–Tient!? Salut papa Hérisson, tu vas bien?
–Ah salut... Merde c'est qui déjà ce con ? euh... Je connais vaguement sa tête mais... euh... Machin Kevin. Ça va, et toi, qu'est-ce que tu deviens?
–Brandon.
–Pardon?
–Brandon, pas Kevin.
–Quoi... oh? J'ai dit Kevin? Ah ah ah! Non, 'scuse, bien sur Machin Brandon! Non, c'est juste que j'étais en train de penser à un autre connard que je peux pas blairer et qui me saute dessus dès qu'il me croise pote. Ah ah ah! Et sinon, ça va?
–Ah ouaih, carrément! Je viens de m'acheter le nouvel I-phoune® 6S² DeLuxe Edition Platinöme Waïde Scrine. Et j'ai pré-commandé ma Pear-Watch® !
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| Attention, la version à 599€ n'intègre pas l'affichage de l'heure. Seule la version DeLuxe à 1299€ le fait. Avec une appli. |
–Oh putain!!!
–Ouaih hein?
–Ah ouaih : t'as appris l'anglais avec un accent de merde écossais! J'ai pas bitté un mot de ce que tu viens de me dire!
–Je... euh...
–Tiens? Tu as un nouveau téléphone?
–Euh, bin, oui, justement c'est ce que je...
–L'ancien était pété? C'est con, ça coûte une blinde ces cochonneries hein...
–Euh non, il fonctionne toujours... mais euh... celui-ci est mieux. Il a un écran plus grand! Et puis avec je peux prendre mon pouls et mesurer ma glycémie ainsi que mon taux de cholestérol. Et partager le tout sur Facebouc®... et il pourra se connecter avec ma Pear-Watch® pour enregistrer mes performances sexuelles et la texture de mes selles... c'est génial non?
–Aaaaah! D'accord! Non, ok, je comprends mieux. C'est un hippopotame rouge.
–Je... Pardon?
Le vendredi, c'est sociologie. Oui, comme vous le savez déjà, je suis sociologue de comptoir, diplômé du bar-PMU de Trifouilli-les-oies (attention ça ne rigole pas!) à mes heures perdues. Je vais donc vous parler aujourd'hui du Syndrome de l'Hippopotame Rouge.
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| Comme quoi on peut être grand, rougeaud, informe, avec un gros cul et avoir le swag. |
Il y a quelques temps de cela, moi, maman Koala et les gnomes avons rendu visite à une de mes cousines (que nous appellerons "cousine Salsa" pour simplifier, rapport à son passé sordide de professeur d'espagnol... un métier de sinistre mémoire. Brrrr!) (Mais super sympa la cousine sinon. Bref.). Il se trouve que sur l'une de ses étagères, trônait une peluche : un hippopotame. Rouge. Vous vous en doutez, le regard des gnomes était irrésistiblement attiré par l'animal, et ils nous tannèrent jusqu'à ce que ma cousine accepte de leur prêter temporairement ce dernier. Si vous connaissez bien vos mathématiques parentales, vous vous doutez que ça n'a rien résolu :
UN hippo + DEUX gnomes = (N + TROIS) mécontents
N étant un entier naturel supérieur ou égal à zéro.
N+ Trois? Oui, N+ trois : le gnome qui ne l'a pas + les deux parents qui subissent ses cris + N adultes présents qui subissent aussi.
Et comme vous vous doutez, le pire se produisit lorsqu'il fallu rendre l'hippo, au moment du départ. Les gémissements et les cris de désespoir évoquant alors ceux des fans de Star Wars à chaque apparition de Jar Jar Binks, et niveau de décibels concurrençant sans difficulté celui du dernier Hellfest. Sans compter la longue litanie des arguments imparables :
- le popotame il est tout seul, il va être malheureux
- mais MOI je VEUX!
- je veux juste lui faire un bisou un câlin
- il pleure le popotame, il veut venir
- OUAAAAAAAH!
- s'il-te-plaiiiiiiiiiiiiit!
- c’est pas juste !
... bientôt suivie d’une lippe des plus classiques face à notre intransigeance :
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| "On ne dirait pas, mais je suis un tantinet contrariée là..." |
Ils tentèrent aussi la redoutable technique, indicible et non euclidienne, dite du « chaton abandonné ». Une technique particulièrement retorse à laquelle il est extrêmement difficile de résister :
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| Rhaaaa! Arrêtez de me regarder comme ça, c'est insoutenable! |
Nous dûmes alors entamer une difficile négociation avec les ravisseurs :
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| "Ils tiennent l'hippopotame rouge. Ils sont deux : un garçon, une fille. Je vais tenter de négocier..." |
–Bon maintenant ça suffit les gnomes. Il faut rendre l’hippo à cousine Salsa. C’est le sien, et elle y tient.
–Non, y a pas le droit !
–Pas le… ? Non mais oh ! C’est quoi ce caprice ? Vous avez plein de peluches à la maison…
–Non, pas plein de peluches !
– Pffff, non c’est vrai ! Juste quatre gros cartons qui débordent. Sans compter les grosses qui ne tiennent pas dedans. Et des jolies en plus… vous avez même un hippo d’ailleurs. Mais l’hippopotame rouge là, il appartient à la cousine. Et en plus c’est une peluche de décoration, c’est pas un jouet.
–Mais siiiiiiiii !
–Bon sang, mais vous en avez un d’hippo en peluche à la maison !!!
–Mais là c’est un
hippopotame rouuuuuge !
On ne saurait être plus clair : pourquoi un hippopotame rouge ? Parce que c’est un hippopotame rouge ! D’où la nécessité d’avoir un hippopotame rouge. D’autant que maintenant qu’on a vu un hippopotame rouge, il faut impérativement avoir un hippopotame rouge. Sinon ça veut dire qu’on n’a pas d’hippopotame rouge. L’hippopotame rouge ne sert absolument à rien, il est donc rigoureusement indispensable.
Le pire, c’est que lorsqu’ils l’avaient, l’hippopotame rouge, à part durant les moments où ils se le disputaient, il était la plupart du temps négligemment posé sur une chaise, une table, ou directement à même le sol. Délaissé. Seul. Inutile.
Si vous avez des gnomes, amis lecteurs, je ne doute pas que vous avez déjà été dans cette situation d’hippopotame rouge. En fait, je suis même intimement persuadé que, même si vous n’avez pas de gnome, vous avez très certainement été confronté à des
hippopotames rouges, ne serait-ce que pour vous-même. Pour certain(e)s, ce sont les chaussures. Ou les sacs à mains, les fringues, les téléphones portables, les voitures, les bijoux, les conquêtes amoureuses,
les emmerdes, etc… Chacun d’entre nous à ses hippopotames rouges personnels. Et pourtant, vous savez que cet hippopotame rouge est inutile, voire carrément nuisible parfois.
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| "Je... j'ai une envie irrépressible d'embaucher Thomas Thévenoux comme ministre. C'est plus fort que moi." |
La plus grave c’est que les industriels, les marques, les commerçants le savent pertinemment. Et ils jouent de cela. Le marketing et la publicité font tout pour encourager votre penchant naturel pour les hippopotames rouges. Vous n’avez pas d’hippopotame rouge ? Alors il vous faut un hippopotame rouge. D’ailleurs regardez : tout le monde a un hippopotame rouge ! Vous avez déjà un hippopotame rouge ? Vous ne croyez pas qu’un deuxième hippopotame rouge ça pourrait être chouette ? Votre hippopotame rouge aura un copain comme ça. Vous avez cassé votre hippopotame rouge ? Vous ne pouvez pas rester sans hippopotame rouge… rachetez donc un hippopotame rouge! Oh mais voyez : on a sorti un nouveau modèle d’hippopotame rouge recouvert de velours. C’est un hippopotame rouge DeLuxe. Il vous le faut. Et voyez, celui-ci est plus grand d’un centimètre : c’est l’hippopotame rouge King Size ! Vous trouvez que l’hippopotame rouge commence à devenir banal ? Ça tombe bien, nous venons de sortir une nouveauté : l’hippopotame écarlate ! Et s’il le faut, on fera un hippopotame grenat, ou carmin. Voire violet pour les hipsters.
Petit point neuroscience.
Le cerveau humain est (plus ou moins
arbitrairement mais on va dire que pour notre explication ça suffira) divisé en 3 zones :
►Le cerveau reptilien (en charge de nos besoins fondamentaux : alimentation, sommeil, reproduction, agressivité…)
►Le cerveau limbique (siège de nos émotions, envies, désirs, etc… c’est là que se loge l’hippopotame rouge)
►Le néocortex (siège du langage, du raisonnement logique, de l’anticipation des actes…)
Bon, donc chez les enfants, on va dire que ce syndrome de l’hippopotame rouge est normal : ils sont encore jeunes, leur cerveau est encore en développement, les mécanismes de raisonnement du cortex préfrontal ne sont pas encore totalement mis en place. Et du coup, les enfants sont plutôt tributaires de la partie dite du cerveau limbique (le siège des émotions) : Moi vois, moi aime : moi veux !
En théorie, chez les adultes, cette soumission au cerveau limbique devrait être plus modérée puisque le néocortex est totalement fonctionnel. Mais en pratique, cela dépend énormément de l’éducation reçue, de l’environnement et de la personnalité de chacun.
Ah, au cas où vous vous poseriez la question, nous sommes repartis de chez cousine Salsa sans l’hippopotame rouge. Les petits ont assez vite fait une croix dessus, même si nous avons subit quelques pleurs dans la voiture. Et pour eux, cousine Salsa est depuis devenue "celle-qui-a-un-hippopotame-rouge".
F.A.Q. :
►Est-il possible de lutter contre le syndrome de l’hippopotame rouge ?
◄Et bien chez les enfants, c’est surtout une affaire d’éducation : on ne cède pas, et on leur apprend à ne pas céder à toutes les envies. Chez l’adulte, c’est parfois plus compliqué, car c’est une éducation déjà faite qui est à revoir. A mon sens, le meilleur moyen consiste à temporiser : le cerveau limbique fonctionne plutôt dans l’immédiateté, dans l’émotion ressentie sur le moment. En s’astreignant à retarder le moment de satisfaire son envie, il est parfois possible de l’atténuer, voire de la supprimer : cela laisse le temps de rationnaliser cette envie en faisant ainsi appel au cortex préfrontal, et on sort du cadre de la compulsion incontrôlée. Mais la temporisation peut malheureusement parfois exacerber l’envie, donnant l’effet inverse. Reste la solution de se réfugier dans l’alcool, et donc les éléphants roses plutôt que les hippopotames rouges.
►Je suis un ex-futur président de république. J’ai un problème : je ne résiste pas aux hippopotames rouges habillés en soubrette. C’est plus fort que moi et ça m’a déjà attiré des ennuis. Pourtant j’en ai un très gros. Un très gros cerveau je veux dire. Est-ce normal ?
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| "Oh, quels beaux melons vous avez... ils me font bien envie..." |
◄ Il est clair que c’est surtout votre cerveau limbique qui est gros, et que ce dernier n’a pas de difficulté à prendre violemment
par derrière le dessus sur le cortex préfrontal (cortex à l’évidence atteint du syndrome de Stockholm, compte tenu de ses faibles protestations face à un traitement si cavalier). Mon conseil : évitez les sources de tentation telles que les hôtels (Sofitel, Carlton…).
►Je suis un ex-président, et j’adore les Rolex depuis bien avant mes 50 ans. Je fais aussi des conférences facturées très cher, mais apparemment ça ne plait pas aux gens, ça attire des critiques. M'enfin M. Papa Hérisson, c’est quand même incroyable que dans notre pays, au XXIème siècle, on reproche à quelqu’un sa réussite financière…
◄Euh… admettons, quelle est la question ?
►Je n’ai pas de question, je veux simplement vous serrer la main pour montrer que je suis proche des gueux des français d’en bas.
◄Non, sans façon. Je déteste ce genre de familiarité. En plus, un politicien qui serre déjà des louches à n’importe qui, je crains d’être souillé… j’ai peur d’attraper des trucs en A : eczéma, Escherichia, chikungunya, cholera, ébola, grippe A,
dégoût de sois, ENA, langue de bois…
►Hein ?
◄Je reformule : touche-moi pas, tu vas me salir.
►Et ben… casse-toi alors pauv’ #censure# !
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| Travaillez plus, pour que JE gagne plus! (et pour faire plaisir à mes potes du Medef) |
◄Vous êtes un cas très intéressant : votre fascination pour l'argent et les hippopotames rouges bling-bling montre une nette prédominance du cerveau limbique sur le néocortex… pour autant, vos accès d’agressivité indiquent aussi que votre cerveau reptilien prend souvent le dessus. On se demande franchement ce que fiche votre néocortex...
►Ah ouaih ? Et bin… viens, viens me le dire en face si t’es un homme… allez viens en bas !
◄Je suis
déjà en bas. Je suis juste plus grand.
►Papa Hérisson, je suis dingue de toi, tu es mon hippopotame rouge ! Je te veux ! Prends moi toute ! Rhaaa lovely !
◄Alors déjà : je ne suis pas un hippopotame, je suis un hérisson. Ok, j’ai un peu pris du cul ces derniers temps, mais je vous trouve assez vexante… Et ensuite, je suis déjà l’hippopotame rouge de maman Koala et elle n’est pas prêteuse. Son aptitude à faire la lippe et le regard de chaton abandonné mettrait en déroute un maître Shaolin, et je ne compte pas sa ceinture noire en rouleau-à-pâtisserie-kun-do.
►Toute cette histoire d’hippopotames rouges m’a donné très envie de m’en procurer un. Je… mon cerveau limbique m’envoie des signaux très clairs : je veux un hippopotame rouge. Il me faut un hippopotame rouge ! Rapidement ! Je ne peux plus vivre sans hippopotame rouge ! Où puis-je trouver un hippopotame rouge ? Je suis prêt à payer le prix qu’il faudra pour avoir un hippopotame rouge !
◄… et bien… je me renseigne sur les coûts de production derechef [Allo ? M. Chang ? Vous pouvez m’en livrer combien pour demain ?], et vous pourrez très prochainement cliquer sur l’icône "Boutique" de ce blog pour acquérir un merveilleux hippopotame rouge qui fera votre bonheur et l’admiration de vos proches (n’hésitez pas à leur parler de ce blog). Vous ai-je dit que je prépare une version DeLuxe Platinum King size Collector ?
Epilogue
–Bonsoir maman Koala, ta journée s’est bien passée ? *bizz*
–Bonsoir papa Hérisson *bizz* oui oui, ça va. Tiens, tu as reçu un coli…
–Ah super ça doit être mon nouveau supplément de jeu de rôle : « Le Manuel des Pioches » pour la Pelle de Cthulhu. Je me suis offert le Collector : pour 30€ de plus, ils offrent un poster de mec de la DDE, hu hu hu !
–Hum. Bon : alors tu sais que ça coûte un bras, que tu en as déjà une étagère pleine, que tu n’as pas fini de lire le dernier, et que tu dois avoir le temps d’organiser à tout casser une demi-douzaine de parties par an avec tes copains ?
–Je… euh… je… je n’y peux rien, c’est plus fort que moi ! Quand j’ai reçu la newsletter qui parlait de ce supplément et proposait la précommande, j’ai craqué… je suis faible.
–Ok. Hippopotame rouge.
Image d'hippopotame rouge : Red hippo par Lutramania, Flickr
Image de lippe : Pouter par Matthew, Flickr
Image extraite du film "Le négociateur" avec Kevin Spacey
Image de François Hollande : François Hollande par Parti Socialiste, Flickr
Image de DSK : http://commons.wikimedia.org/wiki/File:DSK_Lagny.jpg
Image de Naboleon : image originale de http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Nicolas_Sarkozy_at_the_37th_G8_Summit_in_Deauville_Cropped.jpg