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lundi 20 février 2017

La boite me nuit

–Et tu bosses dans quoi exactement toi?

A cette question qui vous a sans doute déjà été posée, il y a une chance non négligeable que vous fassiez, comme moi, partie de la proportion non négligeable de la population qui fera une réponse du genre :

–Oh, bin, je suis dans une boite qui...
"–To be or not to be a Shrodinger's cat..."


La suite de la phrase est sans réel intérêt : vous bossez dans une boite. Cette seule partie de la réponse en dit déjà long sur votre façon de considérer votre travail. D'autant qu'il y a de fortes chances que pour vous rendre dans cette "boite", vous utilisiez quotidiennement votre caisse, ou éventuellement le tube pour peu que vous viviez dans une ville qui en est équipée, et que le midi vous vous fassiez réchauffer une boite ou une barquette à la cantoche.

Ajoutons que selon toute vraisemblance, vous avez intégré cette boite quelques années après avoir quitté le bahut... et que si vous êtes encore jeune, vous sortez sans doute encore en boite pour vous détendre la samedi soir. Autant vous dire que vous êtes mal barré : vous êtes atteint d'un terrible syndrome, le syndrome de la p'tite boite.
La boite de la honte...

Consolez-vous : d'une certaine façon, vous n'y êtes pas pour grand chose, car le syndrome de la p'tite boite touche la quasi totalité de notre société.

Oui : aussi con que ça puisse paraître, nous passons notre temps à essayer de rentrer dans des boites ou des p'tites cases, et ce, nonobstant le fait que la forme général d'un être humain (que nous qualifieront de patatoïde pour être sympa) ne s'y prête guère...
Ah bin ça, c'est toujours plus facile en théorie hein...
Car oui, si on réfléchit deux minutes, tout est fait pour tenter de nous réduire à un nombre limité de choix binaires...
  • fille ou garçon
  • homo ou hétéro
  • vaginale ou clitoridienne
  • bleu ou rose
  • fromage ou dessert
  • droite ou gauche
  • scientifique ou littéraire
  • madame ou mademoiselle
  • un sucre ou deux
  • etc...
    "...ceux qui ont un flingue chargé, et ceux qui creusent. Toi tu creuses."
... ou de compartiments bien délimités...
  • tranche d'âge
  • très satisfait/satisfait/moyennement satisfait/peu satisfait/pas du tout satisfait
  • style musical
  • catégorie socio-professionnel
  • signe astrologique
  • type de personnalité
  • couleur préférée
  • etc...

Regardez bien autour de vous : ces formulaires qui sont censés vous décrire de la façon la plus précise possible sont innombrables. Et ça commence dès la naissance, lorsque le pédiatre qui vous examine inscrit vos mensurations (taille/poids) dans les p'tits graphiques qui vont bien avec leurs jolies courbes pré-tracées de moyennes standard. Gare à vous si vous vous en écartez : si la nature aime bien la diversité, notre société de consommation en revanche elle, pas trop.

Hélas les enfants n'aiment pas se conformer aux règles, aux normes... heureusement, l'école est là pour les faire rentrer dans le moule. Avec de jolies notes qui montrent si vous êtes bien standardisé ou pas assez.

Pardon? Vous dites? L'école sert à éduquer, instruire et à apprendre à réfléchir? Vous êtes sûrs que nous avons fréquentés la même école?
C'est plutôt ça...
L'école prétend sans doute apprendre à réfléchir, mais dans la pratique son rôle se borne à transmettre une éducation standardisée (les fameux programmes, socles communs et autres connaissances exigibles) tout en essayant de rendre les élèves le plus conformistes possibles (on lève la main avant de parler, on fait sa démonstration mathématique de telle façon et pas telle autre, on fait sa rédaction selon telle structure, etc...).

Ça n'est même pas par incompétence de la part des professeurs : juste par conformisme de leur part. Ils restituent ce qu'on leur a appris, de la façon dont on leur a appris. Et ceux qui voudraient changer ces méthodes traditionnelles sont souvent assez mal vus. De toutes façons, chez nous l'enseignent est sélectionné par concours : on filtre les individus les plus conformes au standard, qui connaissent leur matière sur le bout des doigts, sans se préoccuper de leur capacité à transmettre leur savoir. La pédagogie n'est d'ailleurs vaguement abordée qu'en seconde année de CAPES, donc APRES l'obtention du concours. Et encore, souvent sur le tas dans le meilleur des cas. Et le privé, c'est pareil : le concours (CAFEPS) est d'ailleurs exactement le même. Seul le nom change.

Même les grandes écoles prestigieuses (polytechnique, l'ENA, etc...) n'encouragent rien moins qu'une forme délétère de conformisme : les places étant limitées, seuls les "meilleurs"  sont sélectionnés, c'est à dire ceux qui se conforment le plus à la norme désirée en terme de savoirs mémorisés (et pas nécessairement compris), de respect d'un cadre rigide, et de capacité à marcher sur la gueule de ses collègues (puisque les places sont limitées).
Il ne peut en rester qu'un. Désolé. Hin hin.
Dit autrement : on sélectionne des tueurs méthodiques et robotisés comme le dit Albert Jacquard :


Et malheur à celui ou celle qui prendrait trop de liberté avec les règles de l'école : celui ou celle-là se verrait alors frappé du sceau infamant de "l'élève perturbateur" ou "gêneur"... qualificatif qui risque bien de le/la poursuivre une bonne partie de sa scolarité. Tiens, encore une petite case d'ailleurs...

Ne croyez pas que je plaisante : mes gnomes en maternelle/primaire évoquent régulièrement les élèves "gêneurs" qui se sont fait épinglés en classe. Pas de doute, ces derniers sont catalogués, et cette image leur collera durablement à la peau.

–Oui, bon, m'enfin les maîtres et les maîtresses ne peuvent pas faire cours si c'est le bordel aussi...

Peut être... mais si ces élèves sont dissipés cela tend à démontrer que le cours est inintéressant, ou du moins pas adapté pour focaliser leur attention. Or l'intuition nous le dit, et les recherches en neuroscience le confirment : il est bien plus difficile d'apprendre si l'on n'est pas intéressé. Moralité : pour être efficace, l'apprentissage doit être ludique.

–Et puis quoi encore? Jouer pendant les cours?

Et pourquoi pas? Le jeu mobilise l'attention et les fonctions cérébrales : il a le mérite de mobiliser cette attention que les enseignants réclament dans les apprentissages. Dans la nature, tous les petits apprennent en jouant. Quand des renardeaux jouent à se poursuivre et à se battre, sous l’œil vigilant des parents, c'est une façon de s'exercer pour la chasse dont leur vie dépendra plus tard.
Bon, cet article commence à être chiant, je le sens...

C'est une question d'ergonomie cérébrale...

–De quoi? D'ergonomie cérébrale? Je connais l'ergonomie, mais l'ergonomie cérébrale... késako?

Bon. Pour soulever votre sac de courses qui pèse une tonne-flutain-de-sa-race par exemple, vous utilisez la poignée prévue à cet effet, idéalement à pleine main. Pas le côté du sac en l'attrapant par le petit doigt. La poignée est prévue pour ça et à la dimension idéale pour s'adapter à la taille de la main : c'est de l'ergonomie.
Exemple de mauvaise ergonomie

De même, pour vous saisir d'un concept intellectuel, en particulier s'il est nouveau ou ardu, il est préférable d'utiliser des poignées cognitives : c'est à dire une façon motivante et intéressante de manipuler le concept. J'imagine par exemple, que beaucoup d'entre toi, cher lecteur (ou lecteuse) se souvient moins de ses cours de SVT au collège/lycée, que de ceci :
♪ ♫ La vie, la vie, la vie la vie ♫♪

Ce dessin animé, éducatif, est un bon exemple d'ergonomie cérébrale : la présentation est ludique, et du coup, ça se retient mieux.

C'est un constat général : on apprend mieux en jouant. Tous les jeunes mammifères apprennent de cette façon... enfin, tous sauf les humains, que l'on préfère enfermer en nombre dans des salles closes afin d'y recevoir un savoir peu ludique, et en étant sanctionnés par des notes. Ça marche sans doute, à la marge, mais c'est peu ergonomique pour le cerveau. Donc peu efficace en terme de rendement.
"–Mon garçon, il va falloir bûcher si tu veux un bon job!"

Si vous en avez l'occasion, je vous recommande la lecture de "Libérez votre cerveau" du neuroscientique Idriss Aberkane, il est extrêmement instructif sur la manière aberrante dont notre système éducatif fonctionne, et sur celle beaucoup plus pertinente dont il pourrait fonctionner.

Prenons un exemple simple : jouer à Candy Crush® parait être à la portée de tout le monde, et nombre de joueurs y passeraient des heures et des heures, à réessayer jusqu'à réussir à passer un tableau. Le nombre de joueurs de par le monde est d'ailleurs considérable. En revanche, demandez aux mêmes personnes de suivre un cours de math de haut niveau et de passer des heures à résoudre des matrices mathématiques, et je ne suis pas certain que vous obteniez la même motivation. Et pourtant... un tableau de Candy Crush® n'est guère différent d'une matrice. Seule la présentation et le côté ludique diffèrent.
Bon, on reste dans les p'tites cases hein...

Société schizophrène que la notre : nous ne cessons d'espérer et d'aspirer à des idées novatrices et des "réformes", alors même que tout dans le système éducatif et le monde du travail concourt à brider les façons de penser originales. Notons d'ailleurs que, comme Aberkane le fait remarquer dans son livre, ce sont rarement les bons élèves sortis premiers de leur promo à l'école qui bouleversent le monde, mais plus souvent des individus autodidactes, parfois élèves médiocres à l'école, mais surtout anticonformistes et qui réfléchissent d'une façon différente des autres. Albert Einstein était par exemple considéré comme un élève médiocre.

Hélas, l'école n'est généralement que la première étape d'une société absurde ou tout est fait pour brider l'initiative et l'originalité : le monde du travail déteste les électrons libre. Surtout les boites qui fabriquent ou vendent on ne sait trop quoi sans originalité : leur dogme est la Norme sacro-sainte, et leur credo est la Standardisation, y compris celle de leurs employés. Pas étonnant alors que tant de gens finissent en burnout après avoir sacrifié le temps et gâché leurs capacités dans un quelconque bullshit job...

Si certaines entreprises comme Gogole™ semblent avoir compris que le meilleur moyen d'obtenir des résultats exceptionnels et une motivation sans faille de ses employés est de leur donner un environnement de travail agréable et ludique et de les encourager à développer des projets personnels, nombres de boites en sont encore à mettre en oeuvre des stratégies managériales dignes de Game of Thrones.
"–Bon, je vous laisse, je dois me rendre à mon entretien annuel..."
Tiens d'ailleurs, je me demande si les employés de chez Gogole™ disent travailler dans une boite eux...

–Oui, enfin bon... la plupart des boites encouragent quand même les éléments prometteurs à l'aide de primes et de promotions!

Oui et non : la plupart du temps, ces P&P (primes & promotions) sont surtout liées à l'atteinte ou au dépassement des objectifs.

–Bin justement, le dépassement des objectifs, c'est une preuve d'initiative, non?

Pas vraiment : sauf cas exceptionnel, ça dénote surtout la capacité à appliquer à la lettre les consignes dans un but de productivité (quand bien même cette productivité serait peut être supérieure par d'autres méthodes : l'arrivée ponctuelle d'entreprises ou de technologies dites disruptives le démontre). En gros, l'employé qui dépasse ses objectifs ne bouleverse pas le standard : il établit seulement un nouveau standard quantitatif qui pousse les dirigeants à augmenter leurs attentes vis à vis des autres employés et à pousser encore plus la standardisation... jusqu'à la rupture : burnout des employés et/ou perte de compétitivité face à une autre entreprise qui aura su faire évoluer le concept, avant de se scléroser à son tour en campant sur ce nouveau standard. Et ainsi de suite.
C'est un cercle vicieux.
Le problème de la standardisation des employés, c'est que dès lors, l'humain devient remplaçable : l'arrivée progressive des intelligences artificielles, fussent-elle Faibles (car je ne crois à l'émergence d'IA Fortes dans un proche avenir... coucou Skynet!), rend cela inéluctable. Il y aura certainement de l'opposition : au XIXème siècle, les luddites ont bien tenté de s'opposer à l'arriver des métier à tisser mécaniques qui détruisaient des emplois dans l'industrie textile... et l'on voit où on en est aujourd'hui. Mais est-ce vraiment une mauvaise chose? Doit-on vraiment s'inquiéter de voir des machines faire des métiers... de machines?

Toute la question, c'est de savoir si on pourra donner aux humains... des métiers d'humains. Quelque chose me dit que ça n'en prend pas le chemin...
♫ Antisocial tu perds ton sang froid ♪



Bonus :

vendredi 3 juin 2016

Deux nuances d'aigris

Cinquante Deux Nuances d'Aigris

–Mais pourquoi-euh?
–Rhaaaaah! Tu me gonfle! Parce que!!!! Épicétou!

Épicétou!
Ceux d'entre toi qui me lis et qui a des gnomes, ce dialogue, tu l'as sûrement déjà vécu. Le gnome veut un truc, toi pas trop, mais t'es prêt à négocier un minimum. Et pis là, le gnome il insiste. Lourdement. Du coup, toi aussi tu te mets à faire ta tête de con de vieil(le) aigri(e), et tu verrouilles la négociation par cet argument massue, péremptoire et définitif : "parce que!", sorte de 49.3 du cercle familial qui n'appelle aucune forme de contestation.

Pourtant, il existe un moyen plus simple d'obtenir ce que l'on veut : en éducation positive, on te conseille de mener le gnome réticent où tu veux en lui offrant juste deux choix possibles (orientés évidemment). Pas plus, pas moins. Il parait que plus : ils gèrent pas.
Ne nous mentons pas, c'est une forme de manipulation.
Et cette méthode de filou, elle ne marche pas qu'avec les gnomes...

Pourtant, la vie est faite de nuances : tout n'est pas blanc ou noir. On ne cesse de nous le répéter tout au long de notre vie, et c'est d'ailleurs une leçon qu'on met du temps à apprendre. Petit, on est généralement manichéen, voire binaire. Pas de demi-mesure : on est triste ou joyeux, on se tait ou on crie, ♫ on s'amuse on pleure on rit, y a les méchants et les gentils...  ♪ et... euh... hum, pardon.

Bref. C'est avec l'âge, logiquement qu'on apprend à nuancer les choses : c'est la sagesse qui s'installe. Enfin ça, les cheveux gris, les varices et les rhumatismes... oui, la vieillesse est un naufrage. Le naufrage d'un navire rouillé qui ne tient plus que grâce à la peinture médecine, et qui transporte des milliers de réfugiés souvenirs et de connaissances qui seront bientôt irrémédiablement perdues. Sauf quand c'est déjà fait grâce à Alzheimer. Too bad...

Mais la société nous pousse à devenir de plus en plus binaires.
"–Euh... et les huit autres?
–Ok : toi,seconde catégorie donc..."

Encouragée en cela par une flemme intellectuelle de la taille du grand canyon les grands médias populaires, notre civilisation moderne a une fâcheuse tendance à virer bipolaire. Ce qui est tout de même mieux que les ours blancs donc, qui sont juste polaires eux (© maman Koala).

Prenons un exemple au hasard: les élections présidentielles. Aux Etats Unis, le bipartisme est déjà la règle. Les américains auront prochainement l'occasion de départager un yorkshire (teigneux) à moumoute et Ségolène Royal Clinton.
Un duel qui envoi du rêve... on regrette presque de ne pas être américain didon. Presque.

Chez nous par contre il y a pléthore de partis et de candidats putatifs, on pourrait donc se dire que ça couvre un large spectre de nuances idéologiques... Erreur : dans les médias, les sondages, etc, on ne parle que de duels... oblitérant ainsi complètement le débat pluraliste du premier tour.

D'façon, visiblement on s'en fout du premier tour, il sert juste à départager les candidats playmobiles sans réelle chance de l'emporter, tels que François Hollande, Nicolas Sarkozy, ou les baudruches remplies d'air que sont Macron, Valls, Copé ou Fillon, et les autres. Ce qui compte pour faire de l'audience, c'est l'affrontement final! Alors, oui, bon, je sais que vu la côte de popularité du président sortant qui mériterait d'être traitée sous l'angle de la physique quantique (car :
  1. cette branche de la physique s'occupe de l'infiniment petit
  2. si jamais il était réélu –en arrivant premier à un concours de circonstances– on pourra parler d'effet tunnel, ou du chat mort-vivant de Schrödinger...
fin de la parenthèse), beaucoup considèrent comme probable un second tour opposant Nicolas et ML...
Un duel qui promet d'être mémorable...
Pour autant, si je peux comprendre que l'affrontement entre Nicolas Dupont-Aignan et ML passionne les médias (l'influence des idées de Mélanie Laurent  sont d'ailleurs visibles depuis le succès de "Demain" est là pour le prouver...) Il est évident qu'il va falloir s'attendre à des surprises : le troisième homme, Jacques Cheminade, pourrait créer la surprise!

Notez qu'en général les deux candidats qualifiés au second tour n'ont obtenu au premier que 15 à 20% des suffrages. Mais le système étant ainsi fait, il contraint les électeurs à départager ces deux finalistes, et donc à se rallier, par défaut, à l'un des deux programmes (choix binaire) encore en course. Vous dites? C'est un programme de compromis pour ratisser le plus large possible? Admettons. Compromis chose due, puisque les promesses des candidats n'engagent de toutes façons que ceux qui y croient, et que le vainqueur se dépêchera d'appliquer des mesures n'ayant pas grand chose à voir avec ce programme (de toute façon inapplicable généralement).

Le vainqueur pourra ainsi se prévaloir d'une "majorité" correspondant grosso modo à un peu plus de moitié des votants (ce qui restreint déjà le panel), dont une partie a voté pour lui faute de mieux., voire pour faire barrage à son adversaire qu'ils ne pouvaient pas saquer. On saisit donc immédiatement l'enthousiasme populaire qu'il a soulevé, et les scènes de liesse filmées en plan rapproché qui suivent généralement sa victoire.
Une bien belle scène de liesse populaire. Vu les parapluies, ça doit être pour une victoire de Hollande.

La "minorité" se retrouvant quant à elle quelque peu aigrie par cette défaite d'autant plus vexante qu'elle concernait déjà un choix par défaut. Après ça, tu m'étonnes que ce pays soit ingouvernable...

–D'accord, mais supposons que l'élection se fasse en un seul tour... ça ne change rien : le vainqueur l'emportera avec seulement 20% des voix en gros... c'est pas tellement majoritaire.

Je n'ai jamais dit que ce système serait meilleur : le principe même de voter pour quelqu'un (censé donc incarner nos espoirs) est complètement con. D'autant que le quelqu'un fait en général tout le contraire de ce qu'il avait promis (en se prévalant de la majorité des électeurs comme vu plus haut). Il faudrait plutôt voter, à la carte, pour un programme à appliquer, et conditionné à des résultats à obtenir. Mais pfiou, ouhlala, ça, ça impliquerait tellement de subtilité que si ça se trouve, les politiciens professionnels ne pourraient plus être réélus et taper dans la caisse ça serait trop compliqué pour les gens. Mieux vaut rester binaire.

De façon générale, et ce dans tous les domaines, le nombre d'alternatives proposées sera toujours restreint car le meilleur moyen de nous rendre cons, c'est de nous traiter comme tel ça permet d'orienter notre choix en biaisant tout raisonnement. On fait appel au cerveau limbique plus qu'au néocortex quoi...  Généralement, plus le choix est binaire, et plus l'adhésion à ce choix tient du dogmatisme : les idées proposées ne sont pas étayées, mais juste martelées, guidées par l'émotion... ou la foi. En religion comme dans d'autres domaines comme l'économie ou la politique.

Et puis... selon le vieil adage qui dit que "les ennemis de mes ennemis sont mes amis", il est plus facile de rassembler contre l'autre camp, surtout s'il n'y en a qu'un, qu'avec son camp. Ce qui arrange tout autant l'autre camp bien sûr, selon le même principe : "Ceux qui ne sont pas avec nous, sont contre nous!". Les non-alignés sont priés de la mettre en veilleuse, merci, topette.

Prenez le modèle économique : si le libéralisme prend l'ascendant depuis de nombreuses années, c'est tout simplement parce qu'on nous a martelé/répété que TINA (There Is No Alternative), étant implicitement entendu que la seule alternative évoquée est le "communisme" sous sa forme d'épouvantail en fait plus proche du fascisme de l'ex-URSS ou de la Chine. Inutile d'évoquer d'autres possibilités, ça risquerait de donner des idées au gens. Chuuut! Notons que pour les partisans de chacun de ces modèles, l'autre représente le mal absolu. Ce qui fit dire à Henri Jeanson : "Le capitalisme, c'est l'exploitation de l'homme par l'homme. Le communisme? C'est le contraire."
La différence saute pourtant aux yeux non?

L'idée c'est de fédérer autour de son dogme, y compris des gens qui ne le ferait pas de base, en leur opposant une seule autre alternative qu'ils ne peuvent que détester. On ne débat pas : on assène. On ne discute pas : on vocifère. On n'argumente pas : on affirme. C'est bien connu : le meilleur moyen de convaincre autrui, c'est de dire que c'est comme ça et pas autrement.
"–C'est comme ça, et pas autrement!"


Et plus c'est caricatural, plus ça passe. Et puis, c'est plus simple pour les reportages de BFM ou "Tire mon doigt" "C'est mon choix". Juste deux camps, ça facilite les choses :
  • pour ou contre l'accueil des migrants. Les frontières sont une sorte de porte logique n'ayant que deux positions : ouvert/fermé.
  • carburant contre loi travail.
  • pour ou contre la police. Non non, pas de nuance : tous les flics sont des héros ou des méchants.
  • Manuel Valls contre Emmanuel Macron
  • végétalien ou carnivore. Je... non, inutile d'alimenter le débat : ce seul libellé est un appeau à troll.
  • anti OGM ou pro OGM
  • anti-nucléaire ou pro-nucléaire
  • anti-vaccin ou pro-vaccin
  • anti-gaz de schiste ou pro-gaz de schiste
  • team Edward ou team Jacob
  • jedi ou sith
  • fromage ou dessert
  • droite ou gauche
  • pile ou face
  • oui ou non
  • sein ou biberon
  • vaginale ou clitoridienne
  • ...
Et j'en passe. Toujours deux camps. Pas d'avis intermédiaire. Choisis ton camp camarade, et après, va trucider l'ennemi qui ne pense pas comme toi. Débattre? Argumenter? Nuancer son opinion? Faire des compromis? Pffff, à quoi bon? De toute façon les autres ont tord puisque tu as raison!

Le principal problème de cette méthode, c'est qu'elle pousse les gens à se radicaliser dans chacun des deux camps en présence (on oublie les autres alternatives je vous dis!), et amène aux pires outrances. A ce compte là, pas étonnant que les idées extrémistes se renforcent dans toute l'Europe, voire le monde...

Et bien je vais vous dire, moi, les opinions binaires ça m'emmerde. Mais d'une force... Car :

  • des fois, en discutant avec les gens, je change d'avis
  • je rentre mal dans les cases (j'ai pas une forme adaptée)
    Vive l'anticonformisme. Fuck yeah!
  • c'est une forme de paresse intellectuelle
  • ce sont ceux qui pensent différemment qui font avancer les choses
  • je ne suis pas un fucking ordinateur!

–Bon d'accord, mais alors que réponds-tu quand on te demande de répondre juste par oui ou non?
–Ça dépend.
–Ça dépasse...
–... l'entendement de certains, oui, apparemment.

mardi 5 avril 2016

Les Gognoles de l'info

Aujourd'hui, nous allons aborder la délicate question des Gognoles de l'info. Vous allez me dire : "Gognoles? Tu veux dire Guignols non?"
Et bien non, je veux bien dire Gognols, comme dans ce vieux sketch de Pierre Palmade... rapport au vomi de gognole.

Car à chaque fait divers, comme par exemple, au hasard, un attentat, le déroulement des événements suit invariablement le même scénario durant lequel les médias ne peuvent s'empêcher de dégueuler littéralement de l'info. Enfin de l'info... un truc prédigéré quoi.
Sur France 3, c'est "Plus belle la vie", sur BFM, c'est "Poubelle l'info".

Prenons un exemple imaginaire : des intégristes fanatiques pastafariens radicalisés décident de commettre un attentat en faisant exploser une boite de conserve sauce bolognaise king size familiale de 10L en plein milieu d'une manif contre le mariage pour tous.
Le Monstre en Spaghettis Volant (dieu des pastafariens) remet au capitaine Moÿse les tables des « trucs que j'aimerais autant que vous fassiez pas ».
  1. La police débarque à peine pour arrêter/neutraliser les méchants ou compter les boulettes de viande sur Christine Boutin, que déjà, les journalistes arrivent par cars entiers et courent dans tous les sens en faisant du rien, un peu comme des volailles.
  2. Les envoyés spéciaux présents commencent à interroger les témoins qui n'ont rien vu, et racontent du n'importe quoi que les réseaux sociaux propagent et déforment instantanément.
  3. Les politiciens contactés par la rédactions font des déclarations tonitruantes et péremptoires sur ces radicaux qui préfèrent les spaghettis à la bonne vieille choucroute garnie , et évoquent déjà une loi contre le port du chapeau de pirate.
  4. Les gens se réunissent dans différents endroits pour rendre hommage aux victimes à base de pancartes "Je suis homophobe réac'"
    "Un papa, une maman, un curé, c'est mieux pour les enfants!"
  5. On pond une nouvelle loi sécuritaire encore plus meilleure que la précédente et qui va faire que la prochaine fois, les terroristes seront bien feintés, comme les allemands avec la ligne Maginot en 39 et... euh...
  6. On attend l'attentat suivant

Mais revenons sur la la phase 1 voulez-vous? Donc, à peine le drame joué, les médias sont pris d'une sorte de frénésie incontrôlable. Les rédac' chefs ouvrent les portes des caves où leurs envoyés spéciaux sont habituellement enfermés (s'ils manquent de sang, ils peuvent devenir dangereux : se mettre à enquêter sérieusement sur les malversations des politiques, voire développer un esprit critique, des fois, en cas de sevrage trop long, il leur arrive même de lever un vrai scandale...).

A peine libérés, délivrés ♫♪ ces derniers flairent l'odeur du sang (ou de la bolognaise, ça ressemble) et tels des charognards s'approchent alors du lieu du drame autant que possible. Les rédactions des journaux lancent alors les directs, et se mettent à tourner en boucle sur les mêmes rumeurs infos et images montrant du rien.
Jawad, le logeur des terroristes pastafariens.

C'est inévitable. Et ça marche : les gens regardent, comme hypnotisés. Vous-même, vous avez d'ailleurs sûrement déjà cédé à la pulsion de zapper sur une chaîne d'info continue ou une radio d'information pour en savoir plus. Et du coup, vous avez probablement remarqué que ça suit toujours le même déroulement.


1. Je ne sais rien, mais je dirais tout
On a beau se méfier...
Le drame vient de se produire : à ce stade on ne sait rien, mais on vous dira tout, de préférence en duplex avec l'envoyé spécial sur les lieux. Enfin, sur les lieux, façon de parler puisque la zone est forcément verrouillée par les forces de l'ordre et les secours, donc en fait, l'envoyé spécial est juste dans le  quartier, voire même juste dans la ville, ou carrément juste le pays si c'est à l'autre bout du monde. Cet envoyé spécial n'ayant pas plus d'info, il se contentera d'interviewer des passants qui n'en savent pas plus mais trouvent que c'est horrible. A défaut, il peut aussi répéter le communiqué officiel déjà décortiqué par les journalistes qui sont en studio, histoire de justifier son salaire.

2. Il est temps de faire appel aux zexperts
"–Bon sang... un attentat bolognaise... j'ai l'impression d'assister au dernier repas de mes enfants!"
Quelques heures se sont déjà écoulées : on a un premier bilan et un communiqué officiel plus étoffé, les infos se sont précisées et ont déjà été répétées partout. En boucle. Mais comme on est encore en édition spéciale, info continue, il faut bien meubler : c'est là qu'interviennent les zexperts. Invités sur le plateau, ils sont là pour répondre aux questions qui nous taraudent (je vais y revenir à ces fameuses questions...). Bon, soyons honnête, le zexpert, c'est souvent un mec qui a seulement pondu un vague bouquin sur la question ("La sauce bolognaise, ma recette familiale"), ou le pote journaliste du bureau d'à côté dont le beau-frère est flic à Villetaneuse et qu'on a donc bombardé responsable du service police-justice à la rédac' parce qu'il fallait bien que quelqu'un s'y colle. Et là, forcément, le journaliste va balancer toutes les questions qui lui viennent. Surtout Même les plus connes. Du coup, le zexpert en question va pouvoir se lâcher copieusement en balançant tout ce qui lui passe par la tête et qui lui semble pas trop con à dire (on notera cependant que d'un individu à l'autre, cette notion peut prendre un sens très différent).

Quelques exemples (authentiques) de questions que les journalistes ont posé aux zexperts après les attentats de Paris et Bruxelles (comme je ne me souviens plus des réponses, je me suis improvisé zexpert pour répondre) :

►Question Du Journaliste : Cet attentat était-il prévisible?
◄Réponse Du Zexpert : Oui, il était sur le programme de la tournée "Âge bête et tête de con"... mais bon, des fois il y a des dates annulées ou reportées. A ton avis ducon? Tu crois que les flics auraient laissé faire s'ils avaient reçu une invit'?

QDJ : A ce stade, sait-on quel est le profil des terroristes?
RDZ : Rhaaa, c'est pas facile comme question... j'hésite entre "riche retraité désœuvré" et "p'tit con radicalisé en mal de reconnaissance"...

QDJ : On parle parfois d' "entreprise terroriste"... DAESH le pastafarisme fonctionne vraiment comme une entreprise?
RDZ : Bien sur. Leur modèle, c'est la COGEP à Charleville Mézière. Surtout depuis que Jacqueline, aux expéditions, s'est tapé Jean-Claude de la compta à la soirée Cohésion d'équipe organisée par le nouveau manager Philippe, et que du coup, son mari, Vincent du Marketing l'a lapidée à coups de figue molle.
DAESH, COGEP, même combat.
QDJ : A votre avis, il faut s'attendre à de nouveaux attentats dans un avenir proche?
RDZ : Attendez, j'interroge ma boule de cristal... ah merde, erreur 404. Vous auriez du marc de café?

QDJ : Quelles mesures faudrait-il prendre pour empêcher ces terroristes d'agir?
RDZ : Ah ça, c'est fastoche, il suffirait d'une mesure très simple. Primo : obliger les gens à se ballader à poil, ou à la rigueur avec des vêtements totalement transparents. Du coup, impossible de planquer une arme ou une ceinture d'explosif. Et si on double cette mesure simple d'une autre mesure simple, on peut même faire un triplé gagnant en relançant l'économie et en réduisant notre bilan carbone en même temps. Pour cela, il suffit de faire passer une loi qui oblige les FAI à corriger automatiquement certains mots vulgaires et explicites directement dans les pages lues et les mails reçus. Ainsi, suite à la loi "Tous à poil pour votre sécurité" on peut s'attendre à une vague de mails concernant l'élargissement des **péniches**, ce qui relancera le commerce de la péniche, le développement et l'entretien des voies navigables (création d'emploi dans ce secteur) et encouragera le trafic fluvial, plus écologique. Tout bénéf' !

On le voit, il y a du niveau.


3. On fait appel aux champions
Des champions je vous dis...
On en est déjà à plus de 24h : on commence à avoir un peu de recul, et on a déjà entendu tous les zexperts. Plusieurs fois. Du coup pour varier on commence à inviter les politiciens de tout bord pour qu'ils puissent générer du contenu, du buzz comme on dit. Ça c'est plutôt facile, vu qu'ils partent vite en roue libre. On privilégie certains champions, dont on est à peu près sûr qu'ils sortiront la p'tite phrase qui cassera internet, comme par exemple la poissonnière de Rungis Nadine Morano, Chris de Nice Christian Estrosi ou maître Connard Collard.


4. Dans le doute, invite un people
Ça peut même faire doublon avec zexpert en obus...
Plusieurs jours ont passé : on a fait le tour de tous les politiciens disponibles, même Arlette Laguiller (qui a été invoquée brièvement grâce à un rituel indicible et non euclidien impliquant le sacrifice de 5 membres du MEDEF). En plus ça commence à se voir qu'on raconte n'importe quoi : les gens commencent à zapper. Il est temps d'inviter des peoples sur le plateau (venus faire leur promo habituelle), on en profite pour les questionner sur le drame, des fois qu'il en sorte un trait de génie ou une bonne grosse connerie qui fasse le zapping. Autre intérêt : si le drame s'est produit à l'étranger on va pouvoir inviter un people de la nationalité concernée. Par exemple, après les attentats de Bruxelles, on a vu en boucle Philippe Geluck, François Damiens, Axelle Red et quelques autres. Je pense qu'ils étaient à deux doigts de sortir Plastic Bertrand de la naphtaline... voire Brel du cercueil.


5. La fête se termine, tout le monde est fin cuit, c'est l'heure de la partouze du medley
C'est marrant, je pourrais prononcer cette phrase plusieurs fois par jour...

Plus personne ne s'intéresse à ce fait divers, le suivant prend déjà la place. Il est temps de faire un bilan en confrontant les points de vue : on va donc finalement réunir sur un même plateau télé des zexperts en expertise sur la question, des politiciens en roue libre et des peoples en promo histoire d'en finir dans un joyeux bordel qui fera une bonne audience. En pratique on vient d'atteindre le degré zéro du journalisme et de l'information tant tout ce petit monde va s'escrimer à raconter du n'importe quoi de compétition, et s'improviser porte-parole des victimes. Les victimes mortes j'entends, pas celles qui peuvent contester.

Bin moi je sais pas trop pour vous, mais perso je trouve que journaliste, ça m'envoyait plus du rêve quand j'étais gnome...

mercredi 10 juin 2015

Le théorème du morpion

Aujourd'hui, comme l'indique le titre, on va aborder le théorème du morpion. En matière de business s'entend. Là, logiquement, vous vous dites : "Ouf! Il s'agit de théorie des jeux appliquée à l'économie, et non du tristement célèbre pou de pubis!". Et il est vrai que le jeu abusivement appelé "Morpion" (il s'agit en réalité du tic-tac-toe) est à mon sens une assez bonne illustration de la théorie des jeux appliquée à l'économie, puisqu'il s'agit d'un jeu à somme nulle : il est impossible de gagner si tous les joueurs jouent de façon optimale.
Des "X" et des rondelles... non vous n'êtes pas sur Canal le premier samedi du mois...

Sauf qu'en fait, non, le théorème dont je vais vous parler se réfère bien au pou de pubis. Mais bon, appliqué à l'économie quand même hein!
"♫ Je suis Morbac le morpion, regardez comme j'suis mignon...♪"

Ça vous étonne? Et bien ça ne devrait pas. Les métaphores animalières sont pourtant courantes, que ça soit en économie (on parle de "requins" de la finance, de fonds de pensions "charognards", etc...), ou de façon plus philosophique quand on dit que "l'homme est un loup pour l'homme".

D'ailleurs selon moi, ce proverbe bien connu qui sous-tend l'idée que les humains ne se font pas de cadeaux entre eux, est très mal formulé en y associant le loup : dans la nature, les meutes de loup fonctionnent comme des familles. Le couple reproducteur, ce sont les parents, les autres membres de la meute étant les enfants. La meute fonctionne de façon plutôt coopérative, et techniquement, la structure hiérarchique très pyramidale que l'on prête aux loups est finalement très... anthropomorphique. Au temps pour le vieux mythe de l'Alpha (d'ailleurs démonté depuis par l'auteur même de ce mythe, David Mech)... Donc franchement, entre nous, si l'homme était vraiment un loup pour l'homme, on ne serait sans doute pas dans un tel merdier...
"Pourriez regarder ailleurs svp?"

Donc pour ma part, je suis plutôt d'avis que l'homme est un morpion pour l'homme : c'est à dire qu'il est un parasite qui s'accroche aux poils de sa victime, suce son sang, et se multiplie en provoquant d'horribles démangeaisons.

Le théorème du morpion s'énonce donc ainsi : "toute activité économique ou sociale disposant d'un minimum de visibilité, génère un nombre exponentiel de parasites voués à faire de l'argent à ses dépens."

Un exemple? Maman Koala s'est depuis peu installée comme autoentrepreneur pour monter son cabinet de naturopathe (d'ailleurs, si vous en cherchez une, elle consulte aussi via Skype pour info). Outre les démarches obligatoires (inscription au registre du commerce, assurance, compte pro, URSSAF, RSI, mystère, et boule de gomme) de ce statut simplifié, vous n'imaginez pas la quantité de courriers/pubs/spams/appels qu'elle a pu recevoir pour tenter de lui extorquer quelque argent (qu'elle n'a pas, précisons-le : elle vient de s'installer). Y compris sous forme de courriers qui ont l'air parfois très officiels et obligatoires. Mais ne le sont pas. Il y a donc là tout un écosystème de parasites qui vivent de l'arnaque comme des morpions : accrochés aux poils des Autoentrepreneurs, PME, SARL (etc) qui s'installent, en essayant de les faire cracher au bassinet, et produisant en contrepartie... du rien. Mais du rien qui démange sérieusement le porte-monnaie quand même hein...
"Ça ne vous dit pas de payer fort cher pour apparaître dans notre annuaire à la diffusion confidentielle?"

Un autre exemple assez frappant, est celui des illustrateurs et autres graphistes. Peut-être avez vous suivi récemment l'affaire "Biba"? Pour résumer, un morpion une boite qui a des fonds cherche à obtenir des visuels qui pètent leur race en vue d'une large diffusion et le tout sans débourser un kopeck parce c'est bien connu que les illustrateurs travaillent pour la gloire et se nourrissent de bisous. Vous voyez, c'est bien le principe du parasite.

Bien évidemment, ça n'est pas une première (ni une dernière hélas). On dirait que pour certains, le fait d'exercer un métier créatif ou artistique (dessin, comédie, écriture, comptabilité à l'UMP, etc...) indique que vous ne souhaitez pas être payé avec de l'argent, mais juste avec de la reconnaissance et de la visibilité du vent. A la marge, vous exercez déjà un métier que vous aimez, donc il manquerait plus qu'on vous paye en plus! Si on se fie à cette logique, plus vous exercez un métier qui vous plait, moins on vous paye. Et inversement. Du coup, j'en déduis que :

  • PDG d'une grande banque internationale est un métier que ceux qui le pratiquent doivent totalement détester, limite à se flinguer. Honnêtement, je pense que leur femme (ou leur mari) doit les obliger à y aller tous les matins, avec un flingue sur la tempe.
  • Johnny Hallyday n'aime pas du tout ce qu'il fait
  • Marc Lévy écrit comme certains vont à l'usine. #Ohwait!
  • je dois apprécier beaucoup trop mon job... c'est bizarre j'avais pas l'impression...

Ces hommes ont créé leurs entreprises à contrecœur.
Mais figurez-vous que le théorème du morpion s'applique aussi aux blogs!

Vous êtes de plus en plus nombreux chaque jour à venir lire mes bêtises. Evidemment, ça me fait plutôt plaisir, mais il se trouve que ça a une autre conséquence : les statistiques de visites de mon blog commencent à susciter la convoitise de toutes sortes d'entreprises, agences de marketing et autres soit-disant spécialistes du référencement plus ou moins réglos. Je reçois donc de plus en plus de mails me proposant l'un ou l'autre partenariat, me demandant de parler de l'un ou l'autre produit, ou me faisant l'une ou l'autre proposition mirobolante. Si si : mirobolante. Bon, soyons honnête, tout n'est pas à jeter là-dedans, et je reçois de temps en temps des mails très personnalisés et sympathiques. Bon objectivement je répond rarement positivement, ne serait-ce que parce que mon blog ne se prête pas vraiment à la promotion de produits, quels qu'ils soient. Ceci étant, cela m'arrive tout de même, par amitié et/où pour un produit que je trouve vraiment positif, comme c'est le cas pour les t-shirt de Josette la Chouette, ou le site Private Famille (mais dans ce cas, ça vient souvent de moi). Et sinon de façon générale, je réponds à chaque demande (bon parfois avec un peu de retard), souvent avec humour et parfois avec un petit courrier à l'anthrax.
En même temps, comment lui résister? Quoi? Le chat un peu plus haut? C'est pas pareil : des chats, j'en ai, je sais de quoi ils sont capables...

Et puis il y a toute une faune de "chargés de communication", "chargés de partenariat", "agents référencement" et autres "responsables marketing" qui se donnent tout juste la peine de copier-coller un pauvre texte pondu par quelque stagiaire sous-payé (voir pas payé du tout), sans personnalisation ni sentiment. Et croyez-vous qu'ils vous contactent car ils ont lu (et kiffé) votre site? Que nenni! Ils se sont contenté de récupérer un vieux listing d'adresses mail (sans doute aimablement donnée crapuleusement vendu par l'une ou l'autre société parasite dont c'est le métier... ça porte même un nom, on appelle cela du e-data) sans daigner ouvrir la page internet du blog/site en question pour vérifier sa ligne éditoriale. Au mieux ils auront jeté un œil aux stats de visites proposées gracieusement à vil prix par une autre société parasite proposant du e-data.

Et du coup, ça peut donner des échanges surréalistes comme celui-ci :

(N.B. : le mail est à l'identique de celui que j'ai reçu, sauf les liens que j'ai masqué parce qu'il ne faudrait pas me prendre pour un jambon... mais j'ai tout de même indiqué les thématiques de ces liens histoire que vous puissiez constater le puissant rapport avec la choucroute. Tout ce qui a été édité est en rouge, le reste est d'origine.)

Bonjour,

 Nous promouvons le référencement naturel de plusieurs sites dans différents domaines par le biais des échanges d'articles.
Nous souhaitons ainsi effectuer un échange d'articles avec votre blog afin d'améliorer nos positions respectives dans les moteurs de recherche. 
[note de Papa Hérisson : on appelle ça de la double pénétration. Du cœur de cible bien sûr...]
L'article à publier sur votre site suivra entièrement sa ligne éditoriale et sera informatif afin d'apporter satisfaction à vos différents lecteurs.

Vous trouverez ci-dessous la liste de nos blogs où nous pourrons publier votre ou vos articles :

  • [édité] : lien vers un site de bricolage art et décoration
  • [édité] : lien vers un site d'architectes et immobilier 
  • [édité] : lien vers un site de maison actuelle et travaux 
  • [édité] : lien vers un site de loisirs et d'évasion 
  • [édité] : lien vers un site de mode et accessoires 
  • [édité] : lien vers un site de carrefour des entreprises 
  • [édité] : lien vers un site d'informatique et haute technologie 
  • [édité] : lien vers un site de médecine et bien être 
  • [édité] : lien vers un site d'auto et moto
Seriez-vous intéressé par un échange de contenu croisé entre nos sites ?

Voici ce que nous vous proposons :

 - Diffusion d'un article unique de 300 à 400 mots environ sur notre blog
(Si vous le souhaitez nous rédigerons un article de 350 mots pour vous gracieusement et nous publierons 2 articles sur votre blog) 
[note de Papa Hérisson : à ce niveau, ça n'est plus de la double pénétration, c'est carrément un gang bang]
- Libre choix du sujet de votre texte 
[note de Papa Hérisson : sans déconner? je vous préviens, je vais me lâcher!]
- Intégration d'une image représentative (logo, photos, etc.) non obligatoire
- 1 ou 2 liens hypertextes pointant vers vos sites ou vos blogs.
 En retour, nous vous demanderons d'insérer sur votre site un article contenant les liens hypertextes pointant vers notre site ou blog.
Si cette proposition vous intéresse, merci de bien vouloir nous informer.
Nous diffuserons votre texte dans les plus brefs délais.

Bien cordialement,
Quentin Roux
Agent référencement
Là déjà, on sent bien le gars qui a lu un ou plusieurs de mes articles, tant la pertinence est extraordinaire! Il est clair que le rapport entre ma ligne éditoriale et l'auto, la moto, la déco, le bricolage et surtout surtout la mode et les accessoires peut vous sauter au visage, tel l'alien sur Sigourney Weaver. Du coup, je me suis fendu d'une belle réponse enthousiaste :

Bonjour Quentin Roux (seriez-vous de la famille de Panda Roux par hasard?),
donc, si je comprends bien votre proposition, en échange d'un article que j'écrirais gratuitement du contenu sur le site de l'un de vos partenaires, vous écririez gratuitement un article publicitaire sur mon site? 
Si je vous avoue que je serais bien tenté, rien qu'à l'idée de pouvoir publier une tribune sur "l'élevage des loutres priapiques du Zimbabwe" sur le site [auto et moto] par exemple, ou "de l'apologie du pet qui tâche" sur [mode et accessoires], je reste malgré tout un peu rétif à l'idée de vous laisser les clés de mon pauvre blog... j'ai peur que quelqu'un n'y dessine des bistouquettes ou ne vomisse sa vodka-fanta dans un coin après une soirée un peu trop arrosée... 
cordialement,
Papa Hérisson

En général, bizarrement, j'ai peu de retours. Je ne comprend pas pourquoi. Mais là non. Je n'ai pu que supposer que la quantité de schnouff qu'ils avaient dans le pif devait les empêcher d'apprécier tout le second degré de ma réponse. Ou alors, Q. Roux a voulu faire une blague à l'une de ses collègues en lui refilant le bébé, car voici le retour que j'ai obtenu peu après, mais d'une autre interlocutrice :

Bonjour,

Merci de votre retour.

Je suis Stéphanie, chargée du partenariat sur les échanges d'articles. [note de Papa Hérisson : sérieusement? c'est un vrai métier?]

J'attends donc votre article à publier sur notre blog.

En ce qui concerne notre article, il tournera autour de la caisse enregistreuse tactile.

Cela vous convient-il ?
 [note de Papa Hérisson : tu m'étonnes! Pour paraphraser cette chère Ginnie, j'en fais déjà des rondades rien qu'à y penser!]

Pour l'article nous vous enverrons l'article et c'est vous qui intègrerai l'article dans votre blog et vous ferez également pareil. Vous me transmettez votre article afin que je le publie dans notre blog. 
 [note de Papa Hérisson : les fautes de français sont d'origine. Le Bescherelle, c'est comme le budget pub ou le budget illustration, c'est trop cher.]

Voici les conditions de rédaction :

-         Article unique sans contenu dupliqué
-         Article de 400 mots minimum
-         2 liens hypertextes maximum
Dans l'attente d'un retour de votre part,

Bien cordialement,

Stéphanie MARTINEZ

L'aiguille du déconnomètre étant sortie du cadran, je crois que j'ai dû m'évanouir quelques minutes en convulsant légèrement à la lecture de ce message. Il m'a même semblé apercevoir une licorne en train de déféquer un arc-en-ciel. Purée, faut que j'arrête la colle Cléopâtre moi... Il m'a donc fallu un peu de temps pour me reprendre et répondre de nouveau.

Bonjour Stéphanie Martinez!
Tiens!? Ça n'est plus Panda Quentin Roux qui me parle? Vous avez fait échange? Et... oh bon sang!!!! Je crois que je viens de comprendre! 
"Partenariat", "échange d'article", "la caisse enregistreuse tactile"... Même le "nom" de votre collègue : Q Roux... où le votre : Martinet (enfin Martinez, mais c'est presque pareil) j'aurais dû me douter de quelque chose! Il est donc question de "partenaires", d'"échanges", de "tactile"... En fait votre proposition concerne l'échangisme c'est bien ça? 
Je vous avoue que ça me rassure un peu, car je ne voyais pas bien ou vous vouliez en venir et ce que j'avais à y gagner. 
Bon, entre nous, il va falloir être gentil et indulgent avec moi, car je n'ai pas pratiqué l'échangisme depuis un bail (je devais avoir 10-12 ans maximum). En plus c'était toujours dans un cadre pas très mainstream si vous voyez ce que je veux dire : je n'aimais pas trop le foot, alors j'échangeais plutôt des autocollants des Chevaliers du Zodiaque ou de Cobra.
Des souvenirs d'échangisme émouvants! 
Pour la "caisse enregistreuse tactile", ça a l'air drôlement sympa! Et puis je pense que sur un blog parental déconneur, ça va envoyer du rêve. En plus ça va beaucoup plaire à mes gnomes qui sont très tactiles. D'ailleurs, mon fiston a un dinosaure volant en plastique qu'il a appelé Pedro. Pedro Tactile. [note de Papa Hérisson : rendons à César ce qui est à Napoléon, celle-là n'est pas de moi ni de mon fils, mais de maman Koala. Oui, j'ai réussi à la pervertir, maintenant elle fait aussi des calembours!Mouahaha!]
Sacré Pedro, toujours le mot pour rire!
Par contre, je ne sais pas si ça va tellement faire sur-kiffer mes lecteurs. Leur truc c'est plutôt les calembours et autres contrepèteries à connotation sexuelle... désolé, ils sont parfois un peu basiques, mais je les adore! Ceci étant, vous disiez que l'article allait "tourner autour de la caisse enregistreuse tactile", mais il va tourner autour longtemps? Vous pensez le mettre en orbite? Où bien c'est comme les drosophiles autour d'un coprolithe récent : il tourne, s'éloigne, s'approche, et se pose dessus pour y pondre?
 
De mon côté, je pense finalement qu'un article sur les compétitions olympiques de lancer de crottes de nez en milieu professionnel sur le site [architectes et immobilier]  pourrait avoir son petit succès. Surtout avec des gifs animés de chaton en train de faire les cons. Même si, objectivement, ça peut se discuter avec un billet bien documenté et richement illustré concernant l'art difficile du "poil au..." pendant les entretiens d'embauche sur le site (poil à la ####) [maison actuelle et travaux]. 
P.S. : si vous croisez Q Roux, passez-lui le bonjour de ma part. Et accessoirement, pensez à lui emprunter son Bescherelle, je pleure encore un peu de sang sur le "c'est vous qui intègrerai l'article" là... 
lichouilles baveuses,
Papa Hérisson

Mais là je suis déception : plus de réponse de leur part... Ah attendez... un mail vient d'arriver!!!! Ah non zut, c'est autre chose. Un groupe de pop rock nantais, Humanovis, qui voudrait que je glisse un petit mot à leur sujet pour aider à les faire connaître. Je leur aurais bien répondu que mon blog n'avait rien à voir avec la choucroute, mais ils m'ont eu : leur dernier titre évoque les relations parents-enfants, et c'est plutôt rigolo (même si je n'accroche pas à la mélodie). A quelques jours de la fête des pères, sur un blog qui s'intitule "Papa Hérisson", avouez que c'est plutôt d'actualité. Mais je vous laisse juges. Allez topette les aminches!


mardi 25 novembre 2014

La sale ère de la peur

Mesdames, messieurs... la France  a peur.
"Tremblez citoyens! La menace est à nos portes!"
Bon sang mais c'est pas banal ça, me direz-vous! Et de quoi-t-est-ce-donc que la France elle a-t-elle peur alors?

Je ne parle pas ici de simple phobies, que j'ai déjà abordé ailleurs...

Vous n'avez pas dû suivre l'actualité des dernières décennies derniers jours vous : la France a peur de tout. Si si, de tout, je ne rigole pas. Enfin si, je rigole, mais c'est un rire un peu jaune. Car il faut bien le dire chers lecteurs, s'il est un mot qui définit bien notre époque, c'est bien celui-ci : ANXIOGÈNE. Et j'ai parlé de la France, mais objectivement on n'est pas obligés de se restreindre : ça concerne une bonne partie du monde occidental, voire du monde mondial.

C'est sans doute pas pour rien qu'une large part de la population carbure aux anxiolytiques. Bon, en pure perte et avec des effets secondaires désastreux, mais c'est l'intention qui compte hein... Car oui, notre société est anxiogène, et les médias se font un plaisir de nous le rappeler en permanence :
Le problème, c'est que la peur mène à la colère, la colère mène à la haine, la haine… mène à la souffrance. Et donc...
"La peur est le chemin vers le côté obscur"

Il faut bien dire, et ça on en a déjà parlé avec les hippopotames rouges, qu'il semble considérablement plus facile de faire du ramdam (on dit du buzz parait-il quand on est dans la vibe) avec des "infos" qui se fondent sur de l'émotionnel, que sur des choses faisant appel à l'intelligence (par exemple une brave sonde spatiale qui se pose sur une comète. Ok, c'est pas un bon exemple car cette info là a bien fait le buzz justement... comme quoi).

Et sans surprise, la peur (comme l'envie dans le cas des hippopotames rouges), émane de ce brave cerveau limbique, et plus précisément du complexe amygdalien.
Également surnommé (par moi) : aire cérébrale de la pétoche.
A ne pas confondre avec les amygdales pharyngées qui n'ont rien à voir si ce n'est le nom. Notons que je soupçonne à titre personnel que les nerfs contrôlant vessie et sphincters doivent être branchés directement sur ce complexe amygdalien (de la même façon que les poils du rectum sont reliés aux glandes lacrymales) : ça expliquerait pourquoi on se fait dessus en cas de trouille bleue.

Bref. La peur est à l'origine un mécanisme de protection. L'organisme réagit de façon instinctive à une menace, en produisant de l'adrénaline (surnommée d'ailleurs l'hormone de la peur) pour diminuer le temps de réaction face à cette menace. Et c'est cette même adrénaline qui induit les symptômes cliniques de la peur : tremblote, augmentation du rythme cardiaque, écarquillement des yeux, respiration saccadée,...

Comme c'est un réflexe, ça court-circuite les processus cognitifs ordinaires : le corps réagit avant d'analyser précisément la menace. C'est le mécanisme de "réponse combat-fuite". Et ensuite seulement le cortex, cette grosse feignasse cet inspecteur des travaux finis, va faire son boulot en vérifiant si la "menace fantôme" justifiait réellement d'émettre ces petits bruits de pets liquides. C'est pour ça que ça marche à tous les coups, comme ces images animées qu'on trouve parfois sur les internet. Mais siiii, vous savez bien : ces images où l'on voit un truc style un gamin un peu flippant dans un décor sinistre, on vous demande de vous rapprocher de l'écran et de le fixer pendant 30 secondes, et là paf! Une image qui fiche la frousse apparait pendant une seconde.
Ça marche à tous les coups je vous dit!

En fait, techniquement, il conviendrait donc de se méfier des gens qui disent n'avoir jamais peur : soit ils mentent comme des politiciens, soit ce sont de dangereux psychopathes dont les mécanismes cérébraux sont totalement différents de ceux de l'être humain normal.
"–Ah ah ah, non mais tranquille... j'ai même pas peur d'une éventuelle enquête les copains!"

Le problème, c'est lorsque ce mécanisme naturel commence à être biaisé, soit par un dysfonctionnement interne (phobies, paranoïa, schizophrénie...), soit par des stimuli externes trompeurs (drogues, sons à basse fréquence, images subliminales, livres d'Eric Zemmour, rumeurs médiatiques, touïtes au sujet d'Ebola...).

Pour les causes internes hélas, il n'y a pas toujours de solution idéale : la psychiatrie et la neurologie proposent parfois des traitements ou des thérapies, plus ou moins efficaces, mais ces mécanismes sont encore mal connus, et les résultats incertains.

Pour les causes externes en revanche, il existe une parade absolue qui tient en 3 lettres : UFC!

–Euh... l'Union Fédérale des Consommateurs? Y a un dossier sur "Que choisir" ?

Non, pas du tout.

–Ah... alors peut être... l'Université de Franche-Comté? L'Ultimate Fighting Championship? L'Union des Forces de Changement?

Non. C'est biologique.

–Pfff... l'Urine de Fennec Concentrée? L'Unité Fourragère Cheval? L'Unité Formant Colonie?

Non, décidément vous n'y êtes pas. C'est :

Utilise ton Fucking Cerveau !!!!

Non, sérieux, utilise-le j'te jure!
Car oui, soyons clair, le seul intérêt de faire appel à vos bas instincts tels que la peur, c'est de pouvoir s'affranchir de toute réflexion construite de votre part, ce qui permet :
  1. de faire de l'audience à bon compte et de libérer du temps de cerveau
  2. d'en profiter pour vous placer quelques hippopotames rouges ("L'insécurité vous fait peur? Investissez dans une alarme!", "le popotin de Kim vous subjugue? Mangez des marshmallows!", "Peur des clowns? Votez pour l'Union des Minus Patibulaires / le Parti Sinistré, on les collera au gnouf"...)
  3. de manipuler l'opinion publique, et là plus c'est gros, plus ça passe (souvenez-vous!).
  4. d'abolir tout esprit critique (permettant de faire passer des lois liberticides, d'imposer des "mesures d'exceptions" qui deviennent bien vite la règle, de justifier le reniement à certaines valeurs...), c'est d'ailleurs très bien documenté, parait-il, dans le livre "La stratégie du choc" de Naomi Klein.
Règle n° 1 : On ne parle pas du Fight Club ne jamais croire ce qu'on vous dit sur parole.
–Mais alors, toi tu vas essayer de nous faire croire que tu n'as jamais peur papa Hérisson?

Non mais... vous comprenez ce que vous lisez? La peur est un réflexe! Naturel! Bien sûr qu'il m'arrive d'avoir peur. J'ai même parfois franchement les miquettes! Pire, je dirais que le fait de devenir père m'a sans doute amené à découvrir de nouvelles peurs : celles que l'on ressent pour la sécurité et l'avenir de ses enfants... Pour autant, ça n'est pas la peur en soi qui est mauvaise, c'est de se laisser dominer par elle, en permanence. La peur devrait être un sentiment temporaire, plutôt bref. Il n'est pas normal de vivre en état de peur permanente.

Sauf que justement, on rencontre de plus en plus de ces comportements collectifs, dans lesquels la peur est devenue le moteur quotidien. Pour différentes raisons d'ailleurs! Pour certains c'est :
  • un business : ils vivent de la peur qu'ils suscitent ou entretiennent chez les autres (mafia, terrorisme, prédicateurs de l'apocalypse/gourous de secte, concerts de Justin Bieber...)
    Faut reconnaître, ça fait peur quand même...
  • un mode de vie : toute leur existence tourne autour de la GPA (Grande Peur de l'Apocalypse) zombie/nucléaire/virale/céleste/théorie du genre... Pour certains de ces Survivalistes, cela peut d'ailleurs devenir un business...
    Sans compter le côté fashion à mort des tenues NBC et des M16...
  • une politique : l'essentiel de leurs convictions repose sur la peur de l'Autre, que cet Autre soit homo, étranger, musulman, juif, catho, séropositif, femme, obèse, clown, bimbo psychopathe armée d'un grand couteau...(rayer la ou les mentions inutiles, il est possible de cumuler plusieurs "bêtes noires").
  • Par exemple, cet homme à peur des bougn... auvergnats
Je vais vous dire : je crois sincèrement que notre monde crève de beaucoup de chose, mais s'il doit y en avoir une... une cause principale, initiale à tout cela, je suis bien persuadé que c'est la trouille. Notre civilisation est en train de crever... de trouille. Et je crois qu'on a sérieusement intérêt à stopper cette production mortifère d'adrénaline institutionnalisée si on ne veux pas qu'elle crève... tout court.

D'ailleurs, c'est bizarre comme notre espèce (soi-disant) supérieure est malgré tout toujours esclave de ces mécanismes émotionnels ataviques... Faut sans doute croire qu'on n'est pas si évolués que cela.

Tiens, peut être une piste pour conclure, sachez qu'une étude a montré que l'ocytocine (une hormone liée à l'altruisme, à l'empathie, et... au désir sexuel) avait tendance à diminuer l'activité du complexe amygdalien, et donc à diminuer le sentiment de peur. Moralité : pour lutter efficacement contre vos peurs, faites l'amour, pas la guerre! Ou alors faites des crêpes...
C'est pour une bonne cause : l'avenir de l'huma... des crêpes.