne vaguement que Jupiter Junior l'a parfaitement compris...
"–Mouahaha! Punaise, comment je les ai tous niqués!"
Franchement, c'est vrai! Même Hulot est atteint : entre la prolongation des centrales nucléaires, le glyphosate, les pesticides tueurs d'abeilles et j'en passe, même Jean-Vincent Placé aurait posé sa dém'. Mais Nico? Non. Alors de deux choses l'une : soit ce mec a vendu ses testiboules dans une brocante et s'est laissé pousser les dents pour rayer tous les planchers de l'Elysée, soit il est atteint du syndrome du Grand Méchant Mou.
Pire! Environ 15.000 scientifiques (15.000!!!) ont co-signés une tribune, un appel, pour alerter sur la situation catastrophique de notre planète, gravement menacée par l'activité humaine. Attention hein? Ça rigole plus, les grosses têtes nous préviennent : si on continue de chier dans la colle comme ça, c'est l'avenir de notre civilisation voire de notre espèce qui est menacé. Logiquement, un truc pareil devrait faire les gros titres de tous les journaux, de toutes les télés. Une réunion d'urgence devrait être convoquée à l'ONU en mode film-catastrophe-on-va-tous-crever, et des décisions drastiques devraient être prises. Et... et...
Et bin on n'est pas dans la merde...
Rhaaaa punaise, rien que d'en parler ça m'énerve!
Que... mais oh. Je... je suis énervé? Mais alors... ça veut dire que... JE SUIS GUERIIIII!!! Purée, maintenant ça va chier!!!!
"–Tu vas l'avoir ta putain de gueeeeeerre!"
Epilogue Le colonel Trotte-mal et son acolyte suivent à présent l'homme en habit coloré. Celui-ci écarte un rideau pour les laisser passer. Miss Terry Heuze et le colonel balayent la pièce du regard. Parmi les personnes présentes, son regard se pose soudain sur celui qu'il cherche. Assis en train de déguster son repas, se trouve Papa Hérisson. Ce dernier lève soudain les yeux vers les nouveaux venus. Les identifiant soudain, ses épaules s'affaissent comme sous l'effet d'une profonde lassitude. "–Bon sang! Paul Bismuth! [cf cet article, mais aussi celui-ci ou encore celui-là] Mais qu'est-ce que vous fichez ici? Et pourquoi en uniforme? Et c'est qui la rouquine qui vous accompagne? Votre avocate? Vous avez encore fait une connerie? –Je vous ai déjà dit de ne pas m'appeler comme ça, répond l'homme en uniforme. Je suis le colonel Trotte-mal à présent. Et je suis officier des SAS. Et voici Miss Terry Heuze du FBI. –Sans rire? Le Special Air Service et le Federal Bureau of Investigation? –Euh... non, répond la femme rousse. Les Sections Anti-Sexisme et le Feminisme en Bataillon International. –Je me disais aussi... –Nous nous sommes donnés du mal pour remettre la main sur vous M.Papa Hérisson, reprend-elle. Ça fait des mois que vous aviez disparu de la circulation! Nous avons suivi votre piste jusqu'au bout du monde, jusqu'à ce monastère Mouddhiste à la frontière entre le Boukistan et le Khupal..." Papa Hérisson s'esclaffe. "–Sérieusement? Mais qu'est-ce que j'aurais été f... là-bas?" Miss Terry Heuze jette un regard noir à son compagnon. "–Bon, ok, j'ai mal interprété une information. Mais comment j'aurais pu deviner que "Khupal" désignait un restaurant indien à deux pâtés de maison, hein? Hem. Bon, ceci dit, rétorque Trotte-mal, ça nous a permis de rencontrer le Dalaï Le Mou. –Ah. Et alors? Il est comment? –Mou. Très mou. –Oh. Cool. Je devrais peut-être y aller dans ce monastère finalement... –Ah non c'est bon maintenant, s'énerve Terry. On a déjà eu du mal à vous retrouver dans ce pu**** de restaurant indien au fin fond du trou du cul de la France! On a besoin de vous! –Besoin de moi? Et pourquoi donc? –Pourquoi? POURQUOI? Non mais vous suivez les infos ou pas? s'énerve la femme rousse, son visage prenant un teinte assez proche de celle de ses cheveux. –Bof. En ce moment,pas plus que ça je l'avoue... –Et bien sachez que depuis quelques semaines, c'est la GUERRE M. Papa Hérisson! La guerre des sexes! –Pffffffff... –Ah bin super, ça a l'air de vachement vous motiver... le sexisme, les violences faites aux femmes, toussa, vous ne vous sentez pas concerné même un tout petit peu? Bravo, bel esprit! –Non mais si hein... au contraire! Toute cette histoire là, Weinstein, #balancetonporc, #metoo, tout ça... je vous soutiens à mort les filles hein! Et pis en plus, je m'en fais pour l'avenir de Xéna avec toutes ces conneries. Je ne demanderais qu'à vous aider, faire un article, m'indigner, toussa... c'est juste que là... je suis atteint du syndrome du Grand Méchant Mou. –Oui, bin vous allez me faire le plaisir de vous secouer le croupion, parce que ça urge! –Rhaaa, punaise on peut même plus avoir la paix pendant qu'on bouffe des samoussas maintenant. Je peux finir mon houmous quand même?"
Le gros problème avec la connerie, c'est qu'elle a quelque chose de furieusement universel. Je veux dire : on est tous le con de quelqu'un hein... Pire : on a tous nos moments où on se sent un peu con, parce que brièvement on a agi sans réfléchir ou bien que l'on s'est précipité un peu trop.
Oui, bon, après pour certains, c'est plus un mode de vie voir un fond de commerce qu'un moment accidentel hein...
En général, on agi de façon con lorsque nos actions sont guidées par le cerveau limbique (plus rudimentaire) et non par le cortex supérieur (siège de la logique et du raisonnement). C'est pourquoi les réactions stupides sont souvent associées à des émotions également liées à ce cerveau limbique : l'agressivité, le désir sexuel, la peur...
Or ces réactions "limbiques" sont beaucoup plus standardisées que les réactions cognitives plus élaborées : logique, elles sont plus instinctives. C'est pourquoi ceux qui veulent nous manipuler font plus facilement appel à ce cerveau limbique, en utilisant les stimuli adéquats (agressivité, désir, peur) qu'à notre intelligence.
–Oh! Wait... ceux qui veulent nous "manipuler"? Tu vires conspirationniste? Et c'est qui? Les politiciens ?Les Chinois du FBI? Les Illuminati? Hu hu...
Presque... je voulais bien sûr parler de...
Jean-Kévin, du service marketing!
Jean-Kévin, son taf, c'est de vous fourguer le maximum possible de camelote made in China pour vous faire cracher un maximum de thune, et ainsi faire le bonheur des actionnaires de son entreprise, qui pourront ainsi se vautrer dans le luxe, le stupre et les putes de luxes. Pour y parvenir, Jean-Kévin n'a que deux moyens :
vous fournir un produit indispensable et de haute qualité dont vous ne pouvez pas vous passer, par exemple un hippopotame rouge. Disons-le franchement : c'est improbable. De toutes façons Jean-Kévin bosse au marketing, pas dans l'atelier du Père Noël... les miracles dépendent des ingénieurs, pas de lui, et les ingénieurs font rarement des miracles.
utiliser la publicité (sous différentes formes) afin de vous faire croire que l'hippopotame rouge présenté représente le summum du top moumoute de la mort qui tue la vie et qu'il vous le faut impérativement.
Bon, soyons honnêtes : Jean-Kévin choisit toujours la seconde option. Sauf que cette deuxième option fonctionne bien mieux si vous êtes en mode émotionnel/cerveau limbique (Oh! Un hippopotame rouge dernier cri!!! J'en ai envie! Il me le faut!!!!) que si vous utilisez vos capacités de raisonnement (What? Wait... Mais qu'est-ce que je pourrais bien faire d'un fucking hippopotame rouge?).
Du coup, pour que la publicité fonctionne bien, il est important pour Jean-Kévin que votre temps de cerveau soit disponible pour recevoir le message qu'elle véhicule.
Ça a le mérite d'être clair.
Du coup, Jean-Kévin va privilégier le placement de ses publicités, et donc payer des espaces publicitaires dans les médias pour cela, en privilégiant les médias et leurs contenus qui vont favoriser leur efficacité.
Dit autrement, les médias gratuits (id est : qui veulent gagner du flouze en vendant des espaces publicitaires) ont intérêt à :
avoir un maximum d'audience (lecteurs, téléspectateurs, auditeurs, internautes, etc...)
capter suffisamment l'attention de cette audience pour que les messages publicitaires puissent s'imprimer
Et oui : quand c'est gratuit, c'est toi le produit. Et pour y parvenir, ces médias utilisent la méthode la plus basique qui soit : ils font appel à l'émotionnel, à nos bas instincts.
Bon, tout le monde connait la méthode classique : le sexe. Le sexe fait vendre dit-on, c'est pourquoi les publicitaires ont tendance à nous coller des personnes (le plus souvent des femmes) plus ou moins dénudées pour nous vendre leurs produits.
Ça ne saute pas aux yeux, mais c'est bien une voiture que l'on cherche à vous vendre. Rouge la voiture.
C'est une méthode qui ne date pas d'hier...
–Mais... enfin! C'est stupide!? Les publicitaires s'imaginent qu'en collant l'image d'une greluche à moitié à poil ça pousse les gens à acheter? Que ça puisse exciter nos bas instincts, admettons, mais quel rapport avec l'acte d'achat? C'est complètement con!
Vous n'écoutez pas ce que je dis : le premier paragraphe de cet article évoque justement de la connerie. Le but des publicitaires est de nous rendre con (temporairement ou durablement) pour mieux nous vendre leurs merdes en plastoc merveilleux produits. L'idée sous-jacente est en réalité fort simple : en offrant un message à forte teneur sexuelle (femme dénudée, gestes sensuels, etc...) le contenu du média utilisé génère "un manque" chez le récepteur (lecteur/auditeur/spectateur), la publicité qui suit ayant pour objet de "combler" ce manque en proposant un produit de substitution (parfum, café, soda, voiture, laxatif, etc...).
Que... un substitut sexuel vous dites? Rhoooo... franchement je ne vois pas, c'est juste un soda.
–Sans déconner?
On va dire que ça, c'est l'idée de base. Après, certains émettent des doutes sur l'efficacité de la méthode. Mais le sujet est si vaste, que nous en reparlerons à l'occasion, il y a matière à un article entier.
L'autre méthode est moins connue, mais tout aussi, si ça n'est plus efficace : la peur.
–La peur?
Oui, la peur. La trouille, les miquettes, la frousse, les chocottes.
–Sans rire? La peur fait vendre?
Et bien, déjà la peur capte l'attention. C'est un premier point. Et ensuite, oui, dans un certain nombre de cas, la peur et le stress font vendre.
Notons au passage que la peur peut être domestiquée :
par l'entraînement : un funambule ou un alpiniste apprend à ne pas craindre le vide par exemple
par la connaissance, car on craint moins ce que l'on connait : si vous savez reconnaître les serpents, vous ne craindrez pas de vous faire mordre par une brave couleuvre par exemple, ou si vous parlez une langue étrangère, une personne s'exprimant dans cette langue vous semblera moins suspecte
C'est en cela que la logique et le raisonnement intelligent s'opposent aux mécanismes ataviques de la peur.
–Ok, ok, mais en quoi la peur peut faire vendre, je ne pige pas...
Ah, et bien c'est subtile. La peur, je vous en ai déjà causé dans cet article. C'est un mécanisme biologique naturel, hérité de notre évolution, et qui a parfaitement sa raison d'être : c'est un facteur de survie dans un environnement qui peut être hostile :
la peur permet à l'organisme de faire face à un danger imminent par la production d'adrénaline, l'accélération du rythme cardiaque et de la respiration. Le corps est alors plus réactif, prêt au combat ou à la fuite : c'est une sorte d'Etat d'Urgence de l'organisme
elle incite à la prudence dans des situations périlleuses : peur du vide, de la noyade, du feu... si vous avez peur, vous prenez moins de risques. Notez qu'il existe d'ailleurs des maladies abolissant le sentiment de peur : c'est très dangereux, car les individus qui en sont atteints peuvent alors se mettre en danger sans en avoir conscience.
elle rend naturellement méfiant face à une situation ou un individu (humain ou animal) inconnu (ce dernier pouvant représenter une menace) : par exemple, tous les mammifères craignent naturellement les serpents
Faut pas voir le mal partout : un étranger n'est pas forcément issu d'une culture guerrière et d'une religion prosélyte et expansionniste.
–Je ne vois toujours pas le rapport avec la publicité...
J'y viens. Comme je l'ai déjà dit, la publicité nécessite, pour être efficace, de mobiliser l'attention de la cible. Or le sentiment de peur, le stress, ont justement pour effet de mobiliser l'attention. Normal : ce sentiment se manifeste pour faire face à une menace (réelle ou supposée). En provoquant la peur ou en l'exacerbant, les médias captent notre attention... qui sera du coup plus disponible pour le message publicitaire de Jean-Kévin qui viendra s'intercaler. Cerise sur le gâteau, en situation de stress, le cerveau a tendance à encourager le "stockage" : formation de graisse dans l'organisme en prévision d'une éventuelle situation de crise, besoin compulsif de nourriture, et par extension nous avons tendance à accumuler tout ce que nous pouvons (biens, et nourriture) pour "faire face" si besoin.
En toute logique les médias jouent là-dessus : en insistant sur les informations anxiogènes, quitte à formuler les choses de façon tendancieuse, ils augmentent leur audience, et peuvent donc facturer plus cher les espaces publicitaires puisque ces derniers auront plus d'impact.
Le mécanisme est plutôt bien décrit dans cette vidéo du vidéaste Horizon-Gull (dont je vous ai déjà parlé sur Facebouc® pour ceux qui m'y suivent... l'occasion de vous rappeler que si ça n'est pas encore votre cas, vous loupez parfois des trucs, car je raconte pas mal de conneries en live) :
Ça dure environ 45 minutes comme un épisode de NCIS, mais c'est plus édifiant...
L'effet pervers non négligeable de cette méthode, c'est ce que Gull appelle dans la vidéo le syndrome du "Grand Méchant Monde" (d'après la théorie du sociologue George Gerbner). Pour ma part, je préfère parler du principe de la Chocotte-minute : à force de voir/lire/entendre des informations inquiétantes et anxiogènes, notre cerveau monte en pression et filtre la réalité selon un spectre de peur et de stress sans prendre le temps d'analyser tranquillou la situation réelle.
Oui, en plus on a tendance à projeter ses propres névroses hein...
Pour schématiser : même si dans l'ensemble tout va plutôt bien dans le pays, si les médias se focalisent sur un seul et unique fait divers (meurtre, attentat, pluie en Bretagne, mère Michel qui a perdu son chat, etc...) en multipliant les reportages/interview/éditions spéciales qui plus est abordés sous un angle anxiogène (pour capter notre attention), notre cerveau assimilera alors le grand nombre de sources (bien que ça ne concerne qu'une seule et même info) à un niveau de menace accrue. Votre cerveau limbique est sous pression : vous cédez à la peur et commencez à voir le mal partout. Bim : c'est la chocotte-minute.
Et de ce point de vue, les chaînes d'information continue constituent une sorte de summum. Logique car la raison d'être même de ces chaînes est de délivrer en continu un flot d'information. Or, la plupart du temps, l'actualité ne s'y prête guère. Du coup, le risque serait que les téléspectateurs décrochent, et que de ce fait les revenus publicitaires s'effondrent. Seule solution : maintenir le spectateur en haleine coûte que coûte, en offrant un spectacle attrayant en continu : le monde doit paraître dangereux, hostile. Et pour cela, tous les moyens sont bon :
utiliser un générique anxiogène (musique inquiétante, images de catastrophes, de guerres...)
ne pas approfondir les sujets (être trop détaillé, c'est être soporifique)
diffuser la moindre rumeur ou bribe d'information, même non vérifiée, surtout si elle est croustillante
demander l'avis du moindre people/politicien qui passait dans le studio pour sa promo ("Alors Dave, votre avis sur l'affaire des bébés congelés?")
faire venir des zexperts en zexpertise ("Alors Patrick Balkany, responsable de notre service Economie & Magouilles, votre avis sur l'affaire Tapie?")
monter en épingle le moindre fait divers, même la météo si besoin ("Bon sang, il y a du Mistral à Marseille!")
créer de la polémique là où il n'y en a pas ("Ça serait pas un burkini là?Mais siiiii, regardez bien!")
même une information positive doit être abordée sous un angle polémique, anxiogène : les bonnes nouvelles, tout le monde s'en tamponne le pingouin avec un bilboquet visiblement
Le tout, bien sûr, en intercalant quelques pages de pub au contraire bien rassurantes (produits du terroir dans une pub ambiance zen, produits d'assurance, etc...).
Un fait divers quelconque? Un potentiel suspect vaguement étranger plus ou moins arrêté pour
interrogatoire? Allez coco, on fait cinquante éditions spéciales
là-dessus, avec envoyés spéciaux devant le 36 quai des Orfèvres, experts
sur le plateau, micro-trottoir et tout le bazar! Et on balance une pub
rassurante sur un bon produit du terroir, le saucisson Cochonnerie®. On
laisse infuser dans le cerveau, puis hop : un petit sondage montre que
la méfiance envers les étrangers d'une autre culture/religion augmente.
Et on enchaîne sur une interview de Maraine Lapine sur l'insécurité
galopante. Juste après, on balance la pub sur la nouvelle Citregeot
Pipeau (made in france) bien sécurisante avec son air bag pour
smartphone dans le vide-poches.
Prenons un cas d'école : l'enlèvement du chat de la mère Michel, traité par M&M's TV. Tout commence avec un générique anxiogène, composé d'une musique flippante et d'images inquiétantes...
Puis, arrivent les deux animateurs du plateau journalistes : Kevin Ted D’Œneux et Julie Greluche, l'air grave.
"–Bonjour et bienvenue dans cette édition spéciale. L'information vient de tomber : le chat de la mère Michel a été pris en otage il y a maintenant 1h par un forcené. La police n'a communiqué aucune information, toutefois, des sources absolument pas proches de l'enquête évoqueraient une intervention imminente du RAID au domicile d'un bougn...d'un ara... d'un français d'origine magrébine, un certain Ali Stucru. Julie? –Oui Kévin, le présumé coupable serait apparemment déjà connu des services de police et serait, toujours selon les mêmes sources peu fiables, fiché S depuis un récent déplacement à la scierie voisine en Syrie. –Évidemment, nous ne savons encore rien à ce stade, mais nous allons toutefois vous communiquer en boucle les mêmes rumeurs fallacieuses durant les prochaines heures. Et sans attendre, nous rejoignons notre envoyé spécial, Alain Provist, qui se trouve sur les lieux. Alain? Vous êtes bien sur place?"
"–Oui tout à fait Kévin. Pour l'instant, la police n'a rien confirmé, le préfet m'a même envoyé chier, toutefois des rumeurs infondées venant de sources plus que douteuses font état d'un forcené retranché dans un appartement du quartier. Je suis en compagnie de Jawad, qui serait apparemment le propriétaire de l'appartement. Alors Jawad, d'après des rumeurs suspectes qui courent sur Touïteur, on parle d'une affaire de terrorisme, Ali Stucru se serait semble-t-il radicalisé en allant dans une scierie. D'autres allégations sans fondement et non confirmées font état de plusieurs hommes –on évoquerait entre autre Oussama Bin Laden, Obiwan Kenobi, et l'extraterrestre de Roswell– armés de fusils d'assauts, d'explosifs et de disques de Justin Bieber, que pouvez-vous nous dire?
–Parole j'avais pas idée que c'était un dangereux terroriste moi. Quand je l'ai vu avec le chat, je lui ai dit de faire gaffe qu'il pisse pas partout... et il m'a dit de m'occuper de mes nouilles, du coup j'ai pensé qu'il voulait ouvrir un resto chinois quoi!"
"–Un témoignage édifiant. Le RAID s'apprêterait à donner l'assaut selon une voisine, Mme Michu. Apparemment le préfet attend les instructions de la Place Beauvau, sans doute après les pauses publicitaires."
"–Merci Alain, et surtout n'hésitez pas à nous interrompre si vous avez de nouvelles rumeurs infondées à nous communiquer. –Et pour nous aider à y voir plus clair dans cette nébuleuse histoire, voici un micro-trottoir réalisé auprès d'une vieille à cheveux bleus qui devrait nous permettre de savoir quoi penser."
"–Tout ça, c'est à cause de la recrudescence! Ça a drôlement augmenté la recrudescence! Et pis ces jeunes là... c'qui leur faudrait c'est une bonne guerre! Ça leur apprendrait à vivre! Entre nous, on n'était pas si mal que ça en 40 hein... Allez, merci, et au revoir d'être venus"
"–Comme le montre ce témoignage auquel nous donnerons valeur de sondage statistiquement valide, les français s'inquiètent de l'insécurité et réclament des mesures fortes au gouvernement. –Sans transition, nous passons au reste de l'actualité en bref. Naturellement, dès que n'aurons pas plus d'informations, vous en serez les premiers informés. –Toutafé Julie. L'actualité en bref donc, avec...
l'inauguration de la toute nouvelle Trump Tower, destinée à servir de nouveau QG au président des USA en remplacement de la Maison Blanche. Le président Trump aurait touïté je cite : "Pas question que je me récupère une piaule occupée par un nègre démocrate."
–Médecine : grave incident lors du test clinique d'un vaccin contre la connerie. Plusieurs chroniqueurs de TPMP sont à déplorer.
–Santé : l'espérance de vie des français augmente de nouveau cette année. Doit-on s'en inquiéter? Qui paiera pour les retraites? Faut-il abattre les vieux? Dans un quart d'heure l'analyse de l'économiste en chef de la rédaction : Jérôme Kerviel.
–Société : le moral des ménages français est en hausse. L'impact sur les ventes d'antidépresseurs pourrait être désastreux : suppressions d'emplois à craindre dans plusieurs laboratoires pharmaceutiques. Nous interrogerons notre invitée Mimi Mathy dans 10 minutes sur ce problème épineux. –Et nous allons revenir dans un instant sur l'information prioritaire du jour : la prise en otage par un dangereux groupe de terroristes de la mouvance Al'Ustucru du chat de la mère Michel. Après la publicité nous pourrons assister en direct à l'assaut surprise du RAID. Mais avant cela, voici la météo présentée par Sophie Potiche.
–Alors Sophie, quel temps faut-il craindre? Trop chaud? Trop froid? Trop sec? Trop pluvieux?
–Euh... et bien Kévin... euh... C'EST LA CATASTROPHE! IL VA TOMBER DES CORDES EN BRETAGNE! ON VA TOUS CREVEEEEEER! –Merci Sophie, et on y reviendra avec notre invité politique : Raël. Tout de suite, une page de pub."
Vous vous dites que j'exagère? Pourtant dans une certaine mesure, ce phénomène n'a sans doute pas été sans incidence sur l'élection de Donald aux USA, qui a pas mal surfé sur les différentes peurs (peur des immigrants, du terrorisme, du chômage, etc...) suscitées par les médias, qui pourtant battaient majoritairement pavillon pour son adversaire... Les médias ne font pas l'opinion, mais ils peuvent influencer les comportements...
–Mais pourquoi on continue si on le sait?
Le fric. Les publicitaires veulent que leurs pubs soient vues et pénètrent des esprits malléables. Or, un public effrayé ou stressé est plus manipulable. Notons que cet état d'esprit convient aussi plutôt bien aux politiciens : il est plus facile encore une fois de susciter l'adhésion à un programme surfant sur la trouille (mesures sécuritaires, haine de l'étranger, mesures contre la fraude sociale, etc...) qu'à un programme faisant appel à l'intelligence des gens et à une vision de long terme.
Posez-vous la question, et répondez-y honnêtement : sur l'année écoulée, vous avez déjà ressenti une forme de crainte en écoutant les infos, en particulier sur des sujets ne vous touchant pas directement? Dans ce cas bravo, vous avez certainement été victime de l'effet chocotte-minute. Et maintenant, demandez-vous si cela n'a pas influencé votre jugement (habitudes de consommation, orientation politique, etc...).
–Et c'est quoi la solution? Plus d'infos?
Non bien sûr : se voiler la face est aussi peu constructif que de se monter le bourrichon pour rien. Disons que déjà, il vaut mieux sélectionner ses sources, et éviter les chaines d'info continue, particulièrement racoleuses.
–La presse écrite, internet, c'est mieux?
Bof. Si la presse écrite traite en général les sujet avec plus de profondeur, elle n'échappe pas à une certaine forme de surenchère. C'est visible dans les gros titres, les éditoriaux... Quant à internet, le bon côtoie le nawak le plus total. L'idéal est donc de :
modérer sa consommation d'info (inutile d'écouter en boucle la même info toute la journée)
croiser les sources en privilégiant les contenus sourcés et ettayés
apprendre à repérer les formulations et traitements volontairement anxiogènes
Je pense que ça vous aura difficilement échappé : les élections présidentielles de 2017 se préparent. Bon, à lire la presse à droite à gauche (c'est le cas de le dire) elle se prépare même depuis déjà environ 4 ans tant on a l'impression que certains et certaines ne vivent que dans l'attente d'une prochaine campagne électorale plus que pour faire quelque chose du mandat dans lequel ils glandentexercent sont censés déjà exercer. Un peu comme mes chats qui passent leur temps à dormir pour se reposer de leur sieste et en prévision d'un bon roupillon avant un gros dodo. Les chats, c'est un peu comme le politicien moyen : un gros flemmard prétentieux qui se donne des airs et n'en fiche pas une sauf pour s'empiffrer de petits fours lors des pince-fesse mondains ou chaparder ton escalope dans ton assiette.
Tout un programme...
Alors oui, bon, je sais que vous allez me dire qu'il ne faut sans doute pas les mettre tous dans le même sac comme les chatons et les pavés avant leur cours de natation, ceci étant, il faut quand même reconnaître que ces derniers temps, ils se surpassent tous en matière de démagogie et de proposition à deux balles communication et de finesse d'analyse. A leur décharge le mode de communication privilégié en ce moment, à savoir Touïteur®, limite forcément la profondeur de leur propos. Bin oui : en 140 caractères, pas évident de pondre un programme politique, surtout quand il faut en plus inclure les hashtag #toutpourmagueule, #monadversairecegrosconnard et #votezpourmapomme... En même temps, je soupçonne que compte tenu de la hauteur de vue de certains, 140 caractères, c'est déjà beaucoup trop. Comme le disait Coluche : "Mieux vaut fermer sa gueule et passer pour un con que l'ouvrir et ne laisser aucun doute à ce sujet."
En même temps, illustrer les "limites" de nos politiciens avec un message de Morano, c'est un peu comme illustrer un article sur les causes du diabète avec une bouteille de cola... c'est un peu facile.
En même temps ce côté "rapide" (au sens parfois de "précoce" vu les tweets de certains et certaines...) et "spontané" (au sens parfois de "ah oui, quand même...") de Touïteur correspond assez bien à notre époque : faut que ça aille vite et que ça buzz, quitte à ce que ça soit con comme une bite. Il suffit de regarder ce qui passe à la télé pour vous en convaincre.
L'autre caractéristique de cette élection, c'est qu'il y a pléthore de candidats...
–Ah oui, mais non, mais y en aura moins à l'élection elle-même hein : y a des primaires à droite et à gauche.
Des primaires...
Sans déconner? Moins de candidats grâce aux primaires?
Tout à fait entre nous, entre ceux qui :
ne rentrent pas dans l'appareil d'un parti classique
ont leur propres ambitions
ne pourront pas saquer le "candidat officiel du parti"
n'en ont rien à secouer des primaires
considèrent (à juste titre ou non) que ces primaires sont des pièges à con manipulées
se montent le bourrichon (avant de se dégonfler comme des baudruches problement)
liste non exhaustive
... je vous fiche mon billet qu'il y aura sensiblement autant de candidats en 2017 qu'il a pu y en avoir en 2012, si ça n'est même plus. Et pas que du candidat de première fraîcheur hein : du président sur le retour (attention c'est du réchauffé), de l'ancien président sur le retour (qui a un peu attaché à la casserole)...
C'est plus des casseroles à ce stade, c'est toute la batterie de cuisine...
... de l'ancien premier ministre (un peu faisandé, genre vieille carne façon semelle de godasse botte), du candidat extrémiste passé à la lessiveuse pour paraître plus blanc que blanc (mais dont les tâches brunes sont sans doute encore bien incrustées), du centriste mou en veux-tu en voilà (des anciens, des nouveaux, des jeunes, des jeunes, des vieux), du banquier de chez Rothschild (mais si il va y aller, ne soyez pas naïfs), du gauchiste révolutionnaire qu'on ressort occasionnellement de la naphtaline parce que ses vannes font rigoler deux minutes et que ça met de l'ambiance, de l'écolo recyclé qui veut juste se positionner pour un futur maroquin au gouvernement, et j'en passe. D'un autre côté, vous préféreriez un bipartisme à l'américaine?
Ça fait rêver...
Ça aussi...
Et le plus formidable, outre cette sélection de champions du monde, ce sont les thématiques de campagne que l'on va très probablement nous infliger. Je veux dire, soyons clairs : nous vivons dans un pays riche qui ne manque ni d'eau ni de nourriture, dans lequel la population est plutôt bien éduquée (oubliez Morano et Nabilla un instant je vous prie, et suivez un peu), et qui dispose d'une importante population active plutôt en bonne santé, ainsi que de ressources naturelles non négligeables. Les principaux problèmes auxquels nous faisons face sont :
►la répartition des richesses (dont on dispose hein, il s'agit juste de savoir où on met les sous)
►le taux de chômage (c'est lié)
►les choix de la politique éducative (c'est un peu lié aussi)
►les choix liés à la transition énergétique et à l'environnement (idem)
►la politique de santé (pareil)
►la politique étrangère
►le terrorisme (oui, difficile de passer à côté quand même, même si c'est pas mal lié à la répartition des richesses et à la politique étrangère fondamentalement)
Or, jusqu'à présent, de quoi a-t'on parlé (et de quoi va-t'on très vraisemblablement parler durant la campagne qui s'amorce)? ►de religion
►de religion musulmane
►de la burka (et de ses dérivés : burkini, burki-string, burki-plug anal, ...)
–Ça va? C'est bon? Tout le monde est content?
►de la place des femmes dans la société (et accessoirement de la bonne façon pour elles de se vêtir, mais on va éviter de leur demander leur avis, ou même surtout d'avoir trop de candidates à l'élection, c'est pas l'élection de miss France non plus naméo!)
Nous sommes pour la liberté de la femme! Mais pas trop quand même hein oh!
►de sécurité :
combien de flic doit-il y avoir au cul de chaque français pour assurer pleinement sa sécurité?
doit-on sacrifier notre liberté à notre sécurité?
si t'as rien à cacher, de quoi tu as peur?
putain tu fais chier avec tes questions à la con de bobo-gauchise-droit de l'hommiste, continue à m'emmerder et je raccourcis ta laisse!
►de tous ces profiteurs qui vivent de l'argent public grâce aux allocs
►d'immigration (c'est vrai quoi, ils font chier tous ces réfugiés qui fuient les bombardements de leur pays au napalm patriote de l'axe du bien à venir s'échouer sur nos plages avec leurs gamins pour tenter de vivre en paix... ils pourraient pas rester chez eux à crever comme tout le monde non? Est-ce qu'on va leur piquer leurs allocs nous hein?)
C'est cadeau. Je sais, c'est complètement gratuit, mais c'est juste pour rappeler qu'avant d'être des statistiques, ce sont aussi et surtout des êtres humains.
►de l'évolution du droit du travail (–Moins de droits. –Oui mais plus de travail hein? –Oh, ça, on verra...)
►de radicalisation (disons quoi? un millier d'individus sur 66 millions de français? on sent bien la menace qui va détruire nos valeurs tu vois... enfin surtout si on décide de rogner nos libertés pour cette poignée de cinglés)
►des impôts (qui sont trop élevés c'est bien connu, mais par contre ça serait quand même bien d'augmenter les moyens de la police, des renseignements, de l'éducation nationale, de l'armée, le salaire des députés et des ministres, et...)
►tout autre sujet futile et non essentiel à venir mais qui monopolisera l'attention des médias (et donc de la population) plutôt que de parler de ce qui importe vraiment.
Le gros problème (et ça ne date pas d'hier), c'est que la plupart des politiciens n'ont pas une vision qui va au delà des prochaines échéances électorales. Du coup ils proposent des solutions "miracles" (qui ne marchent pas) sur du court terme là où il faudrait des solutions à long terme... que la population n'accepterait sans doute pas puisqu'elle n'en verrait pas l'aboutissement... à court terme.
Ces derniers temps, on voit fleurir un peu partout cet extrait d'émission avec Etienne Chouard (un professeur d'économie) :
L'analyse est intéressante, et je serais tenté d'y adhérer, si elle ne véhiculait pas l'idée sous-jacente que derrière tout cela, il y a un dessein intelligent (manipulation, complot, appelez ça comme vous voudrez...). Or cette idée même se heurte à un principe plus fondamental : le principe de la biscotte de Papa Hérisson. Vous ne connaissez pas? C'est comme le principe du rasoir d’Occam en science qui dit que de deux explications, la plus simple est généralement la bonne. Et bien le principe de la biscotte dit que dans le domaine social/économique/politique, l'explication la plus conne est généralement la meilleure. Et en politique, l'explication la plus conne est en effet généralement liée à la BISCOTTE :
Bêtise
Incompétence
Sexe
Clientélisme
Opportunisme
Tune
Tune (oui, deux fois, parce que ça revient beaucoup quand même...)
Ego
En gros, ils ne sont pas mauvais parce qu'il y a un quelconque complot pour nous mettre dans le jus : ils sont mauvais juste parce qu'ils sont mauvais.
–Ils ne sont quand même pas tous à mettre dans le même panier?
Sans doute pas non... mais ceux qui vaudraient la peine sont rarement élus, où s'ils le sont, ils n'ont pas les moyens d'agir avec sagacité parce qu'ils sont entourés d'imbéciles opportunistes. Qui plus est, les plus motivés pour obtenir le pouvoir sont en général ceux à qui il faudrait le moins possible le confier. Et inversement. C'est là tout le paradoxe de la démocratie, qui souffre en outre d'un autre biais irrémédiable...
Pour schématiser : vous qui me lisez et trouvez que j'ai raison, vous vous demandez comment il se fait que malgré tout on élise toujours des médiocres incompétents. C'est normal : vous représentez le dessus du panier. Vous avez un esprit critique aiguisé, et un minimum de culture. C'est bon, vous pouvez voter pour moi, je vous ai bien brossé dans le sens du poil. Le problème, c'est que la démocratie, édictée par des gens cultivés et intelligents comme vous justement, part du principe que le plus grand nombre fera des choix cohérents et intelligents, la moyenne statistique gommant les choix discutables des plus crétins d'entre nous, y compris le fait de voter pour des imbéciles opportunistes. Wikipédia fonctionne sur le même principe. Et se heurte à la même limite : la bêtise collective.
Oui, collectivement nous sommes infiniment plus cons que pris individuellement. Cela est lié à deux phénomènes :
notre mode de société a tendance à encourager la médiocrité et la bêtise (ça c'est le postulat du film de science fiction satyrique Idiocracy, que je vous recommande chaudement, qui, à mon sens, ressemble de plus en plus à un documentaire)
le mimétisme social a tendance à pousser les individus à suivre des comportements grégaires, même (et surtout) si ces comportements sont idiots. Pour vous en convaincre, il suffit de jeter un œil aux expériences du type expérience de Milgram. Faites une recherche rapide sur Gogole®, vous verrez, ce ne sont pas les occurrences qui manquent, comme par exemple celle-ci...
Ramené à Wikipedia, cela signifie que des articles avec un contenu erroné ou idiot peuvent passer, pour peu que le plus grand nombre le valide. En soi ça n'a rien de catastrophique pour une encyclopédie : après, les connaissances qu'elle contient peuvent être appelées à évoluer. C'est déjà plus embêtant lorsqu'il s'agit de diriger un pays : si n'importe quel imbécile peut décider du sort de ses concitoyens (voire même des individus au delà de ses frontières) sur un concours de circonstances, on est mal brêlés...
Ouh punaise!
–Bon et tu proposes quoi? Tu veux être candidat?
Moi candidat? A la présidence?
Ça va pas non? Qu'est-ce que j'irais faire dans ce cirque médiatique qu'est la campagne électorale? Non, quitte à prendre le pouvoir, autant devenir...
Empereur! (bon en fait je pensais plutôt à l'Empereur Dieu de Dune, mais bon hein...)
Au moins, tu n'as pas à te casser la paillasse à faire de la démagogie pour une éventuelle réélection.
Aujourd'hui, nous allons aborder la délicate question des Gognoles de l'info. Vous allez me dire : "Gognoles? Tu veux dire Guignols non?"
Et bien non, je veux bien dire Gognols, comme dans ce vieux sketch de Pierre Palmade... rapport au vomi de gognole.
Car à chaque fait divers, comme par exemple, au hasard, un attentat, le déroulement des événements suit invariablement le même scénario durant lequel les médias ne peuvent s'empêcher de dégueuler littéralement de l'info. Enfin de l'info... un truc prédigéré quoi.
Sur France 3, c'est "Plus belle la vie", sur BFM, c'est "Poubelle l'info".
Prenons un exemple imaginaire : des intégristes fanatiques pastafariens radicalisés décident de commettre un attentat en faisant exploser une boite de conserve sauce bolognaise king size familiale de 10L en plein milieu d'une manif contre le mariage pour tous.
Le Monstre en Spaghettis Volant (dieu des pastafariens) remet au capitaine Moÿse les tables des « trucs que j'aimerais autant que vous fassiez pas ».
La police débarque à peine pour arrêter/neutraliser les méchants ou compter les boulettes de viande sur Christine Boutin, que déjà, les journalistes arrivent par cars entiers et courent dans tous les sens en faisant du rien, un peu comme des volailles.
Les envoyés spéciaux présents commencent à interroger les témoins qui n'ont rien vu, et racontent du n'importe quoi que les réseaux sociaux propagent et déforment instantanément.
Les politiciens contactés par la rédactions font des déclarations tonitruantes et péremptoires sur ces radicaux qui préfèrent les spaghettis à la bonne vieille choucroute garnie , et évoquent déjà une loi contre le port du chapeau de pirate.
Les gens se réunissent dans différents endroits pour rendre hommage aux victimes à base de pancartes "Je suis homophobe réac'"
"Un papa, une maman, un curé, c'est mieux pour les enfants!"
On pond une nouvelle loi sécuritaire encore plus meilleure que la précédente et qui va faire que la prochaine fois, les terroristes seront bien feintés, comme les allemands avec la ligne Maginot en 39 et... euh...
On attend l'attentat suivant
Mais revenons sur la la phase 1 voulez-vous? Donc, à peine le drame joué, les médias sont pris d'une sorte de frénésie incontrôlable. Les rédac' chefs ouvrent les portes des caves où leurs envoyés spéciaux sont habituellement enfermés (s'ils manquent de sang, ils peuvent devenir dangereux : se mettre à enquêter sérieusement sur les malversations des politiques, voire développer un esprit critique, des fois, en cas de sevrage trop long, il leur arrive même de lever un vrai scandale...).
A peine libérés, délivrés ♫♪ ces derniers flairent l'odeur du sang (ou de la bolognaise, ça ressemble) et tels des charognards s'approchent alors du lieu du drame autant que possible. Les rédactions des journaux lancent alors les directs, et se mettent à tourner en boucle sur les mêmes rumeurs infos et images montrant du rien.
Jawad, le logeur des terroristes pastafariens.
C'est inévitable. Et ça marche : les gens regardent, comme hypnotisés. Vous-même, vous avez d'ailleurs sûrement déjà cédé à la pulsion de zapper sur une chaîne d'info continue ou une radio d'information pour en savoir plus. Et du coup, vous avez probablement remarqué que ça suit toujours le même déroulement.
1. Je ne sais rien, mais je dirais tout
On a beau se méfier...
Le drame vient de se produire : à ce stade on ne sait rien, mais on vous dira tout, de préférence en duplex avec l'envoyé spécial sur les lieux. Enfin, sur les lieux, façon de parler puisque la zone est forcément verrouillée par les forces de l'ordre et les secours, donc en fait, l'envoyé spécial est juste dans le quartier, voire même juste dans la ville, ou carrément juste le pays si c'est à l'autre bout du monde. Cet envoyé spécial n'ayant pas plus d'info, il se contentera d'interviewer des passants qui n'en savent pas plus mais trouvent que c'est horrible. A défaut, il peut aussi répéter le communiqué officiel déjà décortiqué par les journalistes qui sont en studio, histoire de justifier son salaire.
2. Il est temps de faire appel aux zexperts
"–Bon sang... un attentat bolognaise... j'ai l'impression d'assister au dernier repas de mes enfants!"
Quelques heures se sont déjà écoulées : on a un premier bilan et un communiqué officiel plus étoffé, les infos se sont précisées et ont déjà été répétées partout. En boucle. Mais comme on est encore en édition spéciale, info continue, il faut bien meubler : c'est là qu'interviennent les zexperts. Invités sur le plateau, ils sont là pour répondre aux questions qui nous taraudent (je vais y revenir à ces fameuses questions...). Bon, soyons honnête, le zexpert, c'est souvent un mec qui a seulement pondu un vague bouquin sur la question ("La sauce bolognaise, ma recette familiale"), ou le pote journaliste du bureau d'à côté dont le beau-frère est flic à Villetaneuse et qu'on a donc bombardé responsable du service police-justice à la rédac' parce qu'il fallait bien que quelqu'un s'y colle. Et là, forcément, le journaliste va balancer toutes les questions qui lui viennent. Surtout Même les plus connes. Du coup, le zexpert en question va pouvoir se lâcher copieusement en balançant tout ce qui lui passe par la tête et qui lui semble pas trop con à dire (on notera cependant que d'un individu à l'autre, cette notion peut prendre un sens très différent).
Quelques exemples (authentiques) de questions que les journalistes ont posé aux zexperts après les attentats de Paris et Bruxelles (comme je ne me souviens plus des réponses, je me suis improvisé zexpert pour répondre) :
►Question Du Journaliste : Cet attentat était-il prévisible?
◄Réponse Du Zexpert : Oui, il était sur le programme de la tournée "Âge bête et tête de con"... mais bon, des fois il y a des dates annulées ou reportées. A ton avis ducon? Tu crois que les flics auraient laissé faire s'ils avaient reçu une invit'?
►QDJ : A ce stade, sait-on quel est le profil des terroristes?
◄RDZ : Rhaaa, c'est pas facile comme question... j'hésite entre "riche retraité désœuvré" et "p'tit con radicalisé en mal de reconnaissance"...
►QDJ : On parle parfois d' "entreprise terroriste"... DAESH le pastafarisme fonctionne vraiment comme une entreprise?
◄RDZ : Bien sur. Leur modèle, c'est la COGEP à Charleville Mézière. Surtout depuis que Jacqueline, aux expéditions, s'est tapé Jean-Claude de la compta à la soirée Cohésion d'équipe organisée par le nouveau manager Philippe, et que du coup, son mari, Vincent du Marketing l'a lapidée à coups de figue molle.
DAESH, COGEP, même combat.
►QDJ : A votre avis, il faut s'attendre à de nouveaux attentats dans un avenir proche?
◄RDZ : Attendez, j'interroge ma boule de cristal... ah merde, erreur 404. Vous auriez du marc de café?
►QDJ : Quelles mesures faudrait-il prendre pour empêcher ces terroristes d'agir?
◄RDZ : Ah ça, c'est fastoche, il suffirait d'une mesure très simple. Primo : obliger les gens à se ballader à poil, ou à la rigueur avec des vêtements totalement transparents. Du coup, impossible de planquer une arme ou une ceinture d'explosif. Et si on double cette mesure simple d'une autre mesure simple, on peut même faire un triplé gagnant en relançant l'économie et en réduisant notre bilan carbone en même temps. Pour cela, il suffit de faire passer une loi qui oblige les FAI à corriger automatiquement certains mots vulgaires et explicites directement dans les pages lues et les mails reçus. Ainsi, suite à la loi "Tous à poil pour votre sécurité" on peut s'attendre à une vague de mails concernant l'élargissement des **péniches**, ce qui relancera le commerce de la péniche, le développement et l'entretien des voies navigables (création d'emploi dans ce secteur) et encouragera le trafic fluvial, plus écologique. Tout bénéf' !
On le voit, il y a du niveau.
3. On fait appel aux champions
Des champions je vous dis...
On en est déjà à plus de 24h : on commence à avoir un peu de recul, et on a déjà entendu tous les zexperts. Plusieurs fois. Du coup pour varier on commence à inviter les politiciens de tout bord pour qu'ils puissent générer du contenu, du buzz comme on dit. Ça c'est plutôt facile, vu qu'ils partent vite en roue libre. On privilégie certains champions, dont on est à peu près sûr qu'ils sortiront la p'tite phrase qui cassera internet, comme par exemple la poissonnière de Rungis Nadine Morano, Chris de Nice Christian Estrosi ou maître Connard Collard.
4. Dans le doute, invite un people
Ça peut même faire doublon avec zexpert en obus...
Plusieurs jours ont passé : on a fait le tour de tous les politiciens disponibles, même Arlette Laguiller (qui a été invoquée brièvement grâce à un rituel indicible et non euclidien impliquant le sacrifice de 5 membres du MEDEF). En plus ça commence à se voir qu'on raconte n'importe quoi : les gens commencent à zapper. Il est temps d'inviter des peoples sur le plateau (venus faire leur promo habituelle), on en profite pour les questionner sur le drame, des fois qu'il en sorte un trait de génie ou une bonne grosse connerie qui fasse le zapping. Autre intérêt : si le drame s'est produit à l'étranger on va pouvoir inviter un people de la nationalité concernée. Par exemple, après les attentats de Bruxelles, on a vu en boucle Philippe Geluck, François Damiens, Axelle Red et quelques autres. Je pense qu'ils étaient à deux doigts de sortir Plastic Bertrand de la naphtaline... voire Brel du cercueil.
5. La fête se termine, tout le monde est fin cuit, c'est l'heure de la partouze du medley
C'est marrant, je pourrais prononcer cette phrase plusieurs fois par jour...
Plus personne ne s'intéresse à ce fait divers, le suivant prend déjà la place. Il est temps de faire un bilan en confrontant les points de vue : on va donc finalement réunir sur un même plateau télé des zexperts en expertise sur la question, des politiciens en roue libre et des peoples en promo histoire d'en finir dans un joyeux bordel qui fera une bonne audience. En pratique on vient d'atteindre le degré zéro du journalisme et de l'information tant tout ce petit monde va s'escrimer à raconter du n'importe quoi de compétition, et s'improviser porte-parole des victimes. Les victimes mortes j'entends, pas celles qui peuvent contester.
Bin moi je sais pas trop pour vous, mais perso je trouve que journaliste, ça m'envoyait plus du rêve quand j'étais gnome...