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mercredi 28 décembre 2016

Le principe de la chocotte-minute

Le gros problème avec la connerie, c'est qu'elle a quelque chose de furieusement universel. Je veux dire : on est tous le con de quelqu'un hein... Pire : on a tous nos moments où on se sent un peu con, parce que brièvement on a agi sans réfléchir ou bien que l'on s'est précipité un peu trop.
Oui, bon, après pour certains, c'est plus un mode de vie voir un fond de commerce qu'un moment accidentel hein...

En général, on agi de façon con lorsque nos actions sont guidées par le cerveau limbique (plus rudimentaire) et non par le cortex supérieur (siège de la logique et du raisonnement). C'est pourquoi les réactions stupides sont souvent associées à des émotions également liées à ce cerveau limbique : l'agressivité, le désir sexuel, la peur...

Or ces réactions "limbiques" sont beaucoup plus standardisées que les réactions cognitives plus élaborées : logique, elles sont plus instinctives. C'est pourquoi ceux qui veulent nous manipuler font plus facilement appel à ce cerveau limbique, en utilisant les stimuli adéquats (agressivité, désir, peur) qu'à notre intelligence.

–Oh! Wait... ceux qui veulent nous "manipuler"? Tu vires conspirationniste? Et c'est qui? Les politiciens ?Les Chinois du FBI? Les Illuminati? Hu hu...

Presque... je voulais bien sûr parler de...
Jean-Kévin, du service marketing!
Jean-Kévin, son taf, c'est de vous fourguer le maximum possible de camelote made in China pour vous faire cracher un maximum de thune, et ainsi faire le bonheur des actionnaires de son entreprise, qui pourront ainsi se vautrer dans le luxe, le stupre et les putes de luxes. Pour y parvenir, Jean-Kévin n'a que deux moyens :

  1. vous fournir un produit indispensable et de haute qualité dont vous ne pouvez pas vous passer, par exemple un hippopotame rouge. Disons-le franchement : c'est improbable. De toutes façons Jean-Kévin bosse au marketing, pas dans l'atelier du Père  Noël... les miracles dépendent des ingénieurs, pas de lui, et les ingénieurs font rarement des miracles.
  2. utiliser la publicité (sous différentes formes) afin de vous faire croire que l'hippopotame rouge présenté représente le summum du top moumoute de la mort qui tue la vie et qu'il vous le faut impérativement.
Bon, soyons honnêtes : Jean-Kévin choisit toujours la seconde option. Sauf que cette deuxième option fonctionne bien mieux si vous êtes en mode émotionnel/cerveau limbique (Oh! Un hippopotame rouge dernier cri!!! J'en ai envie! Il me le faut!!!!) que si vous utilisez vos capacités de raisonnement (What? Wait... Mais qu'est-ce que je pourrais bien faire d'un fucking hippopotame rouge?).

Du coup, pour que la publicité fonctionne bien, il est important pour Jean-Kévin que votre temps de cerveau soit disponible pour recevoir le message qu'elle véhicule.
Ça a le mérite d'être clair.

Du coup, Jean-Kévin va privilégier le placement de ses publicités, et donc payer des espaces publicitaires dans les médias pour cela, en privilégiant les médias et leurs contenus qui vont favoriser leur efficacité.

Dit autrement, les médias gratuits (id est : qui veulent gagner du flouze en vendant des espaces publicitaires) ont intérêt à :

  1. avoir un maximum d'audience (lecteurs, téléspectateurs, auditeurs, internautes, etc...)
  2. capter suffisamment l'attention de cette audience pour que les messages publicitaires puissent s'imprimer

Et oui : quand c'est gratuit, c'est toi le produit. Et pour y parvenir, ces médias utilisent la méthode la plus basique qui soit : ils font appel à l'émotionnel, à nos bas instincts.

Bon, tout le monde connait la méthode classique : le sexe. Le sexe fait vendre dit-on, c'est pourquoi les publicitaires ont tendance à nous coller des personnes (le plus souvent des femmes) plus ou moins dénudées pour nous vendre leurs produits.
Ça ne saute pas aux yeux, mais c'est bien une voiture que l'on cherche à vous vendre. Rouge la voiture.
C'est une méthode qui ne date pas d'hier...

–Mais... enfin!  C'est stupide!? Les publicitaires s'imaginent qu'en collant l'image d'une greluche à moitié à poil ça pousse les gens à acheter? Que ça puisse exciter nos bas instincts, admettons, mais quel rapport avec l'acte d'achat? C'est complètement con!

Vous n'écoutez pas ce que je dis : le premier paragraphe de cet article évoque justement de la connerie. Le but des publicitaires est de nous rendre con (temporairement ou durablement) pour mieux nous vendre leurs merdes en plastoc merveilleux produits. L'idée sous-jacente est en réalité fort simple : en offrant un message à forte teneur sexuelle (femme dénudée, gestes sensuels, etc...) le contenu du média utilisé génère "un manque" chez le récepteur (lecteur/auditeur/spectateur), la publicité qui suit ayant pour objet de "combler" ce manque en proposant un produit de substitution (parfum, café, soda, voiture, laxatif, etc...).
Que... un substitut sexuel vous dites? Rhoooo... franchement je ne vois pas, c'est juste un soda.
–Sans déconner?

On va dire que ça, c'est l'idée de base. Après, certains émettent des doutes sur l'efficacité de la méthode. Mais le sujet est si vaste, que nous en reparlerons à l'occasion, il y a matière à un article entier.

L'autre méthode est moins connue, mais tout aussi, si ça n'est plus efficace : la peur.

–La peur?

Oui, la peur. La trouille, les miquettes, la frousse, les chocottes.

–Sans rire? La peur fait vendre?

Et bien, déjà la peur capte l'attention. C'est un premier point. Et ensuite, oui, dans un certain nombre de cas, la peur et le stress font vendre.

Notons au passage que la peur peut être domestiquée :

  • par l'entraînement : un funambule ou un alpiniste apprend à ne pas craindre le vide par exemple
  • par la connaissance, car on craint moins ce que l'on connait : si vous savez reconnaître les serpents, vous ne craindrez pas de vous faire mordre par une brave couleuvre par exemple, ou si vous parlez une langue étrangère, une personne s'exprimant dans cette langue vous semblera moins suspecte
C'est en cela que la logique et le raisonnement intelligent s'opposent aux mécanismes ataviques de la peur.

–Ok, ok, mais en quoi la peur peut faire vendre, je ne pige pas...

Ah, et bien c'est subtile. La peur, je vous en ai déjà causé dans cet article. C'est un mécanisme biologique naturel, hérité de notre évolution, et qui a parfaitement sa raison d'être : c'est un facteur de survie dans un environnement qui peut être hostile :

  • la peur permet à l'organisme de faire face à un danger imminent par la production d'adrénaline, l'accélération du rythme cardiaque et de la respiration. Le corps est alors plus réactif, prêt au combat ou à la fuite : c'est une sorte d'Etat d'Urgence de l'organisme
  • elle incite à la prudence dans des situations périlleuses : peur du vide, de la noyade, du feu... si vous avez peur, vous prenez moins de risques. Notez qu'il existe d'ailleurs des maladies abolissant le sentiment de peur : c'est très dangereux, car les individus qui en sont atteints peuvent alors se mettre en danger sans en avoir conscience.
  • elle rend naturellement méfiant face à une situation ou un individu (humain ou animal) inconnu (ce dernier pouvant représenter une menace) : par exemple, tous les mammifères craignent naturellement les serpents
    Faut pas voir le mal partout : un étranger n'est pas forcément issu d'une culture guerrière et d'une religion prosélyte et expansionniste. 

–Je ne vois toujours pas le rapport avec la publicité...

J'y viens. Comme je l'ai déjà dit, la publicité nécessite, pour être efficace, de mobiliser l'attention de la cible. Or le sentiment de peur, le stress, ont justement pour effet de mobiliser l'attention. Normal : ce sentiment se manifeste pour faire face à une menace (réelle ou supposée). En provoquant la peur ou en l'exacerbant, les médias captent notre attention... qui sera du coup plus disponible pour le message publicitaire de Jean-Kévin qui viendra s'intercaler. Cerise sur le gâteau, en situation de stress, le cerveau a tendance à encourager le "stockage" : formation de graisse dans l'organisme en prévision d'une éventuelle situation de crise, besoin compulsif de nourriture, et par extension nous avons tendance à accumuler tout ce que nous pouvons (biens, et nourriture) pour "faire face" si besoin.

En toute logique les médias jouent là-dessus : en insistant sur les informations anxiogènes, quitte à formuler les choses de façon tendancieuse, ils augmentent leur audience, et peuvent donc facturer plus cher les espaces publicitaires puisque ces derniers auront plus d'impact.

Le mécanisme est plutôt bien décrit dans cette vidéo du vidéaste Horizon-Gull (dont je vous ai déjà parlé sur Facebouc® pour ceux qui m'y suivent... l'occasion de vous rappeler que si ça n'est pas encore votre cas, vous loupez parfois des trucs, car je raconte pas mal de conneries en live) :
Ça dure environ 45 minutes comme un épisode de NCIS, mais c'est plus édifiant...

L'effet pervers non négligeable de cette méthode, c'est ce que Gull appelle dans la vidéo le syndrome du "Grand Méchant Monde" (d'après la théorie du sociologue George Gerbner). Pour ma part, je préfère parler du principe de la Chocotte-minute : à force de voir/lire/entendre des informations inquiétantes et anxiogènes, notre cerveau monte en pression et filtre la réalité selon un spectre de peur et de stress sans prendre le temps d'analyser tranquillou la situation réelle.
Oui, en plus on a tendance à projeter ses propres névroses hein...

Pour schématiser : même si dans l'ensemble tout va plutôt bien dans le pays, si les médias se focalisent sur un seul et unique fait divers (meurtre, attentat, pluie en Bretagne, mère Michel qui a perdu son chat, etc...) en multipliant les reportages/interview/éditions spéciales qui plus est abordés sous un angle anxiogène (pour capter notre attention), notre cerveau assimilera alors le grand nombre de sources (bien que ça ne concerne qu'une seule et même info) à un niveau de menace accrue. Votre cerveau limbique est sous pression : vous cédez à la peur et commencez à voir le mal partout. Bim : c'est la chocotte-minute.

Et de ce point de vue, les chaînes d'information continue constituent une sorte de summum. Logique car la raison d'être même de ces chaînes est de délivrer en continu un flot d'information. Or, la plupart du temps, l'actualité ne s'y prête guère. Du coup, le risque serait que les téléspectateurs décrochent, et que de ce fait les revenus publicitaires s'effondrent. Seule solution : maintenir le spectateur en haleine coûte que coûte, en offrant un spectacle attrayant en continu : le monde doit paraître dangereux, hostile. Et pour cela, tous les moyens sont bon :
  • utiliser un générique anxiogène (musique inquiétante, images de catastrophes, de guerres...)
  • ne pas approfondir les sujets (être trop détaillé, c'est être soporifique)
  • diffuser la moindre rumeur ou bribe d'information, même non vérifiée, surtout si elle est croustillante
  • demander l'avis du moindre people/politicien qui passait dans le studio pour sa promo ("Alors Dave, votre avis sur l'affaire des bébés congelés?")
  • faire venir des zexperts en zexpertise ("Alors Patrick Balkany, responsable de notre service Economie & Magouilles, votre avis sur l'affaire Tapie?")
  • monter en épingle le moindre fait divers, même la météo si besoin ("Bon sang, il y a du Mistral à Marseille!")
  • créer de la polémique là où il n'y en a pas ("Ça serait pas un burkini là? Mais siiiii, regardez bien!")
  • même une information positive doit être abordée sous un angle polémique, anxiogène : les bonnes nouvelles, tout le monde s'en tamponne le pingouin avec un bilboquet visiblement
Le tout, bien sûr, en intercalant quelques pages de pub au contraire bien rassurantes (produits du terroir dans une pub ambiance zen, produits d'assurance, etc...).

Un fait divers quelconque? Un potentiel suspect vaguement étranger plus ou moins arrêté pour interrogatoire? Allez coco, on fait cinquante éditions spéciales là-dessus, avec envoyés spéciaux devant le 36 quai des Orfèvres, experts sur le plateau, micro-trottoir et tout le bazar! Et on balance une pub rassurante sur un bon produit du terroir, le saucisson Cochonnerie®. On laisse infuser dans le cerveau, puis hop : un petit sondage montre que la méfiance envers les étrangers d'une autre culture/religion augmente.  Et on enchaîne sur une interview de Maraine Lapine sur l'insécurité galopante. Juste après, on balance la pub sur la nouvelle Citregeot Pipeau (made in france) bien sécurisante avec son air bag pour smartphone dans le vide-poches.

Prenons un cas d'école : l'enlèvement du chat de la mère Michel, traité par M&M's TV. Tout commence avec un générique anxiogène, composé d'une musique flippante et d'images inquiétantes...

Puis, arrivent les deux animateurs du plateau journalistes : Kevin Ted D’Œneux et Julie Greluche, l'air grave.
"–Bonjour et bienvenue dans cette édition spéciale. L'information vient de tomber : le chat de la mère Michel a été pris en otage il y a maintenant 1h par un forcené. La police n'a communiqué aucune information, toutefois, des sources absolument pas proches de l'enquête évoqueraient une intervention imminente du RAID au domicile d'un bougn... d'un ara... d'un français d'origine magrébine, un certain Ali Stucru. Julie?
–Oui Kévin, le présumé coupable serait apparemment déjà connu des services de police et serait, toujours selon les mêmes sources peu fiables, fiché S depuis un récent déplacement à la scierie voisine en Syrie.
–Évidemment, nous ne savons encore rien à ce stade, mais nous allons toutefois vous communiquer en boucle les mêmes rumeurs fallacieuses durant les prochaines heures. Et sans attendre, nous rejoignons notre envoyé spécial, Alain Provist, qui se trouve sur les lieux. Alain? Vous êtes bien sur place?"
"–Oui tout à fait Kévin. Pour l'instant, la police n'a rien confirmé, le préfet m'a même envoyé chier, toutefois des rumeurs infondées venant de sources plus que douteuses font état d'un forcené retranché dans un appartement du quartier. Je suis en compagnie de Jawad, qui serait apparemment le propriétaire de l'appartement. Alors Jawad, d'après des rumeurs suspectes qui courent sur Touïteur, on parle d'une affaire de terrorisme, Ali Stucru se serait semble-t-il radicalisé en allant dans une scierie. D'autres allégations sans fondement et non confirmées font état de plusieurs hommes –on évoquerait entre autre Oussama Bin Laden, Obiwan Kenobi, et l'extraterrestre de Roswell– armés de fusils d'assauts, d'explosifs et de disques de Justin Bieber, que pouvez-vous nous dire?
–Parole j'avais pas idée que c'était un dangereux terroriste moi. Quand je l'ai vu avec le chat, je lui ai dit de faire gaffe qu'il pisse pas partout... et il m'a dit de m'occuper de mes nouilles, du coup j'ai pensé qu'il voulait ouvrir un resto chinois quoi!"
 "–Un témoignage édifiant. Le RAID s'apprêterait à donner l'assaut selon une voisine, Mme Michu. Apparemment le préfet attend les instructions de la Place Beauvau, sans doute après les pauses publicitaires."
"–Merci Alain, et surtout n'hésitez pas à nous interrompre si vous avez de nouvelles rumeurs infondées à nous communiquer.
–Et pour nous aider à y voir plus clair dans cette nébuleuse histoire, voici un micro-trottoir réalisé auprès d'une vieille à cheveux bleus qui devrait nous permettre de savoir quoi penser."
"–Tout ça, c'est à cause de la recrudescence! Ça a drôlement augmenté la recrudescence! Et pis ces jeunes là... c'qui leur faudrait c'est une bonne guerre! Ça leur apprendrait à vivre! Entre nous, on n'était pas si mal que ça en 40 hein... Allez, merci, et au revoir d'être venus"
"–Comme le montre ce témoignage auquel nous donnerons valeur de sondage statistiquement valide, les français s'inquiètent de l'insécurité et réclament des mesures fortes au gouvernement.
–Sans transition, nous passons au reste de l'actualité en bref. Naturellement, dès que n'aurons pas plus d'informations, vous en serez les premiers informés.
–Toutafé Julie. L'actualité en bref donc, avec...
l'inauguration de la toute nouvelle Trump Tower, destinée à servir de nouveau QG au président des USA en remplacement de la Maison Blanche. Le président Trump aurait touïté je cite : "Pas question que je me récupère une piaule occupée par un nègre démocrate."
–Médecine : grave incident lors du test clinique d'un vaccin contre la connerie. Plusieurs chroniqueurs de TPMP sont à déplorer.
–Santé : l'espérance de vie des français augmente de nouveau cette année. Doit-on s'en inquiéter? Qui paiera pour les retraites? Faut-il abattre les vieux? Dans un quart d'heure l'analyse de l'économiste en chef de la rédaction : Jérôme Kerviel.

–Société : le moral des ménages français est en hausse. L'impact sur les ventes d'antidépresseurs pourrait être désastreux : suppressions d'emplois à craindre dans plusieurs laboratoires pharmaceutiques. Nous interrogerons notre invitée Mimi Mathy dans 10 minutes sur ce problème épineux.
–Et nous allons revenir dans un instant sur l'information prioritaire du jour : la prise en otage par un dangereux groupe de terroristes de la mouvance Al'Ustucru du chat de la mère Michel. Après la publicité nous pourrons assister en direct à l'assaut surprise du RAID. Mais avant cela, voici la météo présentée par Sophie Potiche.

–Alors Sophie, quel temps faut-il craindre? Trop chaud? Trop froid? Trop sec? Trop pluvieux?
–Euh... et bien Kévin... euh... C'EST LA CATASTROPHE! IL VA TOMBER DES CORDES EN BRETAGNE! ON VA TOUS CREVEEEEEER!
–Merci Sophie, et on y reviendra avec notre invité politique : Raël. Tout de suite, une page de pub."






Vous vous dites que j'exagère? Pourtant dans une certaine mesure, ce phénomène n'a sans doute pas été sans incidence sur l'élection de Donald aux USA, qui a pas mal surfé sur les différentes peurs (peur des immigrants, du terrorisme, du chômage, etc...) suscitées par les médias, qui pourtant battaient majoritairement pavillon pour son adversaire... Les médias ne font pas l'opinion, mais ils peuvent influencer les comportements...

–Mais pourquoi on continue si on le sait?

Le fric. Les publicitaires veulent que leurs pubs soient vues et pénètrent des esprits malléables. Or, un public effrayé ou stressé est plus manipulable. Notons que cet état d'esprit convient aussi plutôt bien aux politiciens : il est plus facile encore une fois de susciter l'adhésion à un programme surfant sur la trouille (mesures sécuritaires, haine de l'étranger, mesures contre la fraude sociale, etc...) qu'à un programme faisant appel à l'intelligence des gens et à une vision de long terme.

Posez-vous la question, et répondez-y honnêtement : sur l'année écoulée, vous avez déjà ressenti une forme de crainte en écoutant les infos, en particulier sur des sujets ne vous touchant pas directement? Dans ce cas bravo, vous avez certainement été victime de l'effet chocotte-minute. Et maintenant, demandez-vous si cela n'a pas influencé votre jugement (habitudes de consommation, orientation politique, etc...).

–Et c'est quoi la solution? Plus d'infos?

Non bien sûr : se voiler la face est aussi peu constructif que de se monter le bourrichon pour rien. Disons que déjà, il vaut mieux sélectionner ses sources, et éviter les chaines d'info continue, particulièrement racoleuses.

–La presse écrite, internet, c'est mieux?

Bof. Si la presse écrite traite en général les sujet avec plus de profondeur, elle n'échappe pas à une certaine forme de surenchère. C'est visible dans les gros titres, les éditoriaux... Quant à internet, le bon côtoie le nawak le plus total. L'idéal est donc de :
  1. modérer sa consommation d'info (inutile d'écouter en boucle la même info toute la journée)
  2. croiser les sources en privilégiant les contenus sourcés et ettayés
  3. apprendre à repérer les formulations et traitements volontairement anxiogènes
  4. garder à l'esprit que le monde est loin d'être aussi hostile que les médias nous le laissent penser (la preuve, une petite nana toute seule avec sa moto peut se balader au Pakistan ou en Iran sans se faire trucider ni violer)
  5. UFC
–Que vient faire là l'Union Française des Consommateurs?

Non, pas l'Union Française des Consommateurs, je parle d'Utiliser de Ton Fucking Cerveau!!! Y a pas, ça reste la meilleure arme contre la connerie.
Ok, on n'est pas tous équipés...

mardi 6 septembre 2016

2017 : gare aux élections pestilentielles

Je pense que ça vous aura difficilement échappé : les élections présidentielles de 2017 se préparent. Bon, à lire la presse à droite à gauche (c'est le cas de le dire) elle se prépare même depuis déjà environ 4 ans tant on a l'impression que certains et certaines ne vivent que dans l'attente d'une prochaine campagne électorale plus que pour faire quelque chose du mandat dans lequel ils glandent exercent sont censés déjà exercer. Un peu comme mes chats qui passent leur temps à dormir pour se reposer de leur sieste et en prévision d'un bon roupillon avant un gros dodo. Les chats, c'est un peu comme le politicien moyen : un gros flemmard prétentieux qui se donne des airs et n'en fiche pas une sauf pour s'empiffrer de petits fours lors des pince-fesse mondains ou chaparder ton escalope dans ton assiette.
Tout un programme...
Alors oui, bon, je sais que vous allez me dire qu'il ne faut sans doute pas les mettre tous dans le même sac comme les chatons et les pavés avant leur cours de natation, ceci étant, il faut quand même reconnaître que ces derniers temps, ils se surpassent tous en matière de démagogie et de proposition à deux balles communication et de finesse d'analyse. A leur décharge le mode de communication privilégié en ce moment, à savoir Touïteur®, limite forcément la profondeur de leur propos. Bin oui : en 140 caractères, pas évident de pondre un programme politique, surtout quand il faut en plus inclure les hashtag #toutpourmagueule, #monadversairecegrosconnard et #votezpourmapomme... En même temps, je soupçonne que compte tenu de la hauteur de vue de certains, 140 caractères, c'est déjà beaucoup trop. Comme le disait Coluche : "Mieux vaut fermer sa gueule et passer pour un con que l'ouvrir et ne laisser aucun doute à ce sujet."

En même temps, illustrer les "limites" de nos politiciens avec un message de Morano, c'est un peu comme illustrer un article sur les causes du diabète avec une bouteille de cola... c'est un peu facile.

En même temps ce côté "rapide" (au sens parfois de "précoce" vu les tweets de certains et certaines...) et "spontané" (au sens parfois de "ah oui, quand même...") de Touïteur correspond assez bien à notre époque : faut que ça aille vite et que ça buzz, quitte à ce que ça soit con comme une bite. Il suffit de regarder ce qui passe à la télé pour vous en convaincre.

L'autre caractéristique de cette élection, c'est qu'il y a pléthore de candidats...

–Ah oui, mais non, mais y en aura moins à l'élection elle-même hein : y a des primaires à droite et à gauche.

Des primaires...
Sans déconner? Moins de candidats grâce aux primaires?
Tout à fait entre nous, entre ceux qui :
  • ne rentrent pas dans l'appareil d'un parti classique
  • ont leur propres ambitions
  • ne pourront pas saquer le "candidat officiel du parti"
  • n'en ont rien à secouer des primaires
  • considèrent (à juste titre ou non) que ces primaires sont des pièges à con manipulées
  • se montent le bourrichon (avant de se dégonfler comme des baudruches problement)
  • liste non exhaustive
... je vous fiche mon billet qu'il y aura sensiblement autant de candidats en 2017 qu'il a pu y en avoir en 2012, si ça n'est même plus. Et pas que du candidat de première fraîcheur hein : du président sur le retour (attention c'est du réchauffé), de l'ancien président sur le retour (qui a un peu attaché à la casserole)...
C'est plus des casseroles à ce stade, c'est toute la batterie de cuisine...
... de l'ancien premier ministre (un peu faisandé, genre vieille carne façon semelle de godasse botte), du candidat extrémiste passé à la lessiveuse pour paraître plus blanc que blanc (mais dont les tâches brunes sont sans doute encore bien incrustées), du centriste mou en veux-tu en voilà (des anciens, des nouveaux, des jeunes, des jeunes, des vieux), du banquier de chez Rothschild (mais si il va y aller, ne soyez pas naïfs), du gauchiste révolutionnaire qu'on ressort occasionnellement de la naphtaline parce que ses vannes font rigoler deux minutes et que ça met de l'ambiance, de l'écolo recyclé qui veut juste se positionner pour un futur maroquin au gouvernement, et j'en passe. D'un autre côté, vous préféreriez un bipartisme à l'américaine?
Ça fait rêver...
Ça aussi...
Et le plus formidable, outre cette sélection de champions du monde, ce sont les thématiques de campagne que l'on va très probablement nous infliger. Je veux dire, soyons clairs : nous vivons dans un pays riche qui ne manque ni d'eau ni de nourriture, dans lequel la population est plutôt bien éduquée (oubliez Morano et Nabilla un instant je vous prie, et suivez un peu), et qui dispose d'une importante population active plutôt en bonne santé, ainsi que de ressources naturelles non négligeables. Les principaux problèmes auxquels nous faisons face sont :
►la répartition des richesses (dont on dispose hein, il s'agit juste de savoir où on met les sous)
►le taux de chômage (c'est lié)
►les choix de la politique éducative (c'est un peu lié aussi)
►les choix liés à la transition énergétique et à l'environnement (idem)
►la politique de santé (pareil)
►la politique étrangère
►le terrorisme (oui, difficile de passer à côté quand même, même si c'est pas mal lié à la répartition des richesses et à la politique étrangère fondamentalement)

Or, jusqu'à présent, de quoi a-t'on parlé (et de quoi va-t'on très vraisemblablement parler durant la campagne qui s'amorce)?
►de religion
►de religion musulmane
►de la burka (et de ses dérivés : burkini, burki-string, burki-plug anal, ...)
–Ça va? C'est bon? Tout le monde est content?
►de la place des femmes dans la société (et accessoirement de la bonne façon pour elles de se vêtir, mais on va éviter de leur demander leur avis, ou même surtout d'avoir trop de candidates à l'élection, c'est pas l'élection de miss France non plus naméo!)
Nous sommes pour la liberté de la femme! Mais pas trop quand même hein oh!
►de sécurité :
  • combien de flic doit-il y avoir au cul de chaque français pour assurer pleinement sa sécurité? 
  • doit-on sacrifier notre liberté à notre sécurité?
  • si t'as rien à cacher, de quoi tu as peur?
  • putain tu fais chier avec tes questions à la con de bobo-gauchise-droit de l'hommiste, continue à m'emmerder et je raccourcis ta laisse!
►de tous ces profiteurs qui vivent de l'argent public grâce aux allocs
►d'immigration (c'est vrai quoi, ils font chier tous ces réfugiés qui fuient les bombardements de leur pays au napalm patriote de l'axe du bien à venir s'échouer sur nos plages avec leurs gamins pour tenter de vivre en paix... ils pourraient pas rester chez eux à crever comme tout le monde non? Est-ce qu'on va leur piquer leurs allocs nous hein?)
C'est cadeau. Je sais, c'est complètement gratuit, mais c'est juste pour rappeler qu'avant d'être des statistiques, ce sont aussi et surtout des êtres humains.
►de l'évolution du droit du travail (–Moins de droits. –Oui mais plus de travail hein? –Oh, ça, on verra...)
►de radicalisation (disons quoi? un millier d'individus sur 66 millions de français? on sent bien la menace qui va détruire nos valeurs tu vois... enfin surtout si on décide de rogner nos libertés pour cette poignée de cinglés)
►des impôts (qui sont trop élevés c'est bien connu, mais par contre ça serait quand même bien d'augmenter les moyens de la police, des renseignements, de l'éducation nationale, de l'armée, le salaire des députés et des ministres, et...)
►tout autre sujet futile et non essentiel à venir mais qui monopolisera l'attention des médias (et donc de la population) plutôt que de parler de ce qui importe vraiment.

Le gros problème (et ça ne date pas d'hier), c'est que la plupart des politiciens n'ont pas une vision qui va au delà des prochaines échéances électorales. Du coup ils proposent des solutions "miracles" (qui ne marchent pas) sur du court terme là où il faudrait des solutions à long terme... que la population n'accepterait sans doute pas puisqu'elle n'en verrait pas l'aboutissement... à court terme.

Ces derniers temps, on voit fleurir un peu partout cet extrait d'émission avec Etienne Chouard (un professeur d'économie) :

L'analyse est intéressante, et je serais tenté d'y adhérer, si elle ne véhiculait pas l'idée sous-jacente que derrière tout cela, il y a un dessein intelligent (manipulation, complot, appelez ça comme vous voudrez...). Or cette idée même se heurte à un principe plus fondamental : le principe de la biscotte de Papa Hérisson. Vous ne connaissez pas? C'est comme le principe du rasoir d’Occam en science qui dit que de deux explications, la plus simple est généralement la bonne. Et bien le principe de la biscotte dit que dans le domaine social/économique/politique, l'explication la plus conne est généralement la meilleure. Et en politique, l'explication la plus conne est en effet généralement liée à la BISCOTTE :

  • Bêtise
  • Incompétence
  • Sexe
  • Clientélisme
  • Opportunisme
  • Tune
  • Tune (oui, deux fois, parce que ça revient beaucoup quand même...)
  • Ego
En gros, ils ne sont pas mauvais parce qu'il y a un quelconque complot pour nous mettre dans le jus : ils sont mauvais juste parce qu'ils sont mauvais.

–Ils ne sont quand même pas tous à mettre dans le même panier?

Sans doute pas non... mais ceux qui vaudraient la peine sont rarement élus, où s'ils le sont, ils n'ont pas les moyens d'agir avec sagacité parce qu'ils sont entourés d'imbéciles opportunistes. Qui plus est, les plus motivés pour obtenir le pouvoir sont en général ceux à qui il faudrait le moins possible le confier. Et inversement. C'est là tout le paradoxe de la démocratie, qui souffre en outre d'un autre biais irrémédiable...

Pour schématiser : vous qui me lisez et trouvez que j'ai raison, vous vous demandez comment il se fait que malgré tout on élise toujours des médiocres incompétents. C'est normal : vous représentez le dessus du panier. Vous avez un esprit critique aiguisé, et un minimum de culture. C'est bon, vous pouvez voter pour moi, je vous ai bien brossé dans le sens du poil. Le problème, c'est que la démocratie, édictée par des gens cultivés et intelligents comme vous justement, part du principe que le plus grand nombre fera des choix cohérents et intelligents, la moyenne statistique gommant les choix discutables des plus crétins d'entre nous, y compris le fait de voter pour des imbéciles opportunistes. Wikipédia fonctionne sur le même principe. Et se heurte à la même limite : la bêtise collective.

Oui, collectivement nous sommes infiniment plus cons que pris individuellement. Cela est lié à deux phénomènes :

  1. notre mode de société a tendance à encourager la médiocrité et la bêtise (ça c'est le postulat du film de science fiction satyrique Idiocracy, que je vous recommande chaudement, qui, à mon sens, ressemble de plus en plus à un documentaire)
  2. le mimétisme social a tendance à pousser les individus à suivre des comportements grégaires, même (et surtout) si ces comportements sont idiots. Pour vous en convaincre, il suffit de jeter un œil aux expériences du type expérience de Milgram. Faites une recherche rapide sur Gogole®, vous verrez, ce ne sont pas les occurrences qui manquent, comme par exemple celle-ci...
Ramené à Wikipedia, cela signifie que des articles avec un contenu erroné ou idiot peuvent passer, pour peu que le plus grand nombre le valide. En soi ça n'a rien de catastrophique pour une encyclopédie : après, les connaissances qu'elle contient peuvent être appelées à évoluer. C'est déjà plus embêtant lorsqu'il s'agit de diriger un pays : si n'importe quel imbécile peut décider du sort de ses concitoyens (voire même des individus au delà de ses frontières) sur un concours de circonstances, on est mal brêlés...
Ouh punaise!

–Bon et tu proposes quoi? Tu veux être candidat?

Moi candidat? A la présidence?
Ça va pas non? Qu'est-ce que j'irais faire dans ce cirque médiatique qu'est la campagne électorale? Non, quitte à prendre le pouvoir, autant devenir...
Empereur! (bon en fait je pensais plutôt à l'Empereur Dieu de Dune, mais bon hein...)
Au moins, tu n'as pas à te casser la paillasse à faire de la démagogie pour une éventuelle réélection.

mardi 2 août 2016

L'éloge que du pire!

L'actualité pour le moins chargée de ces derniers temps vous aura sans nul doute donné l'occasion de le constater : le traitement médiatique de la chose, sans même parler des réactions à chaud des "people" (vedettes, experts autoproclamés de tout poil, politiciens, et autres youtubers), est souvent au ras des pissenlits. Côté racine s'entend. Aucun degré de réflexion, aucun recul, aucun "filtre" : on balance au public des images et des commentaires à chaud, sans même se donner le temps d'analyser calmement la chose et les conséquences que ces images et ces commentaires pourraient avoir. Démission de l'éthique journalistique au bénéfice de la société du buzz à tout prix. Le premier à en causer, fusse pour raconter du n'importe quoi de compétition, sera celui qui vendra [du papier/de l'espace publicitaire/du temps de cerveau disponible/sa mère/sa morale] (rayer la ou les mentions inutiles).

Fonctionne aussi avec Facebouc®, Touïteur®, Gogole®, la radio, les brèves de comptoir, les éditoriaux de machine à café... 
C'est d'ailleurs plutôt paradoxal alors qu'on parle de phénomène de fanatisme et d'endoctrinement. Et que dire de la complaisance évidente avec laquelle les médias diffusent ces images insoutenables de violence, de séquestration et d'encouragement à la haine? Tout cela au nom de l'audimat et des revenus publicitaires...

Comment ne pas imaginer, ne pas se soucier un seul instant de l'effet délétère que ces images peuvent avoir sur une jeunesse fragile ou des individus en manque de repère? Comment ne pas prendre conscience que tout cela participe au succès du recrutement de nouveaux adeptes, chaque jour plus nombreux à tomber dans le piège machiavélique de ces quelques individus qui tirent les ficelles au sommet de l'organisation. Individus qui se soucient probablement plus de l'état de leur compte en banque et de leur pouvoir personnel, que des individus fragiles qu'ils exploitent.

Les médias sont leurs alliés objectifs : que l'on parle d'eux en bien ou en mal, qu'importe tant qu'on parle d'eux. et ça tombe bien, les médias sont là pour faire du buzz et vendre du papier. La même chose s'était produite lors des événements similaires dans les années 90. Pour gagner, il leur suffit d'envahir l'espace médiatique : tout le monde doit avoir entendu parler d'eux. Et là, visiblement, ils ont gagné : la psychose se répand d'elle-même.
Oh mon dieu! ILS sont là!!!!
Et de plus en plus d'individus rejoignent leurs rangs... moi même, j'ai une de mes collègues de travail qui a succombé à leur insidieuse propagande, et commencé son entraînement :  qui sait jusqu'où elle ira?

Il faut dire qu'elle était déjà fragile, conditionnée par les médias, facilement tentée par ce genre de dérive : le terrain était donc favorable. Et j'imagine que quelques mauvaises fréquentations l'auront conduite jusqu'à ce point de non-retour. Bientôt, elle ira sans doute rejoindre les zones de combat... enfin, les "arènes" comme ils les appellent. Sans doute une fois que son Miaouss aura évolué, ou qu'elle aura capturé assez de Rattatas...

Oui, les adeptes de "Pokemon Go" sont de plus en plus nombreux, inconscients qu'ils sont que tout cela ne sert que les intérêts des dirigeants de Nintendo et consorts, qui exploitent sans vergogne les données personnelles (géolocalisation, goûts et préférence, liste de contacts, etc...) de ceux qui succombent à l'installation de cet hippopotame rouge...

Et pourtant, soyons honnêtes, Nintendo n'a rigoureusement rien inventé:
  • Le principe de la chasse au trésor ne date pas d'hier : on peut considérer que les pilleurs de tombes de l'Egypte ancienne la pratiquaient déjà.
  • La géolocalisation par smartphone ? Bof, c'est le principe de la Géocache et de ses différents succédanés
  • La réalité augmentée? Les Google Glass® le faisaient aussi, même si leur succès n'a pas été à la hauteur, et le principe existait déjà avant : les systèmes de visée tête haute qui équipent les pilotes de chasse depuis des décennies fonctionnent sur le même principe de base consistance à surimposer des images générées par ordinateur au visuel de la réalité.

Ils se contentent donc de surfer sur le succès jamais démenti d'une licence qui a fait ses preuves... depuis le début des années 1990. Et oui, la pokemon-mania ne date pas d'hier : jeux de cartes, jeux vidéo, dessins animés, BD, etc... On pourra dire que les pokemons auront été déclinés sur à peu près tous les supports disponibles. Ne manquait que la "réalité"... voilà qui est chose faite. Et les médias de s'extasier sur le "génie" de Nintendo, qui pousse les geek à sortir de chez eux (on notera d'ailleurs quelques combustions spontanées au contact des rayons du soleil ces dernières semaines) et à marcher, parfois des kilomètres et des kilomètres.
Au moins, le geek est uniforme...

Et pourtant, ce jeu est profondément immoral.

–Comment ça immoral?

Bin oui : le but du jeu est de trouver des petits animaux kikinous, de les pourchasser sauvagement pour les enfermer dans des p'tites boules trois fois trop petites pour eux, puis de les entraîner au combat, et enfin de les faire s'affronter à mort dans des arènes, pour les plus grand plaisir de spectateurs extatiques. Et je ne vous parle même pas des "mutations" (ils parlent "d'évolutions") qu'on leur impose, très certainement à coups de produits dopants aux effets secondaires inconnus. Je ne serais pas étonné que le PDG de Nintendo soit un ancien entraîneur olympique Russe tiens...

Je vous propose donc de rejoindre le Front de Lutte contre l'Oppression des Pokemons (ou FLOP) (canal historique bien sûr), voué à convaincre les dresseurs de pokemons de relâcher dans la nature ces pauvres petites bêtes. Et si vous êtes en manque de chasse aux pokemons, sachez qu'il existe des produits de substitution :
  • la Géocache (déjà évoquée)
  • Pokédéchet Go, dont j'avais entendu parlé sur le fil facebouc® de Wonder Fofie (qui tient aussi un blog bien sympa) : se ballader dans la nature, et ramasser les pokédéchets que l'on croise, afin de les enfermer dans une pokétrashbin
    La pokétrashbin : sorte de pokéball.
  • Pokémiiii Go : ramasser les pokémiiii chatons abandonnés lors des grands départs en vacances (existe en pokéwouf) et leur faire des pokécalins en leur donnant du pokémiam et de la pokéwater, avant d'essayer de les placer dans une pokéhome avec une pokéfamilly accueillante
  • Pokémushroom Go : aller à la cueillette des champignons (comment ça "en été?!" ? franchement, vous avez vu la météo?) pour les mettre dans une poképoëlle
  • Jacquie-et-Michel Go : dans lequel Sachatte se lance à la recherche de... hum... 
  • Pokemoan Gode : dans lequel les joueurs tente d'attraper tous les... heu..
  • Pokérien : aller se promener juste comme ça, en regardant le paysage, pour mettre des pokésouvenirs dans sa pokémoire
  • Pokérêverie...
... comme par exemple l'initiative dans le cadre du festival "Rendez-vous conte" mise en place au parc de l'Isle Briand au Lion-d'Angers (le parc de l'Hippodrome) : un parcours de promenade balisée avec des petites scénettes à découvrir au fur et à mesure, permettant de s'imaginer une histoire.
Il était une fois...


Un fois franchie la pancarte de début...
...un grand méchant gentil loup, et un Papa Hérisson qui se promenaient en forêt.
...il faut ouvrir l’œil pour ne pas rater les balises.
Et là, ils croisent un elfe des bois.
"–Oh! Un bonhomme Océdar elfe sylvestre!!!" dit le papa Hérisson
"–Ça se mange?" demanda le grand gentil loup
"–Non, et je ne m'appelle pas Sylvestre, je m'appelle Icheryen" répondit l'elfe.
"–L'elfe Icheryen... hum, ok... je vois" répondit le papa Hérisson.
Enfin, les balises et aussi les petits personnages qui se dissimulent dans leur voisinage.
L'elfe ajouta : "–Faites gaffe, un géant qui chausse du 435 se promène dans le coin, il a même piétiné mes potes : l'elfe Ëdupianodebou, et l'elfe Ëlaghel ..."
Mais bon... des fois, faut être miro pour les rater.

L'elfe poursuit : "–Bon, vous le sentirez venir notez bien : il a retiré ses pompes, ça sent la chaussette à au moins 200m"
"–Ok... z'inquiétez pas, mon loup lui bouffera les durillons s'il s'approche de moi..."
–Tout ça juste parce que tu n'aimes pas "Pokemon", c'est ça?

Ah non, je m'en fiche un peu de Pokemon en fait. A la marge, je pourrais y jouer hein (enfin sauf que je n'ai pas de forfait data sur mon téléphone)... moi-même il m'arrive de geeker sur des jeux. et puis soyons honnête, ce jeu a au moins le mérite de faire sortir les gens. Mais Pokemon, c'est juste pas tout à fait ma génération. Alors ok, la politique de captation des données personnelles par Nintendo est discutable, ceci étant, là encore, ils n'ont rien inventé : pour rappel, le jour où vous faites faire une carte grise pour votre voiture par exemple, je vous conseille de bien vérifier que la case "je m'oppose à l'utilisation de mes données personnelles à des fin commerciales" est bien cochée, car sans cela, l’État français est libre de vendre... hum... pardon, de fournir vos données à des sociétés privées détentrices d'un agrément à leur accès (agrément payant bien sûr). Et il ne s'en prive pas.

Non, ce qui m'amuse (ou me désespère, ça dépend des moments), c'est cet espèce d'emballement médiatique pour le phénomène, et pas que pour ça : j'ai souvent l'impression que les médias sont complètement en roue libre. Et sur d'autres thématiques, ça peut s'avérer bien plus néfaste. Le système médiatique, c'est un peu comme le doctissimo de l'humanité : notre société a un bouton purulent de terrorisme sur le postérieur? Doctissimo-médias pronostique direct un cancer colo-rectal mortel en phase de métastase, poussant la société à envisager une chimio lourde et le remplacement du gouvernement rectum par son équivalent en facho PVC... alors que le problème est plutôt dans la tête si vous voyez ce que je veux dire.

Sinon je ne vois pas comment expliquer le fait qu'une organisation terroriste qui porte un nom de lessive soit capable de terrifier la population d'un pays en faisant moins de morts que les accidents de la route ou les effets iatrogènes de la médecine... Je prends ces exemples à dessein : dans les trois cas les morts touchent des individus de tous âges/origines/confessions/sexes à n'importe quel moment, dans les trois cas on peut trouver des responsables (fusse des boucs émissaires) et l’État essaye d'agir, et dans les trois cas, c'est plus facile à dire qu'à faire pour empêcher les morts. Par contre, les 3500 morts annuels sur la route n'auront droit qu'à une brève, au mieux un reportage de 3 minutes au 13h de TF1 entre une chronique sur les désanusseurs de porc bretons et une interview de 5 minutes de Nabilla, tandis que les quelques dizaines de morts des attentats peuvent monopoliser les médias en continu pendant des semaines. C'est beaucoup d'attention accordée à des fanatiques demeurés je trouve... autant dire que la stratégie de la mouche a encore pas mal d'avenir devant elle.
Et oui, dans les histoires, il faut toujours un grand méchant loup...

mardi 25 novembre 2014

La sale ère de la peur

Mesdames, messieurs... la France  a peur.
"Tremblez citoyens! La menace est à nos portes!"
Bon sang mais c'est pas banal ça, me direz-vous! Et de quoi-t-est-ce-donc que la France elle a-t-elle peur alors?

Je ne parle pas ici de simple phobies, que j'ai déjà abordé ailleurs...

Vous n'avez pas dû suivre l'actualité des dernières décennies derniers jours vous : la France a peur de tout. Si si, de tout, je ne rigole pas. Enfin si, je rigole, mais c'est un rire un peu jaune. Car il faut bien le dire chers lecteurs, s'il est un mot qui définit bien notre époque, c'est bien celui-ci : ANXIOGÈNE. Et j'ai parlé de la France, mais objectivement on n'est pas obligés de se restreindre : ça concerne une bonne partie du monde occidental, voire du monde mondial.

C'est sans doute pas pour rien qu'une large part de la population carbure aux anxiolytiques. Bon, en pure perte et avec des effets secondaires désastreux, mais c'est l'intention qui compte hein... Car oui, notre société est anxiogène, et les médias se font un plaisir de nous le rappeler en permanence :
Le problème, c'est que la peur mène à la colère, la colère mène à la haine, la haine… mène à la souffrance. Et donc...
"La peur est le chemin vers le côté obscur"

Il faut bien dire, et ça on en a déjà parlé avec les hippopotames rouges, qu'il semble considérablement plus facile de faire du ramdam (on dit du buzz parait-il quand on est dans la vibe) avec des "infos" qui se fondent sur de l'émotionnel, que sur des choses faisant appel à l'intelligence (par exemple une brave sonde spatiale qui se pose sur une comète. Ok, c'est pas un bon exemple car cette info là a bien fait le buzz justement... comme quoi).

Et sans surprise, la peur (comme l'envie dans le cas des hippopotames rouges), émane de ce brave cerveau limbique, et plus précisément du complexe amygdalien.
Également surnommé (par moi) : aire cérébrale de la pétoche.
A ne pas confondre avec les amygdales pharyngées qui n'ont rien à voir si ce n'est le nom. Notons que je soupçonne à titre personnel que les nerfs contrôlant vessie et sphincters doivent être branchés directement sur ce complexe amygdalien (de la même façon que les poils du rectum sont reliés aux glandes lacrymales) : ça expliquerait pourquoi on se fait dessus en cas de trouille bleue.

Bref. La peur est à l'origine un mécanisme de protection. L'organisme réagit de façon instinctive à une menace, en produisant de l'adrénaline (surnommée d'ailleurs l'hormone de la peur) pour diminuer le temps de réaction face à cette menace. Et c'est cette même adrénaline qui induit les symptômes cliniques de la peur : tremblote, augmentation du rythme cardiaque, écarquillement des yeux, respiration saccadée,...

Comme c'est un réflexe, ça court-circuite les processus cognitifs ordinaires : le corps réagit avant d'analyser précisément la menace. C'est le mécanisme de "réponse combat-fuite". Et ensuite seulement le cortex, cette grosse feignasse cet inspecteur des travaux finis, va faire son boulot en vérifiant si la "menace fantôme" justifiait réellement d'émettre ces petits bruits de pets liquides. C'est pour ça que ça marche à tous les coups, comme ces images animées qu'on trouve parfois sur les internet. Mais siiii, vous savez bien : ces images où l'on voit un truc style un gamin un peu flippant dans un décor sinistre, on vous demande de vous rapprocher de l'écran et de le fixer pendant 30 secondes, et là paf! Une image qui fiche la frousse apparait pendant une seconde.
Ça marche à tous les coups je vous dit!

En fait, techniquement, il conviendrait donc de se méfier des gens qui disent n'avoir jamais peur : soit ils mentent comme des politiciens, soit ce sont de dangereux psychopathes dont les mécanismes cérébraux sont totalement différents de ceux de l'être humain normal.
"–Ah ah ah, non mais tranquille... j'ai même pas peur d'une éventuelle enquête les copains!"

Le problème, c'est lorsque ce mécanisme naturel commence à être biaisé, soit par un dysfonctionnement interne (phobies, paranoïa, schizophrénie...), soit par des stimuli externes trompeurs (drogues, sons à basse fréquence, images subliminales, livres d'Eric Zemmour, rumeurs médiatiques, touïtes au sujet d'Ebola...).

Pour les causes internes hélas, il n'y a pas toujours de solution idéale : la psychiatrie et la neurologie proposent parfois des traitements ou des thérapies, plus ou moins efficaces, mais ces mécanismes sont encore mal connus, et les résultats incertains.

Pour les causes externes en revanche, il existe une parade absolue qui tient en 3 lettres : UFC!

–Euh... l'Union Fédérale des Consommateurs? Y a un dossier sur "Que choisir" ?

Non, pas du tout.

–Ah... alors peut être... l'Université de Franche-Comté? L'Ultimate Fighting Championship? L'Union des Forces de Changement?

Non. C'est biologique.

–Pfff... l'Urine de Fennec Concentrée? L'Unité Fourragère Cheval? L'Unité Formant Colonie?

Non, décidément vous n'y êtes pas. C'est :

Utilise ton Fucking Cerveau !!!!

Non, sérieux, utilise-le j'te jure!
Car oui, soyons clair, le seul intérêt de faire appel à vos bas instincts tels que la peur, c'est de pouvoir s'affranchir de toute réflexion construite de votre part, ce qui permet :
  1. de faire de l'audience à bon compte et de libérer du temps de cerveau
  2. d'en profiter pour vous placer quelques hippopotames rouges ("L'insécurité vous fait peur? Investissez dans une alarme!", "le popotin de Kim vous subjugue? Mangez des marshmallows!", "Peur des clowns? Votez pour l'Union des Minus Patibulaires / le Parti Sinistré, on les collera au gnouf"...)
  3. de manipuler l'opinion publique, et là plus c'est gros, plus ça passe (souvenez-vous!).
  4. d'abolir tout esprit critique (permettant de faire passer des lois liberticides, d'imposer des "mesures d'exceptions" qui deviennent bien vite la règle, de justifier le reniement à certaines valeurs...), c'est d'ailleurs très bien documenté, parait-il, dans le livre "La stratégie du choc" de Naomi Klein.
Règle n° 1 : On ne parle pas du Fight Club ne jamais croire ce qu'on vous dit sur parole.
–Mais alors, toi tu vas essayer de nous faire croire que tu n'as jamais peur papa Hérisson?

Non mais... vous comprenez ce que vous lisez? La peur est un réflexe! Naturel! Bien sûr qu'il m'arrive d'avoir peur. J'ai même parfois franchement les miquettes! Pire, je dirais que le fait de devenir père m'a sans doute amené à découvrir de nouvelles peurs : celles que l'on ressent pour la sécurité et l'avenir de ses enfants... Pour autant, ça n'est pas la peur en soi qui est mauvaise, c'est de se laisser dominer par elle, en permanence. La peur devrait être un sentiment temporaire, plutôt bref. Il n'est pas normal de vivre en état de peur permanente.

Sauf que justement, on rencontre de plus en plus de ces comportements collectifs, dans lesquels la peur est devenue le moteur quotidien. Pour différentes raisons d'ailleurs! Pour certains c'est :
  • un business : ils vivent de la peur qu'ils suscitent ou entretiennent chez les autres (mafia, terrorisme, prédicateurs de l'apocalypse/gourous de secte, concerts de Justin Bieber...)
    Faut reconnaître, ça fait peur quand même...
  • un mode de vie : toute leur existence tourne autour de la GPA (Grande Peur de l'Apocalypse) zombie/nucléaire/virale/céleste/théorie du genre... Pour certains de ces Survivalistes, cela peut d'ailleurs devenir un business...
    Sans compter le côté fashion à mort des tenues NBC et des M16...
  • une politique : l'essentiel de leurs convictions repose sur la peur de l'Autre, que cet Autre soit homo, étranger, musulman, juif, catho, séropositif, femme, obèse, clown, bimbo psychopathe armée d'un grand couteau...(rayer la ou les mentions inutiles, il est possible de cumuler plusieurs "bêtes noires").
  • Par exemple, cet homme à peur des bougn... auvergnats
Je vais vous dire : je crois sincèrement que notre monde crève de beaucoup de chose, mais s'il doit y en avoir une... une cause principale, initiale à tout cela, je suis bien persuadé que c'est la trouille. Notre civilisation est en train de crever... de trouille. Et je crois qu'on a sérieusement intérêt à stopper cette production mortifère d'adrénaline institutionnalisée si on ne veux pas qu'elle crève... tout court.

D'ailleurs, c'est bizarre comme notre espèce (soi-disant) supérieure est malgré tout toujours esclave de ces mécanismes émotionnels ataviques... Faut sans doute croire qu'on n'est pas si évolués que cela.

Tiens, peut être une piste pour conclure, sachez qu'une étude a montré que l'ocytocine (une hormone liée à l'altruisme, à l'empathie, et... au désir sexuel) avait tendance à diminuer l'activité du complexe amygdalien, et donc à diminuer le sentiment de peur. Moralité : pour lutter efficacement contre vos peurs, faites l'amour, pas la guerre! Ou alors faites des crêpes...
C'est pour une bonne cause : l'avenir de l'huma... des crêpes.