mardi 2 août 2016

L'éloge que du pire!

L'actualité pour le moins chargée de ces derniers temps vous aura sans nul doute donné l'occasion de le constater : le traitement médiatique de la chose, sans même parler des réactions à chaud des "people" (vedettes, experts autoproclamés de tout poil, politiciens, et autres youtubers), est souvent au ras des pissenlits. Côté racine s'entend. Aucun degré de réflexion, aucun recul, aucun "filtre" : on balance au public des images et des commentaires à chaud, sans même se donner le temps d'analyser calmement la chose et les conséquences que ces images et ces commentaires pourraient avoir. Démission de l'éthique journalistique au bénéfice de la société du buzz à tout prix. Le premier à en causer, fusse pour raconter du n'importe quoi de compétition, sera celui qui vendra [du papier/de l'espace publicitaire/du temps de cerveau disponible/sa mère/sa morale] (rayer la ou les mentions inutiles).

Fonctionne aussi avec Facebouc®, Touïteur®, Gogole®, la radio, les brèves de comptoir, les éditoriaux de machine à café... 
C'est d'ailleurs plutôt paradoxal alors qu'on parle de phénomène de fanatisme et d'endoctrinement. Et que dire de la complaisance évidente avec laquelle les médias diffusent ces images insoutenables de violence, de séquestration et d'encouragement à la haine? Tout cela au nom de l'audimat et des revenus publicitaires...

Comment ne pas imaginer, ne pas se soucier un seul instant de l'effet délétère que ces images peuvent avoir sur une jeunesse fragile ou des individus en manque de repère? Comment ne pas prendre conscience que tout cela participe au succès du recrutement de nouveaux adeptes, chaque jour plus nombreux à tomber dans le piège machiavélique de ces quelques individus qui tirent les ficelles au sommet de l'organisation. Individus qui se soucient probablement plus de l'état de leur compte en banque et de leur pouvoir personnel, que des individus fragiles qu'ils exploitent.

Les médias sont leurs alliés objectifs : que l'on parle d'eux en bien ou en mal, qu'importe tant qu'on parle d'eux. et ça tombe bien, les médias sont là pour faire du buzz et vendre du papier. La même chose s'était produite lors des événements similaires dans les années 90. Pour gagner, il leur suffit d'envahir l'espace médiatique : tout le monde doit avoir entendu parler d'eux. Et là, visiblement, ils ont gagné : la psychose se répand d'elle-même.
Oh mon dieu! ILS sont là!!!!
Et de plus en plus d'individus rejoignent leurs rangs... moi même, j'ai une de mes collègues de travail qui a succombé à leur insidieuse propagande, et commencé son entraînement :  qui sait jusqu'où elle ira?

Il faut dire qu'elle était déjà fragile, conditionnée par les médias, facilement tentée par ce genre de dérive : le terrain était donc favorable. Et j'imagine que quelques mauvaises fréquentations l'auront conduite jusqu'à ce point de non-retour. Bientôt, elle ira sans doute rejoindre les zones de combat... enfin, les "arènes" comme ils les appellent. Sans doute une fois que son Miaouss aura évolué, ou qu'elle aura capturé assez de Rattatas...

Oui, les adeptes de "Pokemon Go" sont de plus en plus nombreux, inconscients qu'ils sont que tout cela ne sert que les intérêts des dirigeants de Nintendo et consorts, qui exploitent sans vergogne les données personnelles (géolocalisation, goûts et préférence, liste de contacts, etc...) de ceux qui succombent à l'installation de cet hippopotame rouge...

Et pourtant, soyons honnêtes, Nintendo n'a rigoureusement rien inventé:
  • Le principe de la chasse au trésor ne date pas d'hier : on peut considérer que les pilleurs de tombes de l'Egypte ancienne la pratiquaient déjà.
  • La géolocalisation par smartphone ? Bof, c'est le principe de la Géocache et de ses différents succédanés
  • La réalité augmentée? Les Google Glass® le faisaient aussi, même si leur succès n'a pas été à la hauteur, et le principe existait déjà avant : les systèmes de visée tête haute qui équipent les pilotes de chasse depuis des décennies fonctionnent sur le même principe de base consistance à surimposer des images générées par ordinateur au visuel de la réalité.

Ils se contentent donc de surfer sur le succès jamais démenti d'une licence qui a fait ses preuves... depuis le début des années 1990. Et oui, la pokemon-mania ne date pas d'hier : jeux de cartes, jeux vidéo, dessins animés, BD, etc... On pourra dire que les pokemons auront été déclinés sur à peu près tous les supports disponibles. Ne manquait que la "réalité"... voilà qui est chose faite. Et les médias de s'extasier sur le "génie" de Nintendo, qui pousse les geek à sortir de chez eux (on notera d'ailleurs quelques combustions spontanées au contact des rayons du soleil ces dernières semaines) et à marcher, parfois des kilomètres et des kilomètres.
Au moins, le geek est uniforme...

Et pourtant, ce jeu est profondément immoral.

–Comment ça immoral?

Bin oui : le but du jeu est de trouver des petits animaux kikinous, de les pourchasser sauvagement pour les enfermer dans des p'tites boules trois fois trop petites pour eux, puis de les entraîner au combat, et enfin de les faire s'affronter à mort dans des arènes, pour les plus grand plaisir de spectateurs extatiques. Et je ne vous parle même pas des "mutations" (ils parlent "d'évolutions") qu'on leur impose, très certainement à coups de produits dopants aux effets secondaires inconnus. Je ne serais pas étonné que le PDG de Nintendo soit un ancien entraîneur olympique Russe tiens...

Je vous propose donc de rejoindre le Front de Lutte contre l'Oppression des Pokemons (ou FLOP) (canal historique bien sûr), voué à convaincre les dresseurs de pokemons de relâcher dans la nature ces pauvres petites bêtes. Et si vous êtes en manque de chasse aux pokemons, sachez qu'il existe des produits de substitution :
  • la Géocache (déjà évoquée)
  • Pokédéchet Go, dont j'avais entendu parlé sur le fil facebouc® de Wonder Fofie (qui tient aussi un blog bien sympa) : se ballader dans la nature, et ramasser les pokédéchets que l'on croise, afin de les enfermer dans une pokétrashbin
    La pokétrashbin : sorte de pokéball.
  • Pokémiiii Go : ramasser les pokémiiii chatons abandonnés lors des grands départs en vacances (existe en pokéwouf) et leur faire des pokécalins en leur donnant du pokémiam et de la pokéwater, avant d'essayer de les placer dans une pokéhome avec une pokéfamilly accueillante
  • Pokémushroom Go : aller à la cueillette des champignons (comment ça "en été?!" ? franchement, vous avez vu la météo?) pour les mettre dans une poképoëlle
  • Jacquie-et-Michel Go : dans lequel Sachatte se lance à la recherche de... hum... 
  • Pokemoan Gode : dans lequel les joueurs tente d'attraper tous les... heu..
  • Pokérien : aller se promener juste comme ça, en regardant le paysage, pour mettre des pokésouvenirs dans sa pokémoire
  • Pokérêverie...
... comme par exemple l'initiative dans le cadre du festival "Rendez-vous conte" mise en place au parc de l'Isle Briand au Lion-d'Angers (le parc de l'Hippodrome) : un parcours de promenade balisée avec des petites scénettes à découvrir au fur et à mesure, permettant de s'imaginer une histoire.
Il était une fois...


Un fois franchie la pancarte de début...
...un grand méchant gentil loup, et un Papa Hérisson qui se promenaient en forêt.
...il faut ouvrir l’œil pour ne pas rater les balises.
Et là, ils croisent un elfe des bois.
"–Oh! Un bonhomme Océdar elfe sylvestre!!!" dit le papa Hérisson
"–Ça se mange?" demanda le grand gentil loup
"–Non, et je ne m'appelle pas Sylvestre, je m'appelle Icheryen" répondit l'elfe.
"–L'elfe Icheryen... hum, ok... je vois" répondit le papa Hérisson.
Enfin, les balises et aussi les petits personnages qui se dissimulent dans leur voisinage.
L'elfe ajouta : "–Faites gaffe, un géant qui chausse du 435 se promène dans le coin, il a même piétiné mes potes : l'elfe Ëdupianodebou, et l'elfe Ëlaghel ..."
Mais bon... des fois, faut être miro pour les rater.

L'elfe poursuit : "–Bon, vous le sentirez venir notez bien : il a retiré ses pompes, ça sent la chaussette à au moins 200m"
"–Ok... z'inquiétez pas, mon loup lui bouffera les durillons s'il s'approche de moi..."
–Tout ça juste parce que tu n'aimes pas "Pokemon", c'est ça?

Ah non, je m'en fiche un peu de Pokemon en fait. A la marge, je pourrais y jouer hein (enfin sauf que je n'ai pas de forfait data sur mon téléphone)... moi-même il m'arrive de geeker sur des jeux. et puis soyons honnête, ce jeu a au moins le mérite de faire sortir les gens. Mais Pokemon, c'est juste pas tout à fait ma génération. Alors ok, la politique de captation des données personnelles par Nintendo est discutable, ceci étant, là encore, ils n'ont rien inventé : pour rappel, le jour où vous faites faire une carte grise pour votre voiture par exemple, je vous conseille de bien vérifier que la case "je m'oppose à l'utilisation de mes données personnelles à des fin commerciales" est bien cochée, car sans cela, l’État français est libre de vendre... hum... pardon, de fournir vos données à des sociétés privées détentrices d'un agrément à leur accès (agrément payant bien sûr). Et il ne s'en prive pas.

Non, ce qui m'amuse (ou me désespère, ça dépend des moments), c'est cet espèce d'emballement médiatique pour le phénomène, et pas que pour ça : j'ai souvent l'impression que les médias sont complètement en roue libre. Et sur d'autres thématiques, ça peut s'avérer bien plus néfaste. Le système médiatique, c'est un peu comme le doctissimo de l'humanité : notre société a un bouton purulent de terrorisme sur le postérieur? Doctissimo-médias pronostique direct un cancer colo-rectal mortel en phase de métastase, poussant la société à envisager une chimio lourde et le remplacement du gouvernement rectum par son équivalent en facho PVC... alors que le problème est plutôt dans la tête si vous voyez ce que je veux dire.

Sinon je ne vois pas comment expliquer le fait qu'une organisation terroriste qui porte un nom de lessive soit capable de terrifier la population d'un pays en faisant moins de morts que les accidents de la route ou les effets iatrogènes de la médecine... Je prends ces exemples à dessein : dans les trois cas les morts touchent des individus de tous âges/origines/confessions/sexes à n'importe quel moment, dans les trois cas on peut trouver des responsables (fusse des boucs émissaires) et l’État essaye d'agir, et dans les trois cas, c'est plus facile à dire qu'à faire pour empêcher les morts. Par contre, les 3500 morts annuels sur la route n'auront droit qu'à une brève, au mieux un reportage de 3 minutes au 13h de TF1 entre une chronique sur les désanusseurs de porc bretons et une interview de 5 minutes de Nabilla, tandis que les quelques dizaines de morts des attentats peuvent monopoliser les médias en continu pendant des semaines. C'est beaucoup d'attention accordée à des fanatiques demeurés je trouve... autant dire que la stratégie de la mouche a encore pas mal d'avenir devant elle.
Et oui, dans les histoires, il faut toujours un grand méchant loup...

lundi 4 juillet 2016

C'est encore loin?

Bonne nouvelle, les grandes vacances arrivent. Et avec elle leur lot de petits bonheurs quotidiens :
  • les moustiques
  • les bouchons sur les routes
  • les plages noires de monde
    –Attention, je fais la bombe...
    –Raoul!!!! Noooooon!!!!
  • l'élection de Miss Camping
  • les gnomes fatigués/excités/intenables que tu n'arrives plus à mettre au lit
    "Non mais... ça vous énerve quand je fais ça?"
  • les maladies vénériennes amours de vacances
    Sortez couverts!
  • les mycoses dues à l'humidité ambiante coups de soleil
    J'ai l'impression d'être à un meeting de François Hollande...
  • le prix astronomique du carburant sur les autoroutes et près des lieux de villégiature
  • les attractions touristiques hors de prix que vos gnomes vous tanneront jusqu'au trognon pour faire, avant de râler que c'est trop long/c'est fatiguant/c'est pas marrant/ils préfèrent la plage (gratuite)
  • ...
Enfin bon, je vous avais déjà donné quelques conseils ici. Mais hélas, avant de profiter de tous ces petits bonheurs, il vous faudra subir l'épreuve du...
Trajet en voiture de l'horreur!!!

Et oui, car si les vacances c'est bien, le trajet qui les précède est en général un moment de pur sadisme, dont l'organisation a forcément dû être confiée à un tortionnaire nazi. En tout cas, je ne vois pas d'autre explication à ces différents supplices que l'on doit subir :
  • Faire rentrer dans un coffre de voiture, visiblement trop petit pour ça, un volume de bagage suffisant pour permettre d'affronter le séjour dans de bonnes conditions (avec mention spéciale pour la valise de vêtements chauds "au cas où", qui se révélera soit totalement inutile, soit trois fois trop petite)
  • Gérer l'itinéraire en tenant compte des bouchons/déviations/travaux/passages du tour de France/manifs de la CGT/transhumance de koalas/...
    Alors voyons, si ensuite je prends direction Bois de Boulogne et que...
  • Trouver un chenil pour grand-mère, et une croisière avec Aimable et son orchestre pour le chien... euh, non attendez...
  • Prévoir la réserve de médoc pour Jean-Théo et Marie-Emma qui souffrent du mal des transport
    Enfin, ça c'était avant. Avant que je ne vous parle de ces merveilleux bracelets anti-nausée, testés et approuvés par votre serviteur, qui souffre lui-même du mal des transport depuis sa plus tendre enfance. Notez au passage qu'ils coûtent très peu cher, mais que si vous avez vraiment des oursins dans les poches, une lentille (oui, la graine) crue et fixée à l'emplacement voulu avec un sparadrap fait parfaitement l'affaire.
  • Demander gentiment à la voisine de venir nourrir les piranha dans l'aquarium
  • Laisser les chats se démerder : ces feignasses n'ont qu'à ouvrir leurs boites de Kwiskas tous seuls. Au lieu de ça, ils préfèrent passer leurs journées à picoler et à jouer au Baby.
    C'était un communiqué du CCC.
  • Vendre un rein pour payer son séjour,son essence et son contrôle technique
  • Priez pour éviter la panne ou l'accident
    Ah bah ça c'est balot...
Et puis surtout, qui n'a jamais subi ce dialogue :

–Papa, c'est encore loin?
–Non pas très... je vous remets l'intégrale du "Seigneur des Anneaux version-longue-directors-cut" pour la troisième fois en attendant l'arrivée?
"–C'est moi ou cette route est interminable? Tu veux pas qu'on s'arrête demander à quelqu'un?
–Non, c'est bon c'est un raccourci j'te dis..."

Occuper des gnomes en voiture (ou confinés à domicile par temps pluvieux), c'est un vieux cauchemar parental. Et pour solutionner ce problème, plusieurs écoles existent :
  • Certains l'ont résolu grâce aux lecteurs DVD portables, consoles et autres tablettes pc : le problème de cette méthode, c'est qu'après la quinzième diffusion de la "Reine des Neiges", il n'est pas totalement impossible que la répétition de cette petite rengaine subtilement crypto-pro-brexit qu'est "Libérée délivrée" vous conduise à abandonner vos gnomes sur la première aire d'autoroute venue.
  • D'autres préfèrent rester dans une démarche plus traditionnelle à l'aide de livres et de jeux de société de voyage : inconvénient, certains gnomes sont malades en voiture, et ne supportent pas de lire (où ne savent pas encore lire)
  • Il y a aussi les bonnes vieilles méthodes pour passer le temps : compter les twingo vertes, ou trouver le département associé à la plaque d'imm... bon ok, ça on oublie, avec les nouvelles plaques, c'est illisible.
  • On peut aussi ligoter et bâillonner les gnomes dans le coffre, etc...).
  • Sinon, bah, il y a l'autoradio...

Pour ma part, n'ayant pas investi dans une tablette ou un lecteur DVD portable (bon en fait si, il y a longtemps, mais sa batterie ne tient plus la charge), je ne peux leur diffuser de dessins animés pendant de longues heures. Et comme je souffre du mal des transports, quand je ne conduis pas je ne peux pas lire un livre pour leur raconter des histoires. Pas sans refaire la déco intérieure de notre Citreugeot Partningot du moins. Heureusement, il reste l'autoradio lecteur CD.

Je dis heureusement, car les gnomes ont eu pour leur Nowël deux livres-CD d'histoires particulièrement chouettes, produits par la Maison du Son : "Le Rossignol" et "Les Cygnes Sauvages".

–Non mais c'est quoi ce racolage éhonté?
Non, ÇA c'est du racolage gratuit.

Bon, alors je précise que cet article n'est pas sponsorisé : je vous en parle parce que j'ai adoré.
Deux histoires qu'elles sont bien!
Il s'agit d'histoires sonores (contes, contes de fée) impertinentes sans être vulgaires, racontées par une narratrice (Cécile de France) et jouées par divers acteurs.

Contrairement à certains CD de comptines ou d'histoire, ceux-ci ne sont pas réservés à un jeune public, mais bien destinés à toute la famille. S'ils sont écoutables à partir de 5-6 ans, sachez que nous autres adultes en apprécierons certaines subtilités (des références, des jeux de mot, etc...) qui échapperont aux plus petits.

Si je devais décrire ces ovnis audio, je dirais que ça ressemble à un enfant illégitime de Walt Disney et François Pérusse. Avec Michel Courtemanche en guise de nounou. Ou encore à la rencontre entre Charles Perrault et les Nuls.
Oui, parce qu'il y a aussi des passages musicaux.

Chacun des CD dure environ 1h, et je vous garantis qu'on y découvre de nouvelles subtilités à chaque écoute. Bref :

  • c'est sympa
  • c'est marrant
  • c'est familial
  • c'est Belge (oui, décidément, ils sont doués nos voisins d'outre-Quiévrain)
  • ça coûte une vingtaine d'euros chacun (et ça le vaut bien)

Seul regret : leur site et leur page facebook n'ont pas été récemment actualisés, et du coup, je doute qu'ils aient d'autres projets en cours.

Et sinon, vous pouvez toujours compter les twingo vertes...
1, 2, 3, 4...

vendredi 3 juin 2016

Deux nuances d'aigris

Cinquante Deux Nuances d'Aigris

–Mais pourquoi-euh?
–Rhaaaaah! Tu me gonfle! Parce que!!!! Épicétou!

Épicétou!
Ceux d'entre toi qui me lis et qui a des gnomes, ce dialogue, tu l'as sûrement déjà vécu. Le gnome veut un truc, toi pas trop, mais t'es prêt à négocier un minimum. Et pis là, le gnome il insiste. Lourdement. Du coup, toi aussi tu te mets à faire ta tête de con de vieil(le) aigri(e), et tu verrouilles la négociation par cet argument massue, péremptoire et définitif : "parce que!", sorte de 49.3 du cercle familial qui n'appelle aucune forme de contestation.

Pourtant, il existe un moyen plus simple d'obtenir ce que l'on veut : en éducation positive, on te conseille de mener le gnome réticent où tu veux en lui offrant juste deux choix possibles (orientés évidemment). Pas plus, pas moins. Il parait que plus : ils gèrent pas.
Ne nous mentons pas, c'est une forme de manipulation.
Et cette méthode de filou, elle ne marche pas qu'avec les gnomes...

Pourtant, la vie est faite de nuances : tout n'est pas blanc ou noir. On ne cesse de nous le répéter tout au long de notre vie, et c'est d'ailleurs une leçon qu'on met du temps à apprendre. Petit, on est généralement manichéen, voire binaire. Pas de demi-mesure : on est triste ou joyeux, on se tait ou on crie, ♫ on s'amuse on pleure on rit, y a les méchants et les gentils...  ♪ et... euh... hum, pardon.

Bref. C'est avec l'âge, logiquement qu'on apprend à nuancer les choses : c'est la sagesse qui s'installe. Enfin ça, les cheveux gris, les varices et les rhumatismes... oui, la vieillesse est un naufrage. Le naufrage d'un navire rouillé qui ne tient plus que grâce à la peinture médecine, et qui transporte des milliers de réfugiés souvenirs et de connaissances qui seront bientôt irrémédiablement perdues. Sauf quand c'est déjà fait grâce à Alzheimer. Too bad...

Mais la société nous pousse à devenir de plus en plus binaires.
"–Euh... et les huit autres?
–Ok : toi,seconde catégorie donc..."

Encouragée en cela par une flemme intellectuelle de la taille du grand canyon les grands médias populaires, notre civilisation moderne a une fâcheuse tendance à virer bipolaire. Ce qui est tout de même mieux que les ours blancs donc, qui sont juste polaires eux (© maman Koala).

Prenons un exemple au hasard: les élections présidentielles. Aux Etats Unis, le bipartisme est déjà la règle. Les américains auront prochainement l'occasion de départager un yorkshire (teigneux) à moumoute et Ségolène Royal Clinton.
Un duel qui envoi du rêve... on regrette presque de ne pas être américain didon. Presque.

Chez nous par contre il y a pléthore de partis et de candidats putatifs, on pourrait donc se dire que ça couvre un large spectre de nuances idéologiques... Erreur : dans les médias, les sondages, etc, on ne parle que de duels... oblitérant ainsi complètement le débat pluraliste du premier tour.

D'façon, visiblement on s'en fout du premier tour, il sert juste à départager les candidats playmobiles sans réelle chance de l'emporter, tels que François Hollande, Nicolas Sarkozy, ou les baudruches remplies d'air que sont Macron, Valls, Copé ou Fillon, et les autres. Ce qui compte pour faire de l'audience, c'est l'affrontement final! Alors, oui, bon, je sais que vu la côte de popularité du président sortant qui mériterait d'être traitée sous l'angle de la physique quantique (car :
  1. cette branche de la physique s'occupe de l'infiniment petit
  2. si jamais il était réélu –en arrivant premier à un concours de circonstances– on pourra parler d'effet tunnel, ou du chat mort-vivant de Schrödinger...
fin de la parenthèse), beaucoup considèrent comme probable un second tour opposant Nicolas et ML...
Un duel qui promet d'être mémorable...
Pour autant, si je peux comprendre que l'affrontement entre Nicolas Dupont-Aignan et ML passionne les médias (l'influence des idées de Mélanie Laurent  sont d'ailleurs visibles depuis le succès de "Demain" est là pour le prouver...) Il est évident qu'il va falloir s'attendre à des surprises : le troisième homme, Jacques Cheminade, pourrait créer la surprise!

Notez qu'en général les deux candidats qualifiés au second tour n'ont obtenu au premier que 15 à 20% des suffrages. Mais le système étant ainsi fait, il contraint les électeurs à départager ces deux finalistes, et donc à se rallier, par défaut, à l'un des deux programmes (choix binaire) encore en course. Vous dites? C'est un programme de compromis pour ratisser le plus large possible? Admettons. Compromis chose due, puisque les promesses des candidats n'engagent de toutes façons que ceux qui y croient, et que le vainqueur se dépêchera d'appliquer des mesures n'ayant pas grand chose à voir avec ce programme (de toute façon inapplicable généralement).

Le vainqueur pourra ainsi se prévaloir d'une "majorité" correspondant grosso modo à un peu plus de moitié des votants (ce qui restreint déjà le panel), dont une partie a voté pour lui faute de mieux., voire pour faire barrage à son adversaire qu'ils ne pouvaient pas saquer. On saisit donc immédiatement l'enthousiasme populaire qu'il a soulevé, et les scènes de liesse filmées en plan rapproché qui suivent généralement sa victoire.
Une bien belle scène de liesse populaire. Vu les parapluies, ça doit être pour une victoire de Hollande.

La "minorité" se retrouvant quant à elle quelque peu aigrie par cette défaite d'autant plus vexante qu'elle concernait déjà un choix par défaut. Après ça, tu m'étonnes que ce pays soit ingouvernable...

–D'accord, mais supposons que l'élection se fasse en un seul tour... ça ne change rien : le vainqueur l'emportera avec seulement 20% des voix en gros... c'est pas tellement majoritaire.

Je n'ai jamais dit que ce système serait meilleur : le principe même de voter pour quelqu'un (censé donc incarner nos espoirs) est complètement con. D'autant que le quelqu'un fait en général tout le contraire de ce qu'il avait promis (en se prévalant de la majorité des électeurs comme vu plus haut). Il faudrait plutôt voter, à la carte, pour un programme à appliquer, et conditionné à des résultats à obtenir. Mais pfiou, ouhlala, ça, ça impliquerait tellement de subtilité que si ça se trouve, les politiciens professionnels ne pourraient plus être réélus et taper dans la caisse ça serait trop compliqué pour les gens. Mieux vaut rester binaire.

De façon générale, et ce dans tous les domaines, le nombre d'alternatives proposées sera toujours restreint car le meilleur moyen de nous rendre cons, c'est de nous traiter comme tel ça permet d'orienter notre choix en biaisant tout raisonnement. On fait appel au cerveau limbique plus qu'au néocortex quoi...  Généralement, plus le choix est binaire, et plus l'adhésion à ce choix tient du dogmatisme : les idées proposées ne sont pas étayées, mais juste martelées, guidées par l'émotion... ou la foi. En religion comme dans d'autres domaines comme l'économie ou la politique.

Et puis... selon le vieil adage qui dit que "les ennemis de mes ennemis sont mes amis", il est plus facile de rassembler contre l'autre camp, surtout s'il n'y en a qu'un, qu'avec son camp. Ce qui arrange tout autant l'autre camp bien sûr, selon le même principe : "Ceux qui ne sont pas avec nous, sont contre nous!". Les non-alignés sont priés de la mettre en veilleuse, merci, topette.

Prenez le modèle économique : si le libéralisme prend l'ascendant depuis de nombreuses années, c'est tout simplement parce qu'on nous a martelé/répété que TINA (There Is No Alternative), étant implicitement entendu que la seule alternative évoquée est le "communisme" sous sa forme d'épouvantail en fait plus proche du fascisme de l'ex-URSS ou de la Chine. Inutile d'évoquer d'autres possibilités, ça risquerait de donner des idées au gens. Chuuut! Notons que pour les partisans de chacun de ces modèles, l'autre représente le mal absolu. Ce qui fit dire à Henri Jeanson : "Le capitalisme, c'est l'exploitation de l'homme par l'homme. Le communisme? C'est le contraire."
La différence saute pourtant aux yeux non?

L'idée c'est de fédérer autour de son dogme, y compris des gens qui ne le ferait pas de base, en leur opposant une seule autre alternative qu'ils ne peuvent que détester. On ne débat pas : on assène. On ne discute pas : on vocifère. On n'argumente pas : on affirme. C'est bien connu : le meilleur moyen de convaincre autrui, c'est de dire que c'est comme ça et pas autrement.
"–C'est comme ça, et pas autrement!"


Et plus c'est caricatural, plus ça passe. Et puis, c'est plus simple pour les reportages de BFM ou "Tire mon doigt" "C'est mon choix". Juste deux camps, ça facilite les choses :
  • pour ou contre l'accueil des migrants. Les frontières sont une sorte de porte logique n'ayant que deux positions : ouvert/fermé.
  • carburant contre loi travail.
  • pour ou contre la police. Non non, pas de nuance : tous les flics sont des héros ou des méchants.
  • Manuel Valls contre Emmanuel Macron
  • végétalien ou carnivore. Je... non, inutile d'alimenter le débat : ce seul libellé est un appeau à troll.
  • anti OGM ou pro OGM
  • anti-nucléaire ou pro-nucléaire
  • anti-vaccin ou pro-vaccin
  • anti-gaz de schiste ou pro-gaz de schiste
  • team Edward ou team Jacob
  • jedi ou sith
  • fromage ou dessert
  • droite ou gauche
  • pile ou face
  • oui ou non
  • sein ou biberon
  • vaginale ou clitoridienne
  • ...
Et j'en passe. Toujours deux camps. Pas d'avis intermédiaire. Choisis ton camp camarade, et après, va trucider l'ennemi qui ne pense pas comme toi. Débattre? Argumenter? Nuancer son opinion? Faire des compromis? Pffff, à quoi bon? De toute façon les autres ont tord puisque tu as raison!

Le principal problème de cette méthode, c'est qu'elle pousse les gens à se radicaliser dans chacun des deux camps en présence (on oublie les autres alternatives je vous dis!), et amène aux pires outrances. A ce compte là, pas étonnant que les idées extrémistes se renforcent dans toute l'Europe, voire le monde...

Et bien je vais vous dire, moi, les opinions binaires ça m'emmerde. Mais d'une force... Car :

  • des fois, en discutant avec les gens, je change d'avis
  • je rentre mal dans les cases (j'ai pas une forme adaptée)
    Vive l'anticonformisme. Fuck yeah!
  • c'est une forme de paresse intellectuelle
  • ce sont ceux qui pensent différemment qui font avancer les choses
  • je ne suis pas un fucking ordinateur!

–Bon d'accord, mais alors que réponds-tu quand on te demande de répondre juste par oui ou non?
–Ça dépend.
–Ça dépasse...
–... l'entendement de certains, oui, apparemment.