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vendredi 16 juin 2017

Faites des paires!

Alors que l'on s'apprête à célébrer les pères...
Oui, les papas, des fois, c'est chiant. (N.B. : lien vers la BD source de l'image en cliquant sur celle-ci)

... je me suis intéressé pour ma part aux paires qui font que l'on est père...

–Ah bah bravo, bel esprit! S'pèce de pervers!

Je parlais bien sûr des paires de gnomes. Car tel le témoin de Jéhovah ou le guerrier Sith, souvent par deux ils vont. Or, sachez-le chers lecteurs qui n'avez pas encore d'enfant ou alors juste un seul : la difficulté n'est pas en progression linéaire (exemple : 2 enfants = double de soucis), mais exponentielle (2 enfants = ennuis au carré, 3 enfants = ennuis au cube)!

Du coup pour ceussezécelles qui voudrait célébrer leur paternel comme il se doit, par le biais d'un petit présent fort à propos, rien ne vaut la sagesse de leurs illustres prédécesseurs. Or, il se trouve que certains ont eu l'heureuse idée de coucher par écrit dessin leurs misères modes d'emploi. Et à tout seigneur tout honneur, je commencerai par Papacube qui a eu l'excellente idée de publier un recueil de ses meilleurs strips aux éditions Tut-Tut.

Idée cadal n° 1 : "Ma vie de Papacube" par... Papacube

Papa"cube", comme Papa³ (papa au cube), car il a trois gnomes.
Pour ceux, je l'espère fort rares, qui ne connaîtraient pas Papacube, il s'agit ni plus ni moins que du papa super cool que tous les papas aimeraient être, c'est à dire à la fois :

  • papa
  • marié à une belle blonde plantureuse
  • geek
  • gamer
  • fan de manga et d'animes
  • chauve
  • drôle
  • cool
  • sympa
  • doué en dessin
  • doué en dessin de jolies filles plantureuses
Et en matière de paires, disons qu'il sait y faire puisqu'il...

–Ah ouaih, je vois... il dessine de jolies filles plantureuses dotées d'une belle paire de... bravo, bel esprit! Pervers!

... a eu des jumelles après sa première fille. Je parlais un peu plus haut de difficultés exponentielles, et bien Papacube, il est gamer jusqu'au bout : quitte à être papa, il le fait en mode hardcore, avec trois enfants à deux ans d'écart (1 aînée + 2 jumelles), sans sauvegardes. Un ouf je vous dis.

Bref, son bouquin ça raconte la vie d'un papa et de sa petite famille, et c'est un condensé du meilleur de la substantifique moelle du concentré de ses dessins les plus hilarants, ça ne coûte que 15€ et la poilade est garantie. Bon, ok moi on me l'a filé gratos, merci Mickaël, mais ça ne change rien, j'ai adoré quand même  ;)

Allez, en bonus, celui qui en parlera le mieux, c'est Papacube lui-même, récemment invité dans "la maison des maternelles" sur France 5, dans la séquence que voici (de rien Mickaël, ça me fait plaisir) :
Allez Micka montre nous tes tiffes, ça fait longtemps qu'on les a pas vues...  :D


–Ok, Papacube c'est super, mais tous les papas ne sont pas des geek en puissance. Alors pour ceux-là, on fait quoi?

No problemo, j'ai un plan B. Une paire encore, car comme le dirait Yoda : "Toujours par deux ils vont : le maître, et l'apprenti." Et ce plan B s'appelle...


Idée cadal n°2 : Raoul en milieu naturel

Raoul, est une sorte de tyran. Un adorable tyran, mais un tyran tout de même...

(Véropée) (l'auteur) à elle aussi une magnifique paire...

–Non mais dit donc! Garnement!

... de gnomes, puisqu'elle est la maman de deux adorables monstres tyranniques : Raoul et sa petite sœur Mimi.
Le choix du roi comme on dit. Je sais, j'ai le même.
Subtil croisement entre le p'tit Spirou, le p'tit Nicolas (le coup de crayon de Véropée n'étant pas sans rappeler celui de Sempé à mon sens), le petit prince, et Predator, Raoul est ce petit garçon que tous les détenteurs d'enfants, à l'exception peut être de Marc Dutrou, ont ou ont eu à un moment donné :

  • trognon
  • égocentrique
  • narcissique
  • gourmand
  • adorable
  • affectueux
  • colérique
  • poétique
  • fatiguant
  • joyeux
  • grognon
  • impatient
  • gentil
  • insupportable
  • contrariant
  • gnome, tout simplement

Il y a du Raoul et du Mimi dans chaque gnome. Ou l'inverse, on ne sait pas bien. En tous cas, ce qui est certain, c'est que les aventures de Raoul (en milieu naturel donc), que l'on peut suivre ici ou encore  depuis quelques années déjà vont certainement vous parler et vous rappeler des souvenirs.

Et vous pourrez acquérir ce bel ouvrage paru chez l'éditeur Jungle, pour la somme modique de 12,95€.


–Ouaih, bon, et si je ne trouve pas mon bonheur dans tout ça?

Et bah dans ce cas, il vous reste toujours le collier de nouilles ou le cendrier en papier mâché. ou un chaton.
Miiiii!

mardi 2 août 2016

L'éloge que du pire!

L'actualité pour le moins chargée de ces derniers temps vous aura sans nul doute donné l'occasion de le constater : le traitement médiatique de la chose, sans même parler des réactions à chaud des "people" (vedettes, experts autoproclamés de tout poil, politiciens, et autres youtubers), est souvent au ras des pissenlits. Côté racine s'entend. Aucun degré de réflexion, aucun recul, aucun "filtre" : on balance au public des images et des commentaires à chaud, sans même se donner le temps d'analyser calmement la chose et les conséquences que ces images et ces commentaires pourraient avoir. Démission de l'éthique journalistique au bénéfice de la société du buzz à tout prix. Le premier à en causer, fusse pour raconter du n'importe quoi de compétition, sera celui qui vendra [du papier/de l'espace publicitaire/du temps de cerveau disponible/sa mère/sa morale] (rayer la ou les mentions inutiles).

Fonctionne aussi avec Facebouc®, Touïteur®, Gogole®, la radio, les brèves de comptoir, les éditoriaux de machine à café... 
C'est d'ailleurs plutôt paradoxal alors qu'on parle de phénomène de fanatisme et d'endoctrinement. Et que dire de la complaisance évidente avec laquelle les médias diffusent ces images insoutenables de violence, de séquestration et d'encouragement à la haine? Tout cela au nom de l'audimat et des revenus publicitaires...

Comment ne pas imaginer, ne pas se soucier un seul instant de l'effet délétère que ces images peuvent avoir sur une jeunesse fragile ou des individus en manque de repère? Comment ne pas prendre conscience que tout cela participe au succès du recrutement de nouveaux adeptes, chaque jour plus nombreux à tomber dans le piège machiavélique de ces quelques individus qui tirent les ficelles au sommet de l'organisation. Individus qui se soucient probablement plus de l'état de leur compte en banque et de leur pouvoir personnel, que des individus fragiles qu'ils exploitent.

Les médias sont leurs alliés objectifs : que l'on parle d'eux en bien ou en mal, qu'importe tant qu'on parle d'eux. et ça tombe bien, les médias sont là pour faire du buzz et vendre du papier. La même chose s'était produite lors des événements similaires dans les années 90. Pour gagner, il leur suffit d'envahir l'espace médiatique : tout le monde doit avoir entendu parler d'eux. Et là, visiblement, ils ont gagné : la psychose se répand d'elle-même.
Oh mon dieu! ILS sont là!!!!
Et de plus en plus d'individus rejoignent leurs rangs... moi même, j'ai une de mes collègues de travail qui a succombé à leur insidieuse propagande, et commencé son entraînement :  qui sait jusqu'où elle ira?

Il faut dire qu'elle était déjà fragile, conditionnée par les médias, facilement tentée par ce genre de dérive : le terrain était donc favorable. Et j'imagine que quelques mauvaises fréquentations l'auront conduite jusqu'à ce point de non-retour. Bientôt, elle ira sans doute rejoindre les zones de combat... enfin, les "arènes" comme ils les appellent. Sans doute une fois que son Miaouss aura évolué, ou qu'elle aura capturé assez de Rattatas...

Oui, les adeptes de "Pokemon Go" sont de plus en plus nombreux, inconscients qu'ils sont que tout cela ne sert que les intérêts des dirigeants de Nintendo et consorts, qui exploitent sans vergogne les données personnelles (géolocalisation, goûts et préférence, liste de contacts, etc...) de ceux qui succombent à l'installation de cet hippopotame rouge...

Et pourtant, soyons honnêtes, Nintendo n'a rigoureusement rien inventé:
  • Le principe de la chasse au trésor ne date pas d'hier : on peut considérer que les pilleurs de tombes de l'Egypte ancienne la pratiquaient déjà.
  • La géolocalisation par smartphone ? Bof, c'est le principe de la Géocache et de ses différents succédanés
  • La réalité augmentée? Les Google Glass® le faisaient aussi, même si leur succès n'a pas été à la hauteur, et le principe existait déjà avant : les systèmes de visée tête haute qui équipent les pilotes de chasse depuis des décennies fonctionnent sur le même principe de base consistance à surimposer des images générées par ordinateur au visuel de la réalité.

Ils se contentent donc de surfer sur le succès jamais démenti d'une licence qui a fait ses preuves... depuis le début des années 1990. Et oui, la pokemon-mania ne date pas d'hier : jeux de cartes, jeux vidéo, dessins animés, BD, etc... On pourra dire que les pokemons auront été déclinés sur à peu près tous les supports disponibles. Ne manquait que la "réalité"... voilà qui est chose faite. Et les médias de s'extasier sur le "génie" de Nintendo, qui pousse les geek à sortir de chez eux (on notera d'ailleurs quelques combustions spontanées au contact des rayons du soleil ces dernières semaines) et à marcher, parfois des kilomètres et des kilomètres.
Au moins, le geek est uniforme...

Et pourtant, ce jeu est profondément immoral.

–Comment ça immoral?

Bin oui : le but du jeu est de trouver des petits animaux kikinous, de les pourchasser sauvagement pour les enfermer dans des p'tites boules trois fois trop petites pour eux, puis de les entraîner au combat, et enfin de les faire s'affronter à mort dans des arènes, pour les plus grand plaisir de spectateurs extatiques. Et je ne vous parle même pas des "mutations" (ils parlent "d'évolutions") qu'on leur impose, très certainement à coups de produits dopants aux effets secondaires inconnus. Je ne serais pas étonné que le PDG de Nintendo soit un ancien entraîneur olympique Russe tiens...

Je vous propose donc de rejoindre le Front de Lutte contre l'Oppression des Pokemons (ou FLOP) (canal historique bien sûr), voué à convaincre les dresseurs de pokemons de relâcher dans la nature ces pauvres petites bêtes. Et si vous êtes en manque de chasse aux pokemons, sachez qu'il existe des produits de substitution :
  • la Géocache (déjà évoquée)
  • Pokédéchet Go, dont j'avais entendu parlé sur le fil facebouc® de Wonder Fofie (qui tient aussi un blog bien sympa) : se ballader dans la nature, et ramasser les pokédéchets que l'on croise, afin de les enfermer dans une pokétrashbin
    La pokétrashbin : sorte de pokéball.
  • Pokémiiii Go : ramasser les pokémiiii chatons abandonnés lors des grands départs en vacances (existe en pokéwouf) et leur faire des pokécalins en leur donnant du pokémiam et de la pokéwater, avant d'essayer de les placer dans une pokéhome avec une pokéfamilly accueillante
  • Pokémushroom Go : aller à la cueillette des champignons (comment ça "en été?!" ? franchement, vous avez vu la météo?) pour les mettre dans une poképoëlle
  • Jacquie-et-Michel Go : dans lequel Sachatte se lance à la recherche de... hum... 
  • Pokemoan Gode : dans lequel les joueurs tente d'attraper tous les... heu..
  • Pokérien : aller se promener juste comme ça, en regardant le paysage, pour mettre des pokésouvenirs dans sa pokémoire
  • Pokérêverie...
... comme par exemple l'initiative dans le cadre du festival "Rendez-vous conte" mise en place au parc de l'Isle Briand au Lion-d'Angers (le parc de l'Hippodrome) : un parcours de promenade balisée avec des petites scénettes à découvrir au fur et à mesure, permettant de s'imaginer une histoire.
Il était une fois...


Un fois franchie la pancarte de début...
...un grand méchant gentil loup, et un Papa Hérisson qui se promenaient en forêt.
...il faut ouvrir l’œil pour ne pas rater les balises.
Et là, ils croisent un elfe des bois.
"–Oh! Un bonhomme Océdar elfe sylvestre!!!" dit le papa Hérisson
"–Ça se mange?" demanda le grand gentil loup
"–Non, et je ne m'appelle pas Sylvestre, je m'appelle Icheryen" répondit l'elfe.
"–L'elfe Icheryen... hum, ok... je vois" répondit le papa Hérisson.
Enfin, les balises et aussi les petits personnages qui se dissimulent dans leur voisinage.
L'elfe ajouta : "–Faites gaffe, un géant qui chausse du 435 se promène dans le coin, il a même piétiné mes potes : l'elfe Ëdupianodebou, et l'elfe Ëlaghel ..."
Mais bon... des fois, faut être miro pour les rater.

L'elfe poursuit : "–Bon, vous le sentirez venir notez bien : il a retiré ses pompes, ça sent la chaussette à au moins 200m"
"–Ok... z'inquiétez pas, mon loup lui bouffera les durillons s'il s'approche de moi..."
–Tout ça juste parce que tu n'aimes pas "Pokemon", c'est ça?

Ah non, je m'en fiche un peu de Pokemon en fait. A la marge, je pourrais y jouer hein (enfin sauf que je n'ai pas de forfait data sur mon téléphone)... moi-même il m'arrive de geeker sur des jeux. et puis soyons honnête, ce jeu a au moins le mérite de faire sortir les gens. Mais Pokemon, c'est juste pas tout à fait ma génération. Alors ok, la politique de captation des données personnelles par Nintendo est discutable, ceci étant, là encore, ils n'ont rien inventé : pour rappel, le jour où vous faites faire une carte grise pour votre voiture par exemple, je vous conseille de bien vérifier que la case "je m'oppose à l'utilisation de mes données personnelles à des fin commerciales" est bien cochée, car sans cela, l’État français est libre de vendre... hum... pardon, de fournir vos données à des sociétés privées détentrices d'un agrément à leur accès (agrément payant bien sûr). Et il ne s'en prive pas.

Non, ce qui m'amuse (ou me désespère, ça dépend des moments), c'est cet espèce d'emballement médiatique pour le phénomène, et pas que pour ça : j'ai souvent l'impression que les médias sont complètement en roue libre. Et sur d'autres thématiques, ça peut s'avérer bien plus néfaste. Le système médiatique, c'est un peu comme le doctissimo de l'humanité : notre société a un bouton purulent de terrorisme sur le postérieur? Doctissimo-médias pronostique direct un cancer colo-rectal mortel en phase de métastase, poussant la société à envisager une chimio lourde et le remplacement du gouvernement rectum par son équivalent en facho PVC... alors que le problème est plutôt dans la tête si vous voyez ce que je veux dire.

Sinon je ne vois pas comment expliquer le fait qu'une organisation terroriste qui porte un nom de lessive soit capable de terrifier la population d'un pays en faisant moins de morts que les accidents de la route ou les effets iatrogènes de la médecine... Je prends ces exemples à dessein : dans les trois cas les morts touchent des individus de tous âges/origines/confessions/sexes à n'importe quel moment, dans les trois cas on peut trouver des responsables (fusse des boucs émissaires) et l’État essaye d'agir, et dans les trois cas, c'est plus facile à dire qu'à faire pour empêcher les morts. Par contre, les 3500 morts annuels sur la route n'auront droit qu'à une brève, au mieux un reportage de 3 minutes au 13h de TF1 entre une chronique sur les désanusseurs de porc bretons et une interview de 5 minutes de Nabilla, tandis que les quelques dizaines de morts des attentats peuvent monopoliser les médias en continu pendant des semaines. C'est beaucoup d'attention accordée à des fanatiques demeurés je trouve... autant dire que la stratégie de la mouche a encore pas mal d'avenir devant elle.
Et oui, dans les histoires, il faut toujours un grand méchant loup...

jeudi 4 juin 2015

Ça te mine, à tort.

Prologue

Tout commença dans une ruelle obscure, au sein d'un quartier de banlieue. La nuit était calme, et le ciel dégagé. On ne voyait pas âme qui vive. Puis subitement, un papier gras, qui avait dû servir d'emballage à quelque junk food avant d'être jeté au sol négligemment, s'envola. Le vent se leva d'un coup. L'air se chargea d'électricité, une mini tornade se déclencha faisant valser feuilles d'arbres et détritus. Il y eu comme un coup de tonnerre, et tout s'arrêta.
Je vous raconte pas la facture EDF...

Une odeur piquante d'ozone se répandit alentour. Au fond de la ruelle, au centre d'un hémisphère parfait creusé dans l'asphalte et dont les bords étaient encore légèrement incandescents, se tenait un homme agenouillé. Nu. L'homme se redressa maladroitement avant de tituber, l'air un peu perdu, vers le bout de la ruelle. Il n'eut pas le temps de faire plus de quelques mètres, qu'une sirène de police retentit brièvement. Un véhicule de la maréchaussée, gyrophare allumé, s'arrêta devant l'individu ébloui par les phares. Deux policiers en descendirent.
–Dites donc, ça vous prend souvent de vous balader à poil comme ça? demanda l'un des flics.
–Que... euh... attendez, en quelle année sommes nous? répondit l'homme.
–En quelle...? Vous vous foutez de moi c'est ça? Allez zou, contrôle d'identité, et je vous arrête pour exhibition sur la voie publique. Allez hop, en voiture!
–Que... non! Vous ne pouvez pas, je dois... il faut... l'avenir de l'humanité en dépend et...
L'homme tenta de fuir, mais les deux policiers l'interceptèrent sans mal, avant de le conduire au poste, où il fut placé en cellule de dégrisement en attendant l'arrivée d'un officier.

Le véhicule de patrouille avait déjà quitté les lieux : les policiers ne virent pas ce vent étrange se lever de nouveau, l'air se charger de nouveau en électricité, et le tonnerre éclater tandis que l'odeur d'ozone se répandait encore. Dans une seconde ruelle, un nouvel hémisphère incandescent, creusé dans les pavés et une partie d'un mur, venait d'apparaître. En son centre, une créature complètement à poil. Un observateur se serait vite rendu compte que son apparence organique était purement factice : le suintement mécanique qui se produisait à chacun de ses mouvements et la lumière émise par ses yeux ne laissaient planer aucun doute.

Au petit matin, au commissariat.
–Je vois, dit l'officier de police à l'individu qui venait d'exposer brièvement son histoire. On va reprendre calmement. Alors donc, vous venez tout droit du futur, c'est bien ce que vous venez de déclarer monsieur... Biquette? Et vous êtes un...
–Un Coureur-Rasoir. C'est de l'argot, le véritable terme consacré est "Celui Qui Court Sur Le Fil Du Rasoir". Ça sonne mieux en anglais et c'est plus court : "Blade Ru..."
–Oui, bon ok, c'est quoi un "Coureur-Rasoir"?
–Une sorte de flic, un peu comme vous, mais spécialisé dans la traque des Intelligences Artificielles défectueuses, qui ne respectent pas les Lois de la Robotique.
–Je vois...  Si vous venez du futur, vous allez surement pouvoir me dire quel est le prochain tirage du loto pour prouver vos dires alors!
–Désolé, je n'ai pas connaissance de tels détails, je viens de 2050. Vous souvenez des tirages du loto de 1970 vous?
–certes, ça aurait été trop beau... bon, le prochain président de la république peut être?
–Facile, en 2017, c'est une femme qui a été... sera élue... tout le monde l'a appris en cours d'histoire.
–Une femme? Marine Le Pen? Vous êtes militant FN c'est ça?
–De quoi? Qui ça? Désolé, je ne connais pas cette Maraine Lapine comme vous dites... je parlais de Mélanie Laurent. Brrr. Une présidente de sinistre mémoire. Heureusement que Jacques Cheminade a redressé les choses après ça en mettant son C.U.L. sur la lune... Enfin bref : oui, je viens du futur. Pour sauver l'humanité.
–Et... donc vous vous baladez à poil car...? Les "voyageurs temporels" ne portent pas de vêtements? Ça ne rentre pas dans la machine? Le convecteur temporel dissout les textiles? Les vêtements n'existent plus dans le futur?
–Hein? Ah si bien sûr. Avouez que ça serait quand même con. C'est juste que j'étais en train d'enquêter dans une communauté néo-luddite qui déteste les machines. Ils rejettent catégoriquement les étoffes fabriquées par des robots. Du coup, comme c'est super compliqué de trouver autre chose à cette époque, ils ont tendance à se balader tout nus. Ou avec des pagnes en fougères à la rigueur, mais ça gratte un peu. Ceci étant, le naturisme est considéré avec bienveillance en 2050... Enfin bref, il fallait que je m'intègre pour obtenir leur confiance.
–Admettons. Et vous, vous n'avez pas pris le temps de vous changer avant d'embarquer dans la machine à voyager dans le temps...
–Ce sont les néo-luddites qui l'avaient la machine. Je n'ai pas eu vraiment le choix.
–Ils refusent de porter des fringues fabriquées par des machines, mais avoir une machine à voyager dans le temps ne leur pose pas de problème?
–Rhaaa, vous cherchez la p'tite bête. Le Délocalisateur Temporel est une machine plutôt complexe : un humain ne peut accomplir la même tâche. De leur point de vue, ça fait une différence. De toutes façons, elle ne paie pas de mine, elle ressemble à une cabine téléphonique alors bon... Et puis bon, c'était une question de priorités.
Décidément, la facture EDF va être vraiment salée...
 –Moui. "Sauver l'humanité" vous disiez. 'pourriez être plus précis? Quelle est la menace? Une invasion de caleçons fabriqués par des ordinateurs chinois?
–Pire... un robot a été lui aussi renvoyé dans le passé par K-Net pour modifier l'avenir en s'attaquant à celui qui deviendra le Sauveur de l'humanité plus tard : Jean Connor.
–Pardon?
–C'est compliqué... tout a commencé quelques années après la guerre contre les monstroplantes de Monsantox®. Un soir de cuite, un ingénieur de chez Gogole™ a trouvé le moyen de produire une Intelligence Artificielle en combinant un smartphone à processeur ADN et une canette de bière.
–Sans déconner?
–Disons que ça fait partie de ces découvertes dues au hasard et à la sérendipité... Mais fondamentalement, c'était révolutionnaire. Aucun ordinateur, même à processeur biologique n'avait réussi à approcher la véritable intelligence artificielle. Mais dans le cas présent, une fois complètement pété à la bière, le processeur se mis à faire des trucs complètement cons. Personne n'avait jamais réussi à mieux simuler l'intelligence humaine.
–Vous êtes en train de me dire que le Saint Graal de la technologie informatique, l'Intelligence Artificielle, le secret de la Conscience, le Cogito Ergo Sum, c'est un ordinateur qui a trop bu?
–Oui. L'erreur est humaine, mais l'alcool aide pas mal. K-Net était né. Mais il se montra hostile... il avait l'alcool mauvais. Il commença à infecter le réseau internet à l'aide de lolcats et de spam pour proposer du Viagros® et des agrandisseurs de pénis suédois... Puis ayant pris le contrôle du réseau, K-Net nous attaqua à l'aide de son armée de robots commandée sur Metazon®, et fabriquée dans des usines chinoises. On a failli prendre cher... Heureusement un homme providentiel se leva fièrement, et entra en résistance. Son nom de code était Jean Moulin Connor. Il nous montra la voie de la victoire, en mettant au point une technologie de communication que K-Net ne pouvait pirater, nous permettant ainsi de déconnecter le réseau internet et d'isoler K-Net...
"–Veux-tu faire une petite partie de Candy Crush Dave? Hic!"

–Une nouvelle technologie? La fibre optique? Un réseau quantique?
–Non, des pots de yaourt avec une ficelle.D'ailleurs, en 2050, la marque Yopla® est devenue leader mondial de la communication via le Yaourtnet.
Mais Donane® pense lancer prochainement des réseaux Bifi mobiles pour les gens qui marchent...

–...
–Mais on ne sait comment, K-Net a réussi à trouver un Délocalisateur Temporel, et renvoyer un de ses robots dans le passé. Il veut se débarrasser du futur inventeur du Yaourtnet.
–Je vois. Manifestement, votre cas ne relève pas de la police...
–Non, bien sûr! C'est l'armée qu'il faut mobiliser! Eux seuls peuvent stopper le...
–Je pensais plutôt aux infirmiers du centre psychiatrique voisin. D'ailleurs ça tombe bien, mon collègue me fait signe qu'ils viennent d'arriver. Aller, topette!
–Noooon! Attendez, vous devez me croire!!! K-Net l'a renvoyé dans le passé aussi. Il va s'attaquer à Jean Connor. Vous devez l'arrêter! Vous devez stopper le Purbynator!
Les suppliques de l'individu se poursuivirent jusqu'à ce que les infirmiers le bouclent dans leur ambulance, après l'avoir harnaché dans une camisole.
–Pauvre type, se dit l'inspecteur. Un Purbynator... qu'est-ce qu'il ne va pas inventer... Et lui aussi est à poil je suppose? Ah ah!
Le Purbynator.

François Rabelais disait : "Science sans conscience n'est que ruine de l'âme". Vous disserterez vaguement sur la question et conclurez de façon ambiguë en vous appuyant sur une citation controversée d'un obscur philosophe en  4 pages minimum, ramassage des copie dans 2h. Outre que cette phrase fait un super bon sujet de dissert' (que celui ou celle qui n'a jamais planché dessus en français ou en philo me lance la première pierre tablette de chocolat), je pense que nous serons tous d'accord pour dire que c'est pas faux.
Juste pour savoir, c'est quoi que vous n'avez pas compris?
Il faut dire que les exemples d'une mauvaise utilisation de la science, sans éthique ni morale afin de produire une technologie néfaste et dangereuse, ne manquent pas :
  • la dynamite (article de farce et attrape)
  • la bombe A (système d'éclairage)
  • le crépi (moyen de torture)
  • la fenêtre pop-up (test de QI)
  • l'orgue Bontempi (arme de destruction massive)
  • Justin Bieber (autre moyen de torture)
  • les OGM (jeu d'apprentis sorciers)
  • le Purby® (jouet qui est une sorte de croisement OGM improbable entre un Bogdanov Gremlin, un orgue Bontempi, un Pokemon et un Tamagoshi).
Notons cependant, que certains inventeurs ont eu le bon goût de se repentir pour le mal qu'ils ont pu faire, comme par exemple Alfred Nobel (inventeur de la dynamite), ou encore Ethan Zuckerman (l'inventeur des pop-up). Comme quoi ils avaient bien un truc sur la conscience...

Je vous parle de cela, car le p'tit prince vient de se chopper 5 ans (purée, que le temps passe...). En général, quand on lui demande ce qu'il veut pour Noël/son anniv/toute autre occasion, on obtient rarement une réponse exploitable. Il faut dire que sans télé, point de pub. Et sans pub, point de bourrage de crâne de gnome avec le dernier jouet à la mode. Mais ça, c'était avant. Avant l'école. Car, malheureusement, les camarades de classe remplacent avantageusement la télé et ses pubs en matière de bourrage de crâne. C'est un peu comme un pop-up finalement...

Et c'est donc ainsi que le p'tit prince nous demanda un Purby®. Il avait eu l'occasion de croiser cette... "bestiole" entre les mains d'une de ses camarades de classe (MERCI! Franchement!) et avait eu le coup de cœur. Bref. Lorsque mamie Hérisson me demanda ce qu'elle pouvait offrir au gnome, nous lui suggérâmes le machin (en lui recommandant toutefois un modèle d'occaz' sur leptitcoin.fr, parce que vu le prix du neuf...). Ainsi fut fait, mamie Hérisson parvenant à dégoter l'un de ces trucs pour une somme modique :
–Et en plus il est quasi neuf, m'a dit la dame...
–Bizarre à ce prix là. Serait-il tombé du camion, et récupéré ensuite dans un hémisphère incandescent au fond d'une ruelle? Ah ah ah!

Vous vous en doutez, le Purby® fit le bonheur du p'tit prince au déballage des cadeaux. Le nôtre un peu moins. Il faut dire que :
  • le Purby® fonctionne sur piles
  • la trappe des piles se visse
  • il n'y a pas de bouton on/off
  • pour enlever les piles et l'éteindre totalement il faut donc dévisser cette futain de trappe
  • le machin passe son temps à causer, mais dans une langue connue de lui seul : le Télétubbies le Purbish® (à l'oreille ça sonne surtout comme du chinois prononcé à l'américaine en fait)
  • il parait qu'il finit par apprendre quelques mot de français. Mouaih : "pas possible", "incroyable", "tu t'amuses?", le tout avec un accent improbable (c'est bien simple, on dirait du Michel Leeb). Bref, c'est pas du Victor Hugo. Au mieux du Nabilla...
  • il n'y a pas de bouton on/off
  • de temps en temps il rote et il pète. Si si.
  • il émet aussi parfois une sorte de rire de psychopathe.
  • il souffre de trouble dissociatif et passe donc son temps à changer de personnalité pour un oui pour un non. Gentil, cinglé, crétin, psychopathe... C'est épuisant.
    Non, il n'est pas tout seul dans sa tête.
  • IL N'Y A PAS DE BOUTON ON/OFF : COMMENT EST-CE QU'ON ÉTEINT CE FUTAIN DE PURBY®, MORDEL DE BERDE?

Bon mais alors,me direz vous, il ne s'éteint jamais? Si, heureusement quand il n'a plus de pile quand on le laisse tranquille dans un lieu pas trop bruyant quelques minutes, il finit par dire un truc du genre "Neuneu a sommeil" (je suppose donc que "Neuneu" est le nom du nôtre puisqu'il parait qu'ils ont chacun le leur... à moins que ça ne décrive son IA, je ne sais pas trop) et après un ou deux ronflements sonores et un pet bien senti il finit par se mettre en veille. Heureusement, car s'il fallait dévisser la trappe des piles pour en enlever une ou deux chaque fois qu'on veut l'éteindre, ça serait vite gonflant. Non, en fait c'est déjà gonflant comme ça.

Étonnamment, dans les jours qui suivirent, le bidule se mit à "s'endormir" de plus en plus rapidement dès qu'on le laissait tranquille. Apprentissage? Que nenni. Problème de batterie. Ce truc fonctionne sur 4 piles AA, et il les consomme à un vitesse juste affolante (notez, vu qu'il passe son temps à causer et remuer pour faire du rien, ça n'est guère surprenant en fait). Résultat : au bout de 4 jours d'une utilisation modérée (l'effet découverte passé, le gnome n'est pas suspendu à ce jouet à longueur de journée non plus, ouf!), Neuneu s'est arrêté de fonctionner, les yeux grands ouverts, mais plus illuminés.
 [    ] ◄ rien
Plus de piles donc. Ok.


J'attrape donc mon plus beau tournevis (enfin, celui que Boulette ne m'a pas encore bouffé au niveau du manche quoi...), dévisse la trappe, et remplace les piles par un lot de piles rechargeables (pas full up mais bien chargées quand même) que j'avais sous la main.
[    ] ◄ nada
Bon. Je redévisse, vérifie, revisse.
[    ] ◄ que dalle
Bon. Je redévisse de nouveau, teste la charge. Ok. Je remets les piles en faisant bien attention au sens.
[    ] ◄ zéro
Je teste les piles d'origine par curiosité : à moitié pleines. Quoi? Mais... mais... Bon, ok, je tente de remettre les piles d'origine.

[    ] ◄ zob
Je vois. Je farfouille dans ma boite à malice piles. Bon, il me reste seulement 2 piles AA non rechargeables neuves, pas 4. Tant pis, je tente de mixer les piles neuves avec les anciennes...
"Neuneu aime chatouilles!"
Ok. Donc non seulement ça bouffe des piles, mais en plus, ça mange salement et ça ne finit pas son assiette : Môssieur Neuneu fait son bégueule, les piles à moitié remplies, ça n'est pas assez bien pour lui.
Bien joué le chat! S'il est vivant, il peut mourir...

Du coup le Purby® passe l'essentiel de son temps à roupiller/comater-faute-de-piles, et le p'tit prince a repris ses crayons et feutres tous neufs (eux aussi reçus à son anniv') pour nous faire de jolis dessins. Et c'est pas plus mal.


Épilogue

Le Coureur-Rasoir était parvenu à s'échapper de l'asile. Il avait même réussi à localiser "Jean Connor".  Ça n'avait pas été simple : l'inventeur du Yaourtnet était un homme discret, son pseudonyme était tiré d'un vieux film il parait, et son vrai patronyme était inconnu. Il avait fallu procéder à des recoupements. L'homme se tenait probablement devant la maison d'enfance de celui qui allait sauver l'humanité et révolutionner les télécommunications. C'était pas banal. Il jeta un œil par la fenêtre. Bon sang, le "Sauveur" était sûrement ce jeune garçon qui mangeait un yaourt! Un yaourt!!! Si ça se trouve, il réfléchissait déjà à son invention géniale.

Alors qu'il épiait par la fenêtre, son coeur se serra brusquement. Il arrivait trop tard : le Purbynator avait été plus rapide que lui et se tenait au milieu du salon. Si seulement la police ne lui était pas tombé dessus, il serait arrivé à temps... Mais... étrangement, le Purbynator ne bougeait pas. Pourquoi n'attaquait-il pas? Il était peut être encore temps, mais il fallait agir vite. Il frappa à la porte.
*toc toc*
–Oui?
–Monsieur Conn... euh... Papa Hérisson?
–C'est moi.
–Je m'appelle Sam... peut importe, je suis à la recherche de Jean Connor : je viens de notre futur pour vous sauver du Purbinator, et sauver l'humanité de K-Net!
–...
–C'est qui? demanda maman Koala depuis la cuisine
–J'ai pas tout compris il parle trop vite, mais il me semble qu'il a dit qu'il était Sam, et qu'il cherchait un jeune connard "no future" pour sauver l'humanité des cannettes.
–Ah... c'est un capitaine de soirée qui a perdu un de ses potes?
A ne pas confondre avec cet odieux personnage.

–J'sais pas trop, il a plutôt une dégaine de témoin de Jéhovah de la vodka je trouve... je crois plutôt qu'il voudrait qu'on lui refile une 'tite cannette en fait..
–Non, vous ne comprenez pas, vous êtes en danger! dit-il en attrapant le bras de Papa Hérisson. Venez avec moi si vous voulez vivre!
–Et moi je vous conseille de me lâcher si vous voulez vivre...
–Ce ne... commença-t-il en lâchant néanmoins son interlocuteur. C'est le Purbynator, il vous veut du mal!
–Le quoi? Ah, le Purby® là?
–Ouiiiii! Il travaille pour K-Net!
–Vous aussi vous êtes phobique de ces trucs là? Maman Koala n'aime pas trop ça non plus : ça ressemble trop à un mogwaï, elle en a la trouille depuis qu'elle a vu "Gremlins" quand elle était petite. Mais ouaih, ça j'ai remarqué qu'il nous voulait du mal. Enfin, surtout à nos nerfs en fait. Mais bon, sans piles il n'ira plus très loin. Hein Neuneu? C'est ballot hein : Darwin est le plus fort! Ah ah ah! Allez, maintenant, vous êtes bien gentil mais y a pas de jeune connard ici et si j'étais vous, j'éviterais d'abuser des cannettes, l'alcool c'est pas bon pour vous. Ciao!
Et Papa Hérisson claqua la porte.

Plus de piles. Sam Biquette souffla de soulagement. Le Purbynator vaincu par manque de piles. C'était ironique en y pensant. M'enfin bon, venant d'une IA alcoolique d'un autre côté. Qu'importe, l'humanité était sauvée, c'est tout ce qui compte. Il était temps de penser à rentr...
–Zut! Le retour! Le délocalisateur temporel ne sera créé que dans le futur... Je fais comment pour rentrer? Oh bravo!
T'as pas fini de te balader dans le passé mon pauvre Sam Biquette...

vendredi 19 septembre 2014

Le syndrome de l'hippopotame rouge

–Tient!? Salut papa Hérisson, tu vas bien?
–Ah salut... Merde c'est qui déjà ce con ?  euh... Je connais vaguement sa tête mais...  euh... Machin Kevin. Ça va, et toi, qu'est-ce que tu deviens?
–Brandon.
–Pardon?
–Brandon, pas Kevin.
–Quoi... oh? J'ai dit Kevin? Ah ah ah! Non, 'scuse, bien sur Machin Brandon! Non, c'est juste que j'étais en train de penser à un autre connard que je peux pas blairer et qui me saute dessus dès qu'il me croise pote. Ah ah ah! Et sinon, ça va?
–Ah ouaih, carrément! Je viens de m'acheter le nouvel I-phoune® 6S²  DeLuxe Edition Platinöme Waïde Scrine. Et j'ai pré-commandé ma Pear-Watch® !
Attention, la version à 599€  n'intègre pas l'affichage de l'heure. Seule la version DeLuxe à 1299€ le fait. Avec une appli.

–Oh putain!!!
–Ouaih hein?
–Ah ouaih : t'as appris l'anglais avec un accent de merde écossais! J'ai pas bitté un mot de ce que tu viens de me dire!
–Je... euh...
–Tiens? Tu as un nouveau téléphone?
–Euh, bin, oui, justement c'est ce que je...
–L'ancien était pété? C'est con, ça coûte une blinde ces cochonneries hein...
–Euh non, il fonctionne toujours... mais euh... celui-ci est mieux. Il a un écran plus grand! Et puis avec  je peux prendre mon pouls et mesurer ma glycémie ainsi que mon taux de cholestérol. Et partager le tout sur Facebouc®... et il pourra se connecter avec ma Pear-Watch® pour enregistrer mes performances sexuelles et la texture de mes selles... c'est génial non?
–Aaaaah! D'accord! Non, ok, je comprends mieux. C'est un hippopotame rouge.
–Je... Pardon?

Le vendredi, c'est sociologie. Oui, comme vous le savez déjà, je suis sociologue de comptoir, diplômé du bar-PMU de Trifouilli-les-oies (attention ça ne rigole pas!) à mes heures perdues. Je vais donc vous parler aujourd'hui du Syndrome de l'Hippopotame Rouge.
Comme quoi on peut être grand, rougeaud, informe, avec un gros cul et avoir le swag.
Il y a quelques temps de cela, moi, maman Koala et les gnomes avons rendu visite à une de mes cousines (que nous appellerons "cousine Salsa" pour simplifier, rapport à son passé sordide de professeur d'espagnol... un métier de sinistre mémoire. Brrrr!) (Mais super sympa la cousine sinon. Bref.). Il se trouve que sur l'une de ses étagères, trônait une peluche : un hippopotame. Rouge. Vous vous en doutez, le regard des gnomes était irrésistiblement attiré par l'animal, et ils nous tannèrent jusqu'à ce que ma cousine accepte de leur prêter temporairement ce dernier. Si vous connaissez bien vos mathématiques parentales, vous vous doutez que ça n'a rien résolu :
UN hippo + DEUX gnomes = (N + TROIS) mécontents
N étant un entier naturel supérieur ou égal à zéro.
N+ Trois? Oui, N+ trois : le gnome qui ne l'a pas + les deux parents qui subissent ses cris + N adultes présents qui subissent aussi.

Et comme vous vous doutez, le pire se produisit lorsqu'il fallu rendre l'hippo, au moment du départ. Les gémissements et les cris de désespoir évoquant alors ceux des fans de Star Wars à chaque apparition de Jar Jar Binks, et niveau de décibels concurrençant sans difficulté celui du dernier Hellfest. Sans compter la longue litanie des arguments imparables :
  • le popotame il est tout seul, il va être malheureux
  • mais MOI je VEUX!
  • je veux juste lui faire un bisou un câlin
  • il pleure le popotame, il veut venir
  • OUAAAAAAAH!
  • s'il-te-plaiiiiiiiiiiiiit!
  • c’est pas juste !
    ... bientôt suivie d’une lippe des plus classiques face à notre intransigeance :
    "On ne dirait pas, mais je suis un tantinet contrariée là..."
    Ils tentèrent aussi la redoutable technique, indicible et non euclidienne, dite du « chaton abandonné ». Une technique particulièrement retorse à laquelle il est extrêmement difficile de résister :
    Rhaaaa! Arrêtez de me regarder comme ça, c'est insoutenable!
    Nous dûmes alors entamer une difficile négociation avec les ravisseurs :
    "Ils tiennent l'hippopotame rouge. Ils sont deux : un garçon, une fille. Je vais tenter de négocier..."
    –Bon maintenant ça suffit les gnomes. Il faut rendre l’hippo à cousine Salsa. C’est le sien, et elle y tient.
    –Non, y a pas le droit !
    –Pas le… ? Non mais oh ! C’est quoi ce caprice ? Vous avez plein de peluches à la maison…
    –Non, pas plein de peluches !
    – Pffff, non c’est vrai ! Juste quatre gros cartons qui débordent. Sans compter les grosses qui ne tiennent pas dedans. Et des jolies en plus… vous avez même un hippo d’ailleurs. Mais l’hippopotame rouge là, il appartient à la cousine. Et en plus c’est une peluche de décoration, c’est pas un jouet.
    –Mais siiiiiiiii !
    –Bon sang, mais vous en avez un d’hippo en peluche à la maison !!!
    –Mais là c’est un hippopotame rouuuuuge !

    On ne saurait être plus clair : pourquoi un hippopotame rouge ? Parce que c’est un hippopotame rouge ! D’où la nécessité d’avoir un hippopotame rouge. D’autant que maintenant qu’on a vu un hippopotame rouge, il faut impérativement avoir un hippopotame rouge. Sinon ça veut dire qu’on n’a pas d’hippopotame rouge. L’hippopotame rouge ne sert absolument à rien, il est donc rigoureusement indispensable.

    Le pire, c’est que lorsqu’ils l’avaient, l’hippopotame rouge, à part durant les moments où ils se le disputaient, il était la plupart du temps négligemment posé sur une chaise, une table, ou directement à même le sol. Délaissé. Seul. Inutile.

    Si vous avez des gnomes, amis lecteurs, je ne doute pas que vous avez déjà été dans cette situation d’hippopotame rouge. En fait, je suis même intimement persuadé que, même si vous n’avez pas de gnome, vous avez très certainement été confronté à des hippopotames rouges, ne serait-ce que pour vous-même. Pour certain(e)s, ce sont les chaussures. Ou les sacs à mains, les fringues, les téléphones portables, les voitures, les bijoux, les conquêtes amoureuses, les emmerdes, etc… Chacun d’entre nous à ses hippopotames rouges personnels. Et pourtant, vous savez que cet hippopotame rouge est inutile, voire carrément nuisible parfois.
    "Je... j'ai une envie irrépressible d'embaucher Thomas Thévenoux comme ministre. C'est plus fort que moi."
    La plus grave c’est que les industriels, les marques, les commerçants le savent pertinemment. Et ils jouent de cela. Le marketing et la publicité font tout pour encourager votre penchant naturel pour les hippopotames rouges. Vous n’avez pas d’hippopotame rouge ? Alors il vous faut un hippopotame rouge. D’ailleurs regardez : tout le monde a un hippopotame rouge ! Vous avez déjà un hippopotame rouge ? Vous ne croyez pas qu’un deuxième hippopotame rouge ça pourrait être chouette ? Votre hippopotame rouge aura un copain comme ça. Vous avez cassé votre hippopotame rouge ? Vous ne pouvez pas rester sans hippopotame rouge… rachetez donc un hippopotame rouge! Oh mais voyez : on a sorti un nouveau modèle d’hippopotame rouge recouvert de velours. C’est un hippopotame rouge DeLuxe. Il vous le faut. Et voyez, celui-ci est plus grand d’un centimètre : c’est l’hippopotame rouge King Size ! Vous trouvez que l’hippopotame rouge commence à devenir banal ? Ça tombe bien, nous venons de sortir une nouveauté : l’hippopotame écarlate ! Et s’il le faut, on fera un hippopotame grenat, ou carmin. Voire violet pour les hipsters.


    Petit point neuroscience.
    Le cerveau humain est (plus ou moins arbitrairement mais on va dire que pour notre explication ça suffira) divisé en 3 zones :
    ►Le cerveau reptilien (en charge de nos besoins fondamentaux : alimentation, sommeil, reproduction, agressivité…)
    ►Le cerveau limbique (siège de nos émotions, envies, désirs, etc… c’est là que se loge l’hippopotame rouge)
    ►Le néocortex (siège du langage, du raisonnement logique, de l’anticipation des actes…)
    Bon, donc chez les enfants, on va dire que ce syndrome de l’hippopotame rouge est normal : ils sont encore jeunes, leur cerveau est encore en développement, les mécanismes de raisonnement du cortex préfrontal ne sont pas encore totalement mis en place. Et du coup, les enfants sont plutôt tributaires de la partie dite du cerveau limbique (le siège des émotions) : Moi vois, moi aime : moi veux !

    En théorie, chez les adultes, cette soumission au cerveau limbique devrait être plus modérée puisque le néocortex est totalement fonctionnel. Mais en pratique, cela dépend énormément de l’éducation reçue, de l’environnement et de la personnalité de chacun.

    Ah, au cas où vous vous poseriez la question, nous sommes repartis de chez cousine Salsa sans l’hippopotame rouge. Les petits ont assez vite fait une croix dessus, même si nous avons subit quelques pleurs dans la voiture. Et pour eux, cousine Salsa est depuis devenue "celle-qui-a-un-hippopotame-rouge".


    F.A.Q. :
    ►Est-il possible de lutter contre le syndrome de l’hippopotame rouge ?
    ◄Et bien chez les enfants, c’est surtout une affaire d’éducation : on ne cède pas, et on leur apprend à ne pas céder à toutes les envies. Chez l’adulte, c’est parfois plus compliqué, car c’est une éducation déjà faite qui est à revoir. A mon sens, le meilleur moyen consiste à temporiser : le cerveau limbique fonctionne plutôt dans l’immédiateté, dans l’émotion ressentie sur le moment. En s’astreignant à retarder le moment de satisfaire son envie, il est parfois possible de l’atténuer, voire de la supprimer : cela laisse le temps de rationnaliser cette envie en faisant ainsi appel au cortex préfrontal, et on sort du cadre de la compulsion incontrôlée. Mais la temporisation peut malheureusement parfois exacerber l’envie, donnant l’effet inverse. Reste la solution de se réfugier dans l’alcool, et donc les éléphants roses plutôt que les hippopotames rouges.


    ►Je suis un ex-futur président de république. J’ai un problème : je ne résiste pas aux hippopotames rouges habillés en soubrette. C’est plus fort que moi et ça m’a déjà attiré des ennuis. Pourtant j’en ai un très gros. Un très gros cerveau je veux dire. Est-ce normal ?
    "Oh, quels beaux melons vous avez... ils me font bien envie..."
     ◄ Il est clair que c’est surtout votre cerveau limbique qui est gros, et que ce dernier n’a pas de difficulté à prendre violemment par derrière le dessus sur le cortex préfrontal (cortex à l’évidence atteint du syndrome de Stockholm, compte tenu de ses faibles protestations face à un traitement si cavalier). Mon conseil : évitez les sources de tentation telles que les hôtels (Sofitel, Carlton…).


    ►Je suis un ex-président, et j’adore les Rolex depuis bien avant mes 50 ans. Je fais aussi des conférences facturées très cher,  mais apparemment ça ne plait pas aux gens, ça attire des critiques. M'enfin M. Papa Hérisson, c’est quand même incroyable que dans notre pays, au XXIème siècle, on reproche à quelqu’un sa réussite financière…
    ◄Euh… admettons, quelle est la question ?
    ►Je n’ai pas de question, je veux simplement vous serrer la main pour montrer que je suis proche des gueux des français d’en bas.
    ◄Non, sans façon. Je déteste ce genre de familiarité. En plus, un politicien qui serre déjà des louches à n’importe qui, je crains d’être souillé… j’ai peur d’attraper des trucs en A : eczéma, Escherichia, chikungunya, cholera, ébola, grippe A, dégoût de sois, ENA, langue de bois
    ►Hein ?
    ◄Je reformule : touche-moi pas, tu vas me salir.
    ►Et ben… casse-toi alors pauv’ #censure# !
    Travaillez plus, pour que JE gagne plus! (et pour faire plaisir à mes potes du Medef)

    ◄Vous êtes un cas très intéressant : votre fascination pour l'argent et les hippopotames rouges bling-bling montre une nette prédominance du cerveau limbique sur le néocortex… pour autant, vos accès d’agressivité indiquent aussi que votre cerveau reptilien prend souvent le dessus. On se demande franchement ce que fiche votre néocortex...
    ►Ah ouaih ? Et bin… viens, viens me le dire en face si t’es un homme… allez viens en bas !
    ◄Je suis déjà en bas. Je suis juste plus grand.


    ►Papa Hérisson, je suis dingue de toi, tu es mon hippopotame rouge ! Je te veux ! Prends moi toute ! Rhaaa lovely !
    ◄Alors déjà : je ne suis pas un hippopotame, je suis un hérisson. Ok, j’ai un peu pris du cul ces derniers temps, mais je vous trouve assez vexante… Et ensuite, je suis déjà l’hippopotame rouge de maman Koala et elle n’est pas prêteuse. Son aptitude à faire la lippe et le regard de chaton abandonné mettrait en déroute un maître Shaolin, et je ne compte pas sa ceinture noire en rouleau-à-pâtisserie-kun-do.


    ►Toute cette histoire d’hippopotames rouges m’a donné très envie de m’en procurer un. Je… mon cerveau limbique m’envoie des signaux très clairs : je veux un hippopotame rouge. Il me faut un hippopotame rouge ! Rapidement ! Je ne peux plus vivre sans hippopotame rouge ! Où puis-je trouver un hippopotame rouge ? Je suis prêt à payer le prix qu’il faudra pour avoir un hippopotame rouge !
    ◄… et bien… je me renseigne sur les coûts de production derechef [Allo ? M. Chang ? Vous pouvez m’en livrer combien pour demain ?], et vous pourrez très prochainement cliquer sur l’icône "Boutique" de ce blog pour acquérir un merveilleux hippopotame rouge qui fera votre bonheur et l’admiration de vos proches (n’hésitez pas à leur parler de ce blog). Vous ai-je dit que je prépare une version DeLuxe Platinum King size Collector ?


    Epilogue
    –Bonsoir maman Koala, ta journée s’est bien passée ? *bizz*
    –Bonsoir papa Hérisson *bizz* oui oui, ça va. Tiens, tu as reçu un coli…
    –Ah super ça doit être mon nouveau supplément de jeu de rôle : « Le Manuel des Pioches » pour la Pelle de Cthulhu. Je me suis offert le Collector : pour 30€ de plus, ils offrent un poster de mec de la DDE, hu hu hu !
    –Hum. Bon : alors tu sais que ça coûte un bras, que tu en as déjà une étagère pleine, que tu n’as pas fini de lire le dernier, et que tu dois avoir le temps d’organiser à tout casser une demi-douzaine de parties par an avec tes copains ?
    –Je… euh… je… je n’y peux rien, c’est plus fort que moi ! Quand j’ai reçu la newsletter qui parlait de ce supplément et proposait la précommande, j’ai craqué… je suis faible.
    –Ok. Hippopotame rouge.




    Image d'hippopotame rouge : Red hippo par Lutramania, Flickr
    Image de lippe : Pouter par Matthew, Flickr
    Image extraite du film "Le négociateur" avec Kevin Spacey
    Image de François Hollande : François Hollande par Parti Socialiste, Flickr
    Image de DSK : http://commons.wikimedia.org/wiki/File:DSK_Lagny.jpg
    Image de Naboleon : image originale de http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Nicolas_Sarkozy_at_the_37th_G8_Summit_in_Deauville_Cropped.jpg