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vendredi 5 février 2016

Atomique-mique-mique ♫♪


Prologue
(pour rappel, le début est ici)

Paul Bismuth me regardait avec l'air consterné.
–Des tonnes d'un produit artificiel et dangereux?
C'est comme les radiations, ça fait saigner des yeux.
 –C'est ce que je viens de dire oui. Je parle du plutonium évidemment. Avant le XXème siècle, il n'existait probablement qu'à l'état de traces infimes sur Terre. Aujourd'hui, ce sont environs 500 tonnes qui se trouvent dans les réserves des différents états nucléarisés. Or cette matière est très dangereuse...
–Bon sang, je savais bien que le nucléaire était une dangereuse invention humaine! Il faut...
–Alors ça par contre non. Stricto sensu, les réactions nucléaires sont naturelles.
–Que... hein? Mais je croyais que... vous venez de dire que c'était dangereux? Je pige plus rien...

Je soupirai en contemplant les hipster qui se saoulaient au smoothie autour de nous.

–Mon pauvre Paul... vous tombez dans ce vieux piège sémantique copieusement utilisé par les grosses entreprises polluantes qui veulent faire du Greenwashing à bon compte. Naturel ne veut pas dire que c'est écologique, ni que c'est sans danger. En l'occurrence, c'est potentiellement TRES dangereux.
Mais si, c'est écolo : ça ne produit pas de CO2 voyons...

–Je... euh... mais... comment ça peut être naturel?



Ah, pour ça, il va falloir détailler un peu le fonctionnement d'un atome tout d'abord.

Avertissement liminaire :  vous vous souvenez d' "Il était une fois la vie..." ? C'était un dessin animé super bien fichu pour expliquer un peu comment fonctionne votre organisme... Pour autant, je suis sûr que personne parmi vous ne s'imagine que ses globules blancs ressemblent à des gentils p'tits bonshommes en combinaison spatiale qui viande des virus à tête de Sarkozy sur fond de musique symphonique...
Regardez bien, Sarko est en bas à gauche...
Et bien les représentations de l'atome que je vais vous présenter, c'est pareil : c'est juste une représentation. Pas la réalité. N'allez donc pas vous imaginer que dans la réalité, un atome ça ressemble à l'un de ces modèles classiques :
Le dernier a ma préférence. De loin.
D'après la physique quantique, la réalité est très différente, et pratiquement impossible à représenter. Mais on s'en fiche, l'important c'est qu'on comprenne comment ça fonctionne, alors les modèles suffiront.


Les atomes, c'est comme le guacamole
Ici un schéma des différentes couches électroniques. Avec un peu de sel, c'est délicieux. Et mélangeant, on obtient un guacamole plasma d'électrons qui... hem. Bon.

Comme on l'a vu la dernière fois, un atome, c'est comme un avocat, il est constitué :
  • d'un noyau
  • d'une délicieuse chair verte un nuage d'électrons autour
Le noyau est positif, et les électrons sont négatifs, ce qui fait que l'ensemble du bouzin est neutre électriquement parlant. Accessoirement, cela permet le phénomène de l'électricité : les électrons situés à la périphérie peuvent sauter d'un atome à un autre.
Bon, des fois ça merde : le gap énergétique est trop important. On dit que le matériau n'est pas conducteur.
Comme ils emportent leur charge électrique négative, la charge se déplace : c'est le courant électrique. Mais revenons au fameux noyau, car c'est lui qui nous intéresse dans les réactions nucléaires...

–Ah bon? Mais je croyais qu'on voulais produire de l'électricité justement? C'est pas au niveau des électrons que ça se passe?

Oui, mais on ne peut pas chaparder les électrons aux atomes car :
  1. c'est compliqué
  2. c'est mal, on ne vole pas
  3. c'est pas les électrons en eux mêmes qui font le courant, c'est leur mouvement
  4. c'est mal, on ne vole pas
  5. les nature n'aime pas les déséquilibres : l'atome tend à rester neutre
  6. c'est mal, on ne vole pas
Donc, comme dit dans le dernier article, on va juste utiliser une réaction utilisant les forces fondamentales de l'univers et la toute puissance du chaos nucléaire pour... faire bouillir de l'eau. En produisant de la chaleur. Et faire tourner une grosse dynamo avec la vapeur. Voilà voilà. Bon, excusez-moi, je dois aller chercher mon lance-roquettes, j'ai une mouche qui me gonfle.

Hum. Bon, donc : comme on l'a déjà dit, le noyau est lui même composé d'un certain nombre de nucléides. Les nucléides, ce sont les protons et les neutrons qui, en physique des particules, appartiennent à la famille dite des baryons...

–Pourquoi, ils ont une voix grave? Ils chantent bien l'opéra?

Que.... hein? Non, j'ai dit Baryon, par baryton! Cherchez pas, les physiciens inventent toujours des noms à la con. Je vous présente donc Proton et Neutron BARYON.
Oui, le proton est plus souriant. C'est normal, il est toujours positif.


Les protons sont très optimistes : ils sont super positifs tout le temps. Ce qui neutralise la charge négative d'un électron plutôt pessimiste lui...
L'électron... c'est vrai qu'on le sent négatif quand même...
Comme les contraires s'attirent, ils ont tendance à se mettre en couple. Dans un atome, qui est neutre électriquement, il y a donc autant de protons que d'électrons. C'est la parité. Le nombre de protons détermine la nature de l'atome et sa position dans le tableau de Mendeleïev (souvenez-vous).

Les at home et leurs positions. Attendez, euh...

Ce nombre de proton est aussi appelé le Numéro Atomique de l'atome. Pour l'Hydrogène, le plus petit des atomes, c'est le chiffre 1 (1 seul proton). L'Hélium, c'est 2, etc...
Oui, l'hydrogène, c'est un proton célibataire avec son électron à charge.
Les neutrons quand à eux sont neutres. Comme les protons sont de même charge, ils ne s'aiment pas. Ils tendent à se repousser, comme des aimants de même pôle. Où comme les joueurs d'une équipe de foot qui se font des blagounettes du genre sextape, toussa... Les neutrons permettent de diluer les protons, et de maintenir la cohésion du noyau en faisant de gros câlins à tout le monde.
"–Bonjour, je suis un Neutron, et j'adoooooore les câlins!"
Mais des fois, trop de câlins tuent le câlin...

She's a Barbie girl, in a Barbie world : she is a top isotope

Les atomes d'un même élément (une même matière) sont tous identiques. Mais certains le sont plus que d'autre... En effet, le nombre de neutrons n'influe pas sur la nature d'un atome : ainsi, un même élément peut présenter des atomes qui auront tous le même nombre de protons (sinon, ça n'est plus le même élément) mais un nombre différent de neutrons : un peu plus pour certains, un peu moins pour d'autres.
Ces deux atomes d'Uranium sont identiques, mais l'un des deux a un peu plus de neutrons.
On parle alors de lutte de classes d'isotopes : même matière, même propriétés chimiques, mais masse légèrement différente (bin oui, qui dit plus de neutrons, dit atome plus lourd rondeurs pleines de charme).
Le deutérium : un isotope compatible avec les Manif' pour tous...

Si le nombre de neutrons n'affecte pas les propriétés chimiques de l'atome (capacité à se lier à Ken d'autres atomes, couleur, conductivité électrique, etc...), le nombre de neutrons a en revanche un effet sur sa masse, et peut aussi avoir un effet sur la stabilité du noyau, c'est à dire sur sa capacité à nous les se briser... C'est normal : plus on est de fous, plus on rit. Certains isotopes sont moins stables que d'autres. Ceux qui sont instables ont tendance à se désintégrer...
Non, pas comme ça.
 ... c'est à dire à émettre des rayonnements (neutrons, électrons, etc...) pour se transformer en atomes plus stables. Ces isotopes radioactifs sont appelés Radio-isotopes. Cette désintégration peut se faire de deux façons :
  1. par transmutation ou désintégration β
    "–Transmutation!"
  2. par fission (en langage de physicien, ça veut dire "brisure") nucléaire
    "–Cassé l'atome, cassé!"
La désintégration pour les Bêta
Mais non, j'ai dit Bêta!
Si vous avez bien lu le dernier article, les rayons Bêta ça doit vous dire vaguement quelque chose. En pratique, on parle de désintégration β (β+ ou β-) quand un atome instable se transmute en un autre en balançant un lepton à la cantonade.

–Hein? Il balance du thé?
 
J'ai lepton, pas Lipton. Les leptons, c'est comme ça que les physiciens appellent les particules de la famille des électrons. Je vous l'ai déjà dit, ce sont de gros déconneurs les physiciens. Dans le cas présent, les leptons considérés ce sont l'électron (β-) et le positron (c'est la version antimatière de l'électron, de charge positive d'où le terme de β+.

–Bon mais la transmutation... c'est pas un truc d'alchimiste ça? Le plomb en or, toussa...

Si. Carrément. Et à l'arrivé de la théorie atomiste, à la fin du XIXème siècle, beaucoup de physiciens pensaient que la transmutation était de fait impossible. Mais en fait si... sous certaines conditions. C'est à dire pas sous forme d'opérations chimiques comme le pensaient les alchimistes : il s'agit d'une réaction nucléaire, naturelle ou provoquée.

–Donc on peut vraiment changer le plomb en or?

Techniquement c'est faisable, mais l'opération nécessite de gros moyens et pas mal d'énergie. Donc aucun intérêt sur le plan financier, d'autant que l'or obtenu pourrait fort bien s'avérer radioactif... Mais revenons à nos leptons.

Quand un isotope est instable, mal dans sa peau, il faut qu'il change pour se sentir mieux. Et du coup, parfois, l'un de ses neutrons décide de faire son coming out : il dit qu'en fait il s'est toujours senti proton dans l'âme, et décide qu'il va entamer sa transition.
"–Oh bon sang! Une charge positive!!!"
Comme un neutron c'est neutre, merci M. de La Palisse, pour devenir proton positif, il faut qu'il se débarrasse d'une charge négative, c'est à dire un électron. Donc une radiation β-. Au passage il largue aussi une particule qu'on appelle neutrino (ça c'est pour équilibrer l'équation), mais pour notre explication, on s'en cogne du neutrino.
L'électron (β-) se barre à gauche, le neutrino à droite.

Si vous avez bien suivi ce que je vous ai dit jusqu'ici : notre isotope se retrouve donc avec un neutron en moins, mais un proton en plus (ou plusieurs si plusieurs neutrons font leur transition). Il s'est donc transmuté en un atome différent. Par exemple, l'Hélium 6 (2 protons et 4 neutrons) a tendance à se transformer en Lithium 6 (3 protons et 3 neutrons), plus stable. De la même façon, l'Uranium 239 a tendance à se transformer en Plutonium 239.

La désintégration β+ c'est la même chose, sauf que cette fois, c'est le proton qui ne se sent pas bien avec sa charge positive. Il veut explorer son côté neutre, et pour se faire, il se débarrasse d'une charge positive sous forme d'un anti-électron (ou positron, β+) et la encore d'un  fucking neutrino dont on se contrebalance. Ce faisant, notre brave proton devient un neutron, et notre isotope devient donc un autre atome avec un proton en moins. Par exemple, le Fluor 18 (9 protons, 9 neutrons) a tendance a se transmuter en Oxygène 18 (8 protons et 10 neutrons).

Ça, c'était pour les désintégrations β. Passons à la fission...

Fission impossible
"–Bonjour Jim, votre fission si vous décidez de l'accepter..."
A l'exception de l'Hydrogène, qui est déjà l'élément le plus simple, tout atome peut fissionner, c'est à dire se briser. Certains le font naturellement pour des raisons d'instabilité émotionnelle. Pour d'autres, plus stables, le seul moyen d'y parvenir est d'y aller à la bourrin, et de leur balancer une particule dans la mouille pour les éparpiller façon puzzle, ce qui peut se faire avec un accélérateur de particules par exemple.
"–Prends ça sale isotope de mes deux!"
Le principe est simple comme des légo : vous prenez un gros machin constitué d'un certain nombre de brique, et vous le démontez pour récupérer les briques pour former des bidules constitués chacun de moins de briques.

–Euh...

Ok. Prenons un exemple : l'Hélium 6 dont j'ai déjà dit qu'il avait tendance à se transformer en Lithium 6. Des fois, cette transformation elle ne lui plaît pas.

Ne me demandez pas pourquoi, c'est comme ça : l'Hélium 6 est un gros capricieux. Au lieu de ça, il préfère se casser en deux pour former de l'Hélium 4 et du Deutérium (grâce à un neutron qui fait sa transition β- au passage).
L'épisode n'évoque que les noyaux. La garde des électrons sera réglée par le juge

Outre les  noyaux issus de la désintégration, et d'éventuelles radiations produites durant l'opération, ce phénomène produit de la chaleur. C'est peut être un détail pour vous, mais pour Areva ça veut dire beaucoup ♫♪ car c'est cette chaleur qui nous intéresse dans un réacteur nucléaire.

Les particules aussi ont leur période
Fabrication d'un Tompox®

La plus ou moins grande capacité de chaque isotope à se désintégrer, quelle que soit sa méthode préférée, est caractérisé par sa Demi-Vie...
"–Meurs, pourriture d'isotope zombie!"
... ou Période Radioactive, c'est à dire le temps nécessaire pour que la moitié des atomes de l'isotope concerné se désintègrent et arrêtent donc de faire les cons. Accessoirement, c'est le temps nécessaire pour que la radioactivité émise diminue de moitié. Attention : ça ne veut pas dire que la matière n'est plus dangereuse au terme de sa demi-vie, juste qu'elle l'est moitié moins.

–Mais donc au bout de deux demi-vies, c'est ok?

Bin, non, même pas. On divise encore par deux : ça sera un quart de la dangerosité initiale. Et ainsi de suite. Pour dire qu'il n'y a plus de danger, on se basera donc sur le temps nécessaire pour la radioactivité ne dépasse plus les doses admissibles. Et ça peut être long : la demi-vie de certains éléments se compte en milliers d'années! D'autant que souvent, la désintégration d'un élément n'aboutit pas à un élément stable, mais à un élément lui même instable et radioactif, qui va se désintégrer à son tour, et ainsi de suite... On appelle cela des chaînes de désintégration, ou encore des désintégrations en cascade. Du coup, les Périodes radioactives cumulées peuvent finir par être longues. Très longues...

Ainsi, certains radio-isotopes produits dans les réacteurs nucléaires peuvent être dangereux pendant plus de 100.000 ans.

–100... 1000?

Oui. Cent mille ans. Cent fucking millénaires! Je rappelle que notre espèce, l'Homo Sapiens Sapiens existe depuis grosso modo depuis 75 000 ans. A titre d'exemple, si les égyptiens antiques avaient eu des centrales nucléaires et utilisé les pyramides pour stocker leurs déchets, 7000 ans plus tard les égyptologues auraient été frappés par une malédiction des Pharaons qui leur aurait brûlé les chairs, fait perdre dents et cheveux, et liquéfié leurs organes en quelques heures ou quelques jours. Autant dire un truc qui a de la gueule en termes de malédiction.

Mais je ne doute pas qu'Areva sera encore là dans 100 000 ans pour éviter ce genre de boulette... hein? Hein? Chut. Oui. Ça va bien se passer.


C'est la nature. Ou les haricots, je ne sais pas...
Je sais, ça envoie du rêve.

Ces réactions nucléaires de désintégrations se produisent d'elles-mêmes dans la nature, de façon ponctuelle. Et il existe même des réacteurs nucléaires naturels!

Alors oui, bon, c'est quelque chose de naturel. Mieux : le soleil lui-même n'est qu'un gros réacteur à fusion nucléaire (oui, je n'ai pas encore détaillé la fusion, mais j'y reviendrai un fois prochaine, à chaque jour suffit sa peine). Mais c'est pas une raison pour coller des centrales nucléaires partout.

–Bah pourquoi? Si c'est naturel, où est le danger?

Pour rappel, le pétrole est une substance naturelle aussi à la base...
Je vous épargne les images d'animaux mazoutés, hein...
Le mercure et l'arsenic aussi si on va par là... Évidemment, c'est une question de dose.

Le nucléaire, c'est un peu pareil. La plupart des radio-isotopes existent dans la nature. MAIS, beaucoup d'entre eux sont rares, voir rarissimes, car ils sont arrivés sur terre lorsque celle-ci s'est formée il y a 4,5 milliards d'années. Du coup, de par leur Période radioactive, beaucoup de ces éléments se sont complètement désintégré au fil du temps, ne subsistant qu'à l'état de traces. Ainsi la radioactivité naturelle sur Terre est suffisamment faible pour permettre la vie. Cette radioactivité naturelle est peut être même bénéfique puisqu'elle pourrait être en partie responsable de l’Évolution et de la biodiversité, en favorisant quelques mutations ponctuelles.
Ouhla! Oui mais là non quand même...

Le soucis, c'est que les réacteurs nucléaires produisent des radio-isotopes, comme le plutonium par exemple, qui sont extrêmement toxiques, pendant des durées relativement longues. Et pas qu'un peu : des centaines de tonnes. Et ces isotopes génèrent une radioactivité très supérieure à la radioactivité naturelle : des doses mortelles...
Et ces cochonneries, il va bien falloir les stocker quelque part, pendant des milliers d'années, car on ne sait pas les éliminer.

–Mais pourquoi s'entêter alors? C'est débile... Il n'y a pas moyen de faire du nucléaire sans déchets? Sans plutonium?

Sans déchets... non. Avec des déchets de plus courte durée de vie et sans plutonium, si.

–Et bin alors? Pourquoi on ne le fait pas?

Et bien le soucis, c'est que ce plutonium présente un intérêt. Un intérêt... militaire. Il existe bien des filières non productrices de plutonium, mais elles n'ont pas été privilégiées, principalement pour des raisons stratégiques. Et c'est dommage, car en plus, nos centrales classiques, productrices de plutonium, sont plus susceptibles de connaître des accidents graves...

A suivre...

jeudi 5 février 2015

T'as qu'à croire...

L'autre jour, alors que les gnomes et moi revenions de promenade avec les chiens...

Oui, "les", j'avais oublié de vous dire...

Je sais, l'album de famille n'est pas à jour, il faut que je l'actualise. Nous avons adopté début décembre une jeune chienne âgée de 3 mois, en plus de notre Colley... C'est un croisement entre un Berger Belge et un Berger Blanc Suisse (notez qu'on vise des pays ou les chocolats sont plus réputés que les chiens).
Un croisement bien sympathique
Enfin c'est ce qu'on croyait, parce que visiblement on est plus près de l'improbable croisement entre :
  • un diable de Tasmanie : pour l'aptitude à bouffer tout et n'importe quoi. En grosses quantités. Je ne rigole pas : elle bouffe même les pots de fleur. Oui, les pots pas les fleurs. Enfin, les fleurs aussi en fait. Et : oui, les pots en terre cuite, pas en plastoc. Oui, je sais ça croustille sous les crocs. Le son produit est absolument atroce. Elle bouffe aussi le charbon de bois (froid je vous rassure) qui tombe parfois de la cheminée. Et elle dévore les livres. Littéralement je veux dire, car elle n'a aucune passion pour la lecture.
  • Une chauve-souris : rapport aux grandes oreilles, et au fait qu'on a l'impression qu'elle vole autour de nous en s'énervant lorsqu'on apporte la gamelle.
  • Une hyène : surtout à cause du museau charbonné et du pelage noir-beige-beige clair passablement bringé (sinon elle est un peu ratée car ses oreilles sont pointues et non arrondies). Enfin ça et l'haleine de chacal lié au fait qu'elle bouffe les carcasses de piaf et de souris que les chats nous ramènent, ainsi que les coprolithes laissé ça et là par ses congénères. Yerk!
  • un kangourou : rapport au fait qu'elle ne cesse de bondir dans tous les sens pour manifester sa joie, bousculant par la même occasion tout ce qui est susceptible de l'être : gnomes, vaisselle, vieilles en déambulateur, vase Ming inestimable de tata Cunégonde...
  • un pokémon : elle ne cesse d'évoluer. Elle grossit (pu###n, mais qu'est-ce qu'elle grossit! 15 kg à 4 mois, 20 à 5 mois... vous imaginez le bestiau adulte?), elle change de texture et de couleur de poil (passant du blanc-beige texture doudou au beige-marron-noir texture chameau), et développe de nouvelles capacités (enfin, disons qu'elle arrive à bouffer des trucs qu'elle ne bouffait pas avant quoi... en classe de pokémon, je penche pour une sorte d'enzyme glouton).
  • Une moufette (ou sconse) : rapport aux flatulences délicatement parfumées, et sans doute assez proches de ce que mes grands-pères ont respiré dans les tranchées en 14-18, que l'animal lâche sans vergogne à tout bout de champ.
  • l'escargot : elle bave beaucoup en voiture (quand elle ne vomit pas).
Bon, mais sinon elle est mignonne et affectueuse, et on sent qu'elle nous adore. Heureusement d'ailleurs, parce que vu les dégâts qu'elle fait déjà...
Encore en train de bouffer un truc... pfff...

Bref, toujours est-il qu'il convient de sortir et de défouler l'animal régulièrement. On en profite pour sortir le Colley aussi, mais par nature, et à plus forte raison de par son âge, il est beaucoup plus calme. D'ailleurs c'est rigolo : j'ai eu l'occasion de fréquenter plusieurs colleys, et systématiquement, ils sont assez "précieux"... genre à pas marcher dans les flaques d'eau, à manger lentement et en triant si besoin (j'ai déjà vu des médocs laissés de coté avec méthode), toussa. Le zébulon par contre, elle est super rustique et se contrefiche des flaques d'eau comme de la boue ou du contenu de sa gamelle (tant que ça se mange. Enfin, disons tant que sa mâchoire arrive à le réduire en morceaux plus petits). Bref...

L'autre jour, donc, alors que les gnomes et moi revenions de promenade avec les chiens, nous passâmes devant l'église du village, où une chorale était en train de répéter. Et là, le P'tit Prince me demande :
–Dit p'pa, c'est quoi une église?
Ceci est un moment de solitude.
–Euh... une église, c'est euh...
–Oui?
–Et bien, c'est un lieu, comme une maison, où se réunissent les gens qui croient en Dieu... et merde, pourquoi j'ai parlé de dieu moi.
Et bien sûr, comme il fallait s'y attendre :
–Ah d'accord... C'est quoi "dieu"?
"Purée! Je pouvais pas fermer ma grande mouille moi?"

A ce stade, je pense qu'il est temps de faire un point aussi exhaustif que possible sur les différentes réactions humaines à propos de l'épineuse question de la religion, qui concerne directement les plus jeunes puisqu'on entend fréquemment dire que le curé enchante les enfants qui défilent en voyant ses messes folles.
...
C'est cadeau ne me remerciez pas.
Vous noterez qu'en outre, cette question sur la religion, la laïcité, c'est passablement d'actualité.

Bon, alors déjà, la religion ça sert à quoi? Principalement à deux choses :
  1. Expliquer l'origine du monde, le pourquoi de notre existence, de celle de Justin Bieber, et la raison des événements joyeux ou tragiques qui surviennent. En gros trouver une cause à quelque chose qui n'en a peut être pas. Il est tentant de pouvoir coller tout ça sur le dos d'une ou plusieurs entités omnipotentes et accessoirement d'introduire la possibilité via diverses prières ou autres rituels d'intercéder auprès de ces entités pour obtenir quelque chose : guérison, richesse, faire sauter les PV, retour de l'être aimé, etc...
    # Dieu est absent actuellement, mais vous pouvez laisser votre prière après la trompe céleste...#
  2. Conjurer la peur de la mort : la plupart des religions décrivent en effet un au-delà dans lequel notre être profond (l'âme) se poursuit après que le corps ait cassé sa pipe. En effet, pour beaucoup de gens, l'idée même que leur être, leur mémoire, leur personnalité, l'accumulation de leur savoir, leur liste d'amis facebouc® et de followers touïteur® puisse retourner au néant comme ça pif- pouf du jour au lendemain est insupportable. Au passage, certains cultes en profitent pour vous vendre un au-delà à la carte sur brochure : un truc cool à base d'angelots à poils qui jouent de la harpe, de vierges lassives, ou autre si vous respectez bien le Dogme, et inversement un truc super menaçant du genre flammes éternelles, tortures permanentes, intégrale de Justin Bieber si vous êtes un mécréant ou un hérétique.
    Oh bon sang... un tunnel avec de la lumière... c'est... c'est... la nouvelle saison de Doctor Who!
Tiens, le dogme justement, qu'est-ce donc?  Pour schématiser, disons c'est un peu le manuel d'utilisation de la religion considérée. Le tutoriel qui t'explique comment poser ton culte quoi! En gros le truc tiré de la notice du constructeur que presque personne ne lit (vous lisez vos manuels d'utilisation vous?) d'autant que ça fait en général moult pages, écrit petit, et dans une langue parfois approximative, genre mauvaise traduction Gogole™ Translate d'un truc en moldave déjà traduit imparfaitement en suédois par un espagnol buveur de vodka polonaise (avec tournures de phrases alambiquées, susceptibles d'être interprétées de toutes les façons possibles). Ce qui fait que finalement, tout le monde se contente généralement de l'explication du vendeur prêtre pour savoir quoi faire et comment ça marche. Tous ceux qui ont déjà eu à faire avec un pro du marketing pour avoir des explications techniques comprendrons pourquoi les termes "guerre" et "religion" sont (trop) souvent accolés...
Oui, je sais, ça n'a qu'un lointain rapport avec la choucroute (encore que) mais ce truc me fait marrer...

Généralement, ce Dogme aurait été initialement transmis par une sorte de Directeur du Service Marketing : le Prophète.  Dans certaines religions il y a aussi eu des directeurs adjoints : les Saints. Le prophète était souvent un type normal à la base qui se met a entendre des voix divines lui parler. Oui, je sais, chuuut : c'était avant l'invention de la psychiatrie et du diagnostic de schizophrénie. Sous l'effet d'une "révélation" donc, le Prophète fait level up, et se voit alors remettre une procuration de Dieu himself, avec la mutuelle, la voiture de fonction, la carte Gold American Express et quelques pouvoirs bien sympas. Un peu comme une transformation en Super Saiyan.
"Vous allez vous aimer les uns les autres bordel de merde?"
Nantis de ses pouvoirs, le Prophète délivre alors la parole divine, en s'appuyant de temps en temps sur quelques miracles qui claquent un peu : résurrection de la côte de popularité d'Alain Juppé, mutliplication des comptes en Suisse, séparation en deux de l'électorat, absolution judiciaire... euh non, attendez, la je confonds Prophète et Homme Providentiel en politique. Remarquez hein, bon... les deux vous promettent le paradis mais vous laissent dans la mouise en ce bas monde.

Bon, tout ça c'est la théorie. Reste que tout le monde n'a pas le même rapport au religieux (non, ça n'est pas sale). Au sein de l'immense diversité de la population humaine, je dirais qu'on retrouve grosso modo 5 grandes catégories (plus ou moins garnies hein, c'est pas une répartition équitable) :
  1. Les agnostiques : ceux-là sont sûrs d'une chose, c'est qu'ils ne sont sûr de rien. Dieu existe-t-il? Ou pas? Ou seulement les jours fériés? L'agnostique doute. Faute de preuve déterminante, il réserve son jugement. Il ne se mouille pas quoi. C'est un peu le normand de la question religieuse : p'têt bin qu'oui, p'têt bin qu'non, faut voir. Tout comme le pokemon, l'agnostique peut évoluer vers un second stade : l'apathéiste. Comme l'agnostique de base, l'apathéiste n'a pas de certitude quand à l'existence ou non de divinité(s), mais en plus lui il s'en contrefout à un point difficilement imaginable.
    Apathéiste en pleine réflexion sur le sens profond de la vie.
  2. Les athées : contrairement à l'opinion commune, l'athée est bel est bien un croyant. Car il croit en l'inexistence de quelque divinité que ce soit (et oui : faute de preuve dans un sens ou dans l'autre, ça reste une croyance). La distinction entre l'agnostique et l'athée est parfois ténue, surtout pour les plus modérés, mais elle existe néanmoins. Tout comme chez les religieux, il existe des athées radicaux, obnubilés par l'arrêt du culte (je vous laisse la méditer celle-là). Mais ils sont moins bien organisés, logique : il y a bien des services religieux, mais pas de services athées (je l'aime bien celle-là). Mais du coup s'ils tirent peut être sur les gens à la kalach', ça n'a généralement rien à voir avec leur croyance. Notons qu'il existe des Cultes athées (parodiques) destinés surtout à mettre en porte à faux les dogmes religieux véritables, et les lois idiotes qui y sont parfois liées. Par exemple le pastafarisme ou le culte de la licorne rose invisible.
    "Fuuuuuuck le système!"
  3. Le croyant dit "non pratiquant" : c'est un enculté, mais il a ceci de commun avec l'apathéiste que lui aussi s'en fout un peu en fait. Mais bon, pari de Pascal (et surtout tradition familiale) oblige, il n'est pas opposé à une petite prière de temps en temps, ou un petit tour dans les lieux consacrés. Pour le reste, tous les interdits, les dogmes et patin-couffin, ça va bien deux minutes mais bon voilà quoi... En gros, le "non pratiquant" est là où on le pose, il fait chier personne, et évite de trop se torturer les méninges. En fait, c'est surtout une sorte de gros flemmard... Clairement, ça arrange bien les autorités religieuses, car ça permet de la ramener un peu au niveau de l'audimat : le non-pratiquant, il vaut mieux l'avoir dans ton culte que dans celui des autres.
    Non pratiquant qu'on a posé sur un Eucalyptus.
  4. Le croyant (qu'on qualifiera de modéré, mais c'est surtout par contraste vis à vis de l'intégriste) : lui il est du genre à s'occuper de son culte, car il croit. Carrément franchement. Il s'efforce de respecter préceptes et interdits, les temps de prières, mais reste globalement respectueux des mécréants non-croyants et hérétiques croyants d'autres cultes tant qu'on ne vient pas lui baver sur les rouleaux. Il considère cependant comme immorales les pratiques rentrant en conflit avec ses croyances, même si elles sont pratiquées par d'autres sans empiéter sur sa propre liberté. Le croyant se décline cependant sur une palette de nuance assez large : du brave gars qui ne dit rien mais n'en pense pas moins, au gros lourd en voie de radicalisation qui gueule comme un âne contre tous ces infidèles dépravés se vautrant dans le stupre et la luxure.
    "J'y crois, j'y crois, j'y crois, j'y cr... *plouf* et merde!"
  5. L'intégriste ou le fanatique : lui, c'est vraiment un gros enculté. Et s'il met la main au culte, c'est jusqu'à l'épaule. L'épaule de l'autre bras j'entends. Le fanatique est complètement barré, et il est prêt à tout pour respecter, et surtout faire respecter les principes en lesquels il croit (qui peuvent être subtilement différents de ceux du modéré notons-le). Ceci inclus évidemment le recours à la violence, voire au meurtre, le tout évidemment au nom de l'amour de dieu (quel qu'il soit), car qui aime bien châtie bien et que de toutes façons, les "gentils" seront récompensés dans l'au-delà (ce qui fait néanmoins une bien belle jambe à leurs femmes/maris et leurs enfants qui restent ici-bas). Le fanatique est un croyant en roue libre, faisant passer sa "loi divine" au dessus des lois humaines  et des principes élémentaires de la vie en société comme par exemple ne pas mitrailler la gueule des gens ou ne pas trucider les gynécos et les caricaturistes.
    Mais ouaih! Mais carrément!
Bon, mais... et les professionnels du culte alors? Les prêtres/prédicateurs/gourous/guides spirituels : curés (très "si"...), imams (mit la main au culte), rabbins (moussant), bonzes (qui coulent mais ne flottent pas puisqu'on parle souvent de couler un bonze...), popes (culture), etc... Seraient-ils une catégorie à part? Non, pas vraiment : la plupart du temps, ils rentre dans la catégorie "croyant" ou  "fanatique", mais techniquement, on en trouve aussi qui peuvent rentrer dans les catégories "agnostique" ou "athée". Si si authentique. Gardez à l'esprit que dans beaucoup de pays, avoir la tête dans le culte être un représentant du culte est une fonction honorifique. Voir politique parfois. Il parait plus difficile pour eux d'être "non-pratiquants", ne serait-ce que pour l'image que ça renverrait : quand on fait du prosélytisme, il est recommandé de montrer son culte à tout le monde... Mais bon, rien ne dit qu'en privé finalement...

Et bien sur, c'est un peu comme les bandes dans les cours de récré, chaque culte méprise généralement les autres sur la base assez classique du "c'est moi qui ait la plus grosse" (la plus grosse entité omnipuissante s'entend). Une sorte de concours de cuculte quoi. Des fois, ça se bastonne même au sein d'une même religion, car il y a des courants et des sensibilités (comme au PS) : sunnites contre chiites, ashkénazes contre séfarades, protestants contre catholiques, modernistes contre traditionalistes, adeptes de la Licorne Rose Invisible contre réformateurs du Très Furtif Pégase Marron, curés pédophiles contre évêques exhibitionnistes, séides de Cthulhu contre adorateurs de Nyarlathotep, etc...
Encore un truc pour nous extorquer du fric ça...



Ceci étant posé, disons-le franchement, pour ma part je suis apathéiste : je ne pense pas qu'on puisse avoir quelque certitude que ça soit, et pour tout dire, je m'en tamponne. Ceci étant dit, s'il existe effectivement une entité omnipuissante, et qu'elle nous laisse foutre le dawa comme ça, c'est que soit :
  1. elle ne se sent pas des masses concernée (y compris par nos salamalecs telles que prières, dogmes, histoires d'aliments impurs et tutti quanti), limite elle ne s'est même pas aperçue de notre présence en gros
  2. elle est complètement dépassée par le bordel qu'elle a créé (et donc en terme d'omnipuissance et de "j'impose le respect", ça se pose un peu là...) et nous laisse nous démerder
  3. ça la fait marrer, et du coup ça donne pas des masses envie de la vénérer
  4. on ne va pas tarder à se prendre un putain d'apocalypse sur le coin de la tronche
  5. elle a un sens de l'humour douteux (n'oubliez pas qu'elle a commis l’ornithorynque et Jean-Claude Van Damme quand même)
  6. c'est un chat  : elle veut juste votre malheur et s'en délecte (ou s'en fout)
    Franchement, presque...
Mais bien sur je n'oblige personne à penser comme moi tant qu'on ne vient pas me chier dans les bottes sur ces questions.

–Bon alors papa? C'est quoi "dieu"?
–Euh...
Derrière lui, les chanteurs de la chorale poursuivaient leurs vocalises.
–Bon, déjà c'est pas "quoi" mais plutôt "qui"...
–C'est un gens?
–Moui... d'une certaine façon, enfin disons que c'est une hypothèse surtout et...
–Un hippopotame t'as dit?
–Non, une hypoth... booooooooooon : les gens qui vont à l'église, tu vois, ils croient qu'il existe un être... une entité... quelqu'un qui a tout créé, qui dirige tout et à qui on peut demander des trucs.
–Ah d'accord!!!!
–Bon, si tu as compris alors c'est bien... (ouf!)
–C'est le chef des chanteurs!
–...
– :)
–Ouaih, un truc du genre...

mercredi 18 septembre 2013

Menace téléphonique!

Une fois n'est pas coutume, je vais vous parler de sujets graves : vie privée, bases de données,  surveillance généralisée, menaces, coups de téléphone angoissant...



– Wow! Papa Hérisson va nous parler de l'affaire Snowden? Des révélations du Guardian? De la NSA? Big Brother is watching you?

Snowden pour rappel, c'est le gars qui a fuit un pays totalitaire (les États-Unis) pour un autre prônant la défense des libertés individuelles et des droits de l'homme, comme par exemple la Russie de Vladimir Poutine.
Ne riez pas : j'ai lu des commentaires sur des articles en ligne où certains allaient jusqu'à dire que Poutine était le dernier chef d'état courageux à défendre les droits de l'homme contre l'impérialisme américain et le Nouvel Ordre Mondial. Sérieusement? Vous avez jeté un œil à la biographie de votre héros de la démocratie? On parle bien de l'ancien du KGB, qui a mené la guerre en Tchétchénie, et qui, faute de pouvoir être réélu directement président car la constitution ne le permettait pas, est devenu le premier ministre de son ancien ancien premier ministre devenu président, avant de changer à nouveau de place avec lui? Vous avez suivi? Moi non. C'était juste pour être sûr.
Formulaire de demande d'asile politique en Russie.
Notez bien, ça vaut la réaction du comité norvégien qui avait attribué le prix Nobel de la Paix à Obama en 2009 pour... euh... Textuellement ? "Pour ses efforts extraordinaires afin de renforcer la diplomatie internationale et la coopération entre les peuples". Voilà. Rappelons qu'à ce moment il venait à peine d'être élu, donc les efforts extraordinaires, il avait dû les faire dans sa salle de bain pour s'entrainer, je ne sais pas... Et que dire quatre ans plus tard, au moment ou les États Unis hésitent à balancer quelques Tomawaks sur Damas. J'en connais en Norvège qui doivent se sentir un peu péteux. Remarquez, c'est même pas sûr : en 2012 ils l'ont attribué à l'Union Européenne le prix Nobel de la Paix. Oui, je sais. Que voulez-vous, ils sont comme ça au comité Nobel : ils vivent dans un monde merveilleux où les gentils gagnent à la fin, où les méchants sont toujours punis, où les licornes paissent tranquillement dans des champs en mangeant des arc-en-ciel avant de faire caca des papillons multicolors, et où Justin Bieber n'a jamais chanté ouvert la bouche.
Le comité Nobel se réunit.
Or donc, l'on s'est offusqué dans la presse et les milieux autorisés, de la "chasse à l'homme" menée par les États Unis à l'encontre des gars qui diffusent leurs documents secrets qui révèlent des trucs pas très réglo. Résumons l'affaire (remarque : ce résumé est aussi applicable à Bradley Manning, Julian Assange, ou tout autre à venir dans les semaines/mois/années qui viennent) :

  1. La NSA (une agence d'espionnage donc) fait ce pour quoi elle a été créée : espionner les gens.
  2. Un opérateur lié à cette agence et , au choix : un peu naïf/payé par une puissance étrangère/idéaliste/malhonnête/payé par un organisme privé/qui voulait se la péter sur 4chan/qui voulait avoir sa tronche dans les journaux/suicidaire (rayer les mentions inutiles) chaparde des documents secrets et révèle au monde que la NSA espionne les gens (ce qui est sa fonction, rappelons-le).
  3. Un journaliste qui flaire le scoop à bon compte et vise le Pulitzer, publie les documents.
  4. Les théoriciens de la conspiration disent : "Je vous l'avais bien dit!"
  5. Le péquin moyen dit : "Oh bin sapristi c'est pas très sympa!"
  6. Le débat dans "l'opinion" (comprendre : entre les experts autoproclamé ou les peoples qui parcourent les plateaux télé) oscille entre : "C'est normal hein! Faut bien les surveiller tous ces métèques qui font du terrorisme en banlieue avec leur burka!", "C'est une honte! Où est le respect de la vie privée?" et "Allô! Non mais allô quoi! j'ai un I-foune™ et je suis pas espionnée par la NASA? Allô!"
  7. Les dirigeants des autres pays (toutes tendances politiques confondues) pensent : "Et merde... tout le monde le fait! Ils sont trop cons de s'être fait chopper à la NSA!", mais disent : "C'est inadmissible! Il faut que cela cesse!", le tout en refusant d'accorder l'asile politique au gars par qui le scandale est arrivé, parce que bon hein, voilà quoi...
  8. L'auteur des fuites demande l'asile politique dans un pays réputé pour son respect des droits de l'homme (Russie/Chine/Corée du nord/Gattaca/Antarctique)
  9. Le FBI arrête, ou pas, l'auteur des fuites et ce dernier termine, ou pas, au gnouf. Il écrit un bouquin (au gnouf ou pas donc) qui finira soit best-seller soit soldé en bouquinerie (voir les deux au final)
  10. La NSA stoppe un important projet terroriste (non détaillé) prévu pour une date proche (mais non précisée) et qui aurait tué plein de monde (mais on peut pas dire où car ça mettrait en péril les opérations à venir), ce qui est quand même bien urbain de sa part après toutes les méchancetés qu'on a dit sur elle.
  11. Les médias se focalisent sur un autre sujet capital (le dopage dans le cyclisme/la dernière sextape le dernier album de Miley Cyrus/les déboires judiciaires de Bernard Tapie Jérôme Cahuzac/le braquage d'un bijoutier à Nice/etc)
  12. La NSA (une agence d'espionnage donc) fait ce pour quoi elle a été créée : espionner les gens.
N.B. : vous pouvez à loisir remplacer "NSA" par le nom de n'importe quelle agence d'espionnage américaine ou autre, ça ne change pas grand chose au  schéma global de ce genre d'affaire.

Bon. Je me met à la place de la NSA, c'est vrai que c'est quand même contrariant de se faire chiper des documents secrets. Du coup, considérer les cuistres qui ont fait cela comme des fils de p... des traitres est finalement assez logique. Attention, ne croyez pas que je cautionne les pratiques de barbouzes de la NSA (ou d'autres), mais voyez-vous : que j'approuve ou pas, ils s'en tamponnent le coquillard avec une pelle à gâteaux. Dit autrement : qu'ils en aient ou pas le droit sur le plan légal, éthique ou morale, à partir du moment où ils le peuvent sur le plan technique, ils ne se priveront surement pas de le faire avec ou sans votre accord, sur le vieux principe du "pas vu pas pris".

Ceci étant, ça n'était pas de ça que je voulais vous parler... ce que je voulais évoquer, c'étaient ces coup de téléphone angoissant, qui retentissent en général pendant que tu manges/prépare la cuisine/est aux toilettes/mets les gnomes à la sieste/envisage un peu de romantisme avec madame (au choix, liste non exhaustive). Ces appels donc, dans lesquels une voix déformée par les parasites et teintée d'un fort accent te demande :
  • de répondre à un sondage sur le passage de l'âge de la retraite à 79 83 ans
  • de souscrire à une assurance vie tu permettant d'assurer tes revenus pendant ta retraite à 83 85 ans
  • de changer d'opérateur mobile (des fois c'est ton propre opérateur qui te le propose, cherchez l'erreur)
  • d'acheter des panneaux solaires avec des conditions mirifiques grâce auxquelles tu es censé gagner de l'argent
Cette marmotte fabrique des panneaux solaires qui te rendront millionnaire mon ami. Signe ici avec ton sang.
  •  de recevoir un superbe cadeau (non précisé) si tu viens au magasin Tout-a-un-bras© pour recevoir ton lot (et accessoirement te faire embobiner par un vendeur qui te fourguera un splendide canapé en agglo recouvert de skaï imitation plastique pour la modique somme de un rein)
  • de changer d'opérateur internet et de profiter de l'offre sur la nouvelle Arnak'box™ qui fait décodeur TV/box internet/répondeur téléphonique/grille-pain/lava-lampe et fait revenir l'être aimé en moins de 24h
  • de prendre rendez-vous avec ton nouveau conseiller bancaire (le 4ième en 3 mois) pour faire le point sur tes projets (facile : éviter qu'il ne remarque ton découvert chronique de fin de mois aux alentours du 15) et tes besoins (facile aussi : qu'on me lâche les piquants avec ces conneries) et te proposer des offres adaptées (encore facile : rejoindre les autres pénibles en train de sécher dans mon grenier)
Ces gens semblent toujours savoir beaucoup de choses sur toi. Tu as beau déménager, changer de numéro de téléphone, passer sur liste rouge, envoyer un ancien du KGB sur leurs traces pour les menacer eux et leur famille, rien n'y fait. Ils finissent toujours par te retrouver. Leurs dossiers sur toi sont presque sans faille. Presque.
– Allo bonjouw! Malgwé mon accent afwicain à couper au couteau, je m'appelle Fwançoise. Je twavaille pour la société Nom-Bidon S.A.™
– Moui? C't'à quel sujet?
– Alows, monsieu' Koala...*
– Bon, déjà : non.
– Euh... vous n'êtes pas monsieu' Koala?
– Bin non raté. Renseignez-vous auprès de la NSA et rappelez après, ciao!


Ça marche à tous les coups.

* fonctionne aussi sur maman Koala lorsqu'on lui donne du "Madame Hérisson".


Edit : c'est marrant comme les statistiques de cet article m'indiquent un nombre élevé de visiteurs en provenance des USA, étrangement... A croire que certains mots-clé font mouche. Imaginez si j'avais écrit : Al Qaïda, terrorisme, bombe, nucléaire, Ben Laden (ah non, lui c'est cuit), Syrie, Bachar El Hassad, et j'en passe... Barack, si tu me lis, sache que ça me fait bien plaisir  :D
Et si tu ne me lis pas, sache que je ne t'en veux pas. Tient!? C'est quoi ce bruit? Ah tient, bonjour messieurs du FBI... le grenier est par ici, si vous voulez vous donner la peine.