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jeudi 5 février 2015

T'as qu'à croire...

L'autre jour, alors que les gnomes et moi revenions de promenade avec les chiens...

Oui, "les", j'avais oublié de vous dire...

Je sais, l'album de famille n'est pas à jour, il faut que je l'actualise. Nous avons adopté début décembre une jeune chienne âgée de 3 mois, en plus de notre Colley... C'est un croisement entre un Berger Belge et un Berger Blanc Suisse (notez qu'on vise des pays ou les chocolats sont plus réputés que les chiens).
Un croisement bien sympathique
Enfin c'est ce qu'on croyait, parce que visiblement on est plus près de l'improbable croisement entre :
  • un diable de Tasmanie : pour l'aptitude à bouffer tout et n'importe quoi. En grosses quantités. Je ne rigole pas : elle bouffe même les pots de fleur. Oui, les pots pas les fleurs. Enfin, les fleurs aussi en fait. Et : oui, les pots en terre cuite, pas en plastoc. Oui, je sais ça croustille sous les crocs. Le son produit est absolument atroce. Elle bouffe aussi le charbon de bois (froid je vous rassure) qui tombe parfois de la cheminée. Et elle dévore les livres. Littéralement je veux dire, car elle n'a aucune passion pour la lecture.
  • Une chauve-souris : rapport aux grandes oreilles, et au fait qu'on a l'impression qu'elle vole autour de nous en s'énervant lorsqu'on apporte la gamelle.
  • Une hyène : surtout à cause du museau charbonné et du pelage noir-beige-beige clair passablement bringé (sinon elle est un peu ratée car ses oreilles sont pointues et non arrondies). Enfin ça et l'haleine de chacal lié au fait qu'elle bouffe les carcasses de piaf et de souris que les chats nous ramènent, ainsi que les coprolithes laissé ça et là par ses congénères. Yerk!
  • un kangourou : rapport au fait qu'elle ne cesse de bondir dans tous les sens pour manifester sa joie, bousculant par la même occasion tout ce qui est susceptible de l'être : gnomes, vaisselle, vieilles en déambulateur, vase Ming inestimable de tata Cunégonde...
  • un pokémon : elle ne cesse d'évoluer. Elle grossit (pu###n, mais qu'est-ce qu'elle grossit! 15 kg à 4 mois, 20 à 5 mois... vous imaginez le bestiau adulte?), elle change de texture et de couleur de poil (passant du blanc-beige texture doudou au beige-marron-noir texture chameau), et développe de nouvelles capacités (enfin, disons qu'elle arrive à bouffer des trucs qu'elle ne bouffait pas avant quoi... en classe de pokémon, je penche pour une sorte d'enzyme glouton).
  • Une moufette (ou sconse) : rapport aux flatulences délicatement parfumées, et sans doute assez proches de ce que mes grands-pères ont respiré dans les tranchées en 14-18, que l'animal lâche sans vergogne à tout bout de champ.
  • l'escargot : elle bave beaucoup en voiture (quand elle ne vomit pas).
Bon, mais sinon elle est mignonne et affectueuse, et on sent qu'elle nous adore. Heureusement d'ailleurs, parce que vu les dégâts qu'elle fait déjà...
Encore en train de bouffer un truc... pfff...

Bref, toujours est-il qu'il convient de sortir et de défouler l'animal régulièrement. On en profite pour sortir le Colley aussi, mais par nature, et à plus forte raison de par son âge, il est beaucoup plus calme. D'ailleurs c'est rigolo : j'ai eu l'occasion de fréquenter plusieurs colleys, et systématiquement, ils sont assez "précieux"... genre à pas marcher dans les flaques d'eau, à manger lentement et en triant si besoin (j'ai déjà vu des médocs laissés de coté avec méthode), toussa. Le zébulon par contre, elle est super rustique et se contrefiche des flaques d'eau comme de la boue ou du contenu de sa gamelle (tant que ça se mange. Enfin, disons tant que sa mâchoire arrive à le réduire en morceaux plus petits). Bref...

L'autre jour, donc, alors que les gnomes et moi revenions de promenade avec les chiens, nous passâmes devant l'église du village, où une chorale était en train de répéter. Et là, le P'tit Prince me demande :
–Dit p'pa, c'est quoi une église?
Ceci est un moment de solitude.
–Euh... une église, c'est euh...
–Oui?
–Et bien, c'est un lieu, comme une maison, où se réunissent les gens qui croient en Dieu... et merde, pourquoi j'ai parlé de dieu moi.
Et bien sûr, comme il fallait s'y attendre :
–Ah d'accord... C'est quoi "dieu"?
"Purée! Je pouvais pas fermer ma grande mouille moi?"

A ce stade, je pense qu'il est temps de faire un point aussi exhaustif que possible sur les différentes réactions humaines à propos de l'épineuse question de la religion, qui concerne directement les plus jeunes puisqu'on entend fréquemment dire que le curé enchante les enfants qui défilent en voyant ses messes folles.
...
C'est cadeau ne me remerciez pas.
Vous noterez qu'en outre, cette question sur la religion, la laïcité, c'est passablement d'actualité.

Bon, alors déjà, la religion ça sert à quoi? Principalement à deux choses :
  1. Expliquer l'origine du monde, le pourquoi de notre existence, de celle de Justin Bieber, et la raison des événements joyeux ou tragiques qui surviennent. En gros trouver une cause à quelque chose qui n'en a peut être pas. Il est tentant de pouvoir coller tout ça sur le dos d'une ou plusieurs entités omnipotentes et accessoirement d'introduire la possibilité via diverses prières ou autres rituels d'intercéder auprès de ces entités pour obtenir quelque chose : guérison, richesse, faire sauter les PV, retour de l'être aimé, etc...
    # Dieu est absent actuellement, mais vous pouvez laisser votre prière après la trompe céleste...#
  2. Conjurer la peur de la mort : la plupart des religions décrivent en effet un au-delà dans lequel notre être profond (l'âme) se poursuit après que le corps ait cassé sa pipe. En effet, pour beaucoup de gens, l'idée même que leur être, leur mémoire, leur personnalité, l'accumulation de leur savoir, leur liste d'amis facebouc® et de followers touïteur® puisse retourner au néant comme ça pif- pouf du jour au lendemain est insupportable. Au passage, certains cultes en profitent pour vous vendre un au-delà à la carte sur brochure : un truc cool à base d'angelots à poils qui jouent de la harpe, de vierges lassives, ou autre si vous respectez bien le Dogme, et inversement un truc super menaçant du genre flammes éternelles, tortures permanentes, intégrale de Justin Bieber si vous êtes un mécréant ou un hérétique.
    Oh bon sang... un tunnel avec de la lumière... c'est... c'est... la nouvelle saison de Doctor Who!
Tiens, le dogme justement, qu'est-ce donc?  Pour schématiser, disons c'est un peu le manuel d'utilisation de la religion considérée. Le tutoriel qui t'explique comment poser ton culte quoi! En gros le truc tiré de la notice du constructeur que presque personne ne lit (vous lisez vos manuels d'utilisation vous?) d'autant que ça fait en général moult pages, écrit petit, et dans une langue parfois approximative, genre mauvaise traduction Gogole™ Translate d'un truc en moldave déjà traduit imparfaitement en suédois par un espagnol buveur de vodka polonaise (avec tournures de phrases alambiquées, susceptibles d'être interprétées de toutes les façons possibles). Ce qui fait que finalement, tout le monde se contente généralement de l'explication du vendeur prêtre pour savoir quoi faire et comment ça marche. Tous ceux qui ont déjà eu à faire avec un pro du marketing pour avoir des explications techniques comprendrons pourquoi les termes "guerre" et "religion" sont (trop) souvent accolés...
Oui, je sais, ça n'a qu'un lointain rapport avec la choucroute (encore que) mais ce truc me fait marrer...

Généralement, ce Dogme aurait été initialement transmis par une sorte de Directeur du Service Marketing : le Prophète.  Dans certaines religions il y a aussi eu des directeurs adjoints : les Saints. Le prophète était souvent un type normal à la base qui se met a entendre des voix divines lui parler. Oui, je sais, chuuut : c'était avant l'invention de la psychiatrie et du diagnostic de schizophrénie. Sous l'effet d'une "révélation" donc, le Prophète fait level up, et se voit alors remettre une procuration de Dieu himself, avec la mutuelle, la voiture de fonction, la carte Gold American Express et quelques pouvoirs bien sympas. Un peu comme une transformation en Super Saiyan.
"Vous allez vous aimer les uns les autres bordel de merde?"
Nantis de ses pouvoirs, le Prophète délivre alors la parole divine, en s'appuyant de temps en temps sur quelques miracles qui claquent un peu : résurrection de la côte de popularité d'Alain Juppé, mutliplication des comptes en Suisse, séparation en deux de l'électorat, absolution judiciaire... euh non, attendez, la je confonds Prophète et Homme Providentiel en politique. Remarquez hein, bon... les deux vous promettent le paradis mais vous laissent dans la mouise en ce bas monde.

Bon, tout ça c'est la théorie. Reste que tout le monde n'a pas le même rapport au religieux (non, ça n'est pas sale). Au sein de l'immense diversité de la population humaine, je dirais qu'on retrouve grosso modo 5 grandes catégories (plus ou moins garnies hein, c'est pas une répartition équitable) :
  1. Les agnostiques : ceux-là sont sûrs d'une chose, c'est qu'ils ne sont sûr de rien. Dieu existe-t-il? Ou pas? Ou seulement les jours fériés? L'agnostique doute. Faute de preuve déterminante, il réserve son jugement. Il ne se mouille pas quoi. C'est un peu le normand de la question religieuse : p'têt bin qu'oui, p'têt bin qu'non, faut voir. Tout comme le pokemon, l'agnostique peut évoluer vers un second stade : l'apathéiste. Comme l'agnostique de base, l'apathéiste n'a pas de certitude quand à l'existence ou non de divinité(s), mais en plus lui il s'en contrefout à un point difficilement imaginable.
    Apathéiste en pleine réflexion sur le sens profond de la vie.
  2. Les athées : contrairement à l'opinion commune, l'athée est bel est bien un croyant. Car il croit en l'inexistence de quelque divinité que ce soit (et oui : faute de preuve dans un sens ou dans l'autre, ça reste une croyance). La distinction entre l'agnostique et l'athée est parfois ténue, surtout pour les plus modérés, mais elle existe néanmoins. Tout comme chez les religieux, il existe des athées radicaux, obnubilés par l'arrêt du culte (je vous laisse la méditer celle-là). Mais ils sont moins bien organisés, logique : il y a bien des services religieux, mais pas de services athées (je l'aime bien celle-là). Mais du coup s'ils tirent peut être sur les gens à la kalach', ça n'a généralement rien à voir avec leur croyance. Notons qu'il existe des Cultes athées (parodiques) destinés surtout à mettre en porte à faux les dogmes religieux véritables, et les lois idiotes qui y sont parfois liées. Par exemple le pastafarisme ou le culte de la licorne rose invisible.
    "Fuuuuuuck le système!"
  3. Le croyant dit "non pratiquant" : c'est un enculté, mais il a ceci de commun avec l'apathéiste que lui aussi s'en fout un peu en fait. Mais bon, pari de Pascal (et surtout tradition familiale) oblige, il n'est pas opposé à une petite prière de temps en temps, ou un petit tour dans les lieux consacrés. Pour le reste, tous les interdits, les dogmes et patin-couffin, ça va bien deux minutes mais bon voilà quoi... En gros, le "non pratiquant" est là où on le pose, il fait chier personne, et évite de trop se torturer les méninges. En fait, c'est surtout une sorte de gros flemmard... Clairement, ça arrange bien les autorités religieuses, car ça permet de la ramener un peu au niveau de l'audimat : le non-pratiquant, il vaut mieux l'avoir dans ton culte que dans celui des autres.
    Non pratiquant qu'on a posé sur un Eucalyptus.
  4. Le croyant (qu'on qualifiera de modéré, mais c'est surtout par contraste vis à vis de l'intégriste) : lui il est du genre à s'occuper de son culte, car il croit. Carrément franchement. Il s'efforce de respecter préceptes et interdits, les temps de prières, mais reste globalement respectueux des mécréants non-croyants et hérétiques croyants d'autres cultes tant qu'on ne vient pas lui baver sur les rouleaux. Il considère cependant comme immorales les pratiques rentrant en conflit avec ses croyances, même si elles sont pratiquées par d'autres sans empiéter sur sa propre liberté. Le croyant se décline cependant sur une palette de nuance assez large : du brave gars qui ne dit rien mais n'en pense pas moins, au gros lourd en voie de radicalisation qui gueule comme un âne contre tous ces infidèles dépravés se vautrant dans le stupre et la luxure.
    "J'y crois, j'y crois, j'y crois, j'y cr... *plouf* et merde!"
  5. L'intégriste ou le fanatique : lui, c'est vraiment un gros enculté. Et s'il met la main au culte, c'est jusqu'à l'épaule. L'épaule de l'autre bras j'entends. Le fanatique est complètement barré, et il est prêt à tout pour respecter, et surtout faire respecter les principes en lesquels il croit (qui peuvent être subtilement différents de ceux du modéré notons-le). Ceci inclus évidemment le recours à la violence, voire au meurtre, le tout évidemment au nom de l'amour de dieu (quel qu'il soit), car qui aime bien châtie bien et que de toutes façons, les "gentils" seront récompensés dans l'au-delà (ce qui fait néanmoins une bien belle jambe à leurs femmes/maris et leurs enfants qui restent ici-bas). Le fanatique est un croyant en roue libre, faisant passer sa "loi divine" au dessus des lois humaines  et des principes élémentaires de la vie en société comme par exemple ne pas mitrailler la gueule des gens ou ne pas trucider les gynécos et les caricaturistes.
    Mais ouaih! Mais carrément!
Bon, mais... et les professionnels du culte alors? Les prêtres/prédicateurs/gourous/guides spirituels : curés (très "si"...), imams (mit la main au culte), rabbins (moussant), bonzes (qui coulent mais ne flottent pas puisqu'on parle souvent de couler un bonze...), popes (culture), etc... Seraient-ils une catégorie à part? Non, pas vraiment : la plupart du temps, ils rentre dans la catégorie "croyant" ou  "fanatique", mais techniquement, on en trouve aussi qui peuvent rentrer dans les catégories "agnostique" ou "athée". Si si authentique. Gardez à l'esprit que dans beaucoup de pays, avoir la tête dans le culte être un représentant du culte est une fonction honorifique. Voir politique parfois. Il parait plus difficile pour eux d'être "non-pratiquants", ne serait-ce que pour l'image que ça renverrait : quand on fait du prosélytisme, il est recommandé de montrer son culte à tout le monde... Mais bon, rien ne dit qu'en privé finalement...

Et bien sur, c'est un peu comme les bandes dans les cours de récré, chaque culte méprise généralement les autres sur la base assez classique du "c'est moi qui ait la plus grosse" (la plus grosse entité omnipuissante s'entend). Une sorte de concours de cuculte quoi. Des fois, ça se bastonne même au sein d'une même religion, car il y a des courants et des sensibilités (comme au PS) : sunnites contre chiites, ashkénazes contre séfarades, protestants contre catholiques, modernistes contre traditionalistes, adeptes de la Licorne Rose Invisible contre réformateurs du Très Furtif Pégase Marron, curés pédophiles contre évêques exhibitionnistes, séides de Cthulhu contre adorateurs de Nyarlathotep, etc...
Encore un truc pour nous extorquer du fric ça...



Ceci étant posé, disons-le franchement, pour ma part je suis apathéiste : je ne pense pas qu'on puisse avoir quelque certitude que ça soit, et pour tout dire, je m'en tamponne. Ceci étant dit, s'il existe effectivement une entité omnipuissante, et qu'elle nous laisse foutre le dawa comme ça, c'est que soit :
  1. elle ne se sent pas des masses concernée (y compris par nos salamalecs telles que prières, dogmes, histoires d'aliments impurs et tutti quanti), limite elle ne s'est même pas aperçue de notre présence en gros
  2. elle est complètement dépassée par le bordel qu'elle a créé (et donc en terme d'omnipuissance et de "j'impose le respect", ça se pose un peu là...) et nous laisse nous démerder
  3. ça la fait marrer, et du coup ça donne pas des masses envie de la vénérer
  4. on ne va pas tarder à se prendre un putain d'apocalypse sur le coin de la tronche
  5. elle a un sens de l'humour douteux (n'oubliez pas qu'elle a commis l’ornithorynque et Jean-Claude Van Damme quand même)
  6. c'est un chat  : elle veut juste votre malheur et s'en délecte (ou s'en fout)
    Franchement, presque...
Mais bien sur je n'oblige personne à penser comme moi tant qu'on ne vient pas me chier dans les bottes sur ces questions.

–Bon alors papa? C'est quoi "dieu"?
–Euh...
Derrière lui, les chanteurs de la chorale poursuivaient leurs vocalises.
–Bon, déjà c'est pas "quoi" mais plutôt "qui"...
–C'est un gens?
–Moui... d'une certaine façon, enfin disons que c'est une hypothèse surtout et...
–Un hippopotame t'as dit?
–Non, une hypoth... booooooooooon : les gens qui vont à l'église, tu vois, ils croient qu'il existe un être... une entité... quelqu'un qui a tout créé, qui dirige tout et à qui on peut demander des trucs.
–Ah d'accord!!!!
–Bon, si tu as compris alors c'est bien... (ouf!)
–C'est le chef des chanteurs!
–...
– :)
–Ouaih, un truc du genre...

vendredi 23 janvier 2015

Les pressions de la liberté

Vous ne serez sans doute pas passé à côté du fait que ces dernières semaines, nous avons été amenés collectivement à nous poser (ou nous reposer) un certain nombre de questions morales, voire philosophiques.
"–Tire sur mon doigt pour voir?"
 Je veux parler de questions particulièrement profondes du type :
  • Peut-on rire de tout? Et si oui, avec tout le monde?
  • La liberté des uns s'arrête-t-elle là où commence celle des autres?
  • L'expression de la liberté peut-elle outrepasser la liberté d'expression ? Et vice-versa? (elle de moi celle-là)
  • Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité mérite-t-il l'une ou l'autre? Finira-t-il par n'avoir aucune des deux?
  • Si je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, dois-je me battre pour que vous ayez le droit de le dire?
  • La première des libertés est-elle la liberté de tout dire?
  • L'impertinence satyrique est-elle soluble dans le politiquement correct?
  • Quand est-ce qu'on mange?
  • Si quand je regarde une caricature du prophète je pense à un zob est-ce que je suis Charlie?
  • Est-ce que sucer c'est vraiment tromper?
  • Vous êtes Odile Deray?
    Oui, je sais, se moquer du pape c'est blasphémer. C'est mal. Mea culpa.
  • Les pigeons sont-ils d'anciens électeurs déçus de François Hollande?

Attention, la liberté d'expression est dangereuse pour la santé

Et le rire tue. La preuve, on peut mourir de rire. Attendez... non, je confonds avec les kalach'
Il faut bien dire que la liberté d'expression c'est quand même un truc vaguement dangereux quand on la confie à des irresponsables ou des inconscients. Un peu comme une fiole de nitroglycérine entre les mains d'un parkinsonien qui a le hoquet quoi. Enfin je schématise, mais manifestement c'est grosso modo l'idée qui ressort de ce sondage IFOP à chaud (bon disons à tiède) sur la liberté d'expression : 42% des gens interrogés estimant qu'il faut éviter de publier des caricatures de Mahomet, et environ 50% des gens interrogés étant plutôt favorable à une limitation de la liberté d'expression sur internet et les réseaux sociaux (la presse papier on n'en parle pas par contre).

A priori si je comprends bien ce sondage, ça doit vouloir dire qu'un gif animé avec la caricature d'un barbu légendaire adulé par des millions de fidèles et des chatons tout kawaïs sur un blog à la diffusion confidentielle c'est mal. En revanche Eric Zemmour dégoulinant de xénophobie dans la presse papier, diffusée à des milliers d'exemplaires, c'est bon, ça va.
Oui, je sais... j'ai hésité à mettre plutôt cette image, mais je n'ai pas osé. Je me suis autocensuré, je suis lâche, pardon. Mais faut me comprendre : j'ai une femme avec de magnifiques jambes à la fourrure toute douce, deux gnomes, trois chats, deux chiens et un hérisson...
En gros, certains semblent penser que ce qui est arrivé à la rédaction de Charlie, c'est bien triste, mais que bon, ils l'avaient un peu cherché... Je ne vais pas m'étendre sur ce point précis, je l'ai déjà fait ici, et Rock'n Lolita l'a exprimé encore mieux qui moi ici. Je résumerai juste en disant que c'est un peu gonflé de faire porter la responsabilité d'un crime à la victime plutôt qu'au criminel.

En fait, je pense que ce sondage reflète surtout une forme de paresse intellectuelle (communément désignée sous le terme scientifique de "connerie"). Oui, parce que bon : ok descendre à presque 4 millions dans la rue pour dire #jesuischarlie et défendre la liberté d'expression c'est bien sympa, mais bon là ça va être l'heure de "Plus belle la vie" et après y a le tirage du Kéno alors la liberté d'expression bon hein... Ou pour résumer simplement : #jesuischarliemaispasmaintenantjaipiscine

Et puis la liberté d'expression c'est compliqué en fait. Bon, se moquer voire choquer des gens dont on se contrefiche, ou qu'on n'aime pas comme par exemple les arabes, les juifs, les homo, les blondes, les curés : passe encore. Et déjà, bon, c'est risqué on l'a vu. Mais subir un discours qui nous choque nous, là, ça va quand même un peu trop loin Maurice... Du coup on ne peut pas laisser faire : la liberté d'expression oui! Mais que pour ceux qui sont globalement d'accord avec nous. Non mais.

T'as le droit, mais c'est interdit...

Bon, si vous me suivez depuis longtemps, vous connaissez déjà mon amour immodéré pour la bienpensance républicaine, mais aussi pour la censure et les interdits. Du coup, vous vous doutez un peu que je suis plutôt favorable à une liberté d'expression non restrictive, même si le prix à payer est d'entendre s'exprimer des mecs qui sont juste des raclures de fond de bidet. Alors bon, je vous vois venir bande de petits fripons, vous allez me sortir des trucs du genre :

–Le droit à la satyre ok, mais par exemple on ne peut pas laisser passer de soi-disant traits d'humour qui font l'apologie du terrorisme!

–Il y a quand même des choses qu'on ne peut pas dire, même sous couvert de liberté d'expression : l'appel au meurtre, le soutien au terrorisme, la discrimination, l'insulte...

–L'humour oui, les discours de haine sous couvert d'humour même pas drôle non!

–Et comme ça tous les conspirationnistes fondus de petits hommes verts, de chinois du FBI de la NSA et autres pseudo-complots américano-socialo-sionistes vont s'en donner à cœur joie!

Ok. Mais qui va décider ce qui relève de l'humour, voir de l'humour drôle, et ce qui n'en relève pas? Qui va définir la limite entre absence d'empathie pour les victimes (la compassion ne peut être contrainte après tout) et soutien aux terroristes? Qui va déterminer la différence entre provocation imbécile (et irresponsable) et menace définie et sérieuse? Qui aura le droit de décider de ce qui relève du révisionnisme/complotisme plutôt que du questionnement légitime? Le gros souci lorsqu'on limite la liberté d'expression, même avec de bonnes intentions du reste, c'est qu'il est délicat de la définir cette limite justement, d'autant qu'on ne pourra jamais contenter tout le monde.
"Veuillez profiter de ce dessin culturellement, ethniquement, religieusement et politiquement correct de façon responsable. Merci."
–Mais crénom [je vous trouve un poil familier quand même, va falloir se calmer un peu] tu ne peux nier que certains abusent de cette liberté d'expression! Est-ce que tu laisses tes enfants balancer des gros mots ou des insultes sans rien dire par exemple?

Bien sur que non : je leur explique que ça ne se fait pas, et je punis, ou je leur dis qu'ils le seront s'ils recommencent. C'est ma prérogative en tant qu'autorité parentale.


–A ce moment là, pour ceux qui abusent de la liberté d'expression, c'est la même chose :  la justice doit intervenir!

Ah bin tiens, bonne idée, faisons ça. Oh mais vous savez quoi? C'est déjà le cas : la loi protège la liberté d'expression, mais elle permet d'en condamner les abus. Par exemple l'insulte publique, la diffamation ou l'appel au meurtre sont réprimés par la loi sur délibération d'un tribunal. Mais toujours à posteriori par contre, car Tom Cruise étant un peu débordé, il n'a pas le temps de se coltiner tous les affreux avant qu'ils ne commettent leur forfait. Too bad.
"–Je vois... je vois... je vois Jean-Marine balancer un gros touïte® qui tâche, bien polémique dans pas longtemps."
Un individu est donc libre de lancer une menace de mort à autrui, mais s'il le fait, il est puni. Logique. Et jusque là, ça ne me pose aucun problème.

Faites ce que je dis, mais pas ce que je fais

On pourrait penser que ces lois étaient suffisantes puisque couvrant l'ensemble des situations d'abus possibles, mais le législateur a également introduit le délit  d'apologie (terme fourre-tout suffisamment flou pour permettre moult interprétations)  du terrorisme dans le but de durcir les condamnations liées aux appels au meurtre dans ce contexte particulier. Et cette loi a été encore récemment durcie par le législateur, spécialement si cette apologie est réalisée sur internet ou les réseaux sociaux. Ainsi ce délit, s'il est constaté par la justice, est passible de cinq ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende(7 ans et 100 000 euros s'il est commis ou relayé sur Internet).

C'est bien pratique puisque ça permet de coller au gnouf pour un long moment tous les pénibles qui viennent baver sur les rouleaux de la République :
On fera le tri plus tard. Ou pas.
Donc, outre une forte amende, ces vils malandrins risquent maintenant de la prison ferme histoire de leur apprendre... euh... de leur apprendre quoi d'ailleurs? Ah oui : à respecter la liberté d'expr... euh... à respecter celle des aut... enfin à ne pas exprimer leur opinion balancer des conneries comme ça pif pouf. C'est une mesure pédagogique! C'est ça, pédagogique, pour les ramener dans le droit chemin de la pensée consensuelle, et les empêcher de se radicaliser ou de passer à l'acte.

Enfin en théorie, parce que je ne sais pas pour vous, mais je serais à leur place, j'aurais un peu la haine. Prenons l'exemple du jeune un peu rebelle qui veut crâner devant ses potes style ni dieu ni maître tac-tac-t'as vu! Histoire de faire causer de lui pour émoustiller la Géraldine, il balance un gros touïte® un peu nauséabond et bien provocateur. Oui, le jeune, il est comme ça : il dit des trucs cons sans forcément réfléchir, il écoute du Justin Bieber, et il fume parfois des pet'. C'est bête, je sais, mais il faut bien que jeunesse se passe. Sauf que là, ni une ni deux, on le coffre et on lui colle une apologie du terrorisme sur la margoulette.

Et c'est là qu'apparaît le problème de la proportionnalité de la peine. Parce que dans le cas présent, ça proportionne pas terrible je trouve. Imaginons que votre enfant a balancé un "grosse patate pourrie" au voisin comme ça pour faire son intéressant.Pour le punir vous allez l'enfermer à la cave pendant deux semaines avec les voyous du quartier? Vous croyez que ça donnerait de bons résultats?

Là c'est pareil, à mon avis, le fait de coller le jeune au cachot et au ramassage de savonnette dans les douches communes juste pour avoir balancé une connerie qu'il ne pensait pas vraiment, ça va pas forcément  l'empêcher de se radicaliser (à défaut de se ridiculiser puisque ça c'est déjà fait), surtout vu le voisinage à Fleury-Mérogis. Mais par contre ça risque de lui donner quelques envies de revanche vis-à-vis de ce législateur si susceptible. Des trucs à base de plan incliné, de bâtons, et de joli costume en latex par exemple. Idem pour le mec qui balance une insulte à un flic sous l'effet de l'alcool.
Costume de saucisse en latex, j'entends...
Alors bon, je sais, vous allez me dire que les tribunaux sont justement là pour proportionner les peines, et que les condamnations seront sans doute légères ou inexistantes dans de nombreux cas. Sauf que le durcissement de la loi a conduit à juger ces faits en comparution immédiate : donc examen rapide voire superficiel de l'affaire, et droits de la défense assez succincts. Du coup pour l'instant, c'est pas franchement l'impression qui en ressort. Alors en terme de pédagogie, c'est un peu foiré : on a l'impression que sur la liberté d'expression, en France, c'est un peu faites ce que je dis, mais pas ce que je fais.

Les lois mémorielles : la liberté à ses limites

Toujours dans le domaine de la pénalisation des abus liés à la liberté d'expression, il y a les fameuses lois mémorielles qui interdisent de remettre en question certains faits historiques établis (la Shoah, ou le génocide Arménien depuis peu). Je ne conteste évidemment pas les faits historiques en questions, et objectivement il faut être passablement con ou de mauvaise foi pour le faire. Mais si ces lois partent à l'évidence d'un bon sentiment, et d'un objectif louable de lutte contre la connerie en barre, elles se révèlent au final aussi utiles et pédagogiques (encore) que la technique éprouvée consistant à dire très fort "♪ LA LA LA! JE N'ENTENDS RIEN DE CE QUE TU DIS! ♫" en se bouchant les oreilles lorsque quelqu'un vous raconte un truc qui vous déplait :
  1. d'une ça n'empêche pas la personne qui balance ces théories de les penser
  2. de deux ça n'empêche visiblement pas leur diffusion (elle se fait juste par des canaux plus confidentiels)
  3. de trois ça permet à la personne de se poser en victime (de la censure, d'un complot, de l'incompréhension, etc...), et donc d'attirer la sympathie éventuelle, pour lui et ses thèses, de tous ceux qui se méfient de l'autorité pour X raison
  4. et de quatre ça évite à tout contradicteur éventuel (et je ne doute pas qu'il y en ait) de venir ridiculiser l'inconvenant en lui enfonçant bien le nez dans son caca verbal à l'aide de jolis arguments bien étayés, puisqu'on peut juste se contenter de censurer le contrevenant et de rabâcher le discours officiel consensuel comme quoi c'est pas bien de nier les faits, ce qui ne manquera pas de convaincre les opposants n'est-ce pas?
♪ LA LA LA! J'ENTENDS RIEN! ♫
En général, il me semble que pour lutter contre le feu on utilise de l'eau, et pas des bâtons pour cogner sur les flammes. De la même façon, j'aurais tendance à penser que l'intelligence et l'éducation peuvent lutter contre la connerie beaucoup plus efficacement que la prison. Mais bon, ça n'est qu'une idée comme ça hein...

Notons d'ailleurs que ces fameuses lois ont fait (et font encore) couler pas mal d'encre, et que même certains intellectuels qui condamnent farouchement les thèses négationnistes y sont opposés par principe. Elles ne se sont du reste jamais distinguées par une efficacité remarquable, si ce n'est de mettre en lumière les contrevenants et leurs thèses justement. Pas de bol.

Mais jusqu'où s'arrêteront-ils?

On pourrait se dire qu'il y a déjà du lourd, mais manifestement, pour certains ça ne suffit pas. Et l'UMP par exemple, propose donc de sanctionner les élèves n'ayant pas respecté la minute de silence en hommage aux victimes des attentats. Hors cadre scolaire, des sanctions sont d'ailleurs déjà tombées. Excellente idée : puisque notre pays défend et revendique la liberté d'expression, imposons donc l'expression d'une compassion nationale rendue obligatoire, quitte à ce qu'elle soit factice (et nos politiciens en savent quelque chose n'est-ce pas?). A défaut de savoir rassembler sur les principes qui sont derrière, imposons l’œcuménisme républicain autours de certains symboles, icônes dérisoires et parfois vides de sens pour certains, comme l'hymne national ou la devise du pays. Les valeurs sont foutues : mais sauvons les apparences.

Dans le camp d'en face, il est envisagé de créer (ou plutôt de réactiver) une peine d'indignité nationale. Rien moins. Avec déchéance des droits civiques et patin couffin. Mais c'est vraiment pour les trucs graves, le mec ou la nana qui nous colle la honte, le facepalm de la nation tu vois...
"–Oh le con!"
Bref, à l'instant où l'on s'apprête à faire disparaître totalement le délit de blasphème (religieux) de notre beau pays,  on songe donc à en créer le pendant laïque et républicain. Bien joué, on n'est plus à un paradoxe près.

Et pourtant, le rassemblement historique et plus ou moins spontané du 11 janvier nous montre bien que ces jolis hochets républicains sont superflus, que la population est capable se mobiliser massivement pour peu qu'elle s'approprie des valeurs auxquelles elle croit, et non de simples symboles. J'ajouterai que ce paradoxe serait hilarant s'il n'était tragique, puisque Charlie Hebdo s'est justement donné depuis belle lurette pour mission de justement dynamiter les symboles, aussi bien religieux que républicains.

La liberté d'expression est univers... oh et puis zut!

Bref, c'est tellement compliqué la liberté d'expression totale, que finalement ça reste quand même un truc assez marginal comme le souligne Slate.
L'Antarctique ne figure pas sur la carte. Too bad pour les manchots opprimés par le régime totalitaire des ours blancs..
Carte à mettre en parallèle avec celle de l'IDH (combinant revenu par habitant, espérance de vie, et alphabétisation). Juste comme ça pour rigoler. Voilà voilà...
Décidément, les manchots sont tricards...

Voilà voilà. Et sinon, il y a des gens qui ont tellement bien compris l'esprit #jesuischarlie qu'ils ont décidé de meuler la face du vil buraliste crypto-jihadiste qui tentait de carotter la dernière édition de Charlie Hebdo. D'autres gens ont décidé promouvoir la liberté d'expression en lui donnant de la valeur à cette dernière édition... Esprit Charlie je vous dit!!! Ils sont bien les gens...
Non, vraiment. Il faut arrêter.
Comme j'ai commencé cette note par quelques belles citations, je terminerai donc sur cette autre belle citation, de Douglas Adams :

"Ça me flanque la migraine rien qu'à m'abaisser à essayer de penser à votre niveau."


jeudi 28 août 2014

La rentrée se tolère

♪♫ Qui a eu cette idée folle, un jour d'inventer l'école?
C'est
ce
sacré Charlema-gne!
sa-cré Cha-rle-magne! ♫♪

Bon, chaque année c'est pareil : quand le mois d'août –et avec lui les vacances d'été, que cet été ait été pourri ou non– se termine, la rentrée des classes se profile à l'horizon.

Alors certes : si vous n'avez pas de gnomes, et que vous n'êtes pas enseignant ni pédophile exhibitionniste en imperméable, il y a des chances que ça vous en touche une sans faire bouger l'autre. Si en revanche vous possédez un ou plusieurs gnomes en âge d'être scolarisé (voire même avant d'ailleurs), il est au contraire assez probable que cet évènement constitue un tournant dans l'organisation de votre quotidien, à plus forte raison si c'est leur première rentrée scolaire. Et oui, à vous bientôt les petits bonheurs tels que :
  • les listes de fournitures scolaires
    Liste de fournitures d'une école américaine moyenne.
  • les maladies infantiles ramenées de l'école (varicelle, oreillons, MST, clips de Justin Bieber, selfies, ...)
  • les poux
  • les goûters d'anniversaire
    "J'espère que tu ne tenais pas trop à tes genoux, car je ne vise pas le truc rose..."
  • les collections Panini (ou Pokemoche, je ne sais plus)
    "Jeux de garçon"... surement un catalogue de jouets!
  • les copains/copines un peu encombrants ("Non fiston, c'est pas parce que Théo a dit que son père adore les minous rasés que tu dois essayer avec notre raton-laveur Chat n°3. Pose ces ciseaux!")
    "Et non, pour la dernière fois, c'est pas parce que Lucas a un fusil que tu en auras un!"
  • les kermesses des écoles
    Et je vous raconte pas le nombre de brioches qu'il a fallu vendre pour organiser cette kermesse...
  • les effets de modes ("Non ma puce, je me fiche que Emma porte des string et des minijupes : tu n'as que 4 ans, tu attendras ta majorité à 18 ans 30 ans pour faire de même, et il faudra me passer sur le corps d'abord.")
    Pour illustrer, c'était ça où une photo de mini vieille conne.

Étrangement, un certain nombre de parents semblent attendre cette première rentrée avec un mélange d'impatience ("Han, Mathéo fé ça rentré en septenbre! Tro âte di aitre! Lol!") et d'anxiété ("Han! ma fille Billonsée n'est toujours pas propre en journée! A l'aide les keupines! Vous avez pas un truc? #ausecours #doctissimo"), et ce, le plus tôt possible, idéalement dès 3 ans, voire avant quand l'école l'accepte. Leurs motivations peuvent être variées :
  • leur gnome est une vraie plaie, et ça va leur faire des vacances de s'en débarrasser quelques heures par jour auprès de gens qui sont mal payés pour ça
  • l'école est vue comme une sorte de nounou ou de crèche, qui présente l'énorme avantage d'être à peu près gratuite (je vous l'accorde, on n'a pas toujours le choix non plus)
  • disposer d'un "homme" dans la place pour y dealer de la drogue
  • ils vont pouvoir se faire plein d'amis (voir plus haut), apprendre à vivre en société et découvrir l'existence de Youporn auprès des copains
  • ils vont pouvoir bénéficier des nouveaux rythmes scolaires adaptés à leur rythme chrono-biologique mais définitivement incompatibles avec les horaires de travail des parents et de passionnantes activités périscolaires (ou pas si votre commune n'a rien branlé à ce niveau comme c'est la cas chez nous) telles que le macramé, la pâte à sel, la broderie, la couture de ballons, la fabrication de composants électroniques de petite taille...
  • ils vont apprendre plein de choses : lire, écrire, compter, fumer, rouler un joint...
Bon, à titre personnel, j'avoue ne pas forcément comprendre cet enthousiasme quant à l'idée de confier ses gnomes à autrui à longueur de journée... je veux dire : dans la mesure où il n'est pas légal dans notre pays de rentabiliser ses enfants en leur faisant coudre des ballons, ce qui est bien fâcheux, quel peut alors être l'intérêt de faire des enfants (en dehors des 30 secondes 3 minutes 30 minutes 3 heures de plaisir que cela procure sur le moment je veux dire...), si c'est pour que d'autres gens se chargent de leur bourrer le crâne inculquer les savoirs importants? Hein, je vous le demande? Enfin bon, heureusement, je vous rappelle que l'école n'a pas vocation à remplacer les parents dans leur rôle éducatif (ce que certains semblent parfois oublier d'ailleurs) : vous pouvez donc continuer à leur inculquer vos valeurs en dehors du temps scolaire.
C'est important la transmission des valeurs.

Certes, chez nous c'est un peu particulier puisque maman Koala avait pris un congé parental de 3 ans pour protéger ses gnomes du terrible monde extérieur profiter de la joie quotidienne de la parentalité. Du coup, au lieu de mettre le P'tit Prince à l'école dès ses 3 ans (ce que lui même ne réclamait pas particulièrement, contrairement à Xéna, plus demandeuse en la matière), nous avons décalé sa rentrée scolaire d'un an, la loi n'imposant de toutes façons la scolarisation qu'à partir de 6 ans. Et croyez-moi, si ça n'avait tenu qu'à maman Koala, ça ne serait pas encore pour cette année... car oui, voyez-vous, elle semble vivre assez mal cette nouvelle coupure du cordon ombilical. Elle est déjà passée par plusieurs phases :
  1. Le déni : "–Quoi? On va devoir les mettre à l'école en septembre? Non c'est pas possib', ce sont encore des bébés! Ils sont tout petits!"
  2. La colère : "–Non mais c'est du grand n'importe quoi là! Entre cette réforme moisie des rythmes scolaires, et toutes les choses horribles qu'ils vont apprendre avec leurs copains ça donne vraiment pas envie de les mettre à l'école! D'façon, je peux voir l'école depuis le jardin! Je vais surveiller les maitresses avec des jumelles moi! Non mais!"
  3. Le marchandage : "–Bon voyons... on pourrait peut être attendre 10 ans 1 ou 2 ans de plus? Y a pas urgence, l'école n'est obligatoire qu'à 6 ans hein. Et puis bon, je vais me renseigner : on pourrait peut être leur faire l'école à la maison, tu crois pas?"
  4. Dépression : "–Bouhouhou! Mes bébés qui grandissent! *snif* Ils vont aller à l'école! *snif* Je suis malheureuse! *snif*"
Bon, en toute logique, la prochaine phase devrait être l'acceptation. Sauf retour en arrière. Notons quand même qu'elle tente de faire bonne figure, puisqu'elle a été jusqu'à fabriquer les cartables elle-même, en DIY, à l'aide de vieux gilets pare-balles du GIGN de toiles cirées imprimées de motifs choisis par les gnomes eux-mêmes.
Notons ce sens inné de la mode chez maman Koala : le casque est assorti.

Enfin, l'important c'est que les gnomes eux-mêmes ne semblent pas traumatisés à l'idée de cette première rentrée scolaire : le P'tit Prince semble ne pas s'en préoccuper (d'façon il va retrouver des copains qu'il a déjà eu l'occasion de se faire), et Xéna semble carrément enthousiaste puisqu'elle ne lâche pas son cartable...

Et moi, me demanderez-vous? Bah... le travail de séparation a déjà été fait dès le moment où j'ai repris le boulot : comme tout bon esclave moderne individu dans la vie active, je n'ai déjà qu'une sorte de droit de visite à mes gnomes le soir en rentrant du boulot et pendant les vacances. Donc, ça ne changera pas grand chose.
...
...
Mes bébééééééééés!!!!! Bouhouhou!!!!


N.B. : Toutes les images illustrant ce billet proviennent du site Flickr, sous licence libre Creative Common.

dimanche 25 août 2013

Fais pas çi, fais pas ça!

Le truc avec les enfants, c'est que lorsqu'on leur interdit quelque chose, le plus souvent ils le font quand même. Soit franchement, en vous regardant bien avec l'air espiègle de celui qui se dit "Je fais ce que je veux, tu es bien feinté!", soit en loucedé quand dès que tu as le dos tourné. Parce si tu l'as interdit c'est que ça doit être chouette (comme par exemple manger du chocolat après brossage des dents). Du coup, il est parfois nécessaire de bien les surveiller, et d'établir clairement des règles avec punition proportionnée en cas d'infraction.
Exemple :


– Xéna, non! Laisse le chat tranquille! Et rebouche ce feutre. Et non, ça n'est plus l'heure de manger du chocolat! Et on ne colle pas de ramponeau à son frère. Tu vas aller au coin si tu continue...
*Paf le frangin!*
– Ouinnnnnn!
– Je t'ai prévenue, maintenant, c'est : au coin!
– Ouinnnnnn aussi!
– Fallait y penser avant. Punie! Et quand tu auras finis de crier ta rage de t'être fait chopper comme une bleue, tu demanderas pardon à Plouf et tu lui fera un bisou.
Conclusion :
  1. Tes deux gnomes braillent comme des ânes, et la Sécurité Sociale va pleurer sa mère en voyant la note de prothèses auditives.
  2. Lorsque tu énonces un interdit à un gnome, tu te transformes aussitôt en une sorte de crypto-Balladur qui "vous demande de vous arrêter". Avec la même crédibilité.
  3. Plus tu énonces d'interdits, plus tu passes pour un pénible, et plus ça augmente tes chances d'être en train de pisser dans un violon.
Attention, hein, j'te vois! Chenapan!
Plus généralement, le truc avec les humains, c'est que lorsqu'on leur interdit quelque chose, le plus souvent ils le font quand même. Soit franchement, en vous regardant bien avec l'air espiègle de celui qui se dit "Je fais ce que je veux, tu es bien feinté!" (ou l'air bovin de celui qui se dit "Gneuh??"), soit en loucedé quand dès que tu as le dos tourné. Du coup, il est parfois nécessaire de bien les surveiller, et d'établir clairement des règles avec punition proportionnée en cas d'infraction.

En parlant de surveillance, vous avez lu "1984" de Georges Orwell? Moi non. Ou peut être quelques extraits en cours de français au collège, au titre des études de texte. J'en garde le souvenir d'un truc plutôt soporifique dans l'ensemble, à propos d'un mec qui rédige son journal intime dans un angle mort à l'abri du regard inquisiteur d'une espèce de télévision équipée d'une webcam allumée en permanence. Comme Secret Story finalement. Si je me souviens bien, il y avait aussi une "police de la pensée" chargée de réprimer tout comportement déviant et non conforme à la doctrine en vigueur (le "politiquement correct" en somme), et les gens parlaient une langue bizarre édulcorée de tous les termes qui risqueraient de les amener à trop réfléchir... un truc
Il parait que ce livre est une référence pour tous ceux qui dénoncent les régimes totalitaires et les atteintes à la vie privée et aux libertés individuelle par des organismes d'état, "Big Brother" tout ça tout ça.
Big Brother is watching you! Y'a pas, ça me file les chocottes...
En ce qui me concerne, la fiction de référence en matière politique, ça serait plutôt Game of Thrones. Et oui, réfléchissez : on nous y explique que même si on mesure 1m20, on peut prendre le pouvoir à condition d'être un beau-parleur. Comme Sarkozy en 2007. Elle nous révèle également que ça ne suffit pas pour le garder, même si votre femme a été plus fréquentée que le périphérique un jour de départ en vacances. Comme Sarkozy en 2012. Mais surtout, elle démontre que tenter de bloquer les trucs que tu n'aimes pas et que tu ne veux pas voir à l'aide d'un grand mur : ça ne sert rien. Ces trucs que tu n'aimes pas continuent d'exister, et en plus, y a des chances qu'ils profitent du fait que tu ne regarde pas, pour contourner ton mur à un moment ou à un autre.
Nicolas Sarkozy et son bouclier fiscal
Et bien figurez-vous que cette technique dite "du mur" (le "canard enchaîné" parlerait surement de "mur du çon") est particulièrement employée de nos jours. Enfin, ça et la technique dite "du couvercle" (mais Maliki en parle mieux que moi). Comme quoi, depuis Jericho, on a pas franchement progressé. Petit point sur les "murs" les plus célèbres :
  • les murs Facebouc© : souvent surnommés murs de la honte
  • le mur des lamentations : mur Facebouc© de l'hypothétique entité omnipuissante surnommée "Dieu"
  • le mur de Berlin : ouvrage de maçonnerie destiné à empêcher les allemands de l'ouest de rouler en Trabant. Étrangement, sa destruction n'a pas pour autant favorisé la vente de ce véhicule populaire. On en trouve parfois des morceaux à vendre sur e-bay (du mur, comme de la Trabant)
  • la ligne Maginot : sorte de grande muraille de chine, mais plus petite, devant protéger la France d'une invasion allemande en 1939, avec le succès que l'on sait. Ah ah ah!
  • la grande muraille de Chine : sorte de ligne Maginot, mais en plus grand, pour protéger la Chine des invasions mongoles. Même efficacité que la ligne Maginot. Mais plus grand.
  • le Firewall ("mur de feu") : censé protéger votre ordinateur d'une intrusion externe. La plupart des pirates informatiques en rigolent encore.
  • la ligne rouge : celle à ne pas franchir (expression souvent utilisée par les politiciens ou les journalistes). Régulièrement franchie dans la joie et l'allégresse avec fanfare et klaxon, le plus souvent dans l'indifférence générale (exemple : "La Syrie ne doit pas franchir la ligne rouge en utilisant des armes chimiques!". C'est maintenant chose faite. Et donc on fait quoi?).
Le dernier modèle de Trabant, sorti peu avant la chute du mur.
Mais la notion de "mur" est à prendre au sens large : ainsi le législateur...

Petit aparté :  vous noterez que ce terme de "législateur", volontairement vague, est utilisé pour désigner de façon très impersonnelle ceux qui font voter une loi. Style "C'est pas moi, c'est eux m'sieur!". Le législateur est donc une sorte d'entité mal identifiée, prétendument impartiale, et théoriquement dédiée au bien commun. Je dis bien "théoriquement", parce que "pratiquement", le mec qui vote une pseudo-loi inapplicable contre la corruption a des chances d'être celui-là même qui est en train de blanchir en Suisse l'argent de ses caisses noires, ou de se faire attribuer un modeste appartement de 15 pièces avec terrasse en marbre sur les Champs Élysées, à loyer très modéré malgré un salaire de ministre (ça tombe bien : il l'est).
Législateur en plein travail.
Bref, le législateur donc, aime à créer quantités de barrières, en établissant dans la loi toutes sortes d'interdictions. La plupart répondent à une certaine nécessité en terme de vie en société : interdiction de zigouiller les gens (fussent-ils particulièrement insupportables comme Justin Bieber), ou plus généralement interdiction de causer une nuisance physique volontaire (même si de ce fait, de nombreuses baffes continueront de se perdre comme dans le cas de Nadine Morano). Jusque là, rien à redire : la liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres.

Là où ça commence à être marrant, c'est lorsque le ♫ législateur ♪ (à prononcer sur un ton grave et vaguement inquiétant) s'attaque à des sujets de société pour lesquels l'objectivité part assez vite en cacahuète. Des exemples? En voici déjà un : la loi du 11 octobre 2011 d'interdiction du port du voile intégral (ou burqa) dans les lieux publics. Un loi censée défendre en vrac :
  • La laïcité (je vous laisse jeter un œil à la bafouille de Maître Eolas sur la question, c'est édifiant).
  • La liberté (interdire le port d'un accessoire vestimentaire au nom de la liberté, c'est assez culotté je trouve)
  • Le droit des femmes (considérées ici comme des victimes donc)
La loi étant censée protéger les victimes et punir les contrevenants il me semble, pourquoi c'est à elles qu'on inflige une amende?
– Non, mais bon, tu fais semblant de pas comprendre aussi : c'est le mari qui leur inflige ça qui est visé! C'est lui qui paye l'amende au final! Han!
Ah. Et de ce point de vue, la femme voilée est donc considérée comme une irresponsable insolvable dont c'est le mari qui vient sauver les miches? Belle progression du statut de la femme dites moi...
– Non, mais bon, c'est un signe ostentatoire aussi... c'est du prosélytisme!
Moui, tandis que les panneaux publicitaires et les magazines montrant des pouffes anorexiques jeunes femmes maigrichonnes à moitié dévêtues par exemple, c'est pas ostentatoire, et ça ne valorise pas un culte malsain de la maigreur excessive. Et c'est une preuve de bon goût aussi. D'ailleurs c'est bien connu, les femmes sont tellement influençables, que le fait de voir l'une d'entre elles en burka donne immédiatement envie aux autres de se convertir à l'islam... Suffit de voir l'effet d'une paire de louboutins...
Toi aussi rejoins le côté obscur l'islam radical!
– Non, mais bon, c'est pas un exemple pour la jeunesse, ça donne une mauvaise image de la Femme!
Une seule réponse : Loana (mais j'aurais également pu dire Nabila "Allo quoi" Benatia, et sans doute pas mal d'autres noms).
Pourtant, vis à vis du cancer de la peau...
Cerise sur le gâteau, cette loi a des effets pervers en créant un "mur" (tient, encore un) entre les musulmans (radicaux ou non) qui se sentent quand même un chouïa dans le collimateur, et les autres qui se disent que si on a fait une loi, c'est que tout ça ne doit pas être très catholique. Ou comment la loi, qui devrait lutter contre le communautarisme a l'effet exactement inverse. Bien joué le ♫ législateur ♪.

En même temps, je ne sais pas si vous avez remarqué, mais depuis déjà quelques années, les pouvoirs publics (entité sensiblement équivalente au législateur) ont la fâcheuse tendance de nous prendre pour des buses : Mangez 5 fruits et légumes par jour, Fumer est dangereux pour la santé, Triez vos déchets, Achetez français, Le nucléaire c'est bon mangez-en!,Tuer c'est mal, L'alcool ça saoule, Attention : faire l'amour peut provoquer une grossesse!, etc... Je pense que les prochaines campagnes de pub financées par l'état seront : Ne pas respirer tue!, Mangez quand vous avez faim!, Ne mettez pas vos coudes sur la table.

M'est avis que l'état français a trop de fric, du coup le dépenser en campagnes de pub, dont le degré de créativité est digne d'une chanson de Superbus, semble être une bonne idée. D'un autre côté, c'est payé par les testiboules que le fisc vous ponctionne hein... (sauf si tu es ♫ législateur ♪, puisque dans ce cas tu connais les combines pour frauder et/ou tu as un compte helvétique bien garni).

Bref tout ça pour vous dire qu'à force de vouloir interdire tout et n'importe quoi on fini par obtenir l'effet inverse. Alors, lâchez un peu prise de temps en temps...
Ne craignez rien, ça fait du bruit, mais ça sent pas!